International

jeudi 02 avril 2009

Les confessions de Richard Nixon : tout ça pour ça ?

Rétrospectivement, Richard Nixon était plutôt petit joueur. Et notre François Mitterrand à nous aurait pu lui donner une ou deux leçons de crapulerie...

Frost Nixon Il faut se méfier des comparaisons trop faciles : une situation n’est jamais totalement superposable à une autre et le contexte, le background, démolit généralement la pertinence d’une analogie. Ça ne m'a pourtant pas empêché, pendant la projection de l'excellent Frost/Nixon de Ron Howard, d'être constamment ramené à nos propres turpitudes présidentielles et à la fin en eau de boudin du mitterrandisme.

Curieusement, et s'il est donc permis de faire un parallèle entre l’ancien chef d’Etat américain et l’homme du 10 mai, c’est à l’avantage du premier. Bien sûr, Mitterrand n’a pas à proprement parler de sang sur les mains et sa sympathie pour la préservation à coups de canons de l’Algérie française ne vaut pas les centaines de milliers de morts vietnamiens et cambodgiens attribués, au moins indirectement, à Nixon. Mais pour le reste…

Le film retrace la genèse et le tournage des confessions télévisées de « Tricky Dickie » à David Frost, un animateur de variétés devenu interviewer politique sur le tard. Mais derrière l’anecdote showbiz (imaginez, je ne sais pas moi, Jean-Pierre Foucault ou Valérie Damidot interviewant Giscard sur sa politique africaine) se cache une vraie réflexion sur l’idée que se font les puissants du pouvoir. Pardonné par Gerald Ford et, du coup, échappant aux tribunaux, Richard Nixon n’avait aucune raison d’avouer son implication directe dans l’affaire du Watergate et ses prises de liberté avec la loi. Il se déboutonnera pourtant totalement dans l’ultime entretien accordé à Frost, que ce soit sur sa participation aux écoutes illégales du siège du parti démocrate ou sur sa conception assez spéciale de ce que peut se permettre un président « pour le bien » de ses concitoyens.

Une crapule malgré lui ?

Bon, on ne va naturellement pas se mettre à pleurer sur le sort d’un authentique réactionnaire, probablement paranoïaque et notoirement adepte des coups fourrés en politique. Mais sa capacité à admettre publiquement ses dérives et, surtout, son regret sincère de l’influence qu’elles auront eu sur le développement d’un cynisme presque gaulois à l’égard de la classe politique aux Etats-Unis, est étonnante. Le film le montre bien : Richard Nixon se perçoit comme un prolo sorti du rang sur ses seuls mérites, convaincu que l’Amérique est menacée de l’intérieur par une cinquième colonne marxiste et de l’extérieur par une coalition cubano-vietnamienne assoiffée de sang. Et parce qu’il « sait » que le système démocratique est faible et qu’on ne fait d’omelette sans casser quelques œufs ici et là, il n’hésitera pas à améliorer ses chances de réélection en payant quelques barbouzes pour jouer les plombiers chez les démocrates. Pétri des valeurs de l’Amérique des Founding fathers, il est prêt à toutes les crapuleries au nom même de cet idéal de pureté — crapuleries qu’il persiste à présenter comme autant de sacrifices douloureux.

Notre « Tricky Frankie » à nous, de son côté, ne boxe pas exactement dans la même catégorie d’idéalistes dévoyés. Placer ses adversaires sur écoute en envoyant deux clampins poser des micros dans leur faux-plafond n’est pas pour lui une crapulerie : juste une procédure, une routine. Et l’on se marre en pensant au petit magnéto nixonien comparé au véritable QG d’espionnage installé par Tonton dans les sous-sols de l’Elysée. Car avouons-le, si l’on force un président américain à la démission pour un micro de trop, on trouve tout juste rigolo qu’un président français écoute aussi bien les actrices qu’il courtise que les journalistes qui l’emmerdent. Et que penser des « affaires » en cascades, des étapes vichystes, des Carrefour du développement, des Triangle-Péchiney, des Grossouvre, des Bousquet, des Rainbow Warrior, des Urba, des Rwanda…

Enfoncé, l’Amerloque ! Et dire que tout est censé être plus grand de l’autre côté de l’eau… Nixon est un salaud, d'accord, mais un salaud par excès de conviction ; une sorte de malade assurant faire le mal au nom du bien dans un terrible délire mystico-religieux. Mitterrand, lui, ne s’embarrasse pas de tout ce fatras : il fait ce qu’il fait parce qu’il le fait et n’a pas besoin de prétendre que c'est parce qu'elle met la France en danger qu'il écoute sur son Walkman les conversations privées de Carole Bouquet … Mais à l’heure du bilan, Nixon parle. Oui, devant le petit animateur de variétoches spécialiste des Bee Gees, il décide de se livrer. Pas Mitterrand, dont on se souvient comment, dans les même circonstances que le débat Nixon-Frost, malade et revenu de tout, il fiche dehors les documentaristes belges qui le titillent sur Bousquet et Vichy. Ah, mais peut-être fallait-il lui envoyer Jean-Pierre Foucault ou Valérie Damidot.

C’est trop bête. On n’y a pas pensé.

© Commentaires & vaticinations

mercredi 11 mars 2009

OTAN pour moi

La réintégration du commandement militaire de l’OTAN par la France est d'une implacable évidence. Mais si on commence à se rendre à l'évidence, on n'est pas sorti de l'auberge…

OTAN Védrine l'autre jour dans Le Monde, Ségolène ce matin sur France Inter… : le retour de la France dans le commandement intégré de l'OTAN fait l'objet d'une polémique aussi creuse que convenue. Et pas seulement parce que la gauche s'élève par réflexe contre tout ce qui pourrait ressembler à de « l'atlantisme » (un concept-valise signifiant grosso modo que l'on ne considère pas les États-Unis comme un ennemi). Non : à droite aussi, on en appelle aux mânes du général pour rappeler à quel point la mission civilisatrice de la France dans le monde serait rendue délicate par cette terrible perte de souveraineté.

Mon attitude à moi, finalement tout aussi pavlovienne, est d'applaudir des deux mains (car peut-on applaudir d'une seule main ?) cette nouvelle crapulerie sarkozyenne. Ok, les raisons de la création de l’OTAN ne sont peut-être plus exactement valides, maintenant que la crise réhabilite le marxisme et que l’on préfère nationaliser des banques plutôt que d'aller faire de la luge à Davos (Obama en est même à passer pour un prophète socialiste en son pays !). Mais compte tenu de la persistance d’un certain nombre de petits points chauds sur la planète, de l’incapacité de l’Europe à se doter d’une défense digne de ce nom et des interrogations que suscitent parfois les crises de nerfs poutiniennes, je prédis un bel avenir à cette splendide organisation.

Notez que je veux bien changer d’avis si des arguments plus convaincants que ces balivernes sur l’obligation d’aller faire la guerre en Irak, voire en Iran (je ne me souviens pas que les Allemands aient fait partie de la bande à Dabeuliou en 2003) sont proposés. Et surtout si l’on me démontre que la France sera moins capable de faire entendre sa voix si, hum, singulière en réintégrant complètement une organisation dont elle n’est de toute manière jamais sortie.

On commence d’ailleurs à rappeler un peu partout que Mitterrand himself avait entamé des négociations avec les Américains sur ce thème au début des années 90. Védrine devrait s’en souvenir : il était secrétaire général de l’Elysée. Et surtout, on suggère avec pertinence que notre indépendance est assez mal préservée dans un système où les forces françaises sont placées à la disposition des vrais patrons de l’OTAN sans possibilité de participer à leurs débats...

Je sais bien que le boulot de l’opposition, c’est de s’opposer, mais je me demande ce que le PS se prépare comme marge de manœuvre en cas de retour inopiné aux affaires avant 2027, c'est-à-dire avant la fin du second mandat de Sarkozy et des deux tours de manège de Copé (ou de Pécresse, qui sait…). On voit déjà qu’il ne lui sera pas possible de réformer les retraites, de décentraliser, de renforcer le rôle du Parlement, de booster l’enseignement supérieur, de moderniser la politique de défense... A ce rythme, il ne restera plus au président Bruno Julliard que la possibilité de supprimer le numerus clausus des taxis parisiens. Bah, ça ne sera finalement pas si ridicule dans une perspective militaire : les taxis de la Marne, ça ne vous rappelle rien ?

© Commentaires & vaticinations

-------------------------------------

P.S. : l'expression autant pour moi/au temps pour moi étant censée se rapporter à une affaire de canon qui refroidissent, le titre de cette note me semblait exceptionnellement approprié...

jeudi 12 février 2009

On dira ce qu'on voudra, le coup d'Etat permanent, ça déchire grave sa mère

Plus que jamais, les Israéliens ont besoin d'un De Gaulle (et les Palestiniens d'un Garibaldi mais c'est une autre histoire).

Camembertknesset La relation de De Gaulle à Israël — et aux juifs en général — a toujours été quelque chose de confus et d'ambigu. La fameuse sortie sur le « peuple d’élite, sûr de lui et dominateur » est loin de raconter toute l'histoire et le soutien de la France à Israël jusqu'en 67, année de la guerre des Six-Jours, pourrait quasiment être comparé à celui que lui apportent aujourd'hui les États-Unis. Pour autant, s'il avait vraiment souhaité avoir un impact décisif sur l'avenir du jeune État, au-delà de la fourniture d'avions de chasse et de pataugas, Mongénéral se serait débrouillé pour lutiner une jolie sabra avant de l'abandonner, enceinte jusqu'aux yeux, dans un kibboutz du Negev. Le fruit de leur furtive relation aurait alors grandi (forcément), fait des études de sciences politiques entre deux épluchages de pommes de terre collectivisées et, laissant parler ses gènes, offert à sa patrie une constitution toute neuve en même temps qu’une stratégie de décolonisation crédible.

Ceux pour qui le concept d’un Israël démocratique relève de l’oxymore, occupés qu’ils sont à dénoncer les crapuleries de Tsahal comme l'expression même du sionisme, en doutent peut-être mais, ce dont ce pays a essentiellement besoin, c’est d’une bonne dose de coup d’Etat permanent — d’une bonne grosse lampée de loi fondamentale modèle 58 en lieu et place de cette vague « déclaration de principes » héritée des Anglais. Car franchement, pour ne pas remarquer qu'une hyper-démocratie permettant à plus d’une trentaine de partis de briguer le parlement, dans le cadre d’un système de proportionnelle intégrale (2% des voix suffisent à décrocher un siège), est le principal obstacle à la résolution du problème palestinien, il faut avoir de sérieuses difficultés à calculer des pourcentages...

Pas moins de douze formations sont d’ailleurs parvenues à glisser une sandale à la Knesset ce coup-ci, et l’on voit le bordel qui en découle à l'heure des coalitions. Entre des députés arabes exigeant la dissolution du pays et des illuminés en redingote lituanienne demandant le doublement de sa superficie, on trouve tout chez les Samaritains (rires dans la salle) : des gauchistes, des socialistes, des libéraux, des centristes, des nationalistes modérés, des ultra-nationalistes, des pro-Russes, des quasi-fascistes… Tout ce petit monde se subdivisant en outre en autant de factions prêtes à changer de cheval à mi-course si l’herbe devient ponctuellement plus verte ailleurs…

On aime bien, chez nous, se plaindre de la bipolarisation qui va de pair avec le scrutin uninominal majoritaire à deux tours de la Ve République. C’est que la proportionnelle intégrale à l’israélienne, Saint Graal des vrais démocrates, serait effectivement le moyen de permettre à Lutte ouvrière, à la Ligue communiste révolutionnaire, à la gauche alternative, au PCF, aux communistes non-PCF, au PRCF, à la Gauche Alternative, au Parti humaniste, au Parti socialiste, aux Verts, aux Verts européens, au Parti occitan de gauche, au Parti radical de gauche, au Nouveau Centre, au Mouvement démocrate, à Debout la République, au CNPT, à l’UMP, au Parti radical, au Mouvement pour la France, à l’Alliance patriotique/MNR, au Parti occitan de droite, au Parti des musulmans de France, à la France en action, à la France Bonapartiste et au Mouvement écologiste indépendant, bref, à notre propre petite trentaine de formations politiques à ambitions législatives, de se partager le palais Bourbon. On imagine la cohésion et le pragmatisme pour l’élaboration d’un plan de relance anticrise, dans ce contexte… Alors un plan de paix avec l'ennemi mortel, tu parles !

Las, le grand Charles était fidèle (ça nous change de ses successeurs) et son ADN réformateur ne se promène pas du côté de la mer Morte. Il n'est donc pas encore né, le type avec un grand nez (comme de Gaulle, voyons ! Pour qui me prenez-vous ?) qui portera un bipolarisme efficace sur les fonts baptismaux, convaincra une majorité d’électeurs que, dans la vie, il faut savoir ce qu'on veut et, surtout, ira expliquer aux colons de Hébron qu’il les a compris avant de leur inaugurer un ministère des Rapatriés... Tout ça n’aiderait pas nécessairement les Palestiniens à se dénicher un unificateur laïque à la Garibaldi en parallèle, mais ça nous changerait de l’ordinaire.

Ah, vous êtes sûr qu’il n’a jamais passé une nuit dans un kibboutz, le général ? Vraiment certain ?

© Commentaires & vaticinations

mercredi 21 janvier 2009

Un président tricolore ?

Barack Obama n'est pas seulement noir, il est aussi tricolore. Où pourrions-nous dénicher un oiseau pareil ?

Obama&Flag C'est finalement ce qu'il y a de plus frappant dans cette histoire de président noir : au-delà du respect que les Américains inspirent par leur spectaculaire aptitude au changement, Barack Obama est essentiellement un président rouge, blanc et bleu comme le drapeau de son pays. Né à Hawaï d'un père kényan, élevé en Indonésie et probablement plus ouvert au vaste monde que n'importe quel leader US depuis Thomas Jefferson, il a beau être attendu comme le Messie à Paris (c'est surprenant) ou à Jérusalem (ça l'est moins), c'est aux problèmes de Kansas City et de Portland qu'il s'intéressera vraiment.

On pressent même que c'est de ce malentendu que viendront les premières déceptions. Un édito du Monde l’exprimait plutôt bien l'autre jour : le successeur de George Bush n'est ni le secrétaire-général des Nations-Unies, ni le patron d'Amnesty International. Et le rappeler n'est pas glisser dans la tautologie : à trop se gargariser du remplacement d'un méchant par un gentil à la Maison Blanche, on perd de vue que les intérêts de General Motors ne sont pas forcément ceux de Renault. Voire que le dollar et l'euro sont ultimement concurrents.

Les seuls à s'en être déjà rendu compte, d'ailleurs, sont nos gardiens du temple de la gauche orthodoxe. Ceux auxquels « on ne la fait pas ». Ceux qui pensent que la victoire sur des siècles d'esclavage et de ségrégation n'est jamais qu'un détail au regard du Grand Combat inter-classes. Ceux qui n’ont pas plus de respect pour un yankee à taux de mélanine élevé que pour un gringo blême... Et de fait, ce Grand Combat est précisément la perspective dans laquelle Obama refuse de se situer. Car non content de n'avoir strictement aucun plan pour faire reculer le chômage en France ou l'inflation en Espagne, il est déterminé à ne rien faire at home qui ne se situe dans la formidable tradition libérale (dans toutes les acceptions du terme) américaine.

Mettre en place un système de santé digne d'une grande démocratie prospère, yes ; raser gratis, no. Fermer Guantanamo, cette insulte au droit et à la morale, yes ; abandonner l'Afghanistan aux terroristes du 11-Septembre, no. Moraliser le capitalisme et envoyer Madoff à Sing-Sing, yes ; remplacer Wall Street par une coopérative ouvrière, no. Definitely.

Mais la preuve la plus patente de ce que Barack Obama est first and foremost un Américain, un vrai, au moins autant que n'importe quel sénateur blanc pour film de Frank Capra, c'est la volonté qu’il a de rassembler les bonnes volontés d’où qu’elles viennent. Et la preuve la plus patente de la pertinence de cette approche, c'est ce 78% d'opinions positives rapporté hier par Gallup — ces millions de personnes prêtes à retrousser leurs manches sous sa conduite au nom de valeurs communes transcendant leur choix de novembre dernier.

Quoi qu'on en dise, et parce que la France finit toujours par intégrer tout le monde même si c'est dans la douleur, l'élection d'un président noir, asiatique ou d'origine maghrébine n'est pas plus impensable ici qu'aux Etats-Unis. Nous n'y sommes pas encore, Ok, mais ce n'est qu'une question de temps. L'élection d'un président tricolore modèle Obama, en revanche, c'est-à-dire celle d'un homme ou d'une femme se prévalant des valeurs et de l'histoire de son pays sans sombrer dans la caricature frontiste ni se voir dénier sa légitimité par la partie minoritaire de l'électorat est bien plus incertaine...

La version américaine de l'esprit public n'a toutefois pas grand chose du consensus mou et de l'œcuménisme béat : il y a des républicains bornés, il y a des démocrates têtus, il y a des législateurs qui ne le cèdent en rien à l'exécutif, il y a des juges indépendants et une presse qui ne l'est pas pas moins. Mais il y a aussi cette capacité à mettre le cynisme en veilleuse dans les grandes occasions, tout comme ce désir de relever les grands défis collectivement.

Assurément, ni les massacres fratricides au PS — un parti plus enclin à l'opposition systématique qu'à la proposition constructive —, ni les hurlements démagos du FN ou du NPA, ni les stratégies politicardes de l'UMP ne créent un climat propice à la poésie politique, pour parler comme Patrick Chamoiseau. Et il est probablement plus facile de se recentrer sur ses valeurs en écoutant le discours d'inauguration d'Obama qu'en suivant Nicolas Sarkozy du Fouquet's au yacht de Bolloré. Alors un président simplement noir pour la France, franchement, pour quoi faire ?

© Commentaires & vaticinations

dimanche 11 janvier 2009

Faux frères et vrais amis

Les militants sincères de la cause palestinienne ont bien plus besoin des juifs que des antisémites. Quand s'en rendront-ils compte ?

Manif Il y aurait vraisemblablement plus de juifs dans les manifs anti-bombardements de Gaza si le débat n'était pas constamment pollué par l'équation sionisme = nazisme, voire par l'antisémitisme patent d'une partie des « amis » des Palestiniens. Croyez-le si vous le voulez — ou si vous le pouvez compte tenu du poids et de la patine de sa caricature —, mais les valeurs fondamentales du judaïsme sont la justice et l'empathie et il est tout simplement stupide de prétendre que l'opération militaire israélienne du moment ait la moindre dimension culturelle ou même « religieuse ».

Il y aurait plus de juifs dans les manifs sans l'hommage appuyé de certains au Hamas, donc, mais le fait est qu'ils étaient déjà nombreux, samedi après-midi, à battre le pavé parisien en compagnie de quelques dizaines de milliers de personnes horrifiées par le bilan de deux semaines de canonnade. Entre l'Union Juive Française pour la Paix (UJFP), dont l'enthousiasme auto-flagellateur est parfois agaçant, l'Union des Juifs pour la Résistance et l'Entraide (UJRE), les « femmes en noir » ou les petits groupes d'étudiants israéliens de Paris promenant leurs pancartes artisanales le long du boulevard des Filles du Calvaire (peut-on être plus pertinent ?), ils avaient fait le plein. Enfin, pas vraiment : manquaient tout de même à l'appel les ados pacifistes du Hachomer Hatzaïr. Mais il faut dire qu'ils s'étaient copieusement fait tabasser en 2003 et que leurs parents leur avaient peut-être demandé de rester devant la télé pour cette fois...

Ce désir de manifester son opposition aux bombardements « en tant que juifs » n'est d'ailleurs pas forcément du goût du laïque que je suis. J'ai déjà du mal avec le CRIF, qui assure parler pour les 600 000 Français juifs quand il représente péniblement les adhérents d'une poignée d'associations de bienfaisance, alors les gens qui s'adressent au monde « en tant que juifs », hein... C'est ainsi, pourtant, et c'était également « en tant que juifs » que des gens se sont battus pour les droits civiques des noirs aux Etats-Unis, ont lutté contre l'apartheid en Afrique-du-Sud et ont milité pour l'indépendance de l'Algérie. Alors, à tout prendre, et s'il faut vraiment que l'individualiste hors-usinage que je prétends être soit « représenté » par quiconque, autant que ce soit par des types qui n'aiment pas que l'on fasse pleuvoir les bombes sur la tête de civils sans défense.

Mais je n'avais pas besoin d'être représenté par les uns ou par les autres ce coup-ci, ayant choisi de me joindre au défilé en personne, histoire d'exprimer ma propre indignation sans intermédiaire. J'étais d'ailleurs un peu appréhensif, ni mes souvenirs des manifs anti-guerre en Irak, ni l'annonce de la présence de Jean-Marie Le Pen, Dieudonné ou Kemi Seba n'étant faits pour me rassurer. J'avais tort, et cette manif n'avait pas grand chose à voir avec la démonstration cathartique de haine antijuive qu'elle promettait de devenir. Ni le borgne, ni le père de sa filleule, ni l'amateur de développement séparé n'avaient en effet été autorisés à venir se pavaner devant les caméras et, à la limite, il y avait plus de juifs que de partisans du Hamas (ou du Hezbollah puisque j'ai du mal à distinguer les différents drapeaux verts à kalachnikov) dans ce cortège étonnamment hétéroclite !

Même les petits cons masqués qui, entre deux caillassages de bus, croient sublimer la vacuité de leur violence en attaquant des synagogues ou en agressant des écolières, étaient en sous-nombre et, surtout, observés avec colère par la plupart des manifestants. Des manifestants plutôt calmes, mesurés, tout simplement désespérés par la situation. Tout comme moi. Tout comme les gens de l'UJFP ou de l'UJRE. Mais aussi tout comme les personnalités juives qui, en France ou ailleurs, prennent la mesure du drame et dénoncent l'absurdité et le court-termisme de la stratégie israélienne.

J'imagine bien que leur présence aux manifs — et la mienne, ça va sans dire — n'aura qu'assez peu d'impact sur la suite des opérations : le gouvernement israélien se préoccupe rarement du point de vue de libéraux européens qui, à Paris ou à Londres, prodiguent avis et conseils depuis leur fauteuil. Il serait pourtant attentif à un retournement de l'opinion de la majorité des juifs de la diaspora, dont la sympathie naturelle va vers ceux qui souffrent mais qui hésitent à se retrouver associés aux négationnistes, aux partisans de la destruction d'Israël et aux opportunistes dont la cause palestinienne est devenue l'alibi.

© Commentaires & vaticinations

dimanche 04 janvier 2009

Des poids, une mesure

Si un mort israélien vaut plusieurs morts palestiniens, combien faut-il de cadavres congolais pour un linceul gazaoui ?

Congo C'est un bête entrefilet de quelques lignes, une dépêche AFP que personne ne s'est donné la peine de réécrire ou de compléter. Il est là, tout en bas de la page 6 du Monde daté de dimanche, sous un « vrai » papier sur la crise du gaz Russe qui s'annonce. 271 personnes auraient été tuées depuis le 25 décembre en République Démocratique du Congo par les hommes de l'Armée de Résistance du Seigneur (LRA en anglais), un groupe venu d'Ouganda et en route pour le Centrafrique. Mais il s'agit d'estimations basses et les humanitaires de Caritas parlent aussi de 400 morts.

Moi, je suis comme vous. Je ne ne sais pas grand chose du Congo et de cette Armée de Résistance du Seigneur. Et pour cause : personne ne m'en parle jamais. Tiens, je fais un tour sur Libe.fr, histoire d'en apprendre davantage sur les horreurs qui se déroulent dans cette ancienne colonie belge d'Afrique de l'Ouest. Mais je tombe mal : la dernière fois que l'on a mentionné le Congo dans Libé, c'était il y a un mois, lorsque le Pape a lancé un appel à la paix dans le monde pour son message de Noël. Le Monde en ligne, alors ? Hum, s'il publie cet entrefilet, c'est sans doute qu'il en avait déjà parlé plus longuement, des morts congolais ? Ah, heureusement qu'il est là, mon journal du soir préféré ! Dans ses archives, plusieurs articles évoquent en effet la situation de ces derniers jours et déplorent que l'Europe rechigne à envoyer une force d'interposition au Nord-Kivu. Mais au Figaro, sur Rue89, à l'Huma, silence radio ou presque...

Mais tout de même, ça m'intrigue. Comment un conflit qui a déjà fait quatre millions de morts en dix ans, et tue encore plus d'un millier de civils chaque jour du fait du chaos alimentaire et sanitaire qu'il entraîne, peut-il être aussi peu couvert ? Comment les 271 victimes de la LRA (hypothèse basse, rappelons-le) de ces dernières semaines ont-elles pu échapper à la vigilance de nos reporters, de nos analystes,voire de nos manifestants ? Pourquoi des événements aussi tragiques — survenant dans un pays francophone et intimement connectés à un autre drame qui ne devrait laisser aucun Français indifférent —, ne valent plus que ce vague entrefilet, là en-dessous d'un vrai papier sur la crise du gaz ?

Ne tournons pas autour du pot. Si cet entrefilet me frappe, c'est surtout parce qu'il contraste avec la manière dont l'opération israélienne à Gaza est traitée ici ; dans nos médias, dans nos rues, sur les blogs... Le monde est une poudrière, il s'y passe tous les jours un tas de choses affreuses et l'on conçoit qu'il serait difficile se s'intéresser à tous ces drames — on a déjà tellement de soucis avec le prix du gaz. Alors les morts du Congo... Surtout qu'il en y a deux, des Congo ! Et puis l'Afrique, c'est extraordinairement compliqué. Entre les catastrophes naturelles, les épidémies, les chefs de guerre en Land Cruiser à tourelle, tout ça... Comment savoir qui sont les méchants et les gentils ? D'autant plus que, pour les super-gentils de chez nous, tout ce qui s'y produit d'horrible est de toute manière de la responsabilité de nos propres super-méchants. Alors on laisse filer. On oublie de s'y intéresser de trop près.

Lorsqu'il s'agit d'Israël et des Palestiniens, en revanche, les choses se simplifient un grand coup. Nos super-gentils se reconnaissent immédiatement dans la figure de l'opprimé générique qu'est devenu l'habitant de Gaza ou de Ramallah, et distinguent tout aussi rapidement les traits de nos super-méchants sous ceux des faucons de Tel-Aviv. Et que l'on ne commence pas à pinailler avec ces balivernes géopolitiques faisant intervenir les Egyptiens, les Syriens, les Iraniens, les Saoudiens, l'atomisation parlementaire israélienne, les rivalités Fatah-Hamas, la question libanaise, la question religieuse... Non. Il y a des méchants, il y a des gentils. Ils ont été identifiés depuis longtemps et tout le monde est d'accord là-dessus. Ça n'est tout de même pas le Congo, merde, où l'on n'y distingue plus un CNDP d'une LRA !

Mais j'insiste. J'aimerais bien comprendre. Moi qui suis pourtant, comme tout le monde, favorable à la création d'un Etat palestinien, sonné par la disproportion de la réponse Israélienne aux tirs de roquettes du Hamas, gagné à la cause de civils pris en otage par des enjeux qui les dépassent (habitants de Sderot et d'Ashkelon compris)... Oui, j'aimerais bien comprendre comment réconcilier tout ça. Comprendre pourquoi l'on s'offusque bruyamment de ce qu'un mort palestinien n'a pas la même valeur qu'un mort israélien tout en ignorant l'absence totale de valeur d'un mort congolais. Comprendre comment Israël est devenu le méchant idéal ; celui que vous adorerez haïr sans retenue puisque sans risque d'être contredit autrement que par un « sioniste » ; celui dont vous comparerez systématiquement les crapuleries à celles des Nazis ; celui qui vous permettra de relativiser la remise d'un prix de l'humour à Robert Faurisson devant 5 000 spectateurs hilares dont Jean-Marie Le Pen...

Cette spécificité des réactions à ce qui touche Israël a peut-être des ressorts raisonnables que je suis honnêtement incapable de saisir. Peut-être est-il réellement possible de décréter que le conflit avec les Palestiniens est plus grave, plus intense, plus tragique — bref, plus tout et n'importe quoi que tout et n'importe quoi. Il faudra me le démontrer. Comme il faudra me démontrer qu'ignorer superbement les morts du Congo (ou du Darfour, ou du Zimbabwe...) pour mieux dénoncer l'opération de Gaza n'est pas la preuve d'indignations étrangement sélectives. Et il ne s'agit pas de questions rhétoriques : on n'en est plus là.

© Commentaires & vaticinations

vendredi 21 novembre 2008

Effet papillon ?

La nouvelle patronne du PS aura-t-elle un impact sur le nouvel ordre mondial ? Non, mais il faut bien rigoler de temps en temps avec les choses sérieuses.

Guardian Zut alors ! Le Guardian du jour fait totalement l’impasse sur le duel Aubry-Royal, au risque de laisser ses lecteurs dans l'ignorance des enjeux de l’élection d'un nouveau leader socialiste chez les voisins du dessous… Et pour cause : le grand quotidien britannique préfère titrer sur un rapport américain de prospective, lequel s’intéresse « aux conséquences de l’émergence d’un monde multipolaire sur fond de déclin des Etats-Unis comme hyperpuissance » ― pas moins. Las, c’est peut-être que le résultat du scrutin de ce soir ne devrait pas avoir d’impact majeur sur l’avenir de la planète à l’horizon 2025 : je n'ai fait que lire ce copieux document en diagonale et la France n'y est citée que quatre fois. Alors le PS, hein… A leur décharge (au PS et à la France), l'Europe elle-même tend à disparaître des radars lorsque que les futurologues des services de renseignements US (NIC) échafaudent leurs sombres scénarios.

Ce qui en ressort, en tout cas, c’est qu’un monde débarrassé de son gendarme auto proclamé ne sera pas forcément le paradis universaliste que Chirac nous promettait. Quoi qu’on en dise, tous les défauts, toutes les crapuleries de la grande démocratie libérale nord-américaine qui donne le ton depuis près d’un siècle n’en font pas l’homologue de ses remplaçants putatifs. Et sauf à pousser le relativisme jusqu’à l’absurde, la Chine, la Russie, l'Iran, ne sont pas exactement les combattants d’un nouvel ordre mondial où souffleront le vent de la liberté et de l’humanisme. D’une certaine manière, en fait, ce rapport est l’antithèse de ce qu’affirmait Francis Fukuyama dans La fin de l’histoire, lorsque le philosophe entrevoyait dans la chute du mur de Berlin la transformation de la planète en une sorte de vaste espace de paix et de prospérité consumériste ― les canons s’apprêtant à être fondus pour fabriquer des lecteurs MP3 et des télés à écran plat.

A vrai dire, les experts américains qui signent ce document n’ont pas beaucoup plus de raisons d’être dans le vrai que Fukuyama (il suffit de jeter un coup d’œil aux dessins de Robida sur le Paris de l’an 2000 pour voir à quel point les « tendances lourdes » finissent toujours par perdre du poids au fil des ans), mais ils donnent tout de même à réfléchir. A force de réduire les démocraties occidentales à ce qu’elles ont de plus désagréable, à force de les dépeindre comme autant de post-colonialistes racistes et égoïstes, on oublie peut-être que leur effacement progressif de la scène sera aussi celui des promoteurs de l’Etat de droit, de la tolérance religieuse, de la liberté d’expression et de l’interventionnisme humanitaire.

Ce n’est certainement pas une raison pour regretter la fin de la domination américaine, et encore moins le développement de nombreuses nations trop longtemps restées en dehors de l’histoire, comme dirait le porte-plume présidentiel. Mais ça justifie de s’interroger sur les implications d’une prolifération nucléaire impossible à stopper, sur la montée des fondamentalismes, comme sur l’idée que les droits de l’homme ne sont qu'un concept inventé par et pour les Occidentaux.

Bah, il nous reste l’espoir qu’en ignorant l'Hexagone, les rapporteurs aient fait preuve d’incompétence et ridiculement sous-estimé la capacité de la prochaine Première secrétaire à transformer, dans l’ordre, le PS, la France, l’Europe et, pendant que nous y sommes, le monde. Et tiens, là, ils s’en mordront les doigts, les types qui préparent la Une du Guardian

© Commentaires & vaticinations

mercredi 05 novembre 2008

Yes they can!

Obama n'a pas seulement battu McCain. Il a surtout écrabouillé Palin. Nos idées reçues y survivront-elles ?

Rednecks_2 Les États-Unis vus de France, cette espèce de jungle sociale peuplée de joggers new age (la côte Ouest), de banquiers cupides (la côte Est) et de racistes armés jusqu'aux dents (tout le reste), viennent de placer un métis social-libéral à leur tête. On peut douter des capacités du bonhomme à accomplir tous les miracles promis pendant la campagne ― c'est mon cas ―, mais on ne peut qu'être épaté par la manière dont une nation passe des toilettes White Only à Obama for President en une petite cinquantaine d’années.

Du côté de l’Europe éclairée, on cherchera d’ailleurs en vain le pays capable de confier les clés de la salle des machines à un type (faussement) présenté comme le héraut d’une minorité ethnique. En France ? Tu parles… En Allemagne ? Dans tes rêves… En Italie ? En Espagne ? Get out of here ! Ah, en Grande-Bretagne, peut-être, où les présentateurs des journaux télévisés peuvent avoir la peau brune ? Hum, on demandera son avis à Michael Portillo, très droitier prétendant au poste de leader tory mais dont les origines wop sont toujours restées en travers de la gorge des militants des beaux quartiers…

Mais ce qu’il y a de vraiment fort dans l'élection d’Obama, dans ce triomphe à plus de 52%, c’est la manière dont elle finit par ringardiser la question raciale. Obama n’est pas blanc, c’est sûr, mais s’il n’avait reçu que les suffrages des gens qui lui ressemblent, il se serait contenté d’un petit 12%. Mieux, s’il avait effectivement été ce « candidat de la communauté noire » susceptible de subir le fameux « effet Bradley », il n’aurait même pas franchi le cap des primaires démocrates ! Obama était bien, en fait, ce qu’il prétendait être : le candidat rassembleur d’un pays de plus en plus colour blind, de plus en plus en phase avec sa propre mythologie fondatrice.

On se demande du coup si McCain, sans sa colistière chasseuse d’élans et d’avorteurs, n’aurait pas fait un concurrent plus redoutable. Qu'un modéré tel que lui ait cru, comme le premier progressiste français venu, qu’une majorité d’Américains puisse être séduite par cette Marine Le Pen venue du froid est surprenant. Bah, ça lui servira certainement de leçon. Mais pour que le progressiste français, lui aussi, révise sa position sur le pays des joggers, des banquiers et des militants du port d’armes, il faudra bien plus qu’un Obama. 

© Commentaires & vaticinations

mercredi 22 octobre 2008

Pas de nouvelles, bonnes nouvelles ?

En vingt ans, relève l'OCDE, les inégalités de revenus et la pauvreté ont reculé en France. Mais apparemment, tout le monde s'en fout.

Nonews Libération n'en parle carrément pas. Le Monde le mentionne, mais c'est dans une vague parenthèse, au milieu d'un court article planqué en pages intérieures. Le Figaro en fait un titre, mais se contente de réécrire paresseusement une dépêche de l'AFP sur le sujet… Ben quoi, on ne va tout de même pas s'arrêter d'alerter le public sur l'imminence de l'apocalypse pour s'intéresser à un rapport de l'OCDE (Croissance et inégalités 2008) indiquant que la France est un pays où la pauvreté et les inégalités reculent alors qu'elles progressent partout ailleurs !

C’est pourtant le cas. Parmi les trente nations développées que fédère cette espèce d’INSEE sans frontières, la France est à peu près la seule (avec l’Irlande, la Grèce, l’Espagne et la Turquie) à pouvoir se vanter d’être devenue moins inégalitaire au cours des deux dernières décennies. C’est sûr, ces travaux vont tellement à contre-courant du sentiment que la vie n’a jamais été aussi dure et que nous serons bientôt tous SDF qu’il est difficile d’en faire la Une d’un quotidien « responsable ». Mais les chiffres sont les chiffres et, alors que le fossé continue de se creuser entre Allemands, Italiens, Australiens ou Canadiens pauvres et riches, il n'en est rien chez nous. Même les Etats-Unis, pays phare de la mobilité sociale, ont un ascenseur social moins efficace que le nôtre ― pourtant fréquemment décrit comme incapable de s’élever au-dessus du rez-de-chaussée…

Un exemple de ce nouvel accès d'exceptionnalisme ? Selon l’OCDE, les 10% de Français les plus pauvres (9 000 euros par an en moyenne) disposent désormais de revenus supérieurs de 25% à ceux de leurs homologues des autres pays étudiés. Les 10% de Gaulois les plus riches (54 000 euros par an en moyenne), en revanche, se situent dans l’exacte moyenne OCDEienne, tout comme le gros de la troupe des salariés (20 000 euros). Le gap entre les uns et les autres est donc nettement moins important ici qu’ailleurs, même si nous sommes encore assez loin de l’égalitarisme scandinave. Le coefficient de Gini, qui mesure justement ces disparités de revenus, serait passé de 0.31 à 0.28 entre 1985 et aujourd’hui, quand le même indicateur pour l’ensemble des pays de l’OCDE faisait le trajet dans l’autre sens. Le taux de pauvreté, soit le pourcentage de personnes vivant avec moins de 50% du revenu médian, aurait également évolué à contre courant pour s’installer autour des 7% (contre 11% pour la moyenne OCDE).

Pour Martine Durand, directrice adjointe des affaires sociales de l’institution, la France est justement « un cas intéressant », puisqu’il s’agit d’un pays « où les inégalités n’ont non seulement pas augmenté mais ont  baissé. C’est même le pays où elles ont le plus baissé ! » Ah bon, et par quel miracle, est-on tenté de demander… L’économiste formule trois réponses : un SMIC relativement élevé protégeant les  salariés de la pauvreté et concernant 17% de la population au travail ; la création d’un grand nombre d’emplois peu qualifiés sur la période étudiée (et donc de nombreux emplois au SMIC) ; un vaste système redistributif où l’on paye beaucoup d’impôts mais où l’on reçoit beaucoup de prestations en échange même si leur ciblage n’est pas toujours idéal (16% seulement des dépenses sociales sont orientées vers les plus pauvres).

Ah, j’oubliais : quelqu’un pourrait-il prévenir mes confrères des grands quotidiens ? Le rapport leur est offert gracieusement sur le site de l’OCDE et les reposera avantageusement de leur ordinaire neurasthénique à l'heure d'évoquer les malheurs de la France. Moi, j’ai déjà mon exemplaire.

© Commentaires & vaticinations

mardi 30 septembre 2008

Nonism

Les Américains aussi savent tronçonner la branche sur laquelle ils sont assis.

Trononneuse_2 Il y avait déjà le nonisme, spécialité européenne du refus pur et simple d'avancer dans une direction quelconque pour tout un tas de raisons contradictoires. Il y a désormais le nonism, variante US de cet immobilisme vaguement suicidaire. En décidant de voter contre le plan Paulson, les parlementaires américains ont choisi de ne rien faire de concret dans l'immédiat, prenant le risque d'aggraver la crise qu'ils sont élus pour stopper.

En l'espèce, il existe bien des raisons d'être hostile à un plan prévoyant de sauver la mise des pyromanes sur fonds publics. Est-il moral de demander aux contribuables de mettre la main à la poche pour éponger les dettes accumulées par de gros types circulant en limousine et fumant des cigares illégalement importés de Cuba ? Évidemment pas. Mais compte tenu des risques que représente la fameuse « crise systémique » pour ces mêmes contribuables, on se demande quels intérêts sont servis par un vote négatif. Je tombe d’ailleurs sur cette excellente tribune de David Brooks dans le New York Times, qui parle de « révolte des nihilistes ». C’est tout à fait ça.

Ce plan de sauvetage multimilliardaire est-il « de gauche » (c’est le point de vue de la droite, qui n’aime pas beaucoup l’idée de dépenser de l’argent public en général et est allergique à tout ce qui ressemble à la nationalisation masquée d’une banque ou d’un assureur en particulier) ? Est-il « de droite » (c’est ce qu’affirment les ennemis de cette « collectivisation des pertes » qui succède à la « privatisation des profits ») ? Peut-être n’est-il ni l’un ni l’autre et pouvait-il être apprécié comme une série de mesures techniques indispensables au colmatage des brèches. Remember Katrina ? Quand les digues sautent, ça fait mal à tout le monde.

Mais bon, on lit déjà un peu partout que le plan Paulson finira bien par être adopté, peut-être un poil modifié à la marge ― à l’irlandaise, est-on tenté de dire. Espérons-le. On a beau, en tant que Français déprimés en permanence, être immunisés contre les crises ponctuelles, on ne sait jamais précisément les branches sciées par les nonistes sont susceptibles de tomber.

© Commentaires & vaticinations

Rechercher


  • tout le Web
    com-vat.com

www.com-vat.com : blog de gauche ?

L'idée cadeau du siècle !

Blogroll mal assorti

Sur le Net

Trousse à outils

Blog powered by TypePad
Membre depuis 10/2004