Mon vélo et moi

mercredi 17 décembre 2008

Mon corps n'est pas une marchandise

On peut aller très loin à vélo. On peut même aller jusqu'à Ikea. Le problème, c'est qu'on ne peut pas en revenir.

Vélolourd Le seul véritable avantage de l'automobiliste sur le cycliste urbain — je veux dire son seul véritable avantage en plus de la sécurité d'un habitacle antichoc, d'une protection efficace contre les intempéries et du confort d’un siège bien rembourré —, c'est qu'il peut transporter tout un tas de trucs lourds ou encombrants... A vélo, en revanche, même trimbaler une miche de pain de campagne peut s’avérer délicat.

Parce que je préférais conserver à ma bécane le look nerveux et agressif dont l'ont doté ses concepteurs, j'ai longtemps rechigné à investir dans un porte-bagage. Regardons les choses en face, le porte-bagage est au cycliste ce que le cabas à roulettes est au client de supermarché : fonctionnel mais pas précisément sexy. J’ai pourtant fini par m’y faire, à l’un comme à l’autre. Hé, quoi, il arrive un moment dans la vie d’un homme où il doit apprendre à privilégier l’être sur le paraître… Je ne visite donc plus jamais un Franprix sans mon cabas mobile (mais il s'agit d'un modèle sport, très viril et digne de figurer à la rubrique cadeaux de Men's Health) et la roue arrière de mon bicloune est désormais surmontée d’une petite plateforme métallique pouvant supporter jusqu’à 25 kg.

Enfin, 25 kilos, c’est ce que prétend le type de chez Décathlon... Car si l’on peut caser certains objets plats comme un porte-documents ou un journal sous le clapet à ressort du bidule, une tripotée de câbles-tendeurs est indispensable au transport de tout article un peu volumineux. Las, il faut bien se fixer des limites et je n’ai pas encore suffisamment accepté l’idée de ressembler à un papy en promenade pour utiliser ce genre d'accessoires. Mais je vous rappelle que je fais déjà les courses avec un cabas à roulettes alors, pour les accusations de vanité mal placée, vous êtes gentils, mais vous repasserez !

Bon, il y a toujours l’option sac-à-dos/sacoche à bandoulière pour les affaires de sport ou l’ordinateur portable. N’ayant pas besoin de faire la navette entre la maison et le boulot avec un attaché case aux trois-quarts vide, comme le font ces gens qui aiment avoir l’air important, je m’en tire d’ailleurs assez bien la plupart du temps. Mais que je me laisse tenter par deux ou trois bouquins, un pantalon ou un four à micro-onde dans le cadre de mon programme de relance de la croissance par la consommation et me voici bien embêté. Mieux, et je le sais parce que je l’ai fait, traverser tout Paris en tenant le guidon d’une main pendant que l’autre retient une planche de contreplaqué de deux mètres de long est un vrai challenge pour conquérants de l’impossible. Il faut de l’équilibre (on peut changer de temps en temps, mais la planche n’est forcément que d’un seul côté à la fois), de la patience (le trajet dure trois fois plus longtemps qu’à vide), de l’abnégation (on pouvait bien s’en passer, de cette foutue planche !), de la force (bon sang, c’est lourd !), de l’adresse (les automobilistes ne sont pas plus bienveillants à l’égard d’un cycliste avec planche que sans, au contraire) et des freins efficaces (mais pas trop)…

Je sais bien que les stars de Venice Beach passent leur temps à remonter le boardwalk leur planche de surf sous le bras, mais la place de la République à 18h00 en plein mois de décembre, c’est à la fois moins glamour et plus sportif. C’est qu’il faut bien se rendre à l’évidence : le vélo est formidable comme alternative non-polluante aux modes standards de transports de personnes, mais totalement inadapté au transport de marchandises. Ecolos à faire rougir n’importe lequel de nos leaders verts, les Suédois ne se rendent d’ailleurs que rarement chez Ikea à bicyclette, préférant le break Volvo pour ramener leurs éléments de cuisine Brǿvd au chalet.

C’est ennuyeux, d’ailleurs, d’en être réduit à admettre que la voiture peut encore, parfois, se montrer supérieure au vélo en zone urbaine. Surtout lorsqu’on a fait le choix de ne plus en avoir, de voiture. Mais il paraît que l'on fabrique maintenant de petites remorques très hip, très tendance, permettant de transbahuter à peu près n'importe quoi sans avoir l'air de Darry Cowl dans le Triporteur. Ca m'arrange, parce que la planche, il va falloir la ramener : elle est trop grande.

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vendredi 05 décembre 2008

La chaîne de l'espoir

Il arrive parfois que des vélos soient volés. Il arrive tout de même plus souvent qu'ils ne le soient pas, quoi qu'en dise Ginette.

Ladrone Croyez-le ou non, le vol de vélo est un mythe patiemment mis au point par les adversaires de la moindre dépense physique ― lesquels en font même leur première bonne raison de continuer à se déplacer en bagnole. « Ah, moi, du vélo, j'en ferai bien, mais ma cousine Ginette s'en est déjà fait piquer trois… » entend-on fréquemment. « Et moi, c'est mon cousin Gaston : il en est pratiquement à une dizaine de vélos volés ! » renchérit toujours un clampin à la recherche d’un moyen d’en rajouter dans l’horreur, essentiellement dans le but d’accroître son prestige conversationnel à la machine à café.

Grattez un peu, toutefois, et vous découvrirez que soit Ginette n’existe carrément pas (vous en connaissez, vous des Ginette ?), soit elle ne sait même pas faire du vélo, soit elle a effectivement été la victime d’un voleur de bicyclette après avoir abandonné son bien sans cadenas sous un pont du périphérique trois jours durant...

Bon, évidemment, on en pique, des vélos. Selon certaines sources hautement imprécises, il en disparaîtrait d’ailleurs quelque 400 000 par an (sur un parc français de 30 millions). Mais ce qui est magnifique avec les statistiques, imprécises ou pas, c’est qu’elles n’ont souvent rien à voir avec votre expérience personnelle. Et la mienne, celle d’un cycliste urbain relativement aguerri, m’incite à penser qu’il n’est pas très compliqué d’éviter de se faire carotter son bicloune. Tiens, baladez-vous un peu dans Paris (mais ça marche aussi avec Marseille et Clermont-Ferrand) et vous constaterez à quel point est répandue l’idée qu’il suffit, pour être tranquille, d’en bloquer la roue avant avec un antivol qu’un enfant de quatre ans pourrait découper avec ses dents de lait. Dans un tel contexte, le voleur, même amateur, même débutant, se fera naturellement un devoir d’aller chercher son petit frère à la maternelle pour s’emparer de la machine…

Ça a l’air idiot, dit comme ça, sans précaution oratoire particulière, mais force est de constater qu’un vélo correctement attaché (avec un cadenas en U) par le cadre et à un point fixe, idéalement sur un trottoir éclairé et passant, est pratiquement involable. Ah, on peut aussi éviter de le laisser au même endroit plus de vingt-quatre heures : ça complète assez bien la stratégie ultra-sophistiquée que je viens de décrire. Car il faut bien l’avouer, et même si ça doit nuire à notre prestige de nation pionnière en matière de Vélib’ et autres dispositifs de bicyclettes en libre-accès, les deux-roues non-motorisés n’intéressent pas beaucoup les voleurs... C’est triste à dire lorsque l’on s’inquiète de la montée de l’obésité chez les jeunes générations, mais le délinquant de base privilégiera systématiquement le vol d’I-Pod, de sac à main ou de scooter sur celui d’un vélo.

Oh, revendre une bécane non-identifiée sur un marché aux puces reste à la portée du premier venu, mais encore faut-il pédaler jusqu’à la porte de Montreuil ! Et vous faites comment, si vous avez piqué deux vélos ? Non, vraiment, le trafic de vélos n’offre encore que de très faibles perspectives et il faudra sans doute attendre que la France rattrape la Hollande sur ce terrain pour que le marché se professionnalise et qu’apparaissent les premiers voleurs équipés de gros mollets et de cisailles industrielles…

Convenons-en, dans l’immense majorité des cas, les vols de vélos sont une question d’opportunité. Voyons voir : je viens de m’emparer du Nokia dernier-cri d’un ado boutonneux qui en tripotait le joystick trop ostensiblement devant moi, j’ai besoin de m’éloigner prestement du lieu de mon forfait et je subodore que mon Opinel n°4 suffira à faire un sort à l’antivol en plastique de ce superbe VTT… Hum, même le loubard le moins doué raisonnera qu’il est à la fois plus facile et moins risqué de s’approprier frauduleusement l’engin que d’enjamber le tourniquet du métro : a-t-on jamais entendu parler de l'existence de contrôleurs de pistes cyclables ? Il y a des limites à l'extension des profils de postes dans la fonction publique...

Je refuse d'ailleurs de lui jeter la pierre, à ce voleur qui fait tout de même l'effort de perdre quelques calories dans le cadre (en aluminium ?) de sa carrière criminelle. Et s'il faut rendre quelqu'un responsable de la terrible parano qui freine le développement du cyclisme en milieu urbain, mon regard se tournerait plutôt vers Ginette et son fameux cousin consommateur de café. Sacré Ginette… Et dire qu’elle ne sait même pas en faire, du vélo.

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mercredi 08 octobre 2008

Khmer vert

Certains pilotes de scooters indélicats sont daltoniens. Ce n'est pas bon pour leur sécurité.

Hulk_khmer_vert Il y a des jours comme ça... Des jours où rien ne va. Des jours qui donnent même le sentiment que tout pourrait aller encore plus mal... Alors, forcément, tout se met effectivement à aller plus mal. Vous vous disputez avec un attaché de presse un peu borné ; vous perdez les écouteurs de votre téléphone portable tout neuf ; vous vous souvenez alors, mais bien trop tard, du coup de fil indispensable qu’il fallait passer, du mail super urgent qu’il fallait envoyer… Mais le pire, en rentrant chez vous à vélo, c'est de manquer de vous faire écraser par une fourgonnette aux couleurs d’une grande société d’ingénierie nucléaire. L'un de ces petits véhicules commerciaux conduit par un gros type à moustache dont le mépris pour les cyclistes urbains n’a d’égal que son manque d’intérêt pour l’interdiction de boire avant de conduire.

Moi, évitant de justesse d’être coincé entre un lampadaire et la voiture : « Hé là, vous ne pouvez faire  attention en tournant ? Vous avez entendu parler du code de la route et des pistes cyclables ? » Le gros s’arrête dans son virage, me regarde et lance : « J’t’emmerde ! T’as qu’à t’mettre ailleurs ! »

Mais je décide d'ignorer ce judicieux conseil. Je m’approche même de la portière pour lui répondre, encore assez courtoisement que, oui, il m’emmerde, mais que ça m’emmerde qu’on m’emmerde. Enfin, je ne le dis pas exactement comme ça mais c’est l’idée. Il s’extrait alors de sa fourgonnette, vient se poster devant moi, furibard, empestant l’alcool et hurle : « Et alors, tu fais quoi maintenant, quand un mec de 110 kilos veut te péter la gueule ? » Normalement, en tant que type d’à peine 90 kilos moi-même, je me replierais prudemment : se faire volontairement casser la figure après avoir évité de se faire écrabouiller, ça manque de cohérence.

Là, pourtant, je n’ai pas envie de céder. Je le regarde droit dans les yeux. Ces deux globes visqueux et injectés de sang sont à dix centimètres de mon visage. Il respire bruyamment et son haleine parfumée au Ricard est écœurante. Il approche ses mains de mon cou comme pour m’étrangler mais je continue de le regarder fixement. Je crois même que je suis en train de sourire, bizarrement. Et là, il se dégonfle comme une baudruche, ce gros bonhomme tout rouge. Est-ce qu’il s’est soudain rendu compte de la terrible vacuité de son comportement ? De l'importance d'un partage harmonieux de la route entre modes de déplacements complémentaires ? Son cerveau embrumé lui a-t-il transmis le message que 90 kilos, ça n’est pas négligeable non plus et que l’affaire pourrait prendre une autre tournure ? Nul ne le sait. Même pas lui, sans doute. Il tourne les talons, remonte dans sa fourgonnette où l’attend un collègue au moins aussi imbibé que lui, claque la portière et hurle une dernière fois sa haine des vélos, du code de la route, des types de 90 kilos qui ne se défilent pas devant ceux de 110 kilos.

Mais j’ai gagné. Le gentil cycliste a gagné ! Gros con : zéro, gentil cycliste : 1.

*

Il y a des jours qui suivent les jours où tout va mal et qui, curieusement, leur ressemblent fortement. La dispute avec l’attaché de presse dégénère, le coup de fil urgent que l’on n'a pas passé a de terribles conséquences, tout comme le mail oublié... Et voilà qu’un cadre à l'allure pas franchement dynamique en scooter vous fait une queue de poisson dans la piste cyclable. Une queue de poisson dans la piste cyclable, bon sang ! Et voilà que, bis répétita, vous vous retrouvez presque le nez dans le caniveau, seul votre incroyable sens de l’équilibre vous évitant le pire. Rattrapant le chauffard au feu, vous lui faites part de votre façon de penser : « Ça va pas ? Vous avez vu ce que vous venez de faire ? Z’êtes pas bien ? Et sur la piste cyclable en plus ! »

Lui, méprisant : « Oh ça va, t’es flic ? C’est toi qui fait respecter les pistes cyclables ? »

Non, mais je suis à vélo et j’ai failli me manger un trottoir…
Ok. T’es pas mort, non ? Lâche-moi alors
― …

Je n’en reviens pas. Et en plus, le gars se paye ma tête ! Je suis hors de moi. Je l’observe, incrédule. J’ai beau être en colère, je remarque les poils drus qui débordent de son gros nez, son petit costume gris, sa cravate de comptable, le pin's de sa société au revers... Un piéton, arrivant à notre hauteur, prend son parti et me traite de khmer vert ― oui, de khmer vert ! Je suis à vélo, je me dispute avec un type avec un moteur, il n’a rien vu mais il subodore que je suis certainement l’un de ces fondamentalistes écolos qui empêchent les gens normaux de vivre leur vie de perfusés au Super 98. Le gars sur le scooter est aux anges, lui aussi il se met à me traiter de khmer vert.

C’est alors que je me transforme. Oh, pas en khmer vert, je m’appelle Hugues, pas Hulk. Mais ces deux crétins ont réussi à me mettre dans une rogne terrible. Je balance un grand coup de poing sur le sommet du casque du type en scooter et je m’en vais, à peu près aussi tourneboulé par l’aventure que par mon propre coup de sang : je suis devenu le gros con de la veille. J’étais le gentil, je suis devenu le méchant ! Khmer vert ! Khmer vert !

Pédalant comme un dingue, je leur lance : « Je vais au salon de l’auto, espèces de demeurés ! »

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jeudi 20 mars 2008

Fichus scooters !

« Deux-roues » est une expression générique qui empêche de distinguer le bon grain (le vélo) de l'ivraie (le scooter). Vivement que le trois-roues motorisé se généralise !

Scooters Le cycliste urbain n'a pas d'amis. Et si le bobo nonchalant, panier d'osier débordant de légumes bios sur le guidon de son hollandais vintage, reste populaire du côté de la Bastille, le pédaleur pressé en route pour le boulot aux heures de pointe est universellement détesté : détesté par les automobilistes, évidemment ; détesté par les piétons, ça va sans dire ; détesté par les motards, vous vous en doutez ; détesté par les autres cyclistes, bobos bataves en tête... Mais surtout, détesté par les pilotes de scooters !

Enfin, j’écris pilote, mais c’est faute de disposer d’un terme susceptible de décrire de manière plus appropriée le cadre moyen ayant troqué la voiture pour un Yamaha T Max parce que c’est « pratique », mais dont le comportement et la philosophie demeurent, pour l’essentiel, ceux d’un automobiliste. Juché sur une machine au look de soucoupe volante, l’extension Bluetooth de son iPhone vissée à l’oreille, il arpente la cité comme il le faisait au volant de sa Golf 16S ou de son Audi TT : en propriétaire convaincu de ses prérogatives. Le seul moment où il se souvient d’être devenu un « deux-roues », c’est lorsqu’il constate à quel point il est désormais facile de remonter les files à vive allure ou de changer de direction sur un coup de tête. Comme une auto, oui, mais en mieux, quoi !

Clairement, le bonheur du scootériste serait complet s’il n’avait pas à s’accommoder de la présence de vélos sur son parcours. Les voitures, à vrai dire, ne lui posent pas tant de problème : elles lui sont familières, il en possède une pour le weekend et les sorties en famille et ne se lasse pas de les snober aux feux rouges. Avec les motos, c’est un peu différent : il les respecte de loin, surtout les gros cubes, et passe sa vie à se demander s’il est lui-même perçu comme un authentique motard par ce propriétaire de 1 000 cm3 au blouson de cuir râpé croisé en faisant le plein au relais Total de la porte de Bagnolet.

Le vélo, en revanche, est une nuisance, un obstacle. Il encombre les pistes cyclables, si commodes pour remonter une rue de Réaumur saturée de 4X4 ; il est lent ; il occupe les racks de stationnement pour deux-roues qui devraient lui être interdits si les Khmers-verts n’avaient pas pris le contrôle de cette foutue mairie socialo-collectiviste, empêchant les Parisiens qui travaillent et paient des impôts de créer de la richesse, merde alors !

Tout est bon, du point de vue du scooter, pour marquer son mépris à l’égard de cet empêcheur de vroomer en rond. Queues de poisson, frôlement périlleux, déboîtages inopinés... D’une manière générale, le cycliste semble être considéré comme une sorte de point fixe placé sur le bitume et qu’il convient de contourner, généralement par la droite, en mettant les gaz au moment où il s’y attend le moins. Le faire tomber n’est pas un but en soi, naturellement : le propriétaire de scooter ayant des chances d’être middle-manager dans une compagnie d’assurance, il ne saurait être le responsable d’une baisse de sa propre prime d’intéressement. Mais lui faire perdre l’équilibre quelques instants peut être amusant à observer dans le rétroviseur !

D’une certaine manière, toutefois, la prolifération des scooters en milieu urbain est une bonne chose pour les cyclistes dans mon genre, que leur expérience du comportement erratique des automobilistes et leur connaissance du bitume parisien amènent à un peu trop de désinvolture. Antilopes sans défense perdues dans la jungle de béton, nous avons besoin de savoir qu’il existe un prédateur sans foi ni loi, chassant par sport plutôt que par nécessité, capable de toutes les sournoiseries pour parvenir à ses fins, absolument inaccessible à la pitié ou à la fraternité, totalement concentré sur les cours de la bourse crachotés par BFM dans leur oreillette.

Et peut-être est-elle là, la justification sociale du scooter, aussi méchant soit-il ―  aussi stupide... Chacun sait qu’à l’intérieur d’un écosystème, le « nuisible » n’existe pas. Et que même le rat, même le scorpion, même le pou, occupent, d’une manière ou d’une autre, une niche écologique dont la disparition serait fatale à l’ensemble du milieu. Hum, dénicher un argument écologique pour défendre l’existence du scooter est sans doute un peu tiré par les cheveux, lorsque l’on sait que ces machines de conception primitive polluent deux fois plus que les autos qu’elles sont censées remplacer... N’empêche, je suis heureux de constater à quelle vitesse les scooters à trois roues sont en train de remplacer leurs cousins à deux roues : nous partageons peut-être le même biotope, mais certainement pas la même espèce.

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vendredi 21 septembre 2007

Le grand saut

Il ne suffit pas de se déplacer à vélo pour se transformer en un authentique cycliste urbain. Il faut aussi se montrer capable de l'ultime sacrifice...

VideCa y est, c'est fait... C'est même administrativement officiel ! J'ai soigneusement découpé, le long des pointillés prévus à cet effet, le petit triangle figurant en haut à droite de ma carte grise, signé tout un tas de certificats, serré vigoureusement la pogne de celui qui prendra désormais place au volant de ma petite Opel et franchi le fossé qui sépare trente-cinq millions de Français à moteur de leurs compatriotes écologiquement corrects.

C’est que ce n’est pas rien, ce genre de conversion au vélocipédisme intégral. On est là, à se la jouer cycliste du quotidien, et que je te grille les feux sur mon VTT, et que je te fais la course avec les scooters en remontant l’avenue de la République, mais en réalité, à la première occasion, un petit tour dans le parking du deuxième sous-sol et, hop, vous voici redevenu automobiliste.

Bon, dans mon cas, la voiture avait surtout tendance à prendre la poussière, batterie déchargée et durites asséchées. Mais tout de même, elle était là, tapie dans l’ombre, attendant patiemment son heure. Eh bien, elle en aura été pour ses frais puisque c’est le vélo qui a gagné. Quel intérêt, en effet, de rester l'heureux propriétaire d'une auto ne parcourant guère qu’un petit millier de kilomètres par an ? Quelle logique à se croire obligé, certains jours, d’organiser une expédition autoroutière dans le seul but de lui permettre de se dérouiller les pistons ? Non, il fallait mettre un terme à cette situation absurde, trancher dans le vif une bonne fois pour toutes !

Les arguments en faveur d’une préservation du statu quo étaient pourtant nombreux : le vélo, la nuit, en hiver, sous la pluie, tout ça, on a connu plus agréable. De surcroît, le métro s’arrête à 1h00 et compte tenu de la pénurie chronique de taxis dont souffre la capitale, disposer de sa propre boîte en métal sur pneus peut s’avérer utile. Mais hey, Europcar n’est pas fait pour les chiens et Paris est en train de se doter, lentement mais sûrement, de solutions de location à l’heure parfaitement adaptées à ce genre de situation.

Je ne dis pas, bien sûr, que voir s'éloigner ainsi ma petite Corsa rouge dans le couchant n’a pas déclenché en moi un vague sentiment de culpabilité. Toutes ces années de transport de poussettes, de bébés hurlant et vomissant ou d’étagères Ikea dans leurs paquets plats, ça crée des liens... Et ce trajet Pampelune-Paris, l’été de la canicule, lorsque le radiateur était resté bloqué à fond et les vitres électriques coincées en position haute, ça compte pour du beurre ? Mais la nostalgie est une émotion trompeuse, un peu comme ces souvenirs de salle de classe magnifiés par le temps : on croit regretter ce prof de maths que l’on détestait pourtant quand c’est de sa jeunesse et de son crâne encore chevelu que l’on se souvient en écrasant une larme. Joli, non, comme exemple ? Tiens, j’aurais même pu tenter une réminiscence du service militaire et de l’adjudant Truc si je ne m’étais pas fait réformer pour motif psychiatrique...

Mais revenons à nos moutons. Donc, désormais je n’ai plus d’auto. Plus de soucis mécaniques. Plus de problèmes de stationnement. Plus d’assurance à payer. Plus de parking à louer. Plus de bip de porte de garage pour alourdir mon jeu de clés et déformer mes poches de pantalons. Plus de passages par la station Total de la porte de Bagnolet... Mon empreinte écologique vient de s’alléger un grand coup et, à ce stade, même un tour du monde en avion ne suffirait pas à faire repasser mon compte environnemental dans le rouge. Une question demeure, pourtant : qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire du porte-vélo que j’avais acheté pour la voiture ?

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lundi 13 août 2007

Crâneur !

A vélo, le casque n'est pas obligatoire. Tout juste recommandé. Une excellente excuse pour ne pas se promener en ville déguisé en amateur d'EPO...

CasqueLorsque j'ai commencé à faire du vélo « sérieusement » dans Paris, je me suis acheté un casque — une jolie coque en polystyrène expansé recouverte d’une couche de plastique bleu-nuit à 29 euros... Plus par goût du symbole, d'ailleurs, que par souci de sécurité : en m'équipant ainsi, j'avais le sentiment d’entrer plus officiellement dans le cercle des cyclistes urbains et de prendre mes distances avec ces pédaleurs d’occasion pour lesquels le vélo n’est qu’un moyen de transport « de complément », un gadget.

J’ai eu du mal à m’y faire, pourtant, le profil ridiculement aérodynamique de l’objet, comme les décorations psychédéliques censées me permettre d’avancer plus vite, me seyant mal au teint. Je ne suis pourtant pas un homme élégant, c’est le moins qu’on puisse dire. Je serais même, en fait, le contraire exact des Brummell soucieux de leur apparence qui m’observent parfois d’un air condescendant, eux en auto, moi en vélo, en se demandant comment un type de quarante ans peut encore s’habiller comme un ado et circuler en deux-roues non motorisé...

Le contraire exact de mes congénères en complet-veston, donc, mais tout de même pas le genre de gars à avoir totalement renoncé au contrôle de son apparence. Jeans génériques, oui ; T-shirts informes, oui ; K-way sans charme les jours de pluie, oui... Mais cet accessoire pour bambin venant tout juste de se délester de ses stabilisateurs, non merci ! Pas pour moi ! Bon, les premiers temps, j’ai fait des efforts : je l’avais acheté, il était là, je le portais de temps en temps. Puis, je m’en suis servi de moins en moins souvent, le laissant généralement pendouiller au guidon histoire de lui faire prendre l’air. Jusqu’à ce qu’un beau jour, l’ayant malencontreusement oublié sur sa patère improvisée après avoir parqué mon bicloune dans une rue mal famée de la capitale, un voleur ne se mêle de m’en débarrasser une fois pour toute. C’est amusant, d’ailleurs, cette idée d’un type assez malhonnête pour s’emparer de ce qui ne lui appartient pas mais suffisamment respectueux de simples « recommandations » pour avoir besoin d'un casque lorsqu’il circule à vélo. La nature humaine, décidément, reste d’une immense complexité.

Interprétant l’affaire comme un signe de la Providence, laquelle reconnaissait sans doute ma bonne volonté initiale tout autant que le ridicule du port du même casque que Lance Armstrong au Tourmalet pour pédaler vers la Bastille, je décidais d’en rester là et de me contenter des trois poils qui me restent sur le caillou pour amortir la rencontre éventuelle de ce dernier et d’un rebord de trottoir.

Et d’ailleurs, cet accessoire me protégeait-il réellement en cas d’accident ? Et l’absence d’obligation n’était-elle pas la preuve d’une certaine inutilité de ce petit morceau d'armure ? Je ne me permettrai pas de trancher définitivement sur ce point (il y a des enfants qui me lisent), mais force est de constater qu’un débat existe et que des arguments raisonnables sont proposés par les amis comme par les ennemis du casque de vélo. Commençons justement par les « antis », puisque c’est d’eux que je me réclame pour justifier l’injustifiable...

Selon l’Association des Cyclistes Australiens Franchement Hostiles au Port du Casque de Vélo (si, si, ça existe), une organisation née de l’introduction, dès 1990, d’une interdiction de circuler tête nue down under — je veux dire tête nue et à vélo, évidemment, l’Australie reste une contrée soucieuse des libertés individuelles —, le premier effet de la loi a été de réduire de 30% le nombre de cyclistes ! Une statistique qui donne à réfléchir sur la proportion de fashion victims dans la population générale d’une part, mais également sur le nombre de personnes soucieuses de réduire leur empreinte écologique et d’améliorer leur équilibre cardio-vasculaire sans avoir l'air stupide.

Mais ce n’est pas tout, puisqu’au strict plan de la sécurité, le nombre de cyclistes impliqués dans des accidents est demeuré stable en valeur absolue, indiquant que les comportements risqués, davantage que le port du casque, étaient à incriminer. Et surtout, même si les informations sur ce point sont assez lacunaires chez nos voisins du dessous, le nombre de chocs à la tête viendrait de toute façon loin derrière les autres types de contusions, les lombaires ou les membres inférieurs étant les plus souvent affectés. Enfin, je me garderai bien de donner mon sentiment sur cette étude de l’Université de Bath (Grande-Bretagne) assurant en substance que « les automobilistes ont tendance à passer plus près des cyclistes casqués que des autres, augmentant les chances d’accidents », mais j’en abandonne les conclusions à votre sagacité : le port du casque serait carrément dangereux !

De l’autre côté de la barrière, étonnamment, l’on préfère se gausser de ce genre d’affirmation. Et si l’on admet effectivement que le nombre de cyclistes est affecté à la baisse par l’obligation de porter le casque, l’on corrèle directement la baisse du nombre de blessures au crâne avec l’augmentation des effectifs de pédaleurs casqués. Une constatation logique, mais qui ne contredit pas nécessairement le discours des « antis » : en cas de choc à la tête, vous aurez plus de chance de vous en tirer avec un casque, ok. Mais la proportion de chocs à la tête étant  faible, sinon marginale, quel enseignement général en tirer ? Et faudrait-il imposer le port d’un baudrier protégeant le dos au prétexte que les lombaires sont les plus menacées ? Et quid de protections pour les bras et les jambes ?

Bon, je plaisante, bien entendu. Je suis moi-même tout à fait convaincu de l’intérêt du port du casque même si je subodore qu’à l’échelle d’un pays comme la France, l’impact sanitaire positif serait supérieur si les amateurs de junk food abandonnaient le régime MacDo pour se mettre au vélo, même sans casque. L’obésité et l’absence d’exercice étant une menace plus grande sur l’espérance de vie du Gaulois contemporain, la question du port du casque en deviendrait assez anecdotique. A moins, bien sûr, que ce dernier ne vive encore dans la crainte que le ciel lui tombe sur la tête.

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lundi 09 avril 2007

Bel effort dans la montée (en gamme)

Acheter un nouveau vélo, c'est un peu comme acheter une nouvelle voiture. Sauf que c'est complètement différent si vous voyez ce que je veux dire...

VttL'équipement d'un cycliste urbain en début de carrière est rarement impressionnant. Occasions ou, dans mon cas, premiers prix de chez Décathlon sont généralement au menu compte tenu d'un risque élevé d'abandon de ses bonnes résolutions écolo-sportives bien avant l'amortissement d'une bécane trop dispendieuse... Il arrive pourtant un moment où, le métier venant, l'idée d'une montée en gamme se met à germer. Oh, il y a du pour et du contre, évidemment. Et le nombre de vétérans du pédalage citadin circulant sur d'authentiques pièces de musée en est la preuve : on peut parfaitement s'accommoder, à long terme, d'un vélo mangé par la rouille.

Un trop beau matériel, d'ailleurs, aiguisera fatalement les convoitises et vos chances d'être dépouillé de votre bien en seront considérablement augmentées. Une machine flambant neuve aura de surcroît, et assez paradoxalement, moins de charme qu'un bicloune usé, vieilli, fatigué... Hum, ces considérations sont recevables, mais valent de se voir opposer les contre-arguments suivants : un vélo que l'on utilise tous les jours, qu'il pleuve, qu'il neige ou qu'il vente et de façon, sinon sportive, au moins nerveuse, se doit d'être fiable et confortable. Croyez-moi, une chaîne n'acceptant de changer de plateau qu'avec réticence, des freins capricieux, un cadre à la géométrie non-conforme à votre morphologie et un poids ridiculement élevé finissent toujours par agacer.

Mais bon, encore une fois, tout ça, c'est un peu du baratin. Et au bout du compte, ce désir de changement emprunte surtout à la logique qui impose au propriétaire d'une voiture X, parfaitement adaptée au transport de ses gosses et de ses provisions, l'achat d'une voiture Y, plus moderne et, censément, plus performante. Le choix d'une auto est plus souvent gouverné par des considérations statutaires que par un impératif d'efficacité et les constructeurs savent bien que tel ou tel modèle séduira davantage le jeune cadre urbain célibataire que le pater familias installé dans un lotissement Kaufman & Broad de la première couronne parisienne... « Dis-moi ce que tu conduis et je te dirai qui tu es », affirment doctement les spécialistes du marketing appliqué à la mobilité individuelle lorsqu'ils se prennent pour des sociologues.

Donc, dans l'échange d'un vélo bas de gamme contre un vélo plus sophistiqué, il y a sans doute un peu de ça, de cette attitude de soumission absurde à une société de consommation capable de  forcer un type dont le Riverside à 149 euros fonctionne parfaitement à repasser à la caisse pour se doter d'une machine plus prestigieuse. Il y a de ça, mais pas seulement. Car enfin, et alors qu'une voiture de luxe a toujours l'air d'une voiture de luxe, même aux yeux du pire analphabète automobilistique, rien ne ressemble plus à un vélo haut de gamme qu'un vélo bas de gamme.

Je viens moi-même de faire l'acquisition d'une nouvelle bécane, après des semaines d'atermoiements. Comme l'automobiliste rencontré plus haut, je savais bien qu'il s'agissait d'une pulsion irrationnelle, que ma vie n'en serait pas transformée, qu'il faudrait toujours pédaler pour faire avancer l'engin dans les côtes... Mais, au contraire de ce benêt motorisé sans colonne vertébrale (ni muscles dans le jarret), il me semble qu'il s'agissait davantage de la satisfaction d'un désir privé que d'une démarche classiquement ostentatoire et conformiste. Car enfin, les passants ne vont tout de même pas se retourner dans la rue pour voir passer un type sur un VTT Exalt+ 4.0S H06 à 399 €, pas plus qu'ils ne se pâmaient devant moi lorsque je leur coupais la route sur mon Riverside... Enfin, en tout cas, je n'ai pas encore remarqué. Ou alors oui, peut-être... Vaguement... Mais je pensais que c'était moi qu'ils admiraient, pas le vélo...

Non, clairement, circuler sur vélo neuf, même équipé d'un cadre en aluminium, de freins à disques à l'avant, d'une fourche à la suspension réglable n'épatera ni le non-spécialiste, ni le véritable amateur, lequel identifiera immédiatement l'engin pour ce qu'il est : un vélo très moyen (les vrais vélos haut de gamme se négocient bien au-delà du millier d'euros), actuellement en promotion dans tous les Go Sport de France et de Navarre. Une BMW Série 7 ou un Porsche Cayenne, en revanche...

Mais peu m'importe. Le printemps est là, il fait beau et je suis très fier de mon nouveau vélo, de son dérailleur qui fonctionne, de sa fourche télescopique réglable, de son poids presque plume. Pourvu qu'on ne me le pique pas tout de suite.

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dimanche 11 mars 2007

Habillé pour l'hiver

La délicate question du respect des feux rouges ayant déjà été traitée, abordons celle du cycliste urbain comme « fashion victim » à l'occasion de cette deuxième livraison de « Mon vélo et moi ».

Cyclingrain_1Ma propension naturelle à m’habiller n’importe comment, de même que l'exercice d’une profession n'exigeant pas le port d’une panoplie de monsieur comme-il-faut, facilitent énormément mon existence de cycliste urbain. Pour autant, la pratique quotidienne du vélo implique une sérieuse réévaluation de ses habitudes vestimentaires : avoir trop chaud, ce n’est pas bon ; trop froid, ce n’est pas mieux ; n’être qu’insuffisamment protégé des intempéries est carrément dramatique...

Clairement, c’est à la belle saison que les choses sont les plus simples. Jeans et T-shirts sont alors totalement adaptés au pédalage parisien, même si l’absence de cache-chaîne sur mon destrier Décathlon m’impose d’enserrer, façon Bourvil, mes bas de pantalons dans de petites bandes de velcro fluorescent. Et au final, même si je transpire un peu, ce n’est pas le voisin de bureau émergeant en nage d’un métro torride et suintant qui me reprochera quoi que ce soit. L’été, le vélo est roi.

En fait, les difficultés cyclo-vestimentaires ne commencent vraiment qu’à l’automne, lorsqu’une veste ou un blouson deviennent nécessaires. Car comment se protéger du froid et du vent tout en tenant compte du réchauffement rapide que provoque immanquablement un trajet Ménilmontant-Opéra en 14 minutes chrono ? Le vélo est le seul moyen de transport permettant de crever de chaleur ou de se les geler par micro-phases intermittentes de quelques secondes, voire d’éprouver ces deux sensations simultanément. Il existe bien des vêtements dits « techniques » dont le but est de rendre cette contradiction thermique supportable, mais ils ont l’immense inconvénient, justement, d’avoir l’air de vêtements techniques... Je m’habille peut-être n’importe comment, mais pas avec n’importe quoi. Et l’idée de parcourir les rues et les avenues de la Ville-Lumière déguisé en Lance Armstrong me semble aussi saugrenue que celle d’enfiler un complet-veston en Tergal® avant de quitter la maison.

D’où l’inlassable recherche du vêtement ultime qui, tout à la fois, me protégera du froid, du vent, de la chaleur et de la pluie sans pour autant me forcer au sacrifice de mon look d’ancien baba converti au pragmatisme social-libéral ― look étudié s’il en est. Mon manteau de cuir marron, acheté au salon du cheval il y a quatre ans ? Trop long. Pas confortable. Mon blouson thermique jaune-vif, cadeau d’une attachée de presse en échange de je ne sais plus quelle entorse à la déontologie ? Trop jaune. Trop vif. Trop technique. Mon K-Way bleu-marine ? Même ma fille de dix ans refuse d’être vue en ma compagnie lorsque je le porte... Non, il faut bien l’avouer, je n’ai toujours pas trouvé le vêtement idéal et je me contente d’alterner entre les différents éléments qui composent ma misérable garde-robe ― éléments suffisamment inappropriés pour me faire regretter de ne pas être fan de Poulidor, merde, et que l’on en parle plus ! Mais je garde l’espoir : un jour, je trouverai.

Le froid, c’est une chose. La transpiration, on s’en accommode. Mais la pluie, c’est une toute autre affaire. Rouler mouillé est carrément insupportable et les chances d’attraper la crève sont trop nombreuses pour être ignorées. L’eau vous ruisselle sur le visage et remonte le long de vos manches par l’intérieur ; vos chaussures sont pleines de flotte ; votre pantalon a l’air de sortir de la machine à laver avant d’avoir été essoré... Bref, vous êtes trempé. De surcroît, votre bicloune n’est même pas équipé d’un garde-boue à l’arrière, d’où l'arrosage dorsal ininterrompu d’eau crade pendant tout le trajet...

Là encore, je n’ai pas encore de solution définitive. Je bricole. Je tente ceci ou cela. Et pour la tête les jours de tempête ? Parfois une casquette de baseball, un bonnet en laine... Ou tiens, ce blouson dont la capuche refuse obstinément de tourner en même temps que ma tête dans les moments ou jeter un coup d’œil de côté est susceptible de me sauver de l’écrasement entre un bus et un camion-poubelle... Après quatre ans de vélo à temps partiel, et plus d'un an à temps plein, je reste incapable de trouver les vêtements adéquats au seul mode de transport urbain pesant positivement sur mon empreinte écologique personnelle. Parti comme c'est, ça risque de durer. Mais ça ne m'empêchera pas de continuer à pédaler : la quête du Graal, ça maintient en forme.

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vendredi 29 décembre 2006

Rebel without a cause

Peut-on concilier sens aigu de l'Etat de droit et mépris profond pour un code de la route inadapté à l'usage du vélo en ville ? Je prétends que oui (mais vous n'êtes pas forcés de me suivre si ça va trop vite).

Rebel_without_a_cause_1Ca n'a sans doute l'air de rien, mais il y aura bientôt un an que je n’ai pas rechargé mon Pass Navigo, le rectangle de plastique électronique remplaçant désormais la bonne vieille carte Orange des Parisiens. Oh, il m’arrive encore, en cas de force majeure, de prendre le métro ou le RER mais, au final, je suis bel et bien devenu l’un de ces néo-cyclistes qui agacent tant les chauffeurs de bus et de taxis évoluant dans les mêmes voies réservées.

Pas question, pour autant, de me sentir la moindre parenté avec les dandies qui, perchés sur un bicloune hollandais, font du vélo comme on prend le thé, avec l’élégance affectée d’une rombière à lavallière. Bobo pour bobo, j’appartiens à la sous-espèce du « cycliste-urbain-sportif ». Enfin, pas sportif au point de circuler en vélo de course déguisé en Lance Armstrong : on a sa dignité. Mais sportif au sens où je pilote mon Riverside Décathlon à 149 € avec la fébrilité d’un otaku en passe d'atteindre l'ultime palier de son wargame favori, sans pour autant prendre de vrais risques ― pour moi ou pour mon prochain. Bobo sportif, donc, mais bobo tout de même.

D’ailleurs, et à l’inverse de la plupart de mes camarades-pédaleurs, j’ai tendance à me montrer particulièrement respectueux du code de la route et de l’étiquette vélocipédique : utilisateur consciencieux des kilomètres de pistes aimablement mis à ma disposition par Bertrand Delanoë, je dispose, à l'avant comme à l'arrière de ma bécane, de petites lumières triplement estampillées NF, TUV et CE et le timbre de ma sonnette est réglé pour être entendu à plus de 50 mètres... Un vrai premier de la classe. A un micro-bémol près : je ne m’arrête pas aux feux. Jamais. Enfin, sauf lorsque la police est là et seulement depuis un petit incident m’ayant coûté, non pas un bras, une jambe ou un crane, mais la somme forfaitaire de 90 euros.

Ce samedi matin-là, j’étais allé faire un peu de vitesse sur la boucle cyclable du bois de Vincennes, histoire de me préparer à l’un de ces défis à la manque dont j’ai le secret. Débouchant en trombe de l’avenue des Minimes sur l’esplanade du château, je choisissais, en moins d'une seconde, de ne pas m’arrêter au feu rouge sous lequel patientait sagement une estafette de la police. Bon, pour mieux appréhender la situation, il convient de se représenter cette esplanade comme un vaste espace totalement désert en bordure d’un bois interdit aux voitures ― les flics et moi-même étant, à cette heure assez peu civilisée (6h30), les seules preuves par l'absurde de l’intelligent design à un kilomètre à la ronde...

J’aurais pu, évidemment, m’arrêter à côté de leur Peugeot customisée et attendre gentiment le passage au vert d’un feu particulièrement lambin (je connais bien le coin). Mais, on l'a vu, il ne m'avait suffit que d'un bref instant pour décider que, non, vraiment, être hypocrite de si bon matin, accepter de jouer ce jeu stupide du type qui ne traverse une rue déserte, de nuit, qu’après l’activation du petit bonhomme olive fluo, n’était pas justifié. Et je suis passé. Et ils m’ont stoppé. Et ils m’ont allumé.

A les entendre, je venais en effet de prendre un « risque énorme », faisant là la démonstration d'une incroyable irresponsabilité. Empochant humblement mon PV (l’une des fliquettes, particulièrement remontée, parlait même de m’emmener au poste comme un vulgaire Villepin), j’allais d'ailleurs jusqu’à jurer qu’il s’agissait d’une bonne leçon et que, bien entendu, croix de bois, croix de fer, je ne le ferai plus.

Mais je l’ai refait, évidemment. Et si la moindre leçon devait être tirée de cette expérience, c’est bien qu’il ne faut jamais griller un feu en présence d’un policier. Car pour le reste... Mon expérience du cyclisme urbain m’a conduit à considérer les feux comme des panneaux stops, voire comme de simples « Cédez le passage ». Un vélo n’est pas une voiture (je ne passe jamais au rouge en auto) et l’idée qu’il faille respecter exactement les mêmes règles que les engins à moteur me semble franchement stupide ; a fortiori dans une montée difficile, lorsque le feu ne permet à personne de traverser ou à aucun véhicule de passer.

J’imagine qu’il est assez difficile, pour quelqu’un qui n’aurait jamais fait de vélo en ville, d’accepter ce point de vue, exemple frappant de la capacité des Français à ne respecter que les règles qui les arrangent, sans pour autant hésiter à dénoncer le voisin coupable de ne suivre que son propre code éthique. Mais j’ai appris à vivre, moi-même, avec cette contradiction et c’est sans le moindre sentiment de culpabilité que je grille feu rouge sur feu rouge, sous les regards haineux des automobilistes, des motards, des amateurs de scooters et, même, des cyclistes dont les choix de rébellion se situent à un autre niveau ― comme l’absence de catadioptre aux normes NF, par exemple.

Les piétons, eux, ont tendance à apprécier mon comportement, mon sens de la solidarité mobilement-durable m’incitant à leur céder systématiquement la priorité, parfois au prix d’improbables gymkhanas entre chaussée et trottoir. Mais c’est ainsi et, tout partisan de l’ordre juste ségoliste que je sois, je me permets cette entorse majeure, répétée, assumée au code de la route. Et même, je m’en vante (mon camarade Eolas m’ayant préalablement assuré qu’un tel coming out ne présentait pas de risque particulier au plan légal). Je m’en vante, oui. Quelle honte !

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