« Est-il absurde de désirer l'impossible ? »
A Paris comme à Téhéran, la réponse est non.
Il va falloir que j'arrête de fréquenter ces sites, blogs et autres fils de commentaires selon lesquels le complot américano-sioniste est derrière tout ce qui se passe sur la planète. Ça pèse sur mon moral et j'en viendrais presque à croire que les opinions de ce genre ont cours au-delà de quelques cercles de marginaux paranoïaques.
Tiens, l'affaire iranienne, par exemple : il n'est pas nécessaire de s'appeler Yves Lacoste pour comprendre que le régime des ayatollahs est à bout de souffle et que les moins de trente ans relativement éduqués qui forment le gros de ses sujets aimeraient bien changer d’air. Pour autant, il se trouve un tas de gens pour affirmer que nos médias mentent sur ce qui est en train de se produire à Téhéran, pour suggérer que « l'Occident » cherche en fait à déstabiliser un pays dont il entend récupérer les ressources pétrolières et, last but not least, pour conclure qu'Israël mène la danse en sous-main dans le cadre de son projet de destruction des sites nucléaires persans...
La foule dans les rues ? Une manipulation de la CIA. Les bourrages d'urnes ? Une rumeur propagée par la presse impérialiste et, croyez-le ou non, par Sarkozy himself ! Les banderoles en anglais des manifestants pro-Moussavi ? La preuve éclatante de la mascarade… Bon, ok, je sais bien que la petite bande d'aficionados du chavismo-ahmadinejadisme qui patrouille le Web 2.0 à la manière de pasdarans en quête de bonnes femmes mal voilées n'a ultimement pas plus d'importance que les chauffeurs de taxi qui vous donnent leur avis sur le crash de l'Airbus d'Air France — mais tout de même !
Bah, souhaitons bon courage aux démocrates iraniens qui n'hésitent pas à défier les voltigeurs au péril de leur vie ! Et espérons seulement qu'il leur arrive, de temps à autre, de tomber sur un papier du Monde Diplo décrivant la dérive fasciste de l'Hexagone : quand on est forcé de subir le totalitarisme intégriste hérité de Khomeiny, on ne doit pas avoir l’occasion de rigoler bien souvent.
Ça n'a rien à voir avec le sujet précédent (enfin, un peu tout de même), mais je suis bien embêté par ce débat sur l'interdiction possible de la burqa en France. Non pas que ma bienveillance à l'égard d'Obama m'ait conduit à changer d'avis sur la question du voile — je reste hostile au port d'insignes religieux « ostentatoires » dans les écoles ou par les agents du service public —, mais l'idée d'interdire à une adulte de s'habiller comme elle en a envie pour se promener dans les rues me met mal à l'aise.
La burqa est incontestablement un instrument d'asservissement de la femme et son rôle militant et prosélyte est une évidence. En proscrire le port n'en serait pas moins un renoncement à nos libertés individuelles, une sorte de patriot act à la gauloise dont nous ne pouvons pas nous accommoder. Je veux, moi-même, pouvoir traîner dans Paris avec un entonnoir sur le crâne si ça me chante (ne vous marrez pas, ce n'est pas plus grotesque que de s'enrober d'un drap noir pour descendre les poubelles et je crois me souvenir que le plus fidèle courtisan du Général était autrefois représenté la tête couverte d’une chantepleure par les dessinateurs du Canard enchaîné).
On trouvera peut-être paradoxal d'encourager la lutte contre le voile à Téhéran et de refuser son interdiction chez nous mais c’est ainsi. La liberté et la démocratie sont des concepts compliqués et je ne pense pas qu'apporter son soutien au Guide suprême de la révolution soit le meilleur moyen de les promouvoir. N’importe lequel des 600 000 ados sommés de répondre, hier encore, à la question « Est-il absurde de désirer l’impossible ? » vous le confirmerait.
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