Exceptions françaises

jeudi 17 avril 2008

Egalité(s)

Selon que vous serez puissants ou misérables… vous prendrez tous le train à tarif réduit !

Famille_nombreuse Figurez-vous que j'ai, dans mon impressionnant réseau de relations, une personne riche. Attention, pas une personne à l'aise, aux revenus confortables, propriétaire d'un bel appartement avec moulures dans le septième arrondissement et d'une vaste maison de famille du côté de Deauville… Non : une personne vraiment riche. De celles que l'ISF fait doucement rigoler, tant le contournement de cet os à ronger fiscal pour trotskyste ingénu est facile à organiser au-delà d'un certain niveau de patrimoine.

Achats d’œuvres d’art, comptes off-shore, investissements dans les DOM-TOM : ça, c’est le B A BA. Tout le monde connaît. Et n’importe quel smicard qui toucherait le gros lot à l’Euro-Loto se ferait un devoir d’acheter son premier Picasso à Pointe-à-Pitre avec un chèque anglo-normand. Vous vous doutez bien, dans ce cas, que le gestionnaire d’un family office calculant en centaines de millions d’euros est censé être un poil plus créatif pour mériter son bonus de fin d’année…

Mais figurez-vous aussi que cette personne vraiment riche, vraiment très riche, n’est, finalement, pas si différente de vous ou moi. Comme vous, comme moi, elle perçoit des allocations familiales. Comme vous, comme moi, elle est titulaire d’une carte de réduction « Familles nombreuses » pour ses déplacements en train (enfin, pas tout à fait comme moi pour le coup, puisque je n’ai que deux enfants et qu’il en faut au moins trois pour bénéficier de la fameuse carte). Enfin, comme à vous, comme à moi, s’il lui venait l’idée saugrenue d’envoyer sa nichée à l’université plutôt qu’à HEC, ça ne lui coûterait strictement rien.

Les exemples abondent, en fait, de ces mécanismes redistributifs fondés sur « l’égalité » et défendus avec une étonnante harmonie par les organisations aux projets les plus divergents. Associations catholiques ou communistes non-reconstruits, ils estiment tous que la cohésion nationale ne sera préservée qu’à cette condition expresse : tous égaux devant la munificence étatique !

La récente polémique sur la suppression de la carte de réduction SNCF, la cacophonie en cours sur la réduction des allocations familiales pour les parents d’ados, le débat récurrent sur l’augmentation des frais d’inscription à l’université semblent le démontrer : nous serions, collectivement, favorables à ce que ces avantages restent universels. Favorables à ce que l’Etat subventionne, de la même manière, au même niveau, celui qui prend le TGV en seconde et l’actionnaire de la compagnie qui fabrique ce même TGV. Evidemment, le très riche ne pourra plus prétendre à une Aide Personnalisée au Logement ou à une bourse d’écolier : ces machins-là fonctionnent déjà sous conditions de ressources. Il ne pourra même plus recevoir la traditionnelle allocation de rentrée scolaire désormais soumise à un plafond de revenus. Mais il continuera à jouir de cette tradition qui permet aux uns de s’acheter de quoi se nourrir et aux autres de renouveler leur iPod avec le même encouragement républicain à la perpétuation de l'espèce ― soit 274 euros par mois et par foyer de trois enfants.

Les soixante-dix millions d’euros permettant, bon an mal an, de réduire la facture ferroviaire des Français et de creuser un peu plus le déficit de l’Etat auraient probablement pu se transformer en une dotation de trente millions ne bénéficiant qu’aux plus modestes ― lesquels auraient même pu, dans la foulée, voir leur ristourne augmentée. « Ah mais ça, ça n’aurait pas été très égalitaire ! » se marre la personne très riche, vraiment très riche, de mon entourage. Non, effectivement, ça n'aurait pas été très égalitaire...

© Commentaires & vaticinations

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PS : Bon sang de bonsoir ! Je me rends compte que j’en tenais encore une belle, tiens, d’exception française. Bah, trop tard. Ça sera pour le tome II

dimanche 23 septembre 2007

Suivez cette voiture !

Le meilleur moyen de trouver un taxi à Paris, c'est de le réquisitionner pour aller faire la guerre du côté de la Marne. En temps de paix, en revanche...

TaxiLe concept du taxi est tellement formidable qu'il mérite qu'on lui rende hommage de loin en loin, ne serait-ce que pour garder l'habitude de s'enthousiasmer pour les petites choses de la vie et éviter de sombrer dans un cynisme mortifère. Car enfin, existe-t-il plus belle idée, en matière de mobilité urbaine s'entend, que la mise à disposition du public, sans distinction de race, de religion ou d'opinion politique, de véhicules individuels susceptibles de vous conduire où bon vous semble et quand bon vous semble pour une fraction ridicule de la somme qui permettrait d'entretenir et de propulser de manière plus permanente un engin pareil ? Clairement, non. Et à l'agrément d'être transporté d'un point A vers un point B (ou de C vers D, voire de F vers G : le taxi, c'est la liberté) s'ajoutant le luxe de donner des ordres à un chauffeur avant de s'enfoncer dans la banquette pour observer le monde tel qu'il va par la vitre fumée, l'usage du taxi n'est pas loin d'être comparable à une visite, courte mais intense, de la section de l'au-delà réservée aux gens de bien.

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jeudi 31 mai 2007

Ponce Pilate, où est ta victoire ?

Ignaz-Philipp Semmelweis devait démontrer, dès 1847, l'impact positif du lavage de mains sur la transmission des agents infectieux. Ignaz qui ?

WashhandsIl est parfois conseillé aux touristes d'éviter, lorsqu’ils séjournent en France, de se laisser tenter par les petites coupelles de cacahouètes ou de mini-bretzels que l'on trouve sur les comptoirs des bars et dans les réceptions mondaines. Une recommandation ne concernant pas les seuls sujets allergiques, que l’absorption de la moindre particule d’arachide risque d’envoyer à l’hôpital le visage déformé par un œdème de Quincke, mais bien tous les étrangers que leurs défenses immunitaires n’ont pas préparés à la rudesse de nos manières.

Plusieurs expériences « scientifiques » démontreraient, en effet, que l’on peut déceler la trace de dizaines d’urines différentes dans la plus minuscule des assiettes apéritives, nos compatriotes négligeant de se laver les mains après être passés aux toilettes et partageant généreusement le souvenir de leur dernière miction avec leurs semblables...

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lundi 28 mai 2007

Barrages de caniveau

A défaut d'être pavées d'or, les rues de la capitale sont couvertes de moquette. Et pour une micro-exception, c'est une sacrée micro-exception, Paris étant la seule ville au monde à développer cette surprenante pratique...

RouleauJe me souviens encore de la première fois que j'ai remarqué ces rouleaux de moquette traînant dans le caniveau. Je venais de débarquer à Paris et j'habitais Maison-Alfort, une commune de la banlieue-est doublement réputée pour l'excellence de son école vétérinaire et la puanteur dégagée par l'usine de levure de bière qui la jouxte... Je les avais d'abord pris pour une forme originale et micro-locale d'incivisme : dépôts sauvages de vieux machins comparables à l'abandon sur le trottoir d'une cuisinière déglinguée ou d'un matelas hors d'âge.

En quelques semaines, j'allais pourtant me rendre compte du caractère universel de ces affreux cylindres d'épais tissu retenus par deux morceaux de ficelle, baignant dans la rigole et s'imbibant goulûment de l'eau grisâtre y circulant.

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vendredi 11 mai 2007

Un commerce en pleine santé

Champions du monde de la consommation de médicaments, nous restons les lanternes rouges de la lecture de journaux quotidiens. Quitte à nous complaire dans l'exception, vendons les journaux dans les pharmacies et les choses rentreront dans l'ordre (des médecins).

PharmacieAttendre son tour à la pharmacie ne fait pas vraiment partie des habitudes françaises ! Attention, « faire la queue » n'est pas ici le problème, même si nos compatriotes n’ont guère, pour l’attente ordonnée et linéaire, le même goût que leurs voisins britanniques et préfèrent souvent se bousculer sauvagement pour monter dans un bus... Non, c’est tout simplement que la formation d’une file indienne d’amateurs de psychotropes et de granules homéopathiques n’aurait aucun sens dans un pays aussi richement pourvu en échoppes d’apothicaires.

Vous êtes en manque d’aspirine, de cortisone ou de Prozac et un ou deux clients encombrent déjà la pharmacie du coin ? Qu’à cela ne tienne : avancez de quelques mètres sur le même trottoir jusqu’à la suivante.

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jeudi 15 mars 2007

Paperback writers

La France a su maintenir un excellent réseau de libraires indépendants. Elle défend pourtant assez mal les produits que ces derniers ont à vendre. Ah, ces fameuses micro-exceptions françaises...

Paperbackwriters_2Fin 96, Hervé de Charrette, le très oubliable ministre des Affaires étrangères d’Alain Juppé, prend l’initiative de réchauffer les relations peu amènes qui existent entre le quai d’Orsay et le département d’Etat américain. Il faut dire que l’Hexagone et les Etats-Unis viennent tout juste de s’écharper sur l’évolution du rôle de l’OTAN dans le contexte de la fin de la guerre froide. Un peu de délicatesse dans ce monde de brutes ne saurait donc faire de mal à personne...

Notre Lancelot du Lac au petit pied s’avise donc de faire parvenir à Warren Christopher, son homologue yankee, une poignée d’ouvrages historiques sélectionnés avec soin par son responsable du protocole. Las, loin de resserrer les liens entre les deux nations, le geste envenime encore un peu plus la situation...

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lundi 30 octobre 2006

Gestion des flux en milieu scolaire

Toutes les 55 minutes, 5,5 millions d’élèves du secondaire évacuent leur classe en courant et en hurlant pour en rejoindre une autre, rigoureusement identique. Dans le cadre de notre série sur les « micro-exceptions françaises », penchons-nous sur cet étrange rituel.

CouloirLe recensement périodique des petites exceptions françaises ayant déjà permis, entre autres, l’étude de la gestion des stocks en milieu scolaire, soit la légendaire question du poids excessif des cartables trimbalés par nos chères têtes blondes, il était logique d’en venir à un autre micro-mystère de notre organisation éducative : la gestion des flux d’élèves entre deux cours.

Prenons l’exemple d’un collège « moyen » (le collège constitue, en France, le cycle du secondaire accueillant les 10-15 ans) dont l’effectif serait de 450 élèves, répartis sur une quinzaine de classes. Toutes les cinquante-cinq minutes, durée légale d’une « heure » de cours...

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mercredi 30 août 2006

Rentrée littéraire : hausse record du nombre de marronniers

Seuls 683 nouveaux romans sont annoncés pour septembre. Pourquoi un tel malthusianisme ?

Pille_de_livresLes « marronniers », dans la presse, ce sont ces thèmes récurrents censés stimuler les ventes (les francs-maçons, le salaire des cadres, le prix de l’immobilier...) ou accompagner le lecteur dans l’évolution saisonnière de ses préoccupations existentielles (maigrir au printemps, s’empiffrer à l’approche des fêtes de fin d’année...). Mais il existe une troisième catégorie de marronnier (ok, ok, quatre avec les arbres du même nom, mais là n’est pas mon propos, restons concentrés cinq minutes s’il vous plaît) dont l’objet est plus difficile à cerner, plus subtil. Je veux parler de ces articles à vocation consensuelle et chargés, à leur façon, de nous conforter à intervalles réguliers dans nos croyances collectives et, ultimement, de nous permettre de rester unis en tant que population homogène au-delà de nos origines ethniques et confessionnelles (ou de nos préférences sexuelles, ça va sans dire).

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vendredi 18 août 2006

Serviettes non comprises

Que les fans des micro-exceptions françaises se frottent les mains : une nouvelle livraison est en place. Je leur suggère néanmoins de ne pas compter sur moi pour leur fournir la moindre serviette à cet usage...

Napkindisp_1J’entretiens une relation étrange avec ma boulangère. Oh rien de bien sérieux, rassurez-vous, et surtout rien qui ne puisse être évoqué en présence de mon épouse. Mais une relation étrange tout de même, dont les ressorts nous dépassent ― la boulangère et moi. D’abord, elle n’est pas vraiment boulangère, enfin pas au sens de la loi 98-405 du 25 mai 1998 sur l’obligation « d’assurer toutes les étapes du processus de panification » pour se prétendre boulanger... Non, en fait, elle serait plutôt « vendeuse de croissants et de pains au chocolat industriels décongelés à la va-vite dans le four électrique crasseux de son arrière-boutique », s’il fallait décrire son activité avec précision. Mais bon, je n’ai pas l’habitude de faire long et de partir dans d’interminables digressions à subordonnées multiples quand j’ai quelque chose de précis à raconter, vous me connaissez... Donc, au moins dans le contexte de cette histoire, baptisons la rombière « boulangère » et passons à autre chose...

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mercredi 31 mai 2006

Sainte Marie-Rose, priez pour nous !

A la demande générale, et toujours dans le but d’en revenir à davantage de futilité sur un blog menacé par la morosité, nouvelle livraison des « petites exceptions françaises », ces incongruités sans lesquelles nous ne serions plus tout à fait nous-mêmes. Aujourd’hui : les poux.

EpouillageMon amie Jane K. est mortifiée. Son fiston de dix ans, expédié trois semaines en Californie dans le cadre d’un programme d’échange scolaire, s’est retrouvé, avec une trentaine d’autres petits Gaulois, entre les paluches gantées de latex des pompiers d’Orange county. Son crime : l’importation, fortuite certes, mais néanmoins illégale, de quelques-uns de ces petits parasites du cheveu si communs sous nos latitudes mais virtuellement inconnus outre-Atlantique.

Clairement, cette histoire risque de conforter notre réputation de peuple en délicatesse avec l’hygiène, la contamination de la plupart des kids locaux par leurs invités ayant fait l’effet d’une bombe (de Parapoux).

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