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Mon vélo et moi

jeudi 20 mars 2008

Fichus scooters !

« Deux-roues » est une expression générique qui empêche de distinguer le bon grain (le vélo) de l'ivraie (le scooter). Vivement que le trois-roues motorisé se généralise !

Scooters Le cycliste urbain n'a pas d'amis. Et si le bobo nonchalant, panier d'osier débordant de légumes bios sur le guidon de son hollandais vintage, reste populaire du côté de la Bastille, le pédaleur pressé en route pour le boulot aux heures de pointe est universellement détesté : détesté par les automobilistes, évidemment ; détesté par les piétons, ça va sans dire ; détesté par les motards, vous vous en doutez ; détesté par les autres cyclistes, bobos bataves en tête... Mais surtout, détesté par les pilotes de scooters !

Enfin, j’écris pilote, mais c’est faute de disposer d’un terme susceptible de décrire de manière plus appropriée le cadre moyen ayant troqué la voiture pour un Yamaha T Max parce que c’est « pratique », mais dont le comportement et la philosophie demeurent, pour l’essentiel, ceux d’un automobiliste. Juché sur une machine au look de soucoupe volante, l’extension Bluetooth de son iPhone vissée à l’oreille, il arpente la cité comme il le faisait au volant de sa Golf 16S ou de son Audi TT : en propriétaire convaincu de ses prérogatives. Le seul moment où il se souvient d’être devenu un « deux-roues », c’est lorsqu’il constate à quel point il est désormais facile de remonter les files à vive allure ou de changer de direction sur un coup de tête. Comme une auto, oui, mais en mieux, quoi !

Clairement, le bonheur du scootériste serait complet s’il n’avait pas à s’accommoder de la présence de vélos sur son parcours. Les voitures, à vrai dire, ne lui posent pas tant de problème : elles lui sont familières, il en possède une pour le weekend et les sorties en famille et ne se lasse pas de les snober aux feux rouges. Avec les motos, c’est un peu différent : il les respecte de loin, surtout les gros cubes, et passe sa vie à se demander s’il est lui-même perçu comme un authentique motard par ce propriétaire de 1 000 cm3 au blouson de cuir râpé croisé en faisant le plein au relais Total de la porte de Bagnolet.

Le vélo, en revanche, est une nuisance, un obstacle. Il encombre les pistes cyclables, si commodes pour remonter une rue de Réaumur saturée de 4X4 ; il est lent ; il occupe les racks de stationnement pour deux-roues qui devraient lui être interdits si les Khmers-verts n’avaient pas pris le contrôle de cette foutue mairie socialo-collectiviste, empêchant les Parisiens qui travaillent et paient des impôts de créer de la richesse, merde alors !

Tout est bon, du point de vue du scooter, pour marquer son mépris à l’égard de cet empêcheur de vroomer en rond. Queues de poisson, frôlement périlleux, déboîtages inopinés... D’une manière générale, le cycliste semble être considéré comme une sorte de point fixe placé sur le bitume et qu’il convient de contourner, généralement par la droite, en mettant les gaz au moment où il s’y attend le moins. Le faire tomber n’est pas un but en soi, naturellement : le propriétaire de scooter ayant des chances d’être middle-manager dans une compagnie d’assurance, il ne saurait être le responsable d’une baisse de sa propre prime d’intéressement. Mais lui faire perdre l’équilibre quelques instants peut être amusant à observer dans le rétroviseur !

D’une certaine manière, toutefois, la prolifération des scooters en milieu urbain est une bonne chose pour les cyclistes dans mon genre, que leur expérience du comportement erratique des automobilistes et leur connaissance du bitume parisien amènent à un peu trop de désinvolture. Antilopes sans défense perdues dans la jungle de béton, nous avons besoin de savoir qu’il existe un prédateur sans foi ni loi, chassant par sport plutôt que par nécessité, capable de toutes les sournoiseries pour parvenir à ses fins, absolument inaccessible à la pitié ou à la fraternité, totalement concentré sur les cours de la bourse crachotés par BFM dans leur oreillette.

Et peut-être est-elle là, la justification sociale du scooter, aussi méchant soit-il ―  aussi stupide... Chacun sait qu’à l’intérieur d’un écosystème, le « nuisible » n’existe pas. Et que même le rat, même le scorpion, même le pou, occupent, d’une manière ou d’une autre, une niche écologique dont la disparition serait fatale à l’ensemble du milieu. Hum, dénicher un argument écologique pour défendre l’existence du scooter est sans doute un peu tiré par les cheveux, lorsque l’on sait que ces machines de conception primitive polluent deux fois plus que les autos qu’elles sont censées remplacer... N’empêche, je suis heureux de constater à quelle vitesse les scooters à trois roues sont en train de remplacer leurs cousins à deux roues : nous partageons peut-être le même biotope, mais certainement pas la même espèce.

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vendredi 21 septembre 2007

Le grand saut

Il ne suffit pas de se déplacer à vélo pour se transformer en un authentique cycliste urbain. Il faut aussi se montrer capable de l'ultime sacrifice...

VideCa y est, c'est fait... C'est même administrativement officiel ! J'ai soigneusement découpé, le long des pointillés prévus à cet effet, le petit triangle figurant en haut à droite de ma carte grise, signé tout un tas de certificats, serré vigoureusement la pogne de celui qui prendra désormais place au volant de ma petite Opel et franchi le fossé qui sépare trente-cinq millions de Français à moteur de leurs compatriotes écologiquement corrects.

C’est que ce n’est pas rien, ce genre de conversion au vélocipédisme intégral. On est là, à se la jouer cycliste du quotidien, et que je te grille les feux sur mon VTT, et que je te fais la course avec les scooters en remontant l’avenue de la République, mais en réalité, à la première occasion, un petit tour dans le parking du deuxième sous-sol et, hop, vous voici redevenu automobiliste.

Bon, dans mon cas, la voiture avait surtout tendance à prendre la poussière, batterie déchargée et durites asséchées. Mais tout de même, elle était là, tapie dans l’ombre, attendant patiemment son heure. Eh bien, elle en aura été pour ses frais puisque c’est le vélo qui a gagné. Quel intérêt, en effet, de rester l'heureux propriétaire d'une auto ne parcourant guère qu’un petit millier de kilomètres par an ? Quelle logique à se croire obligé, certains jours, d’organiser une expédition autoroutière dans le seul but de lui permettre de se dérouiller les pistons ? Non, il fallait mettre un terme à cette situation absurde, trancher dans le vif une bonne fois pour toutes !

Les arguments en faveur d’une préservation du statu quo étaient pourtant nombreux : le vélo, la nuit, en hiver, sous la pluie, tout ça, on a connu plus agréable. De surcroît, le métro s’arrête à 1h00 et compte tenu de la pénurie chronique de taxis dont souffre la capitale, disposer de sa propre boîte en métal sur pneus peut s’avérer utile. Mais hey, Europcar n’est pas fait pour les chiens et Paris est en train de se doter, lentement mais sûrement, de solutions de location à l’heure parfaitement adaptées à ce genre de situation.

Je ne dis pas, bien sûr, que voir s'éloigner ainsi ma petite Corsa rouge dans le couchant n’a pas déclenché en moi un vague sentiment de culpabilité. Toutes ces années de transport de poussettes, de bébés hurlant et vomissant ou d’étagères Ikea dans leurs paquets plats, ça crée des liens... Et ce trajet Pampelune-Paris, l’été de la canicule, lorsque le radiateur était resté bloqué à fond et les vitres électriques coincées en position haute, ça compte pour du beurre ? Mais la nostalgie est une émotion trompeuse, un peu comme ces souvenirs de salle de classe magnifiés par le temps : on croit regretter ce prof de maths que l’on détestait pourtant quand c’est de sa jeunesse et de son crâne encore chevelu que l’on se souvient en écrasant une larme. Joli, non, comme exemple ? Tiens, j’aurais même pu tenter une réminiscence du service militaire et de l’adjudant Truc si je ne m’étais pas fait réformer pour motif psychiatrique...

Mais revenons à nos moutons. Donc, désormais je n’ai plus d’auto. Plus de soucis mécaniques. Plus de problèmes de stationnement. Plus d’assurance à payer. Plus de parking à louer. Plus de bip de porte de garage pour alourdir mon jeu de clés et déformer mes poches de pantalons. Plus de passages par la station Total de la porte de Bagnolet... Mon empreinte écologique vient de s’alléger un grand coup et, à ce stade, même un tour du monde en avion ne suffirait pas à faire repasser mon compte environnemental dans le rouge. Une question demeure, pourtant : qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire du porte-vélo que j’avais acheté pour la voiture ?

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lundi 13 août 2007

Crâneur !

A vélo, le casque n'est pas obligatoire. Tout juste recommandé. Une excellente excuse pour ne pas se promener en ville déguisé en amateur d'EPO...

CasqueLorsque j'ai commencé à faire du vélo « sérieusement » dans Paris, je me suis acheté un casque — une jolie coque en polystyrène expansé recouverte d’une couche de plastique bleu-nuit à 29 euros... Plus par goût du symbole, d'ailleurs, que par souci de sécurité : en m'équipant ainsi, j'avais le sentiment d’entrer plus officiellement dans le cercle des cyclistes urbains et de prendre mes distances avec ces pédaleurs d’occasion pour lesquels le vélo n’est qu’un moyen de transport « de complément », un gadget.

J’ai eu du mal à m’y faire, pourtant, le profil ridiculement aérodynamique de l’objet, comme les décorations psychédéliques censées me permettre d’avancer plus vite, me seyant mal au teint. Je ne suis pourtant pas un homme élégant, c’est le moins qu’on puisse dire. Je serais même, en fait, le contraire exact des Brummell soucieux de leur apparence qui m’observent parfois d’un air condescendant, eux en auto, moi en vélo, en se demandant comment un type de quarante ans peut encore s’habiller comme un ado et circuler en deux-roues non motorisé...

Le contraire exact de mes congénères en complet-veston, donc, mais tout de même pas le genre de gars à avoir totalement renoncé au contrôle de son apparence. Jeans génériques, oui ; T-shirts informes, oui ; K-way sans charme les jours de pluie, oui... Mais cet accessoire pour bambin venant tout juste de se délester de ses stabilisateurs, non merci ! Pas pour moi ! Bon, les premiers temps, j’ai fait des efforts : je l’avais acheté, il était là, je le portais de temps en temps. Puis, je m’en suis servi de moins en moins souvent, le laissant généralement pendouiller au guidon histoire de lui faire prendre l’air. Jusqu’à ce qu’un beau jour, l’ayant malencontreusement oublié sur sa patère improvisée après avoir parqué mon bicloune dans une rue mal famée de la capitale, un voleur ne se mêle de m’en débarrasser une fois pour toute. C’est amusant, d’ailleurs, cette idée d’un type assez malhonnête pour s’emparer de ce qui ne lui appartient pas mais suffisamment respectueux de simples « recommandations » pour avoir besoin d'un casque lorsqu’il circule à vélo. La nature humaine, décidément, reste d’une immense complexité.

Interprétant l’affaire comme un signe de la Providence, laquelle reconnaissait sans doute ma bonne volonté initiale tout autant que le ridicule du port du même casque que Lance Armstrong au Tourmalet pour pédaler vers la Bastille, je décidais d’en rester là et de me contenter des trois poils qui me restent sur le caillou pour amortir la rencontre éventuelle de ce dernier et d’un rebord de trottoir.

Et d’ailleurs, cet accessoire me protégeait-il réellement en cas d’accident ? Et l’absence d’obligation n’était-elle pas la preuve d’une certaine inutilité de ce petit morceau d'armure ? Je ne me permettrai pas de trancher définitivement sur ce point (il y a des enfants qui me lisent), mais force est de constater qu’un débat existe et que des arguments raisonnables sont proposés par les amis comme par les ennemis du casque de vélo. Commençons justement par les « antis », puisque c’est d’eux que je me réclame pour justifier l’injustifiable...

Selon l’Association des Cyclistes Australiens Franchement Hostiles au Port du Casque de Vélo (si, si, ça existe), une organisation née de l’introduction, dès 1990, d’une interdiction de circuler tête nue down under — je veux dire tête nue et à vélo, évidemment, l’Australie reste une contrée soucieuse des libertés individuelles —, le premier effet de la loi a été de réduire de 30% le nombre de cyclistes ! Une statistique qui donne à réfléchir sur la proportion de fashion victims dans la population générale d’une part, mais également sur le nombre de personnes soucieuses de réduire leur empreinte écologique et d’améliorer leur équilibre cardio-vasculaire sans avoir l'air stupide.

Mais ce n’est pas tout, puisqu’au strict plan de la sécurité, le nombre de cyclistes impliqués dans des accidents est demeuré stable en valeur absolue, indiquant que les comportements risqués, davantage que le port du casque, étaient à incriminer. Et surtout, même si les informations sur ce point sont assez lacunaires chez nos voisins du dessous, le nombre de chocs à la tête viendrait de toute façon loin derrière les autres types de contusions, les lombaires ou les membres inférieurs étant les plus souvent affectés. Enfin, je me garderai bien de donner mon sentiment sur cette étude de l’Université de Bath (Grande-Bretagne) assurant en substance que « les automobilistes ont tendance à passer plus près des cyclistes casqués que des autres, augmentant les chances d’accidents », mais j’en abandonne les conclusions à votre sagacité : le port du casque serait carrément dangereux !

De l’autre côté de la barrière, étonnamment, l’on préfère se gausser de ce genre d’affirmation. Et si l’on admet effectivement que le nombre de cyclistes est affecté à la baisse par l’obligation de porter le casque, l’on corrèle directement la baisse du nombre de blessures au crâne avec l’augmentation des effectifs de pédaleurs casqués. Une constatation logique, mais qui ne contredit pas nécessairement le discours des « antis » : en cas de choc à la tête, vous aurez plus de chance de vous en tirer avec un casque, ok. Mais la proportion de chocs à la tête étant  faible, sinon marginale, quel enseignement général en tirer ? Et faudrait-il imposer le port d’un baudrier protégeant le dos au prétexte que les lombaires sont les plus menacées ? Et quid de protections pour les bras et les jambes ?

Bon, je plaisante, bien entendu. Je suis moi-même tout à fait convaincu de l’intérêt du port du casque même si je subodore qu’à l’échelle d’un pays comme la France, l’impact sanitaire positif serait supérieur si les amateurs de junk food abandonnaient le régime MacDo pour se mettre au vélo, même sans casque. L’obésité et l’absence d’exercice étant une menace plus grande sur l’espérance de vie du Gaulois contemporain, la question du port du casque en deviendrait assez anecdotique. A moins, bien sûr, que ce dernier ne vive encore dans la crainte que le ciel lui tombe sur la tête.

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lundi 09 avril 2007

Bel effort dans la montée (en gamme)

Acheter un nouveau vélo, c'est un peu comme acheter une nouvelle voiture. Sauf que c'est complètement différent si vous voyez ce que je veux dire...

VttL'équipement d'un cycliste urbain en début de carrière est rarement impressionnant. Occasions ou, dans mon cas, premiers prix de chez Décathlon sont généralement au menu compte tenu d'un risque élevé d'abandon de ses bonnes résolutions écolo-sportives bien avant l'amortissement d'une bécane trop dispendieuse... Il arrive pourtant un moment où, le métier venant, l'idée d'une montée en gamme se met à germer. Oh, il y a du pour et du contre, évidemment. Et le nombre de vétérans du pédalage citadin circulant sur d'authentiques pièces de musée en est la preuve : on peut parfaitement s'accommoder, à long terme, d'un vélo mangé par la rouille.

Un trop beau matériel, d'ailleurs, aiguisera fatalement les convoitises et vos chances d'être dépouillé de votre bien en seront considérablement augmentées. Une machine flambant neuve aura de surcroît, et assez paradoxalement, moins de charme qu'un bicloune usé, vieilli, fatigué... Hum, ces considérations sont recevables, mais valent de se voir opposer les contre-arguments suivants : un vélo que l'on utilise tous les jours, qu'il pleuve, qu'il neige ou qu'il vente et de façon, sinon sportive, au moins nerveuse, se doit d'être fiable et confortable. Croyez-moi, une chaîne n'acceptant de changer de plateau qu'avec réticence, des freins capricieux, un cadre à la géométrie non-conforme à votre morphologie et un poids ridiculement élevé finissent toujours par agacer.

Mais bon, encore une fois, tout ça, c'est un peu du baratin. Et au bout du compte, ce désir de changement emprunte surtout à la logique qui impose au propriétaire d'une voiture X, parfaitement adaptée au transport de ses gosses et de ses provisions, l'achat d'une voiture Y, plus moderne et, censément, plus performante. Le choix d'une auto est plus souvent gouverné par des considérations statutaires que par un impératif d'efficacité et les constructeurs savent bien que tel ou tel modèle séduira davantage le jeune cadre urbain célibataire que le pater familias installé dans un lotissement Kaufman & Broad de la première couronne parisienne... « Dis-moi ce que tu conduis et je te dirai qui tu es », affirment doctement les spécialistes du marketing appliqué à la mobilité individuelle lorsqu'ils se prennent pour des sociologues.

Donc, dans l'échange d'un vélo bas de gamme contre un vélo plus sophistiqué, il y a sans doute un peu de ça, de cette attitude de soumission absurde à une société de consommation capable de  forcer un type dont le Riverside à 149 euros fonctionne parfaitement à repasser à la caisse pour se doter d'une machine plus prestigieuse. Il y a de ça, mais pas seulement. Car enfin, et alors qu'une voiture de luxe a toujours l'air d'une voiture de luxe, même aux yeux du pire analphabète automobilistique, rien ne ressemble plus à un vélo haut de gamme qu'un vélo bas de gamme.

Je viens moi-même de faire l'acquisition d'une nouvelle bécane, après des semaines d'atermoiements. Comme l'automobiliste rencontré plus haut, je savais bien qu'il s'agissait d'une pulsion irrationnelle, que ma vie n'en serait pas transformée, qu'il faudrait toujours pédaler pour faire avancer l'engin dans les côtes... Mais, au contraire de ce benêt motorisé sans colonne vertébrale (ni muscles dans le jarret), il me semble qu'il s'agissait davantage de la satisfaction d'un désir privé que d'une démarche classiquement ostentatoire et conformiste. Car enfin, les passants ne vont tout de même pas se retourner dans la rue pour voir passer un type sur un VTT Exalt+ 4.0S H06 à 399 €, pas plus qu'ils ne se pâmaient devant moi lorsque je leur coupais la route sur mon Riverside... Enfin, en tout cas, je n'ai pas encore remarqué. Ou alors oui, peut-être... Vaguement... Mais je pensais que c'était moi qu'ils admiraient, pas le vélo...

Non, clairement, circuler sur vélo neuf, même équipé d'un cadre en aluminium, de freins à disques à l'avant, d'une fourche à la suspension réglable n'épatera ni le non-spécialiste, ni le véritable amateur, lequel identifiera immédiatement l'engin pour ce qu'il est : un vélo très moyen (les vrais vélos haut de gamme se négocient bien au-delà du millier d'euros), actuellement en promotion dans tous les Go Sport de France et de Navarre. Une BMW Série 7 ou un Porsche Cayenne, en revanche...

Mais peu m'importe. Le printemps est là, il fait beau et je suis très fier de mon nouveau vélo, de son dérailleur qui fonctionne, de sa fourche télescopique réglable, de son poids presque plume. Pourvu qu'on ne me le pique pas tout de suite.

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dimanche 11 mars 2007

Habillé pour l'hiver

La délicate question du respect des feux rouges ayant déjà été traitée, abordons celle du cycliste urbain comme « fashion victim » à l'occasion de cette deuxième livraison de « Mon vélo et moi ».

Cyclingrain_1Ma propension naturelle à m’habiller n’importe comment, de même que l'exercice d’une profession n'exigeant pas le port d’une panoplie de monsieur comme-il-faut, facilitent énormément mon existence de cycliste urbain. Pour autant, la pratique quotidienne du vélo implique une sérieuse réévaluation de ses habitudes vestimentaires : avoir trop chaud, ce n’est pas bon ; trop froid, ce n’est pas mieux ; n’être qu’insuffisamment protégé des intempéries est carrément dramatique...

Clairement, c’est à la belle saison que les choses sont les plus simples. Jeans et T-shirts sont alors totalement adaptés au pédalage parisien, même si l’absence de cache-chaîne sur mon destrier Décathlon m’impose d’enserrer, façon Bourvil, mes bas de pantalons dans de petites bandes de velcro fluorescent. Et au final, même si je transpire un peu, ce n’est pas le voisin de bureau émergeant en nage d’un métro torride et suintant qui me reprochera quoi que ce soit. L’été, le vélo est roi.

En fait, les difficultés cyclo-vestimentaires ne commencent vraiment qu’à l’automne, lorsqu’une veste ou un blouson deviennent nécessaires. Car comment se protéger du froid et du vent tout en tenant compte du réchauffement rapide que provoque immanquablement un trajet Ménilmontant-Opéra en 14 minutes chrono ? Le vélo est le seul moyen de transport permettant de crever de chaleur ou de se les geler par micro-phases intermittentes de quelques secondes, voire d’éprouver ces deux sensations simultanément. Il existe bien des vêtements dits « techniques » dont le but est de rendre cette contradiction thermique supportable, mais ils ont l’immense inconvénient, justement, d’avoir l’air de vêtements techniques... Je m’habille peut-être n’importe comment, mais pas avec n’importe quoi. Et l’idée de parcourir les rues et les avenues de la Ville-Lumière déguisé en Lance Armstrong me semble aussi saugrenue que celle d’enfiler un complet-veston en Tergal® avant de quitter la maison.

D’où l’inlassable recherche du vêtement ultime qui, tout à la fois, me protégera du froid, du vent, de la chaleur et de la pluie sans pour autant me forcer au sacrifice de mon look d’ancien baba converti au pragmatisme social-libéral ― look étudié s’il en est. Mon manteau de cuir marron, acheté au salon du cheval il y a quatre ans ? Trop long. Pas confortable. Mon blouson thermique jaune-vif, cadeau d’une attachée de presse en échange de je ne sais plus quelle entorse à la déontologie ? Trop jaune. Trop vif. Trop technique. Mon K-Way bleu-marine ? Même ma fille de dix ans refuse d’être vue en ma compagnie lorsque je le porte... Non, il faut bien l’avouer, je n’ai toujours pas trouvé le vêtement idéal et je me contente d’alterner entre les différents éléments qui composent ma misérable garde-robe ― éléments suffisamment inappropriés pour me faire regretter de ne pas être fan de Poulidor, merde, et que l’on en parle plus ! Mais je garde l’espoir : un jour, je trouverai.

Le froid, c’est une chose. La transpiration, on s’en accommode. Mais la pluie, c’est une toute autre affaire. Rouler mouillé est carrément insupportable et les chances d’attraper la crève sont trop nombreuses pour être ignorées. L’eau vous ruisselle sur le visage et remonte le long de vos manches par l’intérieur ; vos chaussures sont pleines de flotte ; votre pantalon a l’air de sortir de la machine à laver avant d’avoir été essoré... Bref, vous êtes trempé. De surcroît, votre bicloune n’est même pas équipé d’un garde-boue à l’arrière, d’où l'arrosage dorsal ininterrompu d’eau crade pendant tout le trajet...

Là encore, je n’ai pas encore de solution définitive. Je bricole. Je tente ceci ou cela. Et pour la tête les jours de tempête ? Parfois une casquette de baseball, un bonnet en laine... Ou tiens, ce blouson dont la capuche refuse obstinément de tourner en même temps que ma tête dans les moments ou jeter un coup d’œil de côté est susceptible de me sauver de l’écrasement entre un bus et un camion-poubelle... Après quatre ans de vélo à temps partiel, et plus d'un an à temps plein, je reste incapable de trouver les vêtements adéquats au seul mode de transport urbain pesant positivement sur mon empreinte écologique personnelle. Parti comme c'est, ça risque de durer. Mais ça ne m'empêchera pas de continuer à pédaler : la quête du Graal, ça maintient en forme.

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vendredi 29 décembre 2006

Rebel without a cause

Peut-on concilier sens aigu de l'Etat de droit et mépris profond pour un code de la route inadapté à l'usage du vélo en ville ? Je prétends que oui (mais vous n'êtes pas forcés de me suivre si ça va trop vite).

Rebel_without_a_cause_1Ca n'a sans doute l'air de rien, mais il y aura bientôt un an que je n’ai pas rechargé mon Pass Navigo, le rectangle de plastique électronique remplaçant désormais la bonne vieille carte Orange des Parisiens. Oh, il m’arrive encore, en cas de force majeure, de prendre le métro ou le RER mais, au final, je suis bel et bien devenu l’un de ces néo-cyclistes qui agacent tant les chauffeurs de bus et de taxis évoluant dans les mêmes voies réservées.

Pas question, pour autant, de me sentir la moindre parenté avec les dandies qui, perchés sur un bicloune hollandais, font du vélo comme on prend le thé, avec l’élégance affectée d’une rombière à lavallière. Bobo pour bobo, j’appartiens à la sous-espèce du « cycliste-urbain-sportif ». Enfin, pas sportif au point de circuler en vélo de course déguisé en Lance Armstrong : on a sa dignité. Mais sportif au sens où je pilote mon Riverside Décathlon à 149 € avec la fébrilité d’un otaku en passe d'atteindre l'ultime palier de son wargame favori, sans pour autant prendre de vrais risques ― pour moi ou pour mon prochain. Bobo sportif, donc, mais bobo tout de même.

D’ailleurs, et à l’inverse de la plupart de mes camarades-pédaleurs, j’ai tendance à me montrer particulièrement respectueux du code de la route et de l’étiquette vélocipédique : utilisateur consciencieux des kilomètres de pistes aimablement mis à ma disposition par Bertrand Delanoë, je dispose, à l'avant comme à l'arrière de ma bécane, de petites lumières triplement estampillées NF, TUV et CE et le timbre de ma sonnette est réglé pour être entendu à plus de 50 mètres... Un vrai premier de la classe. A un micro-bémol près : je ne m’arrête pas aux feux. Jamais. Enfin, sauf lorsque la police est là et seulement depuis un petit incident m’ayant coûté, non pas un bras, une jambe ou un crane, mais la somme forfaitaire de 90 euros.

Ce samedi matin-là, j’étais allé faire un peu de vitesse sur la boucle cyclable du bois de Vincennes, histoire de me préparer à l’un de ces défis à la manque dont j’ai le secret. Débouchant en trombe de l’avenue des Minimes sur l’esplanade du château, je choisissais, en moins d'une seconde, de ne pas m’arrêter au feu rouge sous lequel patientait sagement une estafette de la police. Bon, pour mieux appréhender la situation, il convient de se représenter cette esplanade comme un vaste espace totalement désert en bordure d’un bois interdit aux voitures ― les flics et moi-même étant, à cette heure assez peu civilisée (6h30), les seules preuves par l'absurde de l’intelligent design à un kilomètre à la ronde...

J’aurais pu, évidemment, m’arrêter à côté de leur Peugeot customisée et attendre gentiment le passage au vert d’un feu particulièrement lambin (je connais bien le coin). Mais, on l'a vu, il ne m'avait suffit que d'un bref instant pour décider que, non, vraiment, être hypocrite de si bon matin, accepter de jouer ce jeu stupide du type qui ne traverse une rue déserte, de nuit, qu’après l’activation du petit bonhomme olive fluo, n’était pas justifié. Et je suis passé. Et ils m’ont stoppé. Et ils m’ont allumé.

A les entendre, je venais en effet de prendre un « risque énorme », faisant là la démonstration d'une incroyable irresponsabilité. Empochant humblement mon PV (l’une des fliquettes, particulièrement remontée, parlait même de m’emmener au poste comme un vulgaire Villepin), j’allais d'ailleurs jusqu’à jurer qu’il s’agissait d’une bonne leçon et que, bien entendu, croix de bois, croix de fer, je ne le ferai plus.

Mais je l’ai refait, évidemment. Et si la moindre leçon devait être tirée de cette expérience, c’est bien qu’il ne faut jamais griller un feu en présence d’un policier. Car pour le reste... Mon expérience du cyclisme urbain m’a conduit à considérer les feux comme des panneaux stops, voire comme de simples « Cédez le passage ». Un vélo n’est pas une voiture (je ne passe jamais au rouge en auto) et l’idée qu’il faille respecter exactement les mêmes règles que les engins à moteur me semble franchement stupide ; a fortiori dans une montée difficile, lorsque le feu ne permet à personne de traverser ou à aucun véhicule de passer.

J’imagine qu’il est assez difficile, pour quelqu’un qui n’aurait jamais fait de vélo en ville, d’accepter ce point de vue, exemple frappant de la capacité des Français à ne respecter que les règles qui les arrangent, sans pour autant hésiter à dénoncer le voisin coupable de ne suivre que son propre code éthique. Mais j’ai appris à vivre, moi-même, avec cette contradiction et c’est sans le moindre sentiment de culpabilité que je grille feu rouge sur feu rouge, sous les regards haineux des automobilistes, des motards, des amateurs de scooters et, même, des cyclistes dont les choix de rébellion se situent à un autre niveau ― comme l’absence de catadioptre aux normes NF, par exemple.

Les piétons, eux, ont tendance à apprécier mon comportement, mon sens de la solidarité mobilement-durable m’incitant à leur céder systématiquement la priorité, parfois au prix d’improbables gymkhanas entre chaussée et trottoir. Mais c’est ainsi et, tout partisan de l’ordre juste ségoliste que je sois, je me permets cette entorse majeure, répétée, assumée au code de la route. Et même, je m’en vante (mon camarade Eolas m’ayant préalablement assuré qu’un tel coming out ne présentait pas de risque particulier au plan légal). Je m’en vante, oui. Quelle honte !

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