Rechercher


  • tout le Web
    com-vat.com

Collectivisation des moyens de production

Blogroll mal assorti

Sur le Net

Trousse à outils

Medias

jeudi 28 août 2008

« Je l'aurai un jour, je l'aurai… »

Libération veut la peau du marché immobilier français. Mais jusqu'ici, c'est le directeur du Palace qui gagne…

Lib_1_2 Il y a un peu moins d'un an, le 27 octobre 2007 pour être précis, Libération publiait un dossier catastrophiste sur la question immobilière et prédisait, outre une crise de l'immobilier sans précédent, une propagation au marché français des problèmes liés aux prêts « subprimes » américains.

L'idée générale était que les ménages français verraient, tout comme les Californiens ou les Floridiens, leur finances déséquilibrées par la hausse des taux d’intérêt et de leurs échéances. Ils seraient alors forcés de vendre leur maison à perte et se retrouveraient sous les ponts… Mais le marché du crédit immobilier français (où les banques s’entourent de garanties si nombreuses qu’il est plus facile d'entrer à l’ENA que de décrocher un prêt et où les crédits sont consentis à taux fixes ou à taux variables capés) étant ce qu’il est, les chances de voir les terribles prédictions de Libé se réaliser étaient assez ténues. Il ne s’est d’ailleurs absolument rien passé.

Lib_2_2 Aujourd’hui, le 28 août 2008, nos amis de la rue Béranger récidivent et nous alertent sur le « krach immobilier » qui serait « au coin de la rue ». Première observation, la Une de ce numéro est quasiment identique à celle de l’année dernière et l’on comprend bien, à ce choix d’un pavillon tout neuf posé sur une pelouse bien taillée, tout le mal que la rédaction (ou au minimum son iconographe) pense du concept bourgeois de propriété immobilière en général, et de propriété immobilière individuelle en particulier.

Mais que dit précisément le dossier de ce matin, une fois poussé ce terrible cri d’alarme ? Toujours rien. Ou plutôt une chose, que résume d’ailleurs fort bien le cliché dont même Jean-Marc Sylvestre ne se sert plus mais qui ouvre pourtant l’éditorial de Didier Pourquery : « Les arbres ne montent pas jusqu’au ciel ».

Le marché français de l’immobilier, après avoir connu plus de dix années de forte hausse est en train de se calmer. C’est-à-dire que les prix ont tendance à reculer un peu ici, à stagner là, mais à progresser légèrement en d’autres endroits. Confondant volontairement la baisse du nombre de transactions et de mises en chantier avec celles des prix (qui, en région parisienne, là où vivent tout de même 20% des Gaulois, progressent gentiment de 3% en moyenne et de 9,4% à l'intérieur du périphérique), Libé tente de traduire en mauvais français les commentaires de la presse espagnole, irlandaise, britannique ou américaine sur des situations sans commune mesure avec la nôtre ― l'utilisation du mot krach étant certainement plus pertinente à Dublin ou à Madrid qu'à Dijon ou à Lille...

Comparé au prix de la pierre celte ou ibère, le mètre carré français reste en outre relativement bon marché. La solvabilité des acheteurs n’est pas aussi affectée qu’ailleurs, puisqu’il est toujours possible de devenir propriétaire pour 3,5 fois ses revenus annuels (contre 4 ou 5 chez les voisins les plus mal en point). Enfin, les stocks de logements neufs invendus ne sont pas non plus un dossier majeur et, ajoutée aux aides à l’achat pour les plus modestes ou à la possibilité de déduire les intérêts de son prêt de ses impôts (le fameux paquet fiscal, remember), une pause dans la hausse des prix est plus une bonne nouvelle qu’un cauchemar.

C’est sûr, à force d’annoncer la fin du monde à la manière d’un grand prêtre du Temple solaire, Libé finira par avoir raison. Une montre arrêtée n’est-elle pas à l’heure deux fois par jour ? Et sans doute sa contribution à la baisse du moral des Français, dont nous apprendrons sans doute d’ici quelques jours, dans le même journal, qu’elle vient de franchir un nouveau record, devra-t-elle être reconnue. Mais pour le moment encore, c’est le directeur du Palace qui gagne...

© Commentaires & vaticinations

samedi 23 août 2008

Géorgie : y a-t-il un petit indien pour sauver le débat ?

L'affaire BHL éclipsera-t-elle la récupération sanglante de son « étranger proche » par la Russie dans les médias français ? Bison Futé ne le pense pas...

Bison_fut_2 On avait déjà pu remarquer à quel point nos journaux ― ou nos blogs, d'ailleurs ― avaient du mal à s'intéresser à l'invasion de la Géorgie par les troupes russes. D'abord parce que la situation est complexe et qu'il est difficile de définir clairement qui sont les méchants et les gentils dans le foutoir caucasien, mais aussi parce que les vieux réflexes anti-américains (la Géorgie est candidate à l’OTAN) et pro-russes (Moscou brille encore mystérieusement de mille feux dans les yeux de certains) sont manifestement à l’œuvre.

Ajoutons qu’au mois d’août, les rédactions fonctionnent au ralenti compte tenu de la transformation en tracts de huit pages des principaux quotidiens ― quotidiens par ailleurs introuvables puisque la plupart des kiosques sont fermés. Clairement, tout ça n’aide pas beaucoup à se forger une opinion…

Mais la nature à horreur du vide et ce que les journalistes ne font pas, d’autres s’en chargent. D’où l’affaire du fameux article de Bernard-Henri Lévy dans Le Monde, sorte de long reportage ouvertement subjectif dont le ton et manière seraient probablement plus familiers aux lecteurs du New Yorker qu’à ceux d’une publication française. Accueilli avec les sarcasmes que suscite immanquablement le philosophe à la chemise blanche chaque fois qu’il s’avise d’ouvrir la bouche, ce texte prenait, semble-t-il, quelques libertés avec la réalité ― ce que Rue89 vient d’établir.

Ainsi, BHL n’a pas exactement vu Gori flamber (en fait, « essentiellement des champs » situés pour la plupart « dans les faubourgs » de la cité géorgienne, précise-t-il désormais), ni même de reporters se faisant dépouiller à un checkpoint par d’affreux soudards cosaques. Il le laisse pourtant entendre et ça n’est pas bien. Remarquons tout de même que Rue89 admet se livrer, en vérifiant la véracité de ce reportage, à l’exercice que « les confrères anglo-saxons appellent "fact-checking" » ― exercice qu’il est malheureusement impossible de nommer en français puisqu’aucune publication gauloise n’a jamais employé le moindre « fact checker ». Remarquons également que nul n’a jamais tenté de faire passer une tribune de BHL dans Le Monde pour du journalisme au sens où on l'enseigne à l’ESJ de chez Danyboon…

Bernard-Henri Lévy est un écrivain engagé dont le parti pris négatif à l’égard de l’intervention russe ne fait (et ne faisait) aucun doute. Son témoignage fleuri tient donc de l’acte militant et Le Monde ne le propose qu'en tant que tel à ses lecteurs, au même titre que les centaines de prises de position publiées chaque année dans les pages Débat. Tiens, même votre serviteur à eu l’occasion de donner son avis dans cette rubrique avec à peu près autant de subjectivité que l’auteur de la Barbarie à visage humain sans que l’on songe à lui demander qui payait les factures de ses promenades en jet privé…

Que l’on exige d'un essayiste (dans un pays où les couples journalistes-politiques occupent autant de place que les duos d’acteurs dans les hebdos people, où l’on annonce périodiquement la mort de gens bien vivants, où l’on invente des interviews de chefs d’Etat, où les faits sont régulièrement travestis pour mieux servir la cause) le respect d’une déontologie bafouée avec un surprenant enthousiasme par les professionnels eux-mêmes est tout simplement absurde.

Sans aucun doute, Rue89 était dans son rôle en obtenant de BHL qu’il précise ceci ou cela, même s’il appert que, pour la députée européenne qui l’accompagnait dans son aventure géorgienne, « l’essentiel, c’est vraiment d’y aller pour soutenir les Géorgiens et leur montrer que nous, démocrates, les soutenons ». Car c’est peut-être là que le que bât blesse, dans ce kidnapping du débat français sur la situation caucasienne par l’anecdotique et le futile, par le vide et la bêtise qui constituent, par exemple, 80% des commentaires de lecteurs publiés sous la version en ligne du reportage original, sous sa parodie dans Rue89, où encore sous les différents articles évoquant les petits arrangements avec la vérité de BHL…

Je ne crois d’ailleurs pas être très loin d’une bonne synthèse de ces éructations en reproduisant celle d’un certain Bernard G., dénichée sur lemonde.fr :

« Il n'est plus besoin de préciser après un tel "reportage" que BHL est un "valet" de l'impérialisme américain (il était pour la guerre en Irak) qui donne dans l'hystérie anti-russe, le tout agrémenté d'un sionisme aveugle. J'exagère ? Non, car c'est ainsi que BHL voit les choses et le monde, c'est son problème. En revanche, c'est notre droit et notre devoir de dénoncer cette propagande qui se drape dans le mythe pseudo intello, les paillettes "people" et l'argent. BHL n'est pas SARTRE hélas ».

On cherchera pourtant en vain le « sionisme aveugle » dans le récit du philosophe. On cherchera aussi à comprendre en quoi la haine qui sourd de ces commentaires a le moindre rapport avec la situation qu’il décrit, que l’on soit ou non d’accord avec lui. Mais surtout, on se demandera comment les questions les plus importantes dérivent si fréquemment vers le n’importe quoi sous nos latitudes.

Remercions toutefois l’armée russe de ne pas s’être immédiatement retirée de Géorgie, ou même les indépendantistes abkhazes d’avoir attendu la fin du mois d’août pour manifester leur propre impatience : les rédactions françaises étant sur le point de se repeupler (Bison Futé assure que ce dimanche sera une très grosse journée pour les retours de vacances de journalistes), peut-être avons-nous quelques chances de les voir se pencher plus avant sur ce qui se passe dans le Caucase plutôt que sur le respect de la règle des cinq W par un simple témoin en chemise blanche…

© Commentaires & vaticinations

lundi 18 août 2008

Ça va péter !

Les vacances se terminent. Le hâle estival des Français sera bientôt remplacé par la pâleur de leur désespérance. Une rentrée comme on les aime...

Lib_recession_3 Le cataclysme économique que Libé nous promettait en janvier ne s'étant pas concrétisé (la France devait être engloutie dans le maelström des subprimes dès le premier semestre), voici qu'un nouvel effort de divination dépressive est initié par les Cassandre de la rue Béranger.

C'est sûr, nous nous porterions mieux avec un peu plus de croissance et un peu moins d’inflation. Mais force est de constater que nous ne nous en tirons pour le moment pas si mal, eu égard à ce qui se passe chez les voisins... Ainsi, il faut pas mal de mauvaise foi pour affirmer que « la France est particulièrement fragilisée » en Europe quand ce sont les stars d’hier, les Espagne, Irlande et autres Grande-Bretagne, qui font vraiment les frais du merdier ambiant compte tenu de l’impact spécifique de la chute des prix de l’immobilier sur leurs économies respectives. Et il faut carrément de l’aveuglement pour continuer à se plaindre des fameux « 15 milliards de cadeaux fiscaux » tout en félicitant Zapatero de lancer un plan comparable à 20 milliards d’euros !

Bon, on me reprochera à nouveau de préférer la méthode Coué aux discours millénaristes de Libération, mais je reste convaincu que cette incapacité à observer des phénomènes concrets autrement qu’en fonction du dogme est dangereuse — tout comme l’entretien régulier d’une désespérance déconnectée des faits ou la complaisance pour les spécialistes du « Ça va péter ! »

Incidemment, je discutais récemment avec Eric Meyer — un Gaulois de Californie plus connu pour son flair entrepreneurial que pour sa perméabilité au baratin d’Invest in France —, de l’installation de sa nouvelle start-up à Paris plutôt qu’à Los Angeles. « En ce moment, vu les difficultés à bâtir un tour de table aux États-Unis, m’expliquait-il sans même prendre la mesure de l'énormité de ses propos, la France est une excellente base d'où lancer un projet. D’abord, la création d’entreprise n’est plus aussi complexe que par le passé et la plupart des contraintes administratives ont été simplifiées. Ensuite, on peut bénéficier de tout un tas d’aides au démarrage qui n’existent pas ailleurs. Mais surtout, c’est la loi TEPA qui permet aux gens qui payent l’ISF de réduire leur impôt s’ils investissent dans une start-up qui fait qu'il y a de l’argent… » Hum, on se demande ce qu'en dirait Loïc Le Meur : l'ex-monsieur Web de Nicolas Sarkozy ne s'est-il pas précipité à San Francisco, une  fois son champion installé à l'Elysée, pour y monter sa nouvelle boîte ? Va comprendre...

Moi-même, mais on l’aura déjà remarqué, je me suis temporairement placé en congé de la gauche « Normes Françaises » même si je ne me projette absolument pas en compagnon de route de l’UMP (je sais, je sais : c’est difficile à comprendre puisque notre débat politique se joue dans les mêmes termes que la philosophie camorriste du « pour nous ou contre nous »). Du coup, je tente de regarder comment les choses se passent pour de vrai, bonnes ou mauvaises. Et forcément, ça tranche peu sur Libé, parfaite synthèse de ce qui se dit et se pense chez les gentils de toutes obédiences, des éditos hollandistes (sic) aux commentaires mélanchonistes glanés sur l'édition Web.

Ah, au fait, comment vos vacances se sont-elles passées (si vos finances en berne vous en permis d’en prendre, évidemment) ? Etes-vous bien reposés (s’il vous restait au moins une chaise-longue après le passage de l’huissier, ça va sans dire) ? Etes-vous prêts à affronter la terrible rentrée sociale qui s’annonce ? On en reparle entre deux grèves générales…

© Commentaires & vaticinations

jeudi 17 juillet 2008

Vieux schnock

Siné n'est pas antisémite, mais anachronique. Et les journaux ont le droit de ne pas publier ce qui ne leur convient pas.

Sin J'ai hésité (pas longtemps) avant d'écrire quelque chose sur l'affaire Siné, dernier ajout en date au dictionnaire permanent de l'antisémitisme. Chaque nouvel « événement » de ce genre  permettant aux uns et aux autres de redéfinir, et la réalité, et la dimension spécifique du phénomène, le risque existe de lasser les lecteurs avec lesquels je suis (j'imagine qu'il y en a) sur la même longueur d'onde sur ce sujet. De toute manière, ne pas s'exprimer serait de l'auto-censure et s'il faut s'imposer de telles contraintes, autant ne plus rien écrire du tout.

Siné est une sorte de dinosaure dans le monde de la BD et du dessin de presse. Il dessine depuis le tout début des années cinquante ce qui en fait le contemporain, toutes choses égales par ailleurs, d'un Chaval ou d'un Jacques Faizant plutôt que celui d'un Cabu ou d'un Plantu — et a fortiori de n'importe lequel des jeunes Turcs qui travaillent aujourd'hui à Charlie-Hebdo. Tiens, Siné, lui, c'est à France-Dimanche qu'il a débuté. Je me demande si Malingrëy ou Lefred-Thouron ont même déjà entendu parler de France-Dimanche...

Mais il a surtout été de tous les combats progressistes exigeant un minimum de véhémence et de poings brandis. Il a été tour-à-tour anticolonialiste, antimilitariste, anti-impérialiste, anticapitaliste, anticlérical, bref, anti tout ce qui méritait de l'être lorsqu'on est au coup de crayon ce que Jacques Vergès — un temps son avocat — est à « la défense de rupture ». Rien ne le résume mieux, en fait, que ces citations de Pierre Desproges que je découvre avec un bel à-propos sur Wikipedia (ah ! Formidable outil, ce Wikipedia !) :

« Vous êtes de ces pacifistes bardés de grenades et de bons sentiments prêts à éventrer quiconque n'est pas pour la non-violence ».

Ou encore : « Siné possède la particularité singulière (bonjour les pléonasmes) d'être le seul gauchiste d'extrême-droite de France. »

Donc, mon point de vue sur la question du jour, c'est que Siné n'est pas un antisémite mais plutôt une sorte de fanatique du bien, un homme tellement convaincu de la justesse de ses causes qu'il accepte régulièrement de mettre son goût pour la non-violence sur pause le temps de casser tous les oeufs possibles pour obtenir l'omelette idéale... Il n'a rien contre les juifs eux mêmes, mais les déteste cordialement autant qu'il déteste les musulmans, les catholiques, les bouddhistes, les flics, les membres du PS (mention spéciale pour les membres du PS), les députés, les journalistes, les présidents de la République, la République, les Américains, les Russes... Les juifs, à vrai dire, c'est à peine s'il pense à eux lorsqu'il écrit que le fils Sarkozy épouse une héritière juive pour accaparer sa fortune !

Non, il pense surtout au méchant président de la République, à son méchant fils, à la méchante héritière d'une dynastie de méchants commerçants en méchant électroménager. Et en même temps qu'il y pense, il garde en tête tous les opprimés de la planète, ceux qui, d'une manière ou d'une autre, ne sont jamais que les victimes des présidents et des vendeurs de machine à laver. Il suggère à l'occasion que les vendeurs de machine à laver sont parfois juifs, et donc que les juifs sont parfois méchants. Disons que c'est une incidence, comme on entend désormais.

De fait, si ces qualificatifs ne démolissaient pas quelque peu l'idée que notre homme n'est pas antisémite, je dirais qu'il est une sorte de célinien ou d'ADG-ien « de gauche ». Un authentique anar « à la française » un poil anachronique, dont l'attitude et les prises de positions sont progressivement devenues illisibles par des gens qui ne savent même plus de quoi il parle ou à quoi il se réfère. Ça ne veut pas dire qu'il n'ait pas le droit de dessiner et d'écrire ce qu'il veut (personnellement, si l'on me chargeait d'une révision constitutionnelle, je proposerais sans doute quelque chose comme le premier amendement américain), mais ça signifie certainement que Charlie-Hebdo a le droit de ne plus imprimer les divagations d'un vieux schnock aux références trop datées. Surtout si aucun rédacteur en chef n'y jette un vague coup d'œil avant qu'elles ne se retrouvent en kiosque.

© Commentaires & vaticinations

jeudi 12 juin 2008

Service minimum de l'info

En cette journée sans presse, j'organise l'accueil des lecteurs dans ma garderie virtuelle. NMPP, cumul des mandats et social-libéralisme à l'anglaise sont au menu.   

Tintin_crieur Pas de journaux dans les kiosques ce matin. Les cégétistes des NMPP, la structure quasi monopolistique chargée de distribuer la presse en France, sont à nouveau en grève. Très exceptionnellement, tous les titres nationaux (sauf l’Huma) se sont associés pour diffuser une « lettre ouverte à ceux qui veulent tuer la presse quotidienne » et condamner la « poignée d'irresponsables qui depuis deux mois, chaque nuit », les prennent « en otage ».

Ça n'a l’air de rien, ce communiqué commun. Ou plutôt, ça fleure bon la riposte patronale à la lutte légitime de vaillants ouvriers... En réalité, il s’agit surtout de la courageuse résistance de canards confrontés aux gros bras qui bloquent les rotatives pour un oui ou pour un non.

Tous les quotidiens signataires reprennent d’ailleurs la lettre ouverte sur leur site Internet à l’exception de Libération, qui préfère sans doute ne pas en rajouter. Question : lorsqu’il aura fini d'assassiner les journaux, le Livre-CGT hackera-t-il leurs versions Web ?

*

Intéressant échange entre Édouard Balladur et Robert Badinter dans Le Monde d’hier soir (enfin, dans Le Monde daté d’aujourd’hui mais que son horaire de parution atypique autorise à prétendre qu’il est en vente malgré la grève). Les deux hommes évoquent la réforme constitutionnelle dans ses grandes lignes et je constate que les points de désaccord ne sont pas très nombreux. Ah si, tout de même : Badinter déplore, et moi avec lui, qu’il ne soit pas fait un sort définitif au cumul des mandats. Mais Balladur se marre (du moins j’imagine qu’il se marre puisque Le Monde ne publie pas les didascalies de ses interviews) et lâche : « Disons que c'est une manifestation de plus de l'exception française ! »

En fait, ce n’est pas totalement vrai. D’autres pays ne légifèrent pas sur la question mais laissent leurs élus libres de se déterminer en conscience — généralement dans le sens de l’abandon des mandats surnuméraires. C’est ainsi que Boris Johnson, nouveau maire de Londres, vient de se démettre de son mandat de député d’Oxford alors que personne ne l’y forçait. Ce qui démontre que les pourfendeurs du cumul que furent autrefois, dans une autre vie, Dominique Voynet et Arnaud Montebourg, pourraient aisément prendre de l’avance sur la réforme des institutions de 2012. M'est avis qu'ils préfèreront attendre.

*

C’est surprenant mais le débat libéralisme et socialisme n’est pas qu’une affaire franco-française. Et ce qui l’est encore plus, surprenant, c’est qu’il revienne aux socialistes britanniques de se demander si l’heure n’a pas sonné d’un remplacement du discours social-démocrate par un authentique credo libéral. Bon, de ce côté-ci du Channel, où l’on considère que le New Labour est déjà très à la droite de Sarkozy, on aura du mal à comprendre ce qui agite les cerveaux travaillistes. Et pourtant...

La revue Prospect — à laquelle je remercie à nouveau ma belle-sœur de m’avoir abonné en guise de cadeau de Noël et en lieu et place de son traditionnel flacon de brandy espagnol — pose en effet que le blairisme reste le parti du « socialisme mécanique », un socialisme centralisateur, dépensier, étatiste, insuffisamment respectueux de l’individu…

Hum, sounds familiar ? C'est normal. Comme le suggèrent les auteurs d'un article intitulé « Liberalise or die », « for New Labour to survive, it must become new liberal. The key dividing line in politics is no longer between left and right, but, increasingly, between liberal and authoritarian. The Labour government too often finds itself on the wrong side of this divide ».

David Milliband, une sorte de Manuel Valls de là-bas, un temps mentionné comme possible challenger de Gordon Brown, fait partie des promoteurs de ce glissement théorique. Tiens, il ferait un invité très présentable au congrès de Reims, en novembre prochain, maintenant que nous sommes tous libéraux (ou presque).

© Commentaires & vaticinations

mercredi 07 mai 2008

Sauver Le Monde

En jargon de presse quotidienne, Bad Godesberg se dit Wapping.

Lino Au milieu des années 80, la presse quotidienne britannique est dans de sales draps. Plombée (sic) par la version locale du Livre-CGT, qui lui impose de n'employer que ses propres troupes et interdit le passage à la photocomposition, elle fait se bidonner jusqu’aux patrons de presse français. C'est dire…

Avec ses coûts de fabrication ridiculement élevés, sa productivité anémique et sa distribution désorganisée, elle n'a pas besoin d’Internet pour passer pour moribonde. A l’époque, les journaux sont composés sur linotype ― c'est-à-dire sur de grosses machines dont le clavier commande la transformation de lingots de plomb en lignes de caractères ― et « maquettés » par des ouvriers typographes sur de lourds cadres métalliques. L’informatique éditoriale a beau être en plein boom, elle n’a pas droit de cité du côté de Fleet Street : qu’un journaliste s’avise de toucher à un clavier d’ordinateur, et c’est la grève ; qu’un journal recrute un ouvrier imprimeur qui ne soit  pas membre de la National Graphical Union (NGA) sur une fonction nouvelle, et c’est la grève.

C’est d’ailleurs la grève tout le temps, pour dire la vérité. Et les quotidiens britannique ont beau tenter de contourner le système du « closed shop » ou expliquer aux linotypistes qu’en troquant leur clavier de métallo pour celui d’un traitement de texte ils s’épargneront le saturnisme, rien n’y fait. La NGA est la vraie boss du secteur et n’a aucune envie d’introduire le loup informatique dans la bergerie. Et si les journaux doivent en crever, so be it.

En 1986, l’affreux Rupert Murdoch, propriétaire du Times, mais également d’une tripotée d’autres titres plus ou moins prestigieux, décide pourtant de balancer un grand coup de pied dans la fourmilière. Il fait construire, le plus discrètement possible, une sorte de complexe industrialo-tertiaire dans une banlieue de Londres ― le fameux Wapping ―, y transfère ses journaux, ses salariés volontaires et des ouvriers imprimeurs membres d’une organisation syndicale marginale dans le secteur, l’EETPU.

Que croyez-vous qu’il arrivât ? La grève bien sûr. Mais pas n’importe quelle grève. Non : une méga grève. La mère de toutes les grèves, même, la NGA se battant pour sa survie. Mais nous sommes dans les années Thatcher et la gauche assimile rapidement ce combat à celui des mineurs, dont le mouvement vient d’être brisé par la Dame de Fer. Car enfin, Murdoch est bien un méchant, non ? Et les ouvriers du Livre ont beau être des crapules aux salaires de ministres défendant les pratiques les plus archaïques qui soient, ils sont nécessairement le sel de la terre, aren't they ?

Bon, les journaux de gauche, The Guardian, The Observer, restent un peu en retrait du match de catch et se contentent surtout de compter les points. Tiens, The Independent, un quotidien centriste, en profite même pour se lancer, recrutant les journalistes de chez Murdoch hostiles au coup de force mais acceptant de venir travailler dans un journal rejetant les pratiques de la NGA ! Bah, il s’en fout, le magnat from down under. Sa bataille, il la gagne : la grève se transforme en un incroyable blocus de ses immeubles par le syndicat du Livre, dont les troupes tabassent à l’occasion les salariés non-grévistes (les flics tabasseront eux-mêmes les syndicalistes avec un grand enthousiasme, avouons-le), mais s’achève sur une victoire dont vont profiter tous les titres du pays. Le plomb est remplacé par l’informatique, le monopole d’embauche est supprimé et les journaux peuvent reprendre leur essor.

*

A l'orée des années 2010, la presse britannique est florissante. Ses tirages ridiculisent ceux de la presse française, ses journalistes sont deux fois mieux payés que leurs homologues gaulois et, ironie du sort, elle emploie bien davantage d’ouvriers du Livre que nos canards tout en leur offrant de meilleures conditions... Ce qui n’empêche pas la CGT, de ce côté-ci du Channel, de rester aussi inflexible que la NGA de l’époque en matière d’organisation, de pratiques et de défense de ses « acquis ». Oh, bien sûr le plomb a également déserté nos ateliers, mais il y a tellement d’autres moyens de mettre le secteur en coupe réglée. Contrôler l’impression et la distribution de 80% des journaux d’un pays, ça donne tout de même un certain entregent.

En tout cas, ça en donne plus que lorsqu'on se contente de l’écrire, le journal. D’où l’incroyable situation dans laquelle se trouve Le Monde, un quotidien dont le seul moyen de réagir à une crise structurelle est de décimer sa rédaction. Pas en agissant sur ses coûts de fabrication pour empêcher la transformation du Monde en produit de luxe : trop risqué. Pas en s’affranchissant du monopole de distribution des NMPP qui l’empêche d’être diffusé de manière efficace : impensable… Non, en postulant qu’un journal qui en donnera encore moins à ses lecteurs a de l’avenir !

A la décharge d’Eric Fottorino,  nouveau patron, virer des journalistes est à peu près le seul levier sur lequel il puisse effectivement peser. Et dans ce contexte, autant choisir de garder les « meilleurs » en sélectionnant lui-même les partants. A la décharge des journalistes, exiger un maximum de départs volontaires est humain : les « meilleurs », justement, ceux qui savent qu’ils retrouveront un poste ailleurs sans trop de difficulté, ou les plus vieux, ceux qui empocheront les indemnités les plus copieuses sont donc des candidats logiques. Mais j’ai beau tendre l’oreille, je n’entends ni les uns ou les autres évoquer l’hypothèse d’un déménagement vers quelque Wapping francilien comme alternative, histoire de changer le plomb en or. Bah, c’est le petit côté PS de nos journaux : Bad Godesberg, ça n’est pas dans notre culture.

© Commentaires & vaticinations

mardi 29 avril 2008

Fais-moi peur !

L'arrivée du Livret A dans les réseaux bancaires est la première étape vers la privatisation de France Inter. Elle menace également le droit à l'avortement.

Scared Nous sommes en octobre 2003. Le désamiantage de la Maison de la Radio impose la migration temporaire d'une partie des services de Radio France vers un immeuble voisin. On suppose qu'une telle initiative réjouira les syndicats d’un complexe au moins aussi pollué que le campus de Jussieu, autre grand paquebot para-public farci à l’amiante. D'autant plus qu’une étude de la Préfecture assure que la tour centrale n’est plus aux normes et qu’elle ne mettrait que quelques minutes à se consumer en cas d’incendie...

Les syndicats, effectivement, vont marquer le coup ― à leur façon. En grève huit jours durant, ils vont expliquer que ce déménagement n’est qu’un prétexte, qu’il y a forcément « anguille sous roche », qu’il permet surtout de fragmenter les services et qu’il n’est qu’une étape vers la privatisation de France Inter et la vente des terrains à un promoteur immobilier pour une somme rondelette. « Privatisation », « spéculation immobilière » : deux  concepts puissants, effectivement très efficaces à l’heure de déclencher une grève. Bien entendu, aucun argument sérieux ne permet alors d’étayer l’une ou l’autre thèse. Et le fait qu’il soit difficile de démanteler Radio France et de vendre sa station vedette à je ne sais quel marchand de canons dans la discrétion, à la faveur d’innocents travaux de rénovation et sans débat national, ne semble pas perturber les syndicats de la « maison ronde ».

De fait, personne n’y croit vraiment, à ces fantasmes que leur dénonciation vigoureuse par Jean-Marie Cavada, alors président du groupe Radio France, ne fait que renforcer. « S’il dit que ce n’est pas vrai, c’est qu’il ment ! » répliquent d’ailleurs les petits malins à qui on ne la fait pas. Bon précisons qu’il ne faut pas grand monde pour paralyser l’antenne avenue du Président-Kennedy : deux techniciens sont en pétard et, pof, nous voici forcés de migrer sur Europe pour entendre les nouvelles du jour et s’infliger dix minutes de promo pour Intermarché par quart d’heure d’info…

Nous sommes en avril 2008. La rénovation de la Maison de la Radio n’est toujours pas terminée, mais les rumeurs de privatisation de France Inter et de transformation de France Culture en annexe de Rire & Chansons ne se sont pas concrétisées. Rassurant ? Que nenni ! C’est même la preuve que quelque chose de vraiment terrible se prépare, s’ils n’en parlent pas. De vraiment terrible.

*

Nous sommes en avril 2008, donc, et sans quitter Radio France de l’œil, on ne sait jamais, c’est sur le Livret A qu’il convient maintenant de se pencher pour décrypter les intentions mondialo-libérales du gouvernement et de ses alliés objectifs de la gauche réformiste. Produit d’épargne éminemment populaire, le fameux petit carnet dont le taux de rémunération est fixé par l’Etat pourra désormais être distribué par l’ensemble des réseaux bancaires. La Poste, la Caisse d’Epargne et le Crédit Mutuel continueront néanmoins de l’offrir à leurs clients dans les mêmes conditions qu’autrefois, alimentant ainsi, via la Caisse des Dépôts, le financement du logement social en France.

Catastrophe ! clame-t-on pourtant depuis des mois en assurant que les banques, dont on connaît la propension à engranger les profits, vont faire exploser ce bel édifice et ruiner le pays. D’abord, la banalisation du Livret A conduira fatalement les banquiers à proposer à leurs clients d’échanger ce placement pépère contre des parts dans un hedge fund basé à Macao. Le hedge fund se révélera alors une arnaque et les pauvres malheureux perdront leur chemise.

Mais ce n’est pas tout : la Société Générale, la BNP et autres LCL investiront probablement ce qui restera de la collecte du Livret A dans la bulle immobilière des Emirats, mettant un coup d’arrêt à la construction de logements aidés en France et condamnant des milliers de familles à la rue. Les banques refuseront également d’accueillir les pauvres gens pour lesquels ce produit d’épargne fait office de compte courant, les privant d’un service jusqu’ici universel. Last but not least, comme on dit à la City, il faut s’attendre à la fermeture de milliers de bureaux de poste et d’agences de la Caisse d’Epargne en zone rurale ou dans les quartiers défavorisés, une fois les clients traditionnels de ces établissements naïvement passés à l’ennemi…

Pour les Jean-Marie Cavada du secteur, ces craintes n’ont pas de sens. D’abord, on comprend mal ce qui pourrait persuader le titulaire d’un Livret A de La Poste de transférer ses 200 euros d’encours moyen vers Macao. Avec ses 3,5% net d’impôt, son placement fétiche ridiculise de toute manière les livrets de type ING-Orange dont les taux d’appels gonflés sont temporaires, fiscalisés et exigent souvent le blocage à moyen ou long terme de sommes élevées. On s’interroge aussi sur la capacité des méchants spéculateurs à priver la Caisse des Dépôts de sa manne : 70% de la collecte lui sera obligatoirement versée et affectée aux mêmes missions de construction de logements sociaux qu'auparavant. Quant à la fin du service bancaire universel et à la fermeture des bureaux de poste, là encore, on saisit mal comment les plus misérables d’entre nous se débrouilleront pour, simultanément, se voir refuser l’accès à une banque standard et lâcher leur agence postale de Clichy-sous-Bois…

Mais bon, à quoi bon contester ce qui est une évidence : Sarkozy s’en prend au Livret A par idéologie et à la demande des banques. Il ne peut donc sortir que du mauvais de cette affaire. « A la demande des banques ? » s’étonneront encore les Jean-Marie Cavada de la finance : « Mais pas du tout puisqu’il s’agit d’une exigence européenne visant à améliorer la concurrence bancaire en France ! » Hum, à d’autres ! On nous a déjà fait le coup avec le traité constitutionnel, qui refusait cyniquement de garantir le droit à l’avortement pour mieux le liquider un de ces quatre matins : il n'y a pas de fumée sans feu !

― Et s'il n'y a même pas de fumée ?
― Ben c'est pire, voyons ! Tss, quel gros naïf !

© Commentaires & vaticinations

mercredi 16 avril 2008

Jeux de rôles

Les lycéens sont dans la rue pour empêcher la scandaleuse mutation de 11 200 enseignants à Bogota. Heureusement, la presse les épaule dans ce combat...

Classe_colombienne Se trouve-t-il encore un seul journaliste, là-dehors, que sa rédaction aurait chargé de couvrir l'actu économique et sociale mais qui ne saurait rien de l'article L321-1 du Code du Travail ? J'ai du mal à le croire. En tout cas, au pays du « nul n’est censé ignorer la loi », cette inculture commence à faire tache.

Je ne suis pas, moi-même, un grand spécialiste de la chose légale. J’ai beau faire un tour de temps à autre chez mon compère Eolas, j’ai encore un peu de mal avec ces histoires de magistrature assise, debout ou, ça arrive, couchée…Je n’y connais presque rien donc, mais les hasards de l’existence m’ont conduit à découvrir qu’un groupe de sociétés qui ne proposerait pas un reclassement à un salarié licencié pour motif économique se mettrait en infraction. En d’autres termes, que Trucmuche SA, une PME installée à Courbevoie mais filiale de Trückmüsch GmbH, une multinationale basée à Wuppertal, ne peut procéder au moindre débauchage sans indiquer à sa victime que des postes équivalents au sien sont vacants à Wuppertal, bien sûr, mais également à Bucarest, Shanghai, Wallis et Futuna ou Bogota…

Le salarié, pour autant, n’est pas tenu d’accepter de vendre son pavillon en meulière de Viroflay, d’inscrire ses marmots au lycée français de la trépidante métropole colombienne et de se mettre à parler castillan avec madame. Il peut se contenter d'expliquer à son DRH qu’avec 902 000 pesos par mois (315 euros), il aura du mal à maintenir son niveau de vie et à se faire livrer du camembert et du saucisson par AuchanDirect.com. Mais il peut aussi décider, et c’est tout l’intérêt des obligations de reclassement à l’intérieur d’un groupe, qu’une mutation chez Machin-Chose & Cie, une autre filiale de Trückmüsch GmbH implantée juste derrière chez lui, est une véritable opportunité.

Les « propositions » (Brésil, Turquie, etc.) récemment faites par le teinturier industriel italien Staf à sept salariés d’Hénin-Beaumont ― propositions ayant fait l’objet de commentaires indignés dans la plupart des médias ― ne correspondaient d’ailleurs à rien d’autre qu’à une application stricte (et ultimement symbolique) de la loi. Les syndicats le savent, qui dénoncent pourtant avec passion ce nouvel avatar de la mondialisation néolibérale ; les journalistes le savent, qui relaient complaisamment ce discours en se faisant le moins précis possible sur ce détail ; le patronat le sait, qui en oublie même de rappeler que cette obligation est à peu près tout ce qui reste d'une loi de Modernisation sociale concoctée par la gauche avant d'être vidée de sa substance par la droite. Mais sans doute faut-il être un social-traître en phase terminale tel que moi pour s’agacer du jeu de rôles permanent qui nous sert de débat politique et social. Ce jeu de rôles qui impose de ne voir, dans un autre registre, en l’adaptation des effectifs enseignants à la démographie et aux capacités budgétaires du pays, qu'un laminage cynique de notre système éducatif.

Les « mouvements sociaux » cherchent souvent, dans un légitime souci d’efficacité, à fédérer le plus grand nombre de mécontents. C’est ainsi que les taxis peuvent s’appuyer sur les notaires, les coiffeurs et les pharmaciens pour faire reculer la menace attalienne qu’ils croyaient, ces naïfs, voir planer sur leurs petits arrangements corporatistes. Ne serait-il pas judicieux, de la part de leaders lycéens soucieux de conserver l’attention de camarades de plus en plus concernés par l’approche des vacances et même, pour les plus conformistes d’entre eux, du bac, d’opérer la jonction des deux luttes (profs et teinturiers ch'tis) ? Et ne serait-il pas possible d’affirmer que le gouvernement s’apprête en fait à expédier les fameux 11 200 enseignants surnuméraires chez les FARC, pour un salaire de 315 euros par mois ? Comment ça, ça ne serait pas crédible ? Comment ça, c’est vraiment n’importe quoi ? Attendez donc de voir les premiers éditos sur ce terrible scandale pour qu'on en reparle...

© Commentaires & vaticinations

lundi 14 avril 2008

Histoires de vieux

Bloc-notes gérontophile de début de semaine. Leonard Cohen, Pilote, Le Monde : piliers précaires.

Leonard_cohen Le 28 mars dernier, un entrefilet dans Le Monde m'apprend que Leonard Cohen entame une tournée en Europe. Plusieurs concerts sont prévus en France et je me dis que, ce coup-ci, d'une manière ou d'une autre, je vais enfin réussir à entendre le vieux prêcheur en direct live. C'est qu’il ne nous fait pas souvent l'honneur d’une visite, le Leonard : installé, crois-je savoir, dans un monastère bouddhiste de la côte Ouest, il préfère méditer en pelant des pommes de terre plutôt que parcourir le monde guitare à l’épaule.

Mais, trahi par sa femme de confiance, celle à laquelle il avait confié la gestion de sa (relativement) modeste fortune, il est bien forcé de reprendre temporairement le collier s’il veut continuer à faire venir ses costumes oranges de Lhassa par Federal Express. Moi, insensible à ses mésaventures financières, je m’en frotte figurativement les mains (a-t-on jamais vu quelqu’un se frotter réellement les mains dans ce genre de situation ?). Enfin, j’arrête vite de me les frotter, ces paluches allégoriques, lorsque je me rends compte que toutes les dates sont déjà sold out ! Oui, toutes. Et pas seulement les dates françaises mais également les dates anglaises, irlandaises, danoises, norvégiennes, belges, portugaises, etc. auxquelles j'aurais pu assister par défaut.

Je n’ai jamais compris comme faisaient « les autres » pour se rancarder aussi précocement. Les salles ne seront-elles remplies que de fans obsessionnels, auxquels aucun des faits et gestes du québécois mystique n’échappe ? Et les fans amateurs dans mon genre sont-ils forcément tricards à ce genre d’événement ? En tout cas, et même si je ne veux surtout pas lui porter la poisse, sa tournée 2008 pourrait bien être la dernière : à 74 ans, surtout lorsque l’on verse dans le contemplatif, on a peut être de bonnes raisons d’éviter le hustle and bustle des périples en autocar.

Bah, il me reste les disques. Même si le débit neurasthénique de ce rabbin zen et crypto-chrétien a tendance à agacer mon entourage et s’il me faut attendre que la maison soit vide pour me faire un petit coup de Songs… Il me reste les disques, donc, mais j’aurais tout de même bien aimé l’entendre en vrai, ce bon Leonard parce que, franchement, that’s no way to say goodbye

*

Je n’irai peut-être pas écouter Leonard Cohen cet été à Fourvière ou à Manchester, mais je me suis tout de même débrouillé pour ne pas me faire couillonner pour la sortie de ce nouveau numéro spécial de Pilote. Mon kiosquier était encore en train de déballer sa marchandise lorsque je me suis pointé pour exiger mon exemplaire du magazine qui « s’amusait à réfléchir quand j’étais gosse.

Ça ne dira pas grand-chose aux jeunots qui fréquentent ces pages (z’avez pas autre chose à faire, les gars, une manif anti-Darcos, une extinction de flamme olympique ?), mais le journal de René Goscinny a probablement été aussi important dans le processus de formation intellectuelle des gens ma génération que l’élaboration du programme d’union de la gauche ou la crise des euromissiles.

Comme d’hab’ dans ce genre d’opération, le chercheur de saudade est toujours un peu déçu : ce numéro a beau être un hommage à Mai-68, ça reste un numéro de 2008. Mais bon, il y a un édito de Gotlib (et plusieurs pages de Rubrique-à-brac), il y a du Mandryka, du Dionnet, du Gir/Moebius, du Cestac, du Montellier, du Goetzinger, du Lauzier, du Veyron, du Druillet, etc.

Et tiens, vous n’avez même pas besoin de vous presser pour vous le procurer : au contraire d’une tournée de Leonard, Dargaud peut toujours faire des retirages si la première fournée s’envole trop rapidement.

*

Aujourd’hui, Pilote est en kiosque mais pas Le Monde… Ça fait drôle. J’essaye d’ailleurs de me figurer un monde sans Monde : effrayant. Je lis ce journal depuis tant d’années que la perspective de sa disparition m’inspire la même horreur qu’une possible transformation du Louchebem en restaurant végétarien.

Je n’étais pas dans le secret des dieux, je n’en connais pas les détails concrets, mais j’ai toujours été favorable à la stratégie colombanienne de diversification et de constitution d’un groupe de presse autour du quotidien. Manifestement, il y a un bug et l’annonce d’un plan social majeur (130 départs) donne une idée de l’ampleur de la crise. D’autant plus qu’après avoir cédé ses titres régionaux, la holding prépare la vente de Fleurus, des éditions de l’Etoile et des librairies La Procure... Clairement, il ne restera plus grand-chose à bazarder si cette crise n’est pas la dernière.

Je suis quand même assez ambivalent face à la grève et la non-parution. 130 licenciements, ça ne peut évidemment pas passer comme une vulgaire faute d’accord dans un billet de Robert Solé. Mais j’ai du mal à me figurer en quoi cette extinction des claviers fait émerger une quelconque alternative au remède de cheval proposé par Eric Fottorino. Ah, si seulement l’imagination était restée au pouvoir…

© Commentaires & vaticinations

mercredi 09 avril 2008

Bravo Ménard !

Ok, Robert Ménard est un plouc. Et RSF une officine obscure. Mais s'il avait fallu compter sur Kouchner pour titiller les Chinois, où en serions-nous ?

Mnard « Ils m'ont toujours pris pour un plouc », se lamente Robert Ménard dans Le Monde en évoquant Jean-Claude Guillebaud et Rony Brauman, co-fondateurs, avec lui, de Reporters Sans Frontières en 1985. Et pour cause : le secrétaire-général de l'organisation de défense de la liberté de la presse ne fait pas vraiment dans le subtil, avec ses manières brutales, sa voix cassante et son goût de l’autopromotion. Un vrai plouc, aucun doute là-dessus…

Moi-même, je ne l’apprécie guère et je n’ai jamais vraiment compris le fonctionnement d’une structure associative dirigée par le même bonhomme depuis vingt-huit ans. Tenez, citez le nom d’un seul autre responsable de RSF si vous le pouvez ; ou mentionnez une seule initiative de l’organisation dont Ménard himself n’aurait pas été le pivot médiatique !

Un patron à vie, c’est déjà étrange. Surtout lorsque l’on fait profession de dénoncer les turpitudes totalitaires à Cuba et à Pékin. Quant au maintien d’une certaine opacité en matière de financement, d’utilisation des fonds (près de 30% du budget annuel est englouti en frais de fonctionnement) ou de nombre d’adhérents, il n’est pas fait non plus pour rassurer.

Même les buts concrets de RSF interpellent. Tiens, prenons l’affaire des Jeux Olympiques : la situation tibétaine a-t-elle quoi que ce soit à voir avec la défense de la liberté de la presse per se ? Le problème géopolitique et historique posé par la présence chinoise au pays du Dalaï-lama est-il assimilable à la dénonciation des assassinats de journalistes en Côte d’Ivoire ? Bref, RSF n’est-il pas devenu une sorte d’organisation multipurpose, ne s’intéressant à la presse qu’anecdotiquement ?

Ces questions se posent et j’avais envie depuis bien longtemps de donner mon avis sur Ménard. Paradoxalement, je ne le fais aujourd’hui que pour le féliciter de s’être engagé à ce point sur le Tibet. Non, RSF n’avait pas vocation à être le fer de lance de la contestation anti-répression tibétaine. Non, il ne revient pas à RSF de décider si Lhassa est la capitale d’un pays ou d’une région. Mais c’est en se mêlant de ce qui ne le regardait pas, et sans pour autant sombrer dans l’exigence d’un boycott irresponsable des JO proprement-dits, que l'ami Ménard s’est débrouillé pour déclencher le barouf que l’on sait et pour mettre les politiques devant leurs responsabilités.

Pas mal pour un plouc aux manières brutales, à la voix cassante et au goût pour l’autopromotion...

© Commentaires & vaticinations

---------------------------------------------

PS : Certains d’entre vous l’auront remarqué (et d’autres s’en fichent royalement), mais je viens de transformer le nom de domaine www.com-vat.com en URL officielle de Commentaires & vaticinations, à la place de cet agaçant http:// hugues.blogs.com. Tous les liens antérieurs restent valides, ça ne change rigoureusement rien à rien, mais c’est quand même plus pro, non ?

Le livre de l'année !

www.com-vat.com : blog de gauche ?

Aviez-vous lu ça ?

OJD

Blog powered by TypePad
Membre depuis 10/2004