Religion

lundi 23 mars 2009

Benoît XVI l'Africain

Ok, la capote n'est pas 100% efficace contre le sida. Mais quid du jus de citron à l'ail ? 

Pape afrique La technique permettant à un catholique nourri au biberon de Vatican II de défendre les dérives de Benoît XVI ressemble de plus en plus à celle d'un communiste justifiant l'irruption, dans la moiteur du Prague de l'été 68, d'une colonne de chars soviétiques. C'est qu'il en faut, de l'aptitude au sophisme, pour expliquer que la distribution de préservatifs en Afrique pourrait se révéler, au final, un remède pire que le mal...

D'accord, on sait maintenant que le pape n'a pas vraiment affirmé que l’usage de la capote aggravait le risque de diffusion du sida. Et l’on a tout à fait le droit de s'agacer des réactions convenues qui accompagnent chacune de ses interventions — interventions généralement déformées pour un impact médiatique maximal. Mais suggérer, en route pour le continent le plus affecté au monde par la maladie, que la distribution du seul moyen de freiner le fléau n’est pas une bonne chose est tout à fait irresponsable.

Lorsque Thabo Mbeki affirmait carrément que le VIH n’existait pas, il était légitime de lui tomber dessus sans trop se poser de questions. Les arguments de l'ancien président sud-africain, en parasitant un message sanitaire dirigé vers des populations particulièrement mal-informées des modes de transmission du sida, étaient pourtant très comparables à ceux qui conduisent Benoît XVI à s’en prendre à la capote.

Pour Mbeki, le sida était fondamentalement une affaire politique et post-coloniale, le discours prophylactique des scientifiques occidentaux étant dénoncé comme la conséquence d’une perception raciste d’Africains à la sexualité primitive et anarchique… Que de 10 à 15% de la population du pays soit séropositive n’allait pas, ainsi, empêcher Manto Tshabalala-Msimang, ministre de la Santé de Mbeki, de préconiser le remplacement des rétroviraux impérialistes par un cocktail de jus de citron, d’ail et d’huile d’olive…

Dans le cas du pape, le sida serait plutôt un phénomène essentiellement religieux, puisqu’il frappe surtout les mécréants qui oublient que chasteté et fidélité constituent la meilleure des bi-thérapies. Que les comportements sexuels des Africains soit le reflet de leur situation économique et sociale, plutôt que d’une absence de sens moral, ne semble donc pas déranger le directeur de conscience de plusieurs centaines de millions d’entre eux…

Pour autant, Thabo Mbeki n’était pas totalement à côté de la plaque lorsqu’il dénonçait le sous-texte raciste du discours occidental à l’égard des Africains touchés par le sida. On l’a peut-être oublié, mais la maladie a commencé par être présentée comme le « cancer des pédés » avant d’avoir droit à un sidaction consensuel sur les grandes chaînes de télé. De même, on aurait du mal à renvoyer Benoît XVI dans ses XXII mètres lorsqu’il assène que l’abstinence est un excellent moyen de ne pas se retrouver infecté par une maladie transmise sexuellement.

Mais dans le monde réel, le VIH se fiche bien de l’expérience coloniale lorsqu’il organise sa propagation — tout comme les gens qui s'envoient en l'air ont tendance à remettre à plus tard la question de leur salut éternel. Benoît XVI ferait bien de s’en souvenir s’il ne cherche pas la réduction massive de ses effectifs par la mort ou la désertion. Après tout, même Mbeki avait fini par se rendre à la raison — avec 365 000 cadavres de retard, malheureusement…

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lundi 26 janvier 2009

Vatican II, c'est fini (je ne crois pas que j'y retournerai un jour)

Benoît XVI a le droit de faire régresser l'église catholique si ça lui chante. Mais les mécréants ont aussi le droit de s'en plaindre, tabernacle !

Lefebvre Ça pourra surprendre, mais je m'intéresse parfois à l'actualité de l'église catholique. Ou disons plutôt que je m'y intéresse lorsqu'elle déborde de la fameuse « sphère privée » pour mieux se répandre dans la non moins fameuse « sphère publique ». A cette aune, le retour des brebis égarées intégristes dans le giron romain vaut largement d'être commenté. D'abord parce que les brebis prodigues sont toujours aussi égarées qu'il y a vingt ans, mais surtout parce que la démarche de Benoît XVI s'inscrit dans une perspective de plus en plus réactionnaire.

Car j'ai du mal à gober qu’il s'agisse vraiment de rassembler tous les catholiques dans un souci « d'apaisement » : les seuls supporters de l'OM sont plus nombreux que les amis de Monseigneur Lefebvre (150 000 sur un peu plus d’un milliard de catholiques à travers le monde) et cette main tendue aux nostalgiques de l’avant-Vatican II ira davantage dans le sens de la discorde que dans celui de l'harmonie…

A ceux qui s'intéressent encore moins que moi à ce genre de choses, rappelons ainsi que la poignée de fondamentalistes préférant le latin au français n'est pas qu’une association de défense et promotion des traditions folkloriques. L’abbé Laguérie, lorsqu’il ne baptise pas les rejetons de Dieudonné, ne joue pas du biniou dans le bagad de Lann-Bihoué ! Non, les tenants de la Fraternité Saint-Pie X sont d’authentiques fanatiques dont les références religieuses tendent plus vers la consumation des pécheurs dans les flammes de l’enfer que vers les causeries de Saint-François d’Assise avec les petits zoziaux. Pour ne rien dire d’un panthéon politique hébergeant les plus magnifiques crapules du siècle, de Franco à Pétain, de Salazar à Le Pen. Tiens, même le petit moustachu autrichien, dont les méfaits seraient largement surévalués par la propagande judéo-maçonnique, est susceptible d’y faire une, hum, apparition

Toutes choses égales par ailleurs, les intégristes auxquels il est question de rendre le bénéfice de leur baptême sont comparables aux barbus lanceurs de fatwas à travers le monde ou aux fondamentalistes en redingotes noires assurant que la Shoah n’était qu’une punition bien méritée. La grande différence, c’est que ces derniers ne représentent qu’eux-mêmes, ni l’Islam ni le judaïsme ne possédant une structure centrale donnant le ton. En ayant l’oreille du big boss, les lefebvristes auront donc bien plus d’influence sur les croyants qu’un mollah éructant ses imprécations dans le désert.

Il y a deux ans, au moment du fameux discours de Ratisbonne, je m’étais agacé du sophisme des critiques de Benoît XVI, qui lui reprochaient de ne pas se faire plus subtil pour évoquer les rapports entre la foi et la raison. Je n’ai pas changé d’avis et je ne vois toujours pas en quoi le pape serait infondé à citer, sans les reprendre à son compte, les propos d’un empereur byzantin du XIVe siècle... Un mouvement religieux, même important, même central dans la culture et l’histoire de mon pays, n’est jamais qu’un mouvement religieux et ce qu’il impose à ses fidèles ne nous regarde pas.

Mais que ce mouvement offre une place légitime à sa frange extrémiste, une frange extrémiste dont le projet est susceptible d’avoir un impact sur la vie de ceux qui n’en ont qu’une (de vie) ― et ce n’est plus du tout pareil. Le prêtre qui tourne le dos à ses ouailles pendant la messe et s’exprime en latin, c’est son problème et le leur. La remise au goût du jour de la « perfidie des juifs » dans la liturgie ou la propagation de l’idée que les homosexuels sont à l’espèce humaine ce que la déforestation est à l’environnement, en revanche, c’est notre problème à tous. Benoît XVI est un pape intelligent, un intellectuel plus qu’un émotif et je ne crois pas qu’il soit dans l’improvisation avec cette affaire de réintégration. Pas plus que Jean-Paul II ne l’était en canonisant le fondateur de l’Opus Dei...

Bon, c’est sûr, l’église catholique est un gros machin ultra-politique et il a bien fallu que les intégristes soient d’abord excommuniés avant d'être réintégrés. De même, c’est bien parce qu’il y a eu un Vatican II qu’il y a aujourd'hui des gens pour lui faire un sort. Faire et défaire, c’est toujours faire, hein ? Mais nous sommes en 2009 et, pour le moment, c’est au retour en grâce de Richard Williamson (je ne vais quand même pas lui donner du monseigneur ou lui serrer la pince…) qu’il nous est donné d’assister.

Vivement le prochain concile, qu’on change un peu de cycle. Celui-ci commence à me fatiguer.

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jeudi 25 septembre 2008

Opium(s)

« Les promesses de Dieu sont certaines, mais il faut y croire », William Booth, fondateur de l'Armée du Salut

Theend_3 Samedi, 11h00, place Léon-Blum dans le 11e. Je passe devant l’entrée du métro où trois militants de la Ligue (RIP) battent le pavé, liasses de Rouge, l'hebdomadaire de l'actualité malheureuse, en main. Ils ont l’air de faire la gueule, ce qui est étrange puisque l'effondrement du capitalisme et son remplacement par une société fondée sur la solidarité entre les hommes est désormais présenté comme imminent.

Mais c'est qu'ils ne sont pas vraiment trois mais deux, le larron surnuméraire que j’avais pris pour un fan du facteur joufflu étant en réalité un Témoin de Jéhovah proposant La Tour de Garde aux badauds. Bon, les deux magazines assurent leurs lecteurs que la fin du monde est proche et que seule une petite avant-garde éclairée sera sauvée, mais là sont censées s’arrêter les similitudes. D’où l’agacement des deux militants trotskistes, qui n’aiment pas beaucoup que l’on mélange torchons et serviettes. D'où aussi la légère inquiétude du soldat de Dieu, qui se demande s’il ne va pas se faire casser la figure par la concurrence…

Moi, arrivant au niveau des ligueux et désignant le Témoin de Jéhovah du menton : « Ah, c’est rigolo, ça ! Enfin réunis dans l’attente d’un monde meilleur ! » L’un des ligueux, un poil agressif : « Non, ça n’est pas rigolo du tout ! »

Samedi, 11h40, place Léon-Blum dans le 11e. Je repasse devant l’entrée du métro et je constate que les deux vendeurs de Rouge contrôlent désormais la totalité de leur carré de trottoir. Ils ont manifestement fait un sort à l’autre naïf, qui pensait qu’une apocalypse en valait une autre. Bah, à tout prendre, c’est mieux comme ça : les Témoins de Jéhovah affirment qu’il n’y aura que 144 000 places au paradis mais comptent déjà sept millions de membres dans le monde ! Inutile de préciser que l’on risque se bousculer au portillon on D-Day. Les trotskistes, dans leur nouvelle incarnation, ne sont en revanche que 10 000 et n’envisagent pas de liquider tous les hésitants immédiatement après le grand soir, un acte de contrition parfaite pouvant toujours leur ouvrir les portes du paradis prolétarien… Au pari de Pascal, préférons désormais le pari de Léon !

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mercredi 17 septembre 2008

Caricature (de défense)

La liberté d'expression ne se négocie pas. Elle peut pourtant être défendue avec un poil de subtilité, ce que Daniel Leconte ne sait pas faire.

Leconte Ce qu'il y a d'assez ennuyeux avec « C'est dur d'être aimé par des cons », le documentaire que Daniel Leconte consacre au volet français de l'affaire des caricatures de Mahomet, c'est qu'il s'agit d'un mauvais film. Oui, d'un mauvais film. Manifestement convaincu de ne s'adresser qu'à des gens qui, comme moi, ont soutenu Charlie Hebdo dans son combat pour la liberté de blasphémer, le réalisateur promène sa caméra du palais de justice à la rédaction du journal avec la balourdise d'un éléphant dans un magasin de porcelaine.

Ok, nous sommes d'accord, il était du devoir des contributeurs d'un magazine satirique et irrévérencieux tel que Charlie de prendre fait et cause pour leurs homologues scandinaves. La liberté d'expression ne se négocie pas et il serait terrible de ne pas pouvoir faire subir aux fanatiques en djellaba les outrages quotidiennement infligés à leurs cousins en soutane. Mais ne pouvait-on trouver d'autres moyens de rendre compte du procès ayant opposé Philippe Val au CFCM (Conseil Français du Culte Musulman) ? Je veux dire, des moyens plus subtils que cette espèce d'ode à Saint-Georges terrassant bravement le dragon de l'obscurantisme ?

Leconte réussit le tour de force de me mettre, deux heures durant, mal à l'aise dans mon soutien jusqu'alors inconditionnel à un journal que je respecte et à un éditorialiste que j'apprécie. Et il faut vraiment qu’apparaisse Abdelwahab Meddeb trente secondes à l’écran pour saisir ce qu’aurait pu être ― mieux, ce qu’aurait dû être ― un retour serein sur un débat complexe. Témoin à décharge, l’intellectuel tunisien ne peut en effet s’empêcher d’évoquer son trouble devant quelques uns des fameux dessins du Jyllands Posten ― Mahomet à turban explosif en vedette.

Je relis d’ailleurs à peine ce que j’avais écrit à l’époque de leur reprise dans Charlie : sans en renier une virgule, je regrette vivement de ne pas être allé plus avant dans la réflexion sur, non pas la liberté d’expression per se, mais plutôt les motivations et la responsabilité d’un dessinateur satirique. Francis Szpiner, avocat du CFCM, avec ses manières patelines de ténor du barreau, insiste justement, dans le film, sur la nature clairement raciste des lettres d’insultes qui lui ont été adressées pendant l’instruction, rappelant à Val qu’il n’aurait certainement pas apprécié de tels appuis. Et l'on se doute bien de l’allure des appuis en question…

Encore une fois, qu’il faille se battre pour la liberté d’expression est une évidence. Mais l’on peut bien dessiner toutes les caricatures que l’on voudra sans pour autant faire l’impasse sur ce qu’elles représentent effectivement comme sur la façon dont elles seront reçues une fois dans les kiosques. A Charlie, l’équipe s’était immédiatement mobilisée autour de l’idée que les dessins danois n’étaient pas racistes mais simplement anti-cons, anti-intégristes, anti-poseurs de bombes. Et sans doute l’étaient-ils essentiellement. Mais ils étaient aussi autre chose et peut-être était-il maladroit de donner le sentiment d’adhérer sans réserve à un sous-texte raciste. De l'épouser sans distance.

Il serait d’ailleurs difficile de ne pas faire un parallèle avec « l’affaire Siné » de cet été, puisqu’elle concerne le même hebdomadaire. Ainsi, je n’ai moi-même plus aucun doute sur les connotations antisémites de la petite phrase sur la « conversion » du fiston Sarkozy : l’amalgame juif-pouvoir-argent par un type doté d’un passif pareil est sans ambigüité et rien n’est moins convaincant que le remplacement du mot juif par protestant ou bouddhiste pour démontrer le contraire. Que je sache, ni les protestants ni les bouddhistes n’ont été massacrés par millions il y a soixante ans au nom de ces amalgames.

Mais parce que je ne me suis pas élevé contre le droit de Siné à exprimer ses préjugés, mais bien en faveur du droit pour un patron de presse de ne pas les diffuser, je me rends désormais bien mieux compte du décalage qui existe entre la défense générale d’un principe et la défense de celui qui en fait un usage gênant (au minimum). Rétrospectivement, j’aurais donc préféré voir Philippe Val reproduire les dessins au lieu de les publier. Et il me semble que c’est sur cette énorme nuance que le débat aurait pu se situer dans un prétoire et dans un film. Les barbus seraient restés en colère, auraient brulé le même nombre d’églises et de drapeaux danois, mais Abdelwahab Meddeb n’aurait peut-être pas été troublé exactement de la même manière. Daniel Leconte, à presque deux ans d’intervalle et autant de temps pour la réflexion, ne pouvait-il pas s’en rendre compte en montant son film ?

En tout cas, quittant la salle de projection et jetant un dernier coup d’œil à l’affiche de Cabu, je me suis demandé si certains spectateurs n’en viendraient pas, agacés, à se dire qu’il est parfois presque aussi dur d’aimer des cons que d’être aimé par eux… Oh, mais je dois caricaturer un peu, là.

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lundi 15 septembre 2008

Division du travail

Le pape fait son boulot. Et plutôt bien d’ailleurs. C'est Nicolas Sarkozy qui est hors sujet.

Sarkopape Moi, je l'aime bien, ce pape. Enfin, disons que je l'aime bien dans les limites de l'affection qu'un athée d'origine juive et viscéralement attaché à la laïcité républicaine peut éprouver pour le patron d’une religion avec laquelle il n'a, finalement, pas grand-chose à voir. Mais bon, à tout prendre, je l’aime bien et même, je l’aime mieux que celui d’avant, qui faisait un peu trop dans l’émotion brute à mon goût…

Le nouveau pape, lui, est un universitaire, un intello. Lorsqu’il vient à Paris, c’est d’abord pour offrir un cours magistral au « monde des arts et de la culture » et insister sur l’importance de l’érudition dans la tradition monastique ou sur l’impasse que représente une lecture trop littérale des « écritures ». Et tiens, s’il rencontre des académiciens, c’est pour leur parler de Rabelais. Oui, de Rabelais ! Oh, pas pour évoquer l’invention du torche-cul par Gargantua mais plutôt pour rappeler que « science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». Bah, c’est dans la même veine, non ?

Manifestement, « notre » nouveau pape est un type brillant, même si sa propension d’historien à citer les empereurs byzantins du XIVe siècle en agace certains ― plus particulièrement lorsqu’il tente de définir le « rapport entre foi et raison ». Et de fait, c’est précisément ce que j’apprécie chez lui : les semi-analphabètes sont tellement surreprésentés chez les curés, les rabbins et les imams qu’un religieux qui disserte sur « la rencontre intime (…) entre la foi biblique et les interrogations de la philosophie grecque » est forcément intéressant. C’est sûr, on aimerait qu’il nous démontre qu’une « culture purement positiviste » mène fatalement à la « capitulation de la raison » au lieu de se contenter de l’énoncer… Mais pour le reste, les invités du Collèges des Bernardins en ont eu pour leur argent.

Ceci posé, son point de vue sur la messe en latin, l’avortement, l’ordination des femmes et le célibat des prêtres ne me fait ni chaud ni froid ― pas plus que je ne préoccupe de l’évolution doctrinale du shintoïsme à travers les siècles. Ok, ok, je m’intéresse tout de même un peu plus au christianisme qu'aux polythéismes asiatiques, acceptant l’idée que je lui dois effectivement deux ou trois choses en tant qu’Européen ; mais de-là à donner des conseils au Vatican sur la manière de dépoussiérer le dogme, il y a tout de même un sacré fossé.

Donc, j’aime bien le pape, mais celui qui m’énerve, en revanche, c’est l’ami Nicolas Sarkozy, avocat obsessionnel de la transcendance dans la vie quotidienne. Attention, qu’il déroule le tapis rouge pour accueillir Benoît XVI à Paris ne me dérange absolument pas ― au contraire. Le pape est un chef d’Etat, ce qui fait déjà de lui un visiteur un peu haut de gamme, mais il est de plus le directeur de conscience d’un bon soixante pour cent de la population française. L’homme qui avait reçu Tom Cruise à Bercy peut-il raisonnablement refuser d’accueillir un tel poids-lourd métaphysique à l’Elysée ? La scientologie est-elle désormais plus respectable que le catholicisme, lui-même moins côté chez les pipoles que le bouddhisme tibétain ?

Oui, Nicolas Sarkozy m’énerve lorsqu’il gesticule, de Latran à Riyad et proclame, comme s’il en avait la prérogative, que je ne saurais être un bon citoyen sans me référer à la Bible. Que ce qui cloche chez moi vient sans doute de l’absence d’un type en soutane ou en redingote de loubavitch dans ma vie. Qu'un risque existe de me voir descendre dans la rue pour massacrer mon prochain si Dieu n’est pas là pour m’aider à distinguer ce qui est bien de ce qui est mal... Apparemment plus au fait de la parole divine que notre hyperprésident, Benoît XVI s’est pourtant amusé à lui rappeler que Jésus lui-même rendait sans ambiguïté à César ce qui lui appartenait (Marc 12, 17).

Que le pape, son billet de TGV pour Lourdes en main, en soit amené à recadrer le président de ce Bethléem de la laïcité  qu'est la France est d'ailleurs une vraie bizarrerie. D’autant plus que l’enthousiasme sarkozyste pour le mystère de la foi n'est pas de nature à provoquer l’adhésion de Gaulois, catholiques ou non, majoritairement allergiques au mélange des genres. L’hypothèse de sa sincérité peut toujours être formulée, évidemment, mais compte tenu du passif du personnage, elle paraît peu probable. Reste celle du mauvais calcul politique, dont on espère qu'il finira par provoquer un salutaire retour de bâton (de pèlerin). Dans l'attente du Jugement, allez en paix.

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lundi 16 juin 2008

Un peu de bon sens, nom de Dieu !

La victoire des nonistes irlandais n'est qu'un début. Et les élites enfermées dans leurs tours d'ivoire n'ont qu'à bien se tenir !

Bon_sens_2 Les Irlandais ont dit non. Il nous faut accepter le verdict des urnes, la voix de la démocratie, l'expression du droit à l'autodétermination des peuples souverains, la validité du jugement des vrais gens, le signal envoyé aux élites bruxelloises enfermées dans leur tour d'ivoire…

Enfin, ça c’est surtout le bullshit politicard avec lequel les ouistes dans mon genre sont censés accueillir les résultats du référendum de jeudi. Mais n'étant candidat à rien et représentant de personne, je répète la chose suivante : les Irlandais ont voté en égoïstes à la mémoire courte et les nonistes « de gauche » qui, en France, se réjouissent bruyamment, n’ont pas beaucoup de suite dans les idées. Le non irlandais est essentiellement un non de droite et ce n’est pas parce qu’il sert l’intérêt à court-terme d’une poignée d’idéologues qu’ils doivent s’en gargariser.

Mon sentiment, c’est un peu celui de Badinter ce matin sur France Culture : l’Union européenne est une sorte d’adolescent grandi trop vite et traverse l’une de ces crises brouillonnes dont les enfants gâtés sont coutumiers. La paix, la prospérité, le confort, tout ça, ça fait partie du paysage… On n’a plus besoin de s’en préoccuper, ça va de soi… Mais non, ça ne va pas de soi : ça se cultive, ça s’approfondit. Ou ça s’éteint.

La procédure référendaire appliquée à un traité pareil est de toute manière un travestissement de la logique démocratique — laquelle aurait été parfaitement respectée via un vote des parlementaires irlandais. Demander aux gens de se prononcer par oui ou par non sur un texte complexe, qu’ils n’ont évidemment pas lu mais dont ils ont entendu parler au bistrot, ce n’est pas de la démocratie, c’est de la démagogie.

Maintenant, les échecs en cascade — le non français, le non hollandais, le non irlandais — envoient peut-être un autre message, bien plus préoccupant. Celui de la fin de l’Europe comme processus permanent d’intégration d’un groupe de pays aux valeurs et à l’histoire communes. C’est possible. C’est flippant mais c’est possible. Mais je suis comme Badinter. Je ne veux pas croire ça. Les crises de croissance, ça finit toujours par passer.

*

Tiens, à propos de bêtise et d’ignorance, figurez-vous qu’une étrange surprise m’attendait ce matin sur mon bureau. Un magnifique cadeau dont je me demande par quel canal complexe il est parvenu jusqu’à moi. Il faut croire que mes prises de position à l’égard de la religion ne sont pas suffisamment claires pour tout le monde et que, chez les fondamentalistes, on me garde sur les listings avec optimisme. Bah, c’est surement ça, la foi…

Donc, que trouvé-je ce matin sur mon burlingue, entre la presse du jour et les invitations à découvrir le nouveau …… de ……… dans le cadre d’un déjeuner de presse chez ……….. ? Un gros colis cartonné recelant la dernière offensive littéraire d’Harun Yahya.

Vous avez peut-être déjà entendu parler de ce type, le leader d’une espèce de fondation basée à Istanbul et dont le projet est de diffuser la bonne parole créationniste à travers le monde (Harun Yahya lutte également contre les juifs et les francs-maçons, mais il s’agit de combats secondaires). L'homme avait déjà expédié l'an dernier à tout un tas d’établissements d’enseignement et de journalistes à travers le monde son Atlas de la création, luxueuse démonstration de l’inanité blasphématoire du darwinisme. Me voici désormais équipé du tome 2, un pavé de 800 pages et de 5 kilos tout en couleurs avec CD-Rom et communiqué de presse résumant le point central du projet en une seule phrase : « les espèces n’ont jamais changé ».

Harun Yahya, qui ressemble au méchant d’un film d'espionnage avec sa barbiche et son costume blanc, explique également que l’âge de pierre est une belle arnaque, que l’homme a toujours vécu dans une maison, qu’il a toujours cru en Dieu et qu’il utilisait déjà des outils modernes en acier il y a 550 000 ans !

Bon, mais tout ça n’est peut-être pas idiot. Après tout, on connaît la propension des élites installées dans leurs tours d’ivoire à nous faire gober n’importe quoi. Le darwinisme, l’archéologie, la biologie sont peut-être autant de conneries compliquées inventées pour tenir le peuple en soumission. Tiens, je propose un référendum sur la question. Aux vrais gens de trancher ce qui n'est jamais qu'une affaire d'opinion.

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jeudi 13 mars 2008

Le défi du jour : pratiquant mais pas croyant

Manger casher ou faire Kippour ? Eviter le bœuf le vendredi ou se confesser ? Faire le ramadan ou  visiter la Mecque ? Pour l'aventurier de la religion intégrale, c'est le menu, rien que le menu, mais tout le menu...

Bible Je découvre avec intérêt (via mon compère François Brutsch), l'histoire de ce journaliste new-yorkais ayant choisi de vivre, un an durant, en suivant les préceptes de la Bible. Tous les préceptes. Et des deux Testaments, par dessus le marché…

Ce type d’expérience n'est pas totalement original. Les exploits de quidams décidant de ne rien acheter de neuf (pour promouvoir la décroissance) ou de chinois (pour soutenir l’industrie locale) pendant quelques mois auraient même tendance à se multiplier outre-Atlantique. J'ai pourtant le sentiment que la démarche d’Arnold Jacobs est un peu plus impliquante que ces gimmicks pour consommateurs responsables. Bon, le gars avait bien quelques arrières pensées assez prosaïques en s'embarquant dans l'aventure : il en a tiré un livre qui est en train de devenir un best-seller et en avait déjà écrit un autre sur sa tentative de lecture des trente-deux volumes de l’Encyclopedia Britannica. Mais la manière dont il place les religieux de tous poils en face de leur inconséquence est assez réjouissante.

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samedi 16 février 2008

Malaise

La proposition de commémoration de la Shoah par les écoliers est stupide. Mais certaines des réactions qu'elle suscite sont carrément odieuses.

Classe_3 C'était à prévoir, les réactions d'hostilité à la dernière crétinerie de l'hyperprésident sont en train de me devenir encore plus insupportables que la crétinerie en question. Sur le fond, évidemment, comment faire autrement, tout le monde est d'accord : ce concept de l'adoption morale d'un enfant déporté par un élève de CM2 est à la fois absurde et malsain.

On se demande même comment une proposition aussi hallucinante n'a pas été étouffée dans l'œuf par l'un des innombrables conseillers de l'hyperprésident avant qu'elle ne soit proférée en public. Bah, c'est peut-être que les courtisans du premier cercle, à quelques semaines d'un changement d'organigramme que l'on annonce drastique, n'ont pas très envie de passer pour des fâcheux. Mais bon, la crétinerie a été émise et, j'en prends le pari, enterrée presque aussi sec. Que Guéant, Guaino, Soubie, Mignon ou Benamou ne soient plus capables d'alerter le boss sur l'impair qu'il s'apprête à commettre est une chose. Que la chute de température sanguine de Simone Veil soit sans effet sur lui en est une autre...

Mais que nous expliquent exactement les bonnes âmes au-delà de ce magnifique consensus psycho-pédagogique ? D'abord, que la suggestion de singulariser la Shoah n'est pas acceptable, les génocides arméniens et rwandais valant bien ce terrible (car tout le monde, à ce stade, reste d'accord pour trouver la Shoah terrible) épisode de l'histoire humaine. Ensuite, qu'à l'heure des expulsions de sans-papiers, on pourrait aussi bien apprendre le nom des enfants chinois ou maliens renvoyés vers leurs pays. Enfin, que les juifs feraient mieux de se faire oublier plutôt que de passer leur temps à remuer le couteau des chambres à gaz dans la plaie s'ils veulent vraiment en finir avec l'antisémitisme.

Tous ces points de vue sont parfaitement défendables et sont d'ailleurs défendus avec une extrême véhémence un peu partout ; j'ai beau avoir tendance à multiplier les liens dans mes textes, je ne me donnerai même pas la peine de vous mettre sur la voie ce coup-ci... Je prendrai toutefois le temps d'exprimer ma propre façon de voir.

D'abord, oui, la Shoah est singulière. Singulière en soi, et singulière dans le contexte français. L'histoire fourmille évidemment de génocides au sens d'une tentative d'extermination d'un groupe humain par un autre. Mais les Turcs, s'en prenant aux Arméniens, se sont « contentés » de massacrer ceux qui leurs tombaient sous la main, n'ont pas justifié ces massacres par la volonté de débarrasser l'univers d'une race démoniaque et, surtout, ne se sont pas organisés pour importer par convois entiers les Arméniens ne résidant pas en Turquie pour achever leur triste besogne. Les Hutus rwandais ne sont pas non plus partis à la recherche des Tutsis du Burundi, histoire d'alimenter les chaudières de leurs camps d'extermination. Et surtout, la France n'a pas, dans un cas comme dans l'autre, pris sur elle de livrer avec enthousiasme ses citoyens d'origine arménienne ou tutsie à leurs bourreaux. Bien entendu, on peut considérer le paroxysme d'une haine bimillénaire à l'égard des juifs et la contribution vichyste à la solution finale comme du business as usual sous le soleil ; on peut même estimer qu'accorder un caractère spécifique à l'obsession nazie revient à se lancer dans la « compétition victimaire »... On l'aura compris, ça n'est pas mon cas.

Second point, la comparaison récurrente entre les expulsions de sans-papiers et les déportations. Je conçois qu'il existe, parmi les membres de RESF ou chez les partisans d'une disparition des frontières nationales, des personnes qui, sincèrement, honnêtement, estiment que les difficultés économiques rencontrées en Chine ou en Afrique sont comparables à la combustion dans un four crématoire et que, par voie de conséquence, le refus d'une carte de séjour est superposable à la collaboration. Là-encore, ce n'est pas mon cas. Je subodore d'ailleurs que le nombre de ces bons samaritains inaccessibles aux aspects pratiques de leurs exigences est assez inférieur à celui des adversaires disons, plus stratégiques, du concept de politique migratoire.

Reste cet argument d'alimentation de l'antisémitisme par les juifs eux-mêmes, lesquels ne cesseraient, dans le but d'en profiter matériellement ou moralement, de se livrer à la fameuse « pornographie mémorielle » popularisée par un célèbre amuseur... Disons que ce raisonnement me semble à peu près aussi tenable que celui qui consisterait à expliquer à un descendant d'esclave qu'il commence à nous les briser avec ses commémorations de l'abolition de la traite négrière ― l'autre grande tragédie spécifique de l'histoire humaine selon moi.

Les Français juifs (comme groupe religieux ou, plus fréquemment, comme simples citoyens rattachés les uns aux autres par l'histoire et/ou la culture) n'avaient rien demandé à Nicolas Sarkozy. Et certainement pas de se livrer à cette nouvelle pitrerie démagogique sur leur dos. Faudra-t-il les blâmer de recevoir certaines des réactions des dernières quarante-huit heures comme autre chose qu'un légitime souci de protection enfantine ?

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jeudi 14 février 2008

Nous sommes cernés (mais nous ne nous rendrons pas !)

« Faith is believing something you know ain't true »
Mark Twain

Cerns Mon ami Michel B., sa croyance en l'existence d'une maladie appelée spasmophilie mise à part, est un authentique matérialiste. Pur produit de la méritocratie républicaine, diplômé d'une prestigieuse école d'ingénieurs, il exprime fréquemment l'idée que la religion, cet opium du peuple dont les ressorts ethno-sociologiques sont parfaitement connus, est un phénomène déclinant dont nous serons bientôt débarrassés.

Sa théorie est sympathique : le culte des morts de nos ancêtres en peaux de bêtes s'est progressivement complexifié, donnant naissance à l'animisme, aux philosophies orientales, aux polythéismes divers ainsi qu’au trio géhennique (si j’ose dire) judéo-christiano-islamique. Mais l’émergence d’une pensée rationnelle ne devant rien à la foi et tout à l'intelligence ― en parallèle d’une accumulation d’expériences sociales, politiques, scientifiques et historiques ― permet désormais de se passer du père Noël.

Sur le fond, nous sommes assez d’accord. Ce n’est pas le vieux bonhomme en costume rouge qui a mis le big bang sous le sapin, mais bien cette dream team hétéroclite d’expliqueurs du monde, de Voltaire à Darwin, de Rousseau à Kant, de Newton à Jefferson... Et il est assez logique qu’un Français du XXIème siècle auquel, enfant, sa maman lisait des extraits de la loi de 1905 pour qu’il s’endorme sans crainte d’être attaqué par le curé caché dans la penderie soit convaincu que l’homme nouveau est enfin aux commandes.

Le hic, c’est que cette conception des choses est à peu près aussi universelle que le découpage administratif d’un territoire en départements parsemés de préfectures et de sous-préfectures. Peut-être la France (et pourquoi pas, après tout) est-elle la base avancée de la civilisation. Peut-être sommes-nous, précocement, parvenus à dépasser les mécanismes évolutionnistes imposant le surnaturel comme ciment social d’Ushuaia à Djakarta, du Pliocène au Pléistocène. Peut-être... Mais force est de constater que tout le monde n’est pas d’accord avec nous.

Du milliard de musulmans dispersés sur la planète aux innombrables dénominations protestantes qui fédèrent les populations du Nouveau Continent ; du milliard d’hindouiste aux centaines de millions de bouddhistes, taoïstes ou shintoïstes ; du milliard de catholiques aux centaines de millions de pratiquants de religions tribales et autres membres de sectes, la résistance au rationalisme hexagonal donne l’impression d’être plutôt bien organisée. Et ce ne sont pas les nouvelles qui nous parviennent de « l’étranger proche » ― comme disaient les matérialistes d’obédience dialectique ― qui rassurent sur la diffusion de nos concepts décoiffants : en Hollande, pays de tolérance, on se débarrasse d’Ayaan Hirsi Ali pour éviter les ennuis ; en Espagne, pays de la Movida et du combat antifranquiste, on déroule le tapis rouge devant l’église de Scientologie ; en Grande-Bretagne, le patron de la religion nationale suggère l’introduction de la charia par commodité ; au Danemark, on reproche aux journaux de surréagir à la tentative d’assassinat d’un cartoonist « blasphémateur »...

Même chez nous, royaume de l'EDF et des Lumières, un chef d’Etat brouillon tente de faire oublier sa vie dissolue de soixante-huitard refoulé en ramenant la transcendance dans le débat politique. Oui, même chez nous, une certaine gauche enfermée dans la bien-pensance clame son indulgence relativiste pour les pires crapuleries dès lors qu’elles sont divinement inspirées... Mais mon ami Michel B. conserve sa foi (hé hé !) en l’inéluctabilité de la raison comme « sous-jacent » (pour parler comme un spécialiste des produits dérivés, autre espèce de matérialiste dialectique) de la civilisation moderne ― ignorant superbement l’agitation religieuse qui secoue le monde.

S’exprimant hier devant le CRIF, et revenant sur une cascade de déclarations sur le fait religieux dont on aimerait qu’elles émeuvent autant les journalistes de l’ORTF que l’arrêt de la réclame sur France 2, l’hyperprésident a cru rassurer en indiquant qu’il n’avait jamais dit que « la morale laïque était inférieure à la morale religieuse » mais qu’elles étaient « complémentaires » et qu’il était « bon de s'inspirer de l'une comme de l'autre » pour mieux « discerner le bien et le mal ». Moins radical que l'archevêque de Canterbury, Nicolas Sarkozy tiendrait donc plutôt du curé modéré, du partisan de l'enseignement parallèle de la biologie et du créationnisme, de la coexistence pacifique de valeurs, comment dire, différentes mais égales entre elles.

Hum, la bataille est peut-être perdue d'avance, si le roi du spin est convaincu de pouvoir remonter dans les sondages en faisant passer l'Etre suprême pour un copain de régiment. Mais il est grand temps de rappeler que la laïcité, pas plus que la démocratie, la liberté ou les droits des femmes ne sont des acquis intangibles mais bien des constructions fragiles à défendre constamment. Que ce soit contre les intégristes avoués ou leurs idiots utiles, d'ailleurs...

© Commentaires & vaticinations

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PS : Puisque j'en suis à mentionner le discours présidentiel d'hier soir, un honorable correspondant me demande mon sentiment sur l'idée que « chaque enfant de CM2 puisse se voir confier la mémoire d'un enfant mort de la Shoah ». Tout à fait favorable à l'enseignement de l'histoire et au rappel permanent de la déportation de 76 000 Français juifs, je n'aime pas ces initiatives bidons inspirées par le spin plutôt que par la réflexion. L'affaire Môquet a déjà contribué à gadgétiser la résistance. Je n'aimerais pas que cette opération de sauvetage pré-électoral de l'UMP gadgétise la Shoah.

Les commentaires de lecteurs visibles sous l'article de libe.fr sur ce thème, comparant à nouveau la politique d'immigration et du gouvernement et les camps de la mort donnent d'ailleurs une bonne idée de la « qualité » du débat que cette histoire risque d'inspirer.

mardi 12 février 2008

Risk management

Aujourd'hui, bloc-notes plein de risque : « credit crunch » à la française, déçus du sarkozysme, charia à l'anglaise...

Kerviel_2 Comme prévu, l'affaire des subprimes ― qui n'est pas une crise des prêts à risque mais bien la conséquence de leur titrisation anarchique ― est en train de peser sur le marché français du crédit immobilier. Oh, pas au sens où des centaines de milliers de ménages seront jetés sur le pavé faute de pouvoir rembourser des échéances dopées par la hausse des taux : ces choses-là n’existent pas chez nous, réglementation du taux de l’usure et prêts capés obligent. Non : plutôt au sens d’un retour de nos banques à leurs habitudes frileuses.

Parce qu’ils se sont salement brûlé les ailes ― et continueront d’ailleurs de le faire avec la touchante naïveté d’un joueur de bonneteau ― sur leurs activités d’investissement, la Société Générale, le Crédit Agricole ou la BNP ont décidé de punir la clientèle de détail. Vous souhaitez acheter une maison ou un appartement mais vous n’êtes ni fonctionnaire, ni détenteur d’un apport personnel égal à 30% de la valeur du bien, ni capable de rembourser le capital en quinze ans ? Passez votre chemin. Le risque est trop élevé.

Il est vrai que confier 50 milliards d’euros sur dix-huit mois à un Jérôme Kerviel est prudentiellement plus raisonnable que de prêter 200 000 euros sur vingt-cinq ans à un Jean Dupont... Entre un contrat sur le DAX et un deux pièces à Montreuil, il faut savoir, hum, « arbitrager ».

*

Ce qui est amusant, avec les sondages, c’est qu’ils font émerger l’intéressante espèce des « déçus du sarkozysme », ces personnes qui, ayant voté pour l’hyperprésident, le découvrent soudainement inefficace, pusillanime, esbroufeur et manipulateur...

Si j’étais banquier, je refuserais de consentir un prêt immobilier à un déçu du sarkozysme, même fonctionnaire et doté d’un important apport personnel. Le risque est trop élevé.

*

Un qui a pris un vrai risque, c’est Rowan Williams, archevêque de Canterbury et, à ce titre, directeur de conscience d’une trentaine de millions d’anglicans. Après avoir prôné la possibilité, pour les musulmans britanniques, de s’organiser juridiquement sur les bases de la charia, le voici qui fait maladroitement machine arrière, assurant s’être mal exprimé tout en maintenant ses propos.

Espérons que notre propre commandeur des croyants, celui pour lequel seules l’espérance et la transcendance donnent du sens à la démocratie, ne sera pas séduit par la logique du prélat : « certains musulmans ne s’identifiant pas au système légal britannique », la mise en place de tribunaux confessionnels compétents pour les affaires de mariage, de divorce, d’héritage ou de relations commerciales améliorerait la cohésion sociale.

Sarkozy, tu es gentil, la loi de 1905, tu évites d’y toucher. C’est trop risqué.

© Commentaires & vaticinations

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