Les joies du socialisme

mardi 24 février 2009

Contes et légendes de Bretagne

Le PS ferait bien de remplacer le Brestois Benoît Hamon par le Quimpérois Bernard Poignant au poste de porte-parole. Ça pourrait nous éviter de repasser par la case Trinité-sur-Mer.

Poignant L'incapacité des médias (et des politiques) à décrire l'insondable crétinerie du programme du Front National est longtemps restée le meilleur atout du mouvement d'extrême-droite. Il aurait pourtant suffit, lorsque Le Pen était l'invité d’un JT, de se concentrer sur ses propositions sociales, économiques ou institutionnelles pour que même les anciens de l'OAS reconvertis dans l’épicerie finissent par s’en détourner.

Sans entrer dans le détail (sic) du mix de dirigisme étatique et de libéralisme mal régurgité qui lui sert de plateforme, contentons-nous de rappeler que le FN entend stimuler la natalité chez les Français « de souche » en multipliant leur droit de vote par leur nombre d’enfants du même sexe. Ainsi, si vous vous appelez Jean Dupont et que vous avez deux fistons mineurs, vous serez en mesure de voter trois fois pour permettre au borgne de s’installer à l’Elysée. De même, si votre nom est Jeanne Durand et que vous avez trois filles, ce sont quatre bulletins BBR que vous pourrez glisser dans l’urne. C’est absurde, c’est même complètement con, mais ça s’appelle le « suffrage universel intégral » en jargon néo-pétainiste.

Las, les PPDA et autres leaders politiques mainstream ont toujours préféré se concentrer sur le racisme de Le Pen, comme si enfoncer une telle porte ouverte avait la moindre chance de lui aliéner les beaufs, les salauds ou les désespérés qui lui servent de base électorale. D’où un succès de plus de vingt ans — succès ayant tout de même culminé sur une qualification au second tour de la présidentielle de 2002 augmentée du renvoi à ses chères études du premier ministre le plus efficace depuis… euh… disons le plus efficace depuis bien longtemps.

Maintenant que le lepénisme est passé de mode, et que c’est le populisme d’extrême-gauche qui a le vent en poupe, faut-il rejouer cette comédie en se concentrant sur le discours de façade du NPA et d’Olivier Besancenot ? Car là où Le Pen fondait l’essentiel de son sex-appeal sur sa xénophobie, prenant bien garde à ne pas développer trop ouvertement son projet cauchemardesque pour la société, le facteur promeut l’utopie égalitaire et la gentillesse généreuse sans s’appesantir sur les préalables indispensables à la réouverture du jardin d’Eden. Ok, l’ultra-méchanceté de l’un n’est pas directement assimilable à l’ultra-gentillesse de l’autre, mais leurs référents historiques respectifs nous enseignent que c’est le préfixe ultra qui compte vraiment.

La tribune publiée lundi sur Rue89 par Bernard Poignant, député-maire socialiste de Quimper, sur la nature véritable du projet néo-trotskiste est donc une initiative dont on aimerait qu’elle ne reste pas isolée. Oui, le programme du NPA est tout simplement la traduction à peine dépoussiérée des expériences communistes du passé. Non, le parallèle avec l'Albanie d'Enver Hodja n'est pas farfelu, même si c'est pour le président à vie du Vénézuéla que l'état-major besancenotiste en pince pour de bon. Ben quoi, la fin de l'économie de marché, les nationalisations industrielles massives, la sortie de l’Union européenne et la disparition de cette arnaque bourgeoise qu’est le Parlement, c'est clairement « anticapitaliste » mais est-ce vraiment si « nouveau » ? Poignant met les pieds dans le plat et ça nous change des minauderies de Benoît Hamon, dont on sait qu'il est « prêt à travailler » avec Besancenot si ce dernier surmonte son dégoût pour les social-traîtres de la rue de Solferino — fussent-ils assez radicaux pour trouver que Sarkozy est un vilain garçon (et bling-bling, par-dessus le marché).

A quelques mois des élections européennes, le fameux statut de « gauche de gouvernement » risque pourtant d'être desservi par cet intérêt pour une éventuelle collectivisation des biens de production. D'où cette idée de confier la parole officielle du PS à un Poignant plutôt qu'à un Hamon. La Bretagne n'y perdrait rien, échangeant un Brestois contre un Quimpérois. Le pays tout entier, lui y gagnerait de ne pas repasser par la case Trinité-sur-Mer version cool et sympathique.

Kenavo à tous !

© Commentaires & vaticinations

mercredi 14 janvier 2009

Camaraderies parallèles

« T'as voulu voir Rocard et on a vu Besson comme toujours… »

Ubik Je ne sais plus qui me disait, au moment du passage « à l'ennemi » d'Eric Besson, qu'on peut tout demander à un traître : parce qu'il n’a que des adversaires dans son ancien camp, mais pas vraiment d'amis dans le nouveau, le traître n'existe plus que par celui à qui il a fait allégeance. Que l'ancien secrétaire national à l'économie du PS puisse sérieusement envisager de succéder à Brice Hortefeux confirme ce point de vue.

On me l'a suffisamment reproché, je n'ai pas de problème majeur avec une grande partie des réformes engagées par Nicolas Sarkozy. Fin des régimes spéciaux de retraites, autonomie des universités, fusion ANPE-ASSEDIC, modernisation constitutionnelle… Ces initiatives ne sont « de droite » qu’au sens où l’on a décidé que tout ce que dirait ou ferait l’hyperprésident constituerait une nouvelle étape vers l’horreur ultranéolibérale. Le premier DSK venu, la première Ségolène rencontrée, se serait pourtant comporté(e) de la même manière une fois installé(e) à l’Elysée — ce que les fans du facteur joufflu savent bien…

Mais la promotion de « l'identité nationale », dont j'ai déjà dit ici et tout le mal que je pensais, était le seuil à ne pas dépasser, la barrière à ne pas enjamber. Et peut-être Besson n’est-il pas vraiment prêt à cette crapulerie terminale, ne serait-ce que parce qu’il est un homme jeune et que, pour tout son cynisme, il souhaite poursuivre sa carrière au-delà du second mandat du boss. Dans l'attente du remaniement, gardons l'espoir d'un sursaut.    

Ni Bernard Kouchner, ni Martin Hirsch, ni Jean-Marie Bockel, ni Fadela Amara, n’ont à rougir de faire partie de ce gouvernement. Les deux premiers font au mieux quand les deux derniers font essentiellement de la figuration, mais leur excuse à tous (« Je préfère être là où l'on peut agir plutôt que dans les gradins ») reste défendable. Je comprendrais néanmoins qu’ils se désolidarisent de leur ancien, hum, camarade s'il franchit cet ultime Rubicon…

*

A propos de camarade, en voilà un qui va me manquer. Michel Rocard vient de renoncer à son mandat de député européen et d'abandonner la vie politique. Bon, à bientôt 80 ans, on comprend qu’il ait envie de lever le pied. J’ai beau être tout à fait d’accord avec la possibilité sarkozyenne de continuer à travailler le plus longtemps possible si on en a le désir et les capacités, je suppose qu’un moment vient toujours où on finit par s’en foutre un peu…

Rocard restera la grande occasion manquée du PS et de la France. Et c’est un mitterrandolâtre repenti qui le dit. L’amateur de science-fiction se consolera en présumant qu’il existe bien, là quelque part, un univers parallèle où l’ami Rocky n'a pas vu sa carrière sabotée par Tonton, est devenu président de la République et a mis en œuvre les grands principes du comvatisme au cours de ses deux mandats. Ah, ils ont du pot, dans les univers parallèles…

*

Mais les univers parallèles ne sont pas toujours si différents du nôtre. On peut ainsi imaginer que tout y soit exactement comme dans celui qui nous est familier, à l’exception de minuscules détails comme l’absence d’un goût immodéré pour le clinquant qui fait tic-tac chez Julien Dray, par exemple.

Ok, ok... Je sais bien qu’il n’est encore coupable de rien. Et qu’il se défend en expliquant que les embrouilles dans lesquelles il se débat sont tout au plus « un dossier fiscal » plutôt qu’une « affaire pénale ». Qu’importe : ces histoires de mouvements de fonds suspects, de chaussures sur-mesures et de stylos haut-de-gamme font plutôt mauvais effet. Pas autant qu’un poste de ministre de l’Identité nationale, c'est sûr, mais tout de même…

© Commentaires & vaticinations

samedi 22 novembre 2008

42 voix et moi et moi et moi...

Si ça se trouve, j'aurais pu faire la différence et envoyer Ségo rue de Solferino... Bah, la grande histoire est faite de ces toutes petites histoires, non ?

TooCloseToCall J'avais été harcelé, toute la semaine précédant le vote sur ces fameuses motions alphabétiques, par une tripotée de militants m'incitant à prendre part au vote. Enfin, parler de harcèlement est sans doute une exagération liée à mon enfance marseillaise : un SMS, trois coups de fils, un ou deux mails, c'est plus de la retape standard que de l'acharnement en règle...

« Mais je ne peux pas voter, avais-je expliqué à chacun de mes interlocuteurs. Je fais partie des fameux adhérents à 20 balles de la primaire pré-présidentielle et je ne suis pas à jour de mes cotisations... » « No problemo, avaient alors répondu, avec une remarquable unité dans le contexte du socialisme français, les tenants officiels des différentes motions : il te suffira de t'acquitter de tes cotisations juste avant de mettre ton bulletin dans l'urne et tu pourras alors apporter ton soutien à Bertrand, Ségolène, Martine ou Benoît... » (1)

Je l'avais déjà signalé ici, je n'ai pas donné suite. Plus par flemme et apathie, d'ailleurs, que par absence de conviction. Et encore moins par souci d'économie puisque mes différents camarades m'avaient assuré de pouvoir continuer à contribuer au même tarif discounté ! Mais à l'heure de désigner le patron, ou plutôt la patronne, il n'était plus possible de rester sur la touche. On allait voir ce qu'on allait voir et il ne serait pas dit que le dernier des social-libéraux français n'imprimerait pas sa marque au scrutin !

« Ah non, désolé, tu ne peux pas voter ! s'est pourtant exclamé, hier soir, le camarade chargé de vérifier la validité de mon adhésion. Les gens qui ont, comme toi, adhéré juste avant la primaire pouvaient effectivement participer au vote en payant leurs cotisations au dernier moment, mais uniquement si leur première adhésion est postérieure à la tienne ». De fait, il y a bien une date à partir de laquelle ― ou depuis laquelle, les explications fournies par le gars n'étant rétrospectivement pas si claires ― les adhérents à 20 euros étaient autorisés à prendre part au vote en se mettant à jour pour 2007 et 2008. Et loin de moi l'idée de contester la règle : après tout, il en faut bien une, de règle... On n'est tout de même pas à l'UMP !

Ce qui me chiffonne, pour autant, c'est que les différents militants aient pu se procurer mes coordonnées pour me contacter (car il fallait bien que j'apparaisse comme adhérent quelque part au niveau de la section pour qu'il s'en donne la peine). Et ce qui me turlupine, c'est qu'ils m'aient assuré que je serais bien en mesure de voter sur la base de ma première inscription.

Vraisemblablement, les ségolistes avaient tout intérêt à ce que les gens comme moi viennent voter en masse, présumant (avec raison) qu'ils pencheraient en faveur de la Belle du Poitou. Le reste du parti, en revanche, préférait probablement limiter la casse en écartant les « supporters » au profit des militants authentiques. L'on pressent d'ailleurs que la bataille de la date butoir a été aussi âpre que celle du congrès de Reims et il n'est pas impossible que certains soldats perdus n'en aient pas totalement entériné le résultat, d'où ma propre confusion...

N'empêche, à 42 voix d'avance à peine pour Martine Aubry, on se dit qu'il existait bien, là-dehors, une poignée d'affreux dans mon genre qui auraient pu faire la différence. C'est d'ailleurs une bonne leçon : si le PS explose et qu'émerge un vrai grand parti post-social-démocrate emmené par, je ne sais pas, moi, Manuel Valls, je promets de cotiser par prélèvement automatique. 

© Commentaires & vaticinations

(1) Barrer les mentions inutiles (car il y en a forcément...)

vendredi 21 novembre 2008

Effet papillon ?

La nouvelle patronne du PS aura-t-elle un impact sur le nouvel ordre mondial ? Non, mais il faut bien rigoler de temps en temps avec les choses sérieuses.

Guardian Zut alors ! Le Guardian du jour fait totalement l’impasse sur le duel Aubry-Royal, au risque de laisser ses lecteurs dans l'ignorance des enjeux de l’élection d'un nouveau leader socialiste chez les voisins du dessous… Et pour cause : le grand quotidien britannique préfère titrer sur un rapport américain de prospective, lequel s’intéresse « aux conséquences de l’émergence d’un monde multipolaire sur fond de déclin des Etats-Unis comme hyperpuissance » ― pas moins. Las, c’est peut-être que le résultat du scrutin de ce soir ne devrait pas avoir d’impact majeur sur l’avenir de la planète à l’horizon 2025 : je n'ai fait que lire ce copieux document en diagonale et la France n'y est citée que quatre fois. Alors le PS, hein… A leur décharge (au PS et à la France), l'Europe elle-même tend à disparaître des radars lorsque que les futurologues des services de renseignements US (NIC) échafaudent leurs sombres scénarios.

Ce qui en ressort, en tout cas, c’est qu’un monde débarrassé de son gendarme auto proclamé ne sera pas forcément le paradis universaliste que Chirac nous promettait. Quoi qu’on en dise, tous les défauts, toutes les crapuleries de la grande démocratie libérale nord-américaine qui donne le ton depuis près d’un siècle n’en font pas l’homologue de ses remplaçants putatifs. Et sauf à pousser le relativisme jusqu’à l’absurde, la Chine, la Russie, l'Iran, ne sont pas exactement les combattants d’un nouvel ordre mondial où souffleront le vent de la liberté et de l’humanisme. D’une certaine manière, en fait, ce rapport est l’antithèse de ce qu’affirmait Francis Fukuyama dans La fin de l’histoire, lorsque le philosophe entrevoyait dans la chute du mur de Berlin la transformation de la planète en une sorte de vaste espace de paix et de prospérité consumériste ― les canons s’apprêtant à être fondus pour fabriquer des lecteurs MP3 et des télés à écran plat.

A vrai dire, les experts américains qui signent ce document n’ont pas beaucoup plus de raisons d’être dans le vrai que Fukuyama (il suffit de jeter un coup d’œil aux dessins de Robida sur le Paris de l’an 2000 pour voir à quel point les « tendances lourdes » finissent toujours par perdre du poids au fil des ans), mais ils donnent tout de même à réfléchir. A force de réduire les démocraties occidentales à ce qu’elles ont de plus désagréable, à force de les dépeindre comme autant de post-colonialistes racistes et égoïstes, on oublie peut-être que leur effacement progressif de la scène sera aussi celui des promoteurs de l’Etat de droit, de la tolérance religieuse, de la liberté d’expression et de l’interventionnisme humanitaire.

Ce n’est certainement pas une raison pour regretter la fin de la domination américaine, et encore moins le développement de nombreuses nations trop longtemps restées en dehors de l’histoire, comme dirait le porte-plume présidentiel. Mais ça justifie de s’interroger sur les implications d’une prolifération nucléaire impossible à stopper, sur la montée des fondamentalismes, comme sur l’idée que les droits de l’homme ne sont qu'un concept inventé par et pour les Occidentaux.

Bah, il nous reste l’espoir qu’en ignorant l'Hexagone, les rapporteurs aient fait preuve d’incompétence et ridiculement sous-estimé la capacité de la prochaine Première secrétaire à transformer, dans l’ordre, le PS, la France, l’Europe et, pendant que nous y sommes, le monde. Et tiens, là, ils s’en mordront les doigts, les types qui préparent la Une du Guardian

© Commentaires & vaticinations

lundi 17 novembre 2008

L'impasse de Solferino (et comment en sortir)

Le PS n'a aucune chance de remporter une présidentielle sans allié. A ce stade, seule Ségolène en est consciente.

Impasse La politique, c'est souvent compliqué, c'est parfois aussi très simple : le parti socialiste a beau être la première force d'opposition à l'UMP, il est incapable de rassembler plus de 50% des suffrages au second tour d'une élection présidentielle. Ce n'est d’ailleurs pas une nouveauté, pas plus que cette guerre des chefs qui le fait ressembler à un poulet sans tête à la recherche d’un mur dans lequel s'encastrer.

Dans le temps, comme roue de secours, il y avait le PC. On sait ce qu'il en reste. Il y avait aussi les Verts, mais leurs propres querelles de motions faisant passer celles du PS pour un chaleureux échange de vues entre vieux potes, on se demande ce qui subsistera du mouvement écologiste en 2012. Quel peut donc être l’allié auquel les socialistes pourront s’adosser pour empêcher Nicolas Sarkozy d’en reprendre pour cinq ans ? Pour Benoît Hamon, aucun doute, c’est le NPA. Car un « vrai socialiste n’a pas d’ennemi à gauche », fût-il partisan de la fin de l’économie de marché, favorable à la suppression de cette institution bourgeoise qu’est le Parlement et, surtout, irrémédiablement hostile à toute relation avec le parti de Jaurès (que le vieux Léon appréciait pourtant, il faudrait le rappeler à Besancenot)... Hé oui, monsieur le député européen : pour le facteur, même Mélenchon est un social-traître !

Martine Aubry est moins diserte sur la question des alliances, bien qu'elle n’hésite pas à se montrer « pragmatique » (ah, le vilain mot de droite !) à l’occasion et même si elle est moins sensible au charme néo-trotskiste que son camarade brestois. Pour autant, Titine est formelle : le prochain coup, pas d’accord avec le MoDem ! Mais bon, le mystère reste entier sur le bulletin déposé dans l’urne par la dame, un beau jour de mai 2007 ; gageons donc qu'elle pourrait encore changer d’avis si Hamon et elle n'élaborent pas quelque coup tordu dans le cadre du « Tout Sauf Ségolène », soit le seul projet sur lequel ils sont vraiment en harmonie (1)...

Mais que nous explique alors Ségolène, entre deux prestations rock au Zénith ? D'abord qu’une alliance avec les centristes n’a rien d’affreux, mais surtout que Bayrou est bien plus en phase avec les militants socialistes ― pour ne rien dire de l’électorat de gauche, voire des Français ― que n’importe quel promoteur de la dictature du prolétariat ! Bon, c’est sûr, elle peut être casse-pied, la Ségo. Elle peut agacer avec ses bizarreries de comportement ou ses citations des grands anciens que les gardiens du Temple confondent avec un discours de catéchèse. Tiens, je mentirais si je prétendais que je n’ai pas, moi-même, fréquemment douté de sa capacité à construire quelque chose de durable tout en m’étant toujours élevé contre les procès en cruchitude...

Au lendemain de ce congrès un peu ridicule, un peu pathétique, sur quels critères raisonnables les militants pourront-ils se prononcer ? Benoît Hamon promet la régression intellectuelle et conceptuelle la plus effrayante depuis le débat référendaire, entre tropisme gauchiste et passage par profits et pertes de la toute récente déclaration de principes du PS. Martine Aubry, que son expérience de l’entreprise empêche d’oublier qu’il faut généralement produire avant de redistribuer, peut passer pour un bon cheval, épaulée qu’elle est par ce qui reste de la jospinie intelligente. Mais son choix de s’entendre avec Hamon montre bien qu’elle est prête à tout et n’importe quoi pour décrocher la timbale.

Reste Ségolène, donc. Une Ségolène un peu crispante, un peu étrange, mais ultimement cent fois, mille fois plus en phase avec le pays, le monde et la modernité (ok, un mot-valise presque risible mais que l’on me permettra d’utiliser dans son sens le plus consensuel aux plans économique et technologique), que ses concurrents ― Hamon compris, ses 41 ans et son baratin de révolté convenu en bandoulière.

Au PS, Ségolène offre une perspective. Pas de réelles certitudes (qui pourrait en proposer ?), mais la possibilité de reprendre le fil de ce qu’il y avait d’intéressant et d’innovant dans sa campagne présidentielle ― de la démocratie participative à l’école. Et parce qu’elle ne refuse pas de faire la cour à Bayrou sous son balcon, elle seule est en situation de reprendre possession du ballon en 2012. A tout prendre, c’est tout de même plus enthousiasmant que la transformation de la rue de Solferino en l'impasse que l’on nous promet par ailleurs, non ?

© Commentaires & vaticinations

------------------------------------------------

(1) A ceux qui auraient loupé un épisode, rappelons que Martine est soutenue par Bertrand « libéral » Delanoë mais que Benoît pense que le maire de Paris n’est qu’un « ringard »...

mercredi 29 octobre 2008

Swing voters à la française

Être un électeur mystère, c'est bien. Dans le bon scrutin, c'est mieux.

Swingvote_2 Au parti socialiste, on doit aimer le poker. Les dizaines de milliers d'adhérents éphémères de l'avant-présidentielle, ces fameux « socialistes à vingt balles », auront finalement la possibilité de voter pour la motion de leur choix pour peu qu’ils soient disposés à renouveler leur cotisation le soir du scrutin au plus tard. Mieux (ou pire, c'est une affaire de point de vue) : ils bénéficieront du même tarif discounté qu'en 2006 !

On imagine le niveau d’anxiété qui règne dans les différents états-majors si l’on en est rendu à battre le rappel d’un si grand nombre d’inconnues (au sens mathématique s’entend). Tenez, moi par exemple : j’avais pris ma carte juste avant la primaire histoire de faciliter la tâche de Ségolène, que je voyais alors comme l’iconoclaste hors-usinage qui manquait à la gauche mais je n’ai évidemment plus jamais remis un orteil à la section une fois Sarkozy installé à l’Elysée. C’est que, depuis, j’ai eu le temps de faire une croix sur la capacité du PS à se forger une doctrine social-démocrate normes européennes, de me désoler de la montée en puissance du besancenotisme à l’intérieur comme à l’extérieur du parti et, last but not least, de me réconcilier avec l’idée que le gaullo-jauressiste de l’UMP n’était pas le cinquième cavalier de l’Apocalypse que l’on promettait...

Mais voici que les partisans des soixante-douze motions en lice font le siège de mon portable pour me faire part de la bonne nouvelle : « Oui, tu peux voter pour le congrès, camarade ! Et en plus, ça ne va pas te coûter un bras comme à ces adhérents standards qui cotisent sans bouclier fiscal. Allez, un bon mouvement ! Le 6 novembre, vient faire un tour à la section et tout sera comme avant. Mais... euh... tu votes bien pour machin, hein ? »

Franchement, je me tâte. D’un côté, je me demande pourquoi on a besoin de moi pour départager les ennemis de l’économie de marché des adversaires du capitalisme ; de l’autre, je me dis que mon petit bulletin, multiplié par tout un tas d’autres, pourrait redonner un peu de tonus aux libéraux dans mon genre ―  du moins ceux qui osaient encore s'assumer avant l’effondrement du CAC. Car en fait, pour qui voter, hein ? Libération, qui est très fort en plans sur la comète (il avait prévu la victoire de Kerry en 2004), assurait l’autre jour être capable de chiffrer le rapport de forces avec une précision diabolique, découpant le parti en quatre portions aussi congrues qu’incongrues. Entre les social-républicains (24%), les anticapitalistes (25%), les « contre-gauche » (24%) et les social-démocrates (27%), « mon camp » semble disposer d’un léger avantage. Mais qui me dit qu’il ne se synthétisera pas avec les bolchos le moment venu ? Ça c’est déjà vu, non ?

D’autant plus que je ne suis pas certain d’y être vraiment à l'aise, dans le camp soc-dem que Libé m’assigne faute de mieux. On y trouve Delanoë, OK, mais aussi Aubry. Du coup, peut-être suis-je davantage à ma place chez Ségolène, mon port d’origine, puisque Manuel Valls y est également amarré... Mais l'on me dit que l’ami Fabius y a posé son sac de couchage. Tu parles d’un foutoir ! Ah, je suis bien embêté… Le pire, c'est que le scrutin aura lieu deux jours après la présidentielle américaine, pour laquelle je ne peux pas voter, même au tarif normal, alors qu’elle risque d’avoir un impact sur ma vie un peu plus notable que l’arrivée d’un nouveau, hum, leader rue de Solferino.

La vie est mal faite. Dans la prochaine, je serai un Américain membre du parti démocrate.

© Commentaires & vaticinations

mercredi 03 septembre 2008

Chimères

A La Rochelle, la gauche plurielle est bien singulière...

Chimere_2 On hésite toujours un peu à tirer sur une ambulance lorsqu'on est bien élevé mais le spectacle offert par le PS, ce week end à La Rochelle, est vraiment désespérant. J'entendais Olivier Duhamel, l'autre matin sur France Culture, expliquer avec indulgence qu'il est logique de voir les poids lourds du parti se mettre en ordre de bataille à l’heure du pot de départ de leur primus inter pares. « Chacun tente sa chance et c’est bien normal », assurait-il… Hum, « normal », ça le serait sans doute s’il s’exprimait autre chose que des stratégies individuelles sans objet politique.

Le parti socialiste est devenu une ménagerie surréaliste où s'affrontent et s'apparient éléphants, carpes et lapins sous le regard de militants écartelés entre découragement (pour les plus jeunes) et discipline clanique (pour les anciens). Les ambitions individuelles sont légitimes, mais uniquement lorsqu’elles s’adossent à une vision et à des choix idéologiques discernables. Quelle est donc cette armée de Chirac wannabees dont le rêve se réduit à la capture d’un fauteuil et d’un statut ? Fabusiens, aubrystes, moscovicistes, delanoistes, strauss-kahniens, ça ne voulait déjà pas dire grand-chose. Mais quid des cambadélo-montebourgeois ? Ce n’est plus un zoo, c’est l’île du docteur Moreau.

© Commentaires & vaticinations

mercredi 27 août 2008

En attendant Godot

Pendant que la gauche se cherche, Nicolas Sarkozy assure l'intérim…

Godot Je n'y crois pas beaucoup, à ce « congrès de la dernière chance » dont parle Pierre Moscovici dans Le Monde de ce soir. Pas plus que je ne crois à la capacité du PS à « se ressaisir »… Bon, ce n'est pas la fin de l'histoire et la gauche « de gouvernement » finira bien, d'une manière ou d'une autre, par sortir la tête de l'eau. Mais pas tout de suite. Pas avant qu’une génération nouvelle ne s'impose à la tête du parti, une génération dont la réflexion ne sera pas constamment polluée par un passé mythifié de révolutions radicales et d’intransigeance sectaire.

Elle n’aurait d’ailleurs aucun intérêt à guérir trop vite, cette gauche qui aspire à revenir aux affaires. Electoralement privée d’oxygène par le nouveau parti du facteur joufflu, elle se rénoverait pour rien si elle n'attendait pas que le soufflé gauchiste retombe. Enfin : s’il retombe. Besancenot est bien capable, après tout, de construire l’union sacrée de tous les mécontentements progressistes comme Le Pen avait su agréger tout ce que le pays compte de nostalgiques de Vichy, de cathos intégristes et de cafetiers aigris. Dans un tel contexte, même les socialistes les plus intelligents du monde plafonneraient à 20%. Alors les nôtres…

Cela dit, la montagne de Port-Leucate est toujours susceptible de n’accoucher que d’une toute petite souris : ce ne serait pas la première fois, dans l’histoire récente, qu’un Le Pen de gauche essaie d’émerger et se prend les pieds dans les tapis. Un échec des chavistes de l’Aude ne résoudrait pas les problèmes du PS, mais ça serait toujours ça de pris.

*

D’autres y ont certainement pensé avant moi, mais je suis un peu lent et ça vient tout juste de me frapper : le choix de la sous-préfecture de la Marne pour le congrès précédant l’élection d’un nouveau Premier secrétaire a tout du boulevard symbolique pour Ségolène. Une Royal sacrée à Reims, c’est dans l’ordre des choses.

*

Le financement du RSA par la fiscalité sur le capital est exactement le type de mesure qu’une gauche pragmatique aurait pu proposer. Mettre les placements financiers au service des centaines de milliers de personnes coincées dans les fameuses trappes à pauvreté que génère l’empilage des allocations, peut-on être contre ?

Ok, on augmente encore un peu les impôts, mais c’est pour la bonne cause et ça n’affecte pas les revenus du travail. Dans un monde idéal, on se préoccuperait d’abord d’aller traquer les niches fiscales et autres passe-droits archaïques pour permettre à un État fauché de remplir ses missions. Mais nous ne sommes pas dans un monde idéal. Nous sommes dans un monde ou la gauche est en morceaux, n’a pas d’idées, n’a pas de patron… Nous sommes dans un monde où c’est de Nicolas Sarkozy qu’il faut attendre qu’il aille chercher les hommes de gauche capables de mettre en œuvre des réformes de gauche. Tiens, même François Hollande est d’accord avec moi.

© Commentaires & vaticinations

vendredi 01 août 2008

Ricochet(s)

Une conclusion en eau-de-boudin de l'expérience blairiste serait catastrophique pour la gauche française (pour la gauche britannique aussi, évidemment).

Milliband_blair La zone de turbulence économique dans laquelle sont entrés les voisins du dessus est assez préoccupante. D'abord pour les Britanniques eux-mêmes, qui risquent de vraiment sentir passer la récession qui s'annonce après plus de dix années de vraie croissance, mais aussi pour les Français, qu'un retour au stop & go confortera dans leur vision d'une Angleterre éternellement dickensienne.

A l'exception des centaines de milliers de traders et de loufiats partis chercher fortune outre-Manche, nous n’avons jamais — je veux dire, jamais collectivement — cru au « miracle blairiste ». Droite et gauche restent chez nous convaincues que la Grande-Bretagne est une espèce de paradis pour oligarques russes, en même temps qu'un enfer pour leurs armées de domestiques sous-payés. La fin du chômage, la revitalisation des services publics, le dynamisme général d’une société autrefois engoncée dans ses structures de classes et ses archaïsmes industriels, tout ça, c’est juste du cinéma, du bidon, du spin… De fait, le seul point de divergence entre droite et gauche gauloises dans leur appréciation de ce qui s'est passé là-bas, c’est que cette vision d’horreur n’est finalement pas si horrible pour un UMPiste à l’ancienne. Des riches riches, des pauvres pauvres : chaque chose à sa place.

Maintenant, qu’une catastrophe immobilière adossée à une crise financière internationale fasse faire un bond aux stats du chômage et de l’inflation, que les grèves de fonctionnaires se multiplient et nous pourrons enfin réconcilier notre caricature avec la réalité. Tiens, il ne manquerait plus qu’une attaque spéculative contre la livre la fasse plonger comme en 92 pour que le tableau soit complet...

Vu d'ici, le retour des Tories sur fond d’allongement des queues devant les job centers, au moment même où le PS se déchire sur sa stratégie (enfin, à l’un des moments où le PS se déchire sur sa stratégie puisque c’est à peu près la seule chose qu’il sache faire) serait pourtant dramatique. Emmanuelli, que l’on n’entendait plus beaucoup, reprendrait du poil de la bête. Fabius, qui semblait se recentrer, re-re-re-redécouvrirait Marx. Ségolène, à qui il arrive parfois de reconnaître des mérites au New Labour, désapprendrait le peu d’anglais qu’elle connaît. Même Valls serait forcé de mettre un peu d’eau dans son ale.

Le plus paradoxal, d’ailleurs, serait de voir les fortunes franco-anglaises se mettre à diverger dans l’autre sens, le sarkozysme finissant par faire la preuve de son efficacité en parallèle d’un échec du brownisme. Eh, quoi, tout est possible, non ? Car si je n’exclus pas totalement une certaine forme de réussite économique et sociale pour l'aventure Sarko, je serais terriblement déçu par l’incapacité des travaillistes à ne rien construire de durable sur les fondations creusées par Blair. Ok, les choses vont mal en Grande-Bretagne et, comme on dit là-bas lorsqu'on a le moral dans les chaussettes et qu'on se prend pour des Français, it’ll get worse before it gets better. Et l’absence totale de charisme, de technique et de vision de Gordon Brown augure mal du résultat des prochaines législatives (dans deux ans au plus tard) si même les sièges les plus imprenables lui échappent en cas d’élection partielle.

La chance de la gauche britannique, et la nôtre par ricochet, c’est qu’il reste encore une poignée de jeunes loups dont la mémoire des temps meilleurs ne s’est pas effacée ; capables de rappeler que, à tout prendre, l’héritage n’a pas encore été totalement dilapidé et que, par n’importe quel standard social, sociétal ou économique, la situation s’est améliorée avec la gauche même si un gigantesque boulot reste à faire.

Mais que les jeunes loups en question ne parviennent pas à mettre Brown à la porte — et il est tout de même merveilleux qu’il suffise de le challenger pour y parvenir, ça c’est de la démocratie ! — et ce sera le retour au n’importe quoi standard de l’Angleterre de l’après-guerre et à une réécriture du blairisme par les archéos dans les livres d’histoire. Des livres d’histoire qui, une fois traduits en Français, ressembleront plus à du Nouveau Parti Anticapitaliste qu'à du New Labour.

© Commentaires & vaticinations

jeudi 12 juin 2008

Service minimum de l'info

En cette journée sans presse, j'organise l'accueil des lecteurs dans ma garderie virtuelle. NMPP, cumul des mandats et social-libéralisme à l'anglaise sont au menu.   

Tintin_crieur Pas de journaux dans les kiosques ce matin. Les cégétistes des NMPP, la structure quasi monopolistique chargée de distribuer la presse en France, sont à nouveau en grève. Très exceptionnellement, tous les titres nationaux (sauf l’Huma) se sont associés pour diffuser une « lettre ouverte à ceux qui veulent tuer la presse quotidienne » et condamner la « poignée d'irresponsables qui depuis deux mois, chaque nuit », les prennent « en otage ».

Ça n'a l’air de rien, ce communiqué commun. Ou plutôt, ça fleure bon la riposte patronale à la lutte légitime de vaillants ouvriers... En réalité, il s’agit surtout de la courageuse résistance de canards confrontés aux gros bras qui bloquent les rotatives pour un oui ou pour un non.

Tous les quotidiens signataires reprennent d’ailleurs la lettre ouverte sur leur site Internet à l’exception de Libération, qui préfère sans doute ne pas en rajouter. Question : lorsqu’il aura fini d'assassiner les journaux, le Livre-CGT hackera-t-il leurs versions Web ?

*

Intéressant échange entre Édouard Balladur et Robert Badinter dans Le Monde d’hier soir (enfin, dans Le Monde daté d’aujourd’hui mais que son horaire de parution atypique autorise à prétendre qu’il est en vente malgré la grève). Les deux hommes évoquent la réforme constitutionnelle dans ses grandes lignes et je constate que les points de désaccord ne sont pas très nombreux. Ah si, tout de même : Badinter déplore, et moi avec lui, qu’il ne soit pas fait un sort définitif au cumul des mandats. Mais Balladur se marre (du moins j’imagine qu’il se marre puisque Le Monde ne publie pas les didascalies de ses interviews) et lâche : « Disons que c'est une manifestation de plus de l'exception française ! »

En fait, ce n’est pas totalement vrai. D’autres pays ne légifèrent pas sur la question mais laissent leurs élus libres de se déterminer en conscience — généralement dans le sens de l’abandon des mandats surnuméraires. C’est ainsi que Boris Johnson, nouveau maire de Londres, vient de se démettre de son mandat de député d’Oxford alors que personne ne l’y forçait. Ce qui démontre que les pourfendeurs du cumul que furent autrefois, dans une autre vie, Dominique Voynet et Arnaud Montebourg, pourraient aisément prendre de l’avance sur la réforme des institutions de 2012. M'est avis qu'ils préfèreront attendre.

*

C’est surprenant mais le débat libéralisme et socialisme n’est pas qu’une affaire franco-française. Et ce qui l’est encore plus, surprenant, c’est qu’il revienne aux socialistes britanniques de se demander si l’heure n’a pas sonné d’un remplacement du discours social-démocrate par un authentique credo libéral. Bon, de ce côté-ci du Channel, où l’on considère que le New Labour est déjà très à la droite de Sarkozy, on aura du mal à comprendre ce qui agite les cerveaux travaillistes. Et pourtant...

La revue Prospect — à laquelle je remercie à nouveau ma belle-sœur de m’avoir abonné en guise de cadeau de Noël et en lieu et place de son traditionnel flacon de brandy espagnol — pose en effet que le blairisme reste le parti du « socialisme mécanique », un socialisme centralisateur, dépensier, étatiste, insuffisamment respectueux de l’individu…

Hum, sounds familiar ? C'est normal. Comme le suggèrent les auteurs d'un article intitulé « Liberalise or die », « for New Labour to survive, it must become new liberal. The key dividing line in politics is no longer between left and right, but, increasingly, between liberal and authoritarian. The Labour government too often finds itself on the wrong side of this divide ».

David Milliband, une sorte de Manuel Valls de là-bas, un temps mentionné comme possible challenger de Gordon Brown, fait partie des promoteurs de ce glissement théorique. Tiens, il ferait un invité très présentable au congrès de Reims, en novembre prochain, maintenant que nous sommes tous libéraux (ou presque).

© Commentaires & vaticinations

Rechercher


  • tout le Web
    com-vat.com

www.com-vat.com : blog de gauche ?

L'idée cadeau du siècle !

Blogroll mal assorti

Sur le Net

Trousse à outils

Blog powered by TypePad
Membre depuis 10/2004