De tout un peu...

dimanche 12 avril 2009

Ententes cordiales et renvois d'ascenseur

Si l'ascenseur social est en panne, les fabricants de monte-charge ne connaissent pas la crise.

Ascenseur Croyez-le ou non, il n'existe dans le monde que quatre sociétés capables de renouveler le parc d'ascenseurs de mon immeuble : l'Américain Otis, l'Allemand Thyssen, le Suisse Schindler et le Finlandais Koné. Quatre, ce n'est pas beaucoup, surtout pour un immeuble qui n'est pas exactement un méga-complexe à la Parly 2, tout juste une « résidence » moyenne de 250 appartements. Et alors que le marché de l'ascenseur est en pleine effervescence, compte tenu de l'introduction de nouvelles normes impliquant, avant 2018, le remplacement ou la rénovation majeure de la presque totalité des cabines de France, on imagine que la concurrence est rude entre ces quatre-là...

On l'imagine, mais on se trompe. La concurrence, ce concept au nom duquel des entreprises s'affrontent pour obtenir un marché, ne fait pas partie du lexique des fabricants de monte-charge à l'heure du boom — surtout à l'heure du boom. Les représentants des copropriétaires, associés au syndic, c'est-à-dire la boîte à laquelle nous rétrocédons un pourcentage de toutes les dépenses qu'elle nous convainc de faire, ont pourtant rédigé un appel d'offre impeccable, propre à faire rougir n'importe quel Gérard Dallongeville. Mais ça n'a pas ému Koné, le Finlandais, qui n'a même pas daigné répondre à toute une série de sollicitations. Une opération d'un peu plus d'un million d'euros ne fait manifestement pas vibrer ses forces commerciales, qui ont d'autres chats à fouetter à coups de câbles d'ascenseurs.

Chez l'Helvète Schindler, on répond. Mais avec une proposition totalement hors-sujet, apparemment susceptible de convenir à des immeubles de grande hauteur et sur la base d'une technologie ultra-avancée dont la NASA raffole... Avec nos 10 étages par bloc, inutile de dire que cette offre est difficile à retenir. Un peu comme si le gestionnaire du parc de vélos de La Poste se voyait proposer des Ferrari au moment de renouveler les bécanes de ses facteurs. D'autant plus que tout ça nous amène à une facture de 50% plus élevée que celles des deux derniers candidats de cette StarAc du septième ciel ! Toutes les tentatives de conduire Schindler à proposer quelque chose de plus en phase avec le cahier des charges seront d'ailleurs vaines : ce sera les ascenseurs de la tour de Burj Dubai ou rien. On l'a compris, le Suisse, comme le Finlandais, de nos cages d'ascenseur, il ne veut pas entendre parler ; il nous le fait simplement savoir de manière un poil plus polie que son homologue nordique.

Reste les deux larrons dont on a déjà suggéré qu'ils étaient plus raisonnables : Otis le Yankee et Thyssen le Teuton. Leurs offres à eux sont, à un pouillème près, rigoureusement identiques et il ne nous reste plus qu'à arbitrer entre leurs factures clonées. « Mais ça a tout d'un marché bidon, s'exclame un copropriétaire qui sort manifestement d'un déjeuner avec Adam Smith. Quatre acteurs seulement, un marché forcé par la mise en place de normes obligatoires, une entreprise qui ne soumissionne même pas, une autre qui propose une solution délibérément décalée et deux finalistes dont les prix sont identiques... C'est dingue ! »

« Oui, renchérit un autre de mes voisins, c'est complètement scandaleux ! Refusons de nous laisser avoir et repoussons ces travaux qui, de toute façon, ne sont pas obligatoires avant 2018 ! »

« Impossible, rétorque le directeur du cabinet-conseil que le syndic a mandaté pour nous aider à choisir entre ces deux offres à raison d'une commission supplémentaire : si vous attendez, vous paierez encore plus cher car les prix augmentent de 15 à 20% par an dans ce secteur et on peut même prévoir que vous n'aurez plus qu'une seule offre la fois suivante... »

Ah, dans ce cas... Une pièce d'un euro, admirablement dotée de deux faces, permet alors de finaliser ce choix cornélien : pile c'est machin, face c'est truc. « De toute manière et avec l'un ou l'autre, prévient le spécialiste en se marrant presque, les délais de construction du devis seront dépassés, il faudra attendre que des pièces introuvables soient usinées et vous resterez sans ascenseur pendant deux mois minimum... »

Bon, c'est face alors. Point suivant à l'ordre du jour ?

© Commentaires & vaticinations

jeudi 26 février 2009

Ces chaînes qu'on aimerait abattre

La standardisation commerciale, c'est pratique. Mais pas tout le temps.

ChenesMalraux Je ne vais pas souvent chez Starbucks. Je n'aime pas trop l'atmosphère des établissements de ce genre, qui me donnent l'impression de boire mon café chez un franchisé de la Générale d'optique... Mais il m'arrive parfois de franchir le seuil de celui du boulevard Poissonnière, lorsque je vais voir un film au Max Linder. Incidemment, et ça n'a strictement rien à voir avec le sujet du jour, je recommande aux néophytes de grimper jusqu'à la mezzanine de cet excellent cinéma parisien : c'est là qu’on est le mieux installé, au premier rang juste derrière la rambarde. Le problème, c'est qu’il faut arriver tôt parce que vous ne serez pas les seuls à vous y précipiter.

Mais je digresse, je digresse… Où en étais-je ? Ah oui... Starbucks. Donc, je suis au Starbucks du boulevard Poissonnière et je commande un double-expresso. Mais la caissière regarde les deux euros que je lui tends et lâche : « Ça fait quatre euros ». Je désigne le grand tableau des prix accroché derrière : « Ben non, regardez : café doppio, deux euros ».

Oui, mais un doppio c’est juste un expresso normal. Un double, ben c’est deux fois plus cher. C’est logique…
Mais "doppio", ça veut bien dire "double", non. Pourquoi l’appelez-vous comme ça si c’est un café standard ? Et en plus, c’est la plus petite taille d’expresso que vous proposez sur la carte…

La fille me regarde de travers. On voit qu’elle se fout éperdument de mon histoire et on la comprend. Si je vendais moi aussi des expressos dans un magasin d’optique, j’aurais du mal à rester concentré toute la journée sur les subtilités de la nomenclature cafetière. Du coup, je laisse tomber, je paye mes quatre euros pour un double doppio (un quadruplo ?) mais je n’en pense pas moins : si ça se trouve, elle se prend le chou toute la journée avec des touristes italiens qui refusent de payer le double du prix inscrit sur la pancarte.

Mais cette passionnante aventure ne s'arrête pas là. Quelques jours plus tard, je suis à Londres et j’entre à nouveau dans un Starbucks. Il faut dire que dans la capitale londonienne, c’est prendre un café dans un endroit qui ne s’appelle pas Starbucks qui est difficile. Il n’y a que ça ou Costa Coffee (une sorte d’Optic 2000 du Cappucino) et Prêt-à-Manger (Alain Afflelou ?). Surprise : on propose des cafés solo ET doppio ! Et pour deux fois moins cher qu’à Paris, par-dessus le marché. Bah, ils ont dû se prendre le chou avec des touristes italiens si souvent qu’ils ont fini par se mettre au parfum.

Allez, c’est décidé. A partir de maintenant, chaque fois que je me retrouve dans un Starbucks à Paris, je fais semblant d’être italien et je fais un scandale (« Uno scandalo ») ! Non mais des fois…

*

Tiens, à propos de ces chaînes qui se substituent aux commerces indépendants un peu partout, je viens de lire un très bon papier dans je ne sais plus quel journal british (si ça me revient, je vous fais un lien) sur les problèmes inattendus qu’elles posent en cas de crise économique.

Oh, je n’ai contre les chaînes a priori. A vrai dire, on y est souvent mieux servi que chez les petits détaillants et on y trouve plus de choix. Mais qu'une tornade économique se profile à l’horizon et c'est un conseil d’administration, quelque part à Londres, Paris, Houston ou Tokyo qui décidera de fermer 245 établissements du Sud de l’Europe et 189 autres de l’Ouest des Etats-Unis parce que les prévisions de rentabilité y sont mauvaises pour le trimestre qui vient. Un type dont sa boutique de fringues est le seul gagne-pain cherchera plutôt à traverser une période de vaches maigres en serrant les dents. Pas le zone manager de Zara, de H&M ou de Benetton…

Résultat, la rue commerçante d'une ville moyenne, dont les enseignes locales ont été progressivement remplacées par des enseignes internationales, peut se retrouver totalement désertée. En Angleterre, ça se vérifie déjà et pas mal de high streets se retrouvent parsemées de vitrines vides. La France, où ces boutiques tendent à être des franchises plutôt que des succursales directes (on le sait peu mais l’Hexagone est le second paradis de la franchise après les États-Unis), est sans doute moins menacée que d’autres — toujours cet exceptionnalisme gaulois. Elle est pourtant très concernée par l’uniformisation rampante de ces rues piétonnes identiques de Lille à Marseille, bordées qu’elles sont des mêmes Naf-Naf, Zara et boulangeries Paul.

Tiens, à la limite, il est presque dommage qu’un conseil d’administration, quelque part à Londres, Paris, Houston ou Tokyo, ne puisse pas en fermer une palanquée sur un coup de tête. Non, je rigole…

© Commentaires & vaticinations

mercredi 28 janvier 2009

Triancey : la plus belle invention hi-tech française depuis le code de porte !

Dans quelques années, pour évoquer un vrai grand succès hi-tech d'envergure mondiale, on mentionnera le Triancey. Et la première fois qu’on en aura parlé, ben ça aura été ici.

Rubik Un Américain qui passe devant un garage ne peut pas s'empêcher d'y entrer pour créer une entreprise de haute-technologie. Steve Jobs, Bill Gates, Jerry Yang… Ils ont tous démarré sur un établi encombré de bouts de fil de fer et de tournevis dépareillés. Mais un Français qui passe devant un garage, s'il y entre, c'est pour y ranger sa voiture. C'est comme ça. On n'est pas programmés pareil. Ça doit être notre côté cartésien : si on commence à démarrer des boîtes dans un garage au lieu de passer par l'Agence Nationale pour la Création d'Entreprise et de remplir une ou deux liasses de formulaires URSSAF, ça va vite être le bordel.

Jean-Luc Ancey, un copain français qui n'a pas de voiture, et donc pas de garage, vient pourtant de se comporter comme un véritable Américain en inventant un jeu pour ordinateur aux ambitions planétaires. En fait, il est tellement convaincu d’être le futur Erno Rubik qu'on le croirait originaire de la Silicon Valley plutôt que du 78. Ce qui est assez  d’ailleurs paradoxal puisque Rubik lui-même était de Budapest et n'avait jamais touché à un clavier de PC…

Mais pour en revenir à son idée, disons qu’elle est totalement américaine dans son esprit. Pas seulement parce qu'elle est « technologique » (la France a tout de même inventé le code de porte électronique alors, la technologie, hein, on sait faire), mais surtout parce qu’elle est super trapue stratégiquement parlant. Je m’explique : inventez un jeu pour ordinateur, même extraordinairement brillant, et vous avez toutes les chances de le voir copié et recopié à des centaines de milliers d’exemplaires avant d’avoir eu le temps de prononcer l'expression délicieusement désuète « droits d'auteur ». D’où sa décision de permettre à quiconque le souhaite de télécharger gratuitement la démo du jeu sur un site Web dédié. Oui, gratuitement.

« Attendez une seconde, vous exclamerez-vous alors. Ça n’est pas très américain, ça, si on peut le télécharger gratuitement. C’est même totalement hongrois d’avant 1989 puisqu’il ne va en retirer aucun profit »… Tss, z’êtes vraiment des Français, vous ! Bien sûr qu’il va en retirer des profits : il ne s’est tout de même pas fendu de je ne sais pas combien de milliards de brouzoufs, entre l’INPI et le cabinet d’avocats internationaux installé sur les Champs Elysées, pour des nèfles ! Car son idée, la vraie, celle qui tue, c’est de vendre son jeu aux opérateurs de téléphones mobiles puisqu’il est conçu pour se jouer à deux (enfin on peut aussi y jouer tout seul mais ne compliquez pas une affaire qui l’est déjà assez comme ça s’il vous plait).

Ainsi, si le jeu devient immensément populaire via les téléchargements gratuits, si des dizaines de milliers de milliards de personnes se transforment en autant d'addicts du Triancey (c’est le nom du truc), les Orange et autres Vodafone ne pourront éviter de le proposer à leurs abonnés sous peine de les voir fuir chez Bouygues ou Japan Telecom. Et alors, à lui les royalties en cascade ! Voila le plan !

Vous doutez ? Vous n’y croyez pas ? Je vous l’ai dit, vous êtes trop français. Tiens, vous seriez passé devant le garage à Steve Jobs pendant qu’il était en train de mettre la dernière main à son Apple en bois, je suis sûr que vous lui auriez demandé s’il n’avait pas des devoirs à faire au lieu de perdre son temps avec un Meccano. D’ailleurs, lorsque vous allez découvrir le Triancey, je vous vois déjà marmonner que ce truc de matheux, avec ses histoires de triangles adjacents, ça ne va certainement pas devenir un must have chez les 12-18 ans... Moi-même, je lui ai d’abord dit à peu près ça, lorsqu’il me l’a présenté au restau la semaine dernière. Mais bon, je suis tellement français que ça ne compte pas…

D’autant plus que j’ai changé d’avis et qu’après une bonne séance de prise de tête, j’ai fini par comprendre que c’était plutôt facile, plutôt malin et effectivement assez addictif. Pas autant que l’héroïne ou le chocolat, mais pas loin. Tout comme je me suis dit que cette idée d’une version pour téléphones mobiles, permettant de faire des parties à distance pendant que l’on s’emmerde à attendre un train ou un avion, était tout à fait judicieuse. Enfin, ça c’est pour ceux qui prennent le train et l’avion, évidemment : les autres, ils ont une voiture, la mettent dans leur garage et n’ont strictement rien à faire de toutes ces salades hi-tech.

Mais assez baratiné. L’heure est venue de vous envoyer vérifier par vous- même si le Triancey sera le nouveau Rubik’sCube, le nouveau Tetris, le nouveau Sudoku, le nouveau pain aux six céréales (pour rester dans des références accessibles à nos compatriotes) et surtout si son concepteur gagnera suffisamment de pognon pour m’inviter au restaurant, puisque j’ai payé la fois dernière et qu’il n’y pas de raison, avec tout ce fric, merde alors. Voilà, le Triancey, c’est ici. Si vous êtes supérieurement intelligent, vous pouvez même jouer directement en ligne sans téléchargement ni explications puisque vous comprendrez tout de suite de quoi il retourne. Si vous êtes plus bas de plafond (c’est mon cas), passez tout de même par la case règle de jeu. Allez, vous m’en direz des nouvelles…

© Commentaires & vaticinations

vendredi 23 janvier 2009

Pour un Grenelle des appels !

Appel C'est formidable, tous ces appels pour ceci ou cela. Un appel pour l'université, un pour la justice... Un autre pour la presse après ceux pour la culture, l'éducation, la santé ou le service public… Tellement formidable en fait, qu'il y a désormais un appel des appels pour les fédérer tous. Le problème, c’est qu'ils font un peu désordre, ces appels en série. Et ce n’est pas faire injure aux appelants de leur faire part de la difficulté des appelés à saisir à quoi ils le sont exactement.

C’est qu’il y a des appels initiés par des professionnels de l’appel, avec accès aux grands médias, porte-paroles expérimentés, sites Web tout en Flash, et d’autres, lancés sans moyens par de simples amateurs choqués par ceci ou cela sur une base ponctuelle… Des appels qu'il suffit de signer, d'autres qui suggèrent d'aller manifester, d'écrire à son député, de planter une aiguille dans le périnée de la poupée vaudou de Sarkozy...

Peut-être est-il temps de demander la mise en place d’un Grenelle des appels, lequel permettra de redéfinir le sens et le fonctionnement d’un appel, voire de jeter les bases d’une structure nationale des appels dotée de locaux, d’une équipe et d’un budget. Et si ce Grenelle aboutissait à la proposition d’un plan Marshall pour les appels, quelle avancée !

© Commentaires & vaticinations

jeudi 08 janvier 2009

Pourquoi j'irai à la manif de samedi

Samedi, j'irai défiler contre le bombardement de Gaza. J'essaierai tout de même de me tenir à l'écart des types qui hurlent « Mort aux juifs ! »

Gaza Après avoir marché un bon quart d'heure derrière une bande de types hurlant « Mort aux juifs ! » et agitant des petits drapeaux verts ornés d'une kalachnikov, j'avais fini par quitter la manif. Nous étions en 2003 et ma fille était encore petite ; je n'avais tout de même pas envie qu'elle s'imagine que nous étions en train de défiler avec eux. D'ailleurs, on ne devrait jamais emmener les jeunes enfants dans les manifs : ce n'est pas leur place et ils se foutent éperdument des raisons pour lesquelles il faut remonter le boulevard Voltaire jusqu'à la Nation un samedi après-midi au lieu d'aller au square ou à la bibliothèque.

Mais bon, il s'agissait tout de même de manifester mon opposition à la guerre en Irak et je me sentais encore galvanisé par le discours de Villepin à l'ONU. Pour autant, il y a tout de même des limites à ce que l'on peut endurer, même au nom de la paix dans le monde. Après tout, même les chrétiens ne sont invités qu'à tendre l'autre joue lorsqu'on les gifle, pas à mettre leur tête sur le billot pour être agréable à ceux qui se proposent de les décapiter. Alors défiler plus d'un quart d'heure derrière un groupe d'excités parlant d'assassiner les juifs quand on se trouve, justement, être juif, on admettra que c'est optionnel...

Pour tous mes efforts, la guerre a fini par avoir lieu et c'est effectivement un beau fiasco. George Bush aurait mieux fait de m'écouter, ce jour-là. A moins qu'il ne soit lui-même arrivé tard à la manif et qu'il ait pensé qu'il n'y avait que des brutes antisémites pour le prier de retenir ses troupes.

Mais l'homme n'apprend pas toujours de ses expériences et j'ai décidé de retourner manifester samedi prochain pour protester contre le bombardement de Gaza. Je sais bien que les types qui crient « Mort aux juifs ! » seront-là. Je sais que tout un tas de gens qui pensent qu'Israël ne devrait pas exister viendront aussi, qu'ils retrouveront peut-être avec plaisir les spécialistes de la réduction ad hitlerum de tout ce qui se passe du côté de Tel-Aviv. Mais j'espère qu'il y aura aussi des gens comme moi, qui se foutent de savoir si les bombardements sont ou ne sont pas proportionnés, si cette stratégie est la bonne ou pas dans la perspective d'une élimination du Hamas, si ceci ou si cela, mais qui ne peuvent pas supporter une journée de guerre de plus.

S'ils sont là, je me mettrais près d'eux. Et j'essaierai de me tenir à l'écart des types crient « Mort aux juifs ! ». A samedi.

mercredi 07 janvier 2009

Une réduction quand je veux, si je veux !

Les soldes réglementés sont un archaïsme en plus d'une idiotie. Débarrassons-nous en à n'importe quel prix (si l'on trouve preneur).

Rush Mais à quoi servent donc les soldes, cette espèce de marronnier commercial qui, deux fois l'an (1), transforme jusqu'aux adversaires de l'ouverture des magasins le dimanche en consommateurs frénétiques ? A tout un tas de choses en fait : du point de vue des détaillants, c'est le moyen de se débarrasser des rogatons dont personne ne veut, de faire rentrer de l'argent frais dans les caisses, de profiter de l’affluence pour vendre des articles non-discountés et de faire de la place sur les étagères pour des produits plus en phase avec la demande… Du point de vue du client, c'est une façon de se procurer ceci ou cela à un tarif attractif et, éventuellement, pour ceux qui apprécient, il doit bien y en avoir, de transpirer quelques heures dans des magasins aussi encombrés que la ligne A du RER à l'heure de la sortie des ministères.

Raconté comme ça, ça à l’air vraiment formidable, ces soldes. Tellement formidable qu'on se demande pourquoi il faut attendre qu'un préfet, département par département, en établisse les dates sur la base de contraintes réglementaires fixées par les deux chambres du Parlement et après concertation avec des associations de commerçants n'ayant — qui en douterait ? — que l’intérêt de leurs clients en tête… Et c'est là que le bât blesse, justement. Les soldes sont une chose formidable, ok, mais à condition qu’elles ne dégénèrent pas en foire d’empoigne entre distributeurs, le crêpage de chignon étant réservé à ces deux clientes lorgnant sur les mêmes escarpins mais refusant de n’en prendre qu’un chacune, jugement de Salomon en mémoire.

On aura sans doute du mal à se le figurer chez nous, où c’est le président qui nomme jusqu’au patron des chaînes de télé, mais il existe de très nombreux pays dans lesquels un commerçant n’a pas besoin de demander la permission à 577 députés et 343 sénateurs avant d’accorder le rabais qui lui convient au chaland. « Ce truc-là ne se vend pas, il m’encombre et j’ai besoin d’argent pour commander tel autre machin qui marche du feu de dieu, hop, je le brade ! » se dit le fripier anglais en observant avec envie le succès de l’échoppe d’en face. « Bon sang, je me suis vraiment planté avec ces salopettes en lamé, constate son homologue canadien. Mais je vais m’en débarrasser vite fait si je les propose à moitié prix pas plus tard que tout de suite… »

« Mais ce serait la porte ouverte à tous les abus ! se lamenteront les amateurs gaulois de statu quo. Les gens ne savent déjà plus ce qu’est le juste prix des produits, entre la vente sur Internet et les renouvellements de gammes dans l’informatique ou l’électronique… » « Ah, mais c’est peut-être que le juste prix, c’est celui que le consommateur est prêt à payer, rétorqueront en cœur les boutiquiers anglais et canadiens rencontrés plus haut. Et qu’il n’y a aucune raison de rester avec un stock d’invendus sur les bras jusqu’à la prochaine période de soldes quand Zara et H&M renouvellent leurs collections tous les mois et alors qu’Amazon.com propose déjà le tout dernier modèle de mini-PC taïwanais… »

C’est une façon de voir, effectivement. Et s’il est plus confortable pour le commerçant respectueux des traditions d’éviter d’introduire un peu trop de concurrence libre et non-faussée dans le système, pourquoi pas… Le risque existe pourtant que les clientes finissent par en avoir ras la casquette, de devoir se bagarrer entre elles dans le RER pour des chaussures dont elles n'ont pas besoin alors qu’elle peuvent commander celles qui leur conviennent vraiment toute l’année, sur n’importe quel site Internet anglo-canadien — et à un prix convenable, par dessus le marché !

Bah, vu le retard français en matière d'accès au Web, nous n'en sommes pas encore là et les soldes à dates fixes ont encore de beaux jours devant eux. Maintenant, si les amoureuses du commerce en ligne deviennent un jour trop nombreuses et menacent le bel équilibre commercial qui est le nôtre, il sera toujours temps pour le président de la République de nommer un directeur national des soldes en ligne. Faisons-lui confiance.

© Commentaires & vaticinations

(1) Mais trois fois à partir de cette année. Hosanna !

lundi 22 décembre 2008

« Comme d'habitude » (succès musical bien de chez nous)

2009 sera une année terrible pour la France, ponctuée de drames sociaux et économiques. Un peu comme 2008, 2007, 2006, 2005 et 2004 (1), en fait.

Back to the future J'avais demandé à mon ami Thibaut C. — celui que sa grande radio généraliste envoie parfois couvrir la poursuite de la médiocrité télévisuelle par d'autres moyens —, de m'assister dans une petite expérience de médiologie amusante. Je me demandais en effet s’il n'était pas possible de démontrer que le marronnier préféré de la presse française, au moment des fêtes, n'est ni la naissance du petit Jésus, ni cette météo incroyablement capricieuse, mais bien la description de la pauvreté croissante des classes moyennes…

Le micro-trottoir télé ou radio type, à l'heure où les caddies débordent pourtant de foie gras et de saumon fumé, consiste à laisser une mère de famille suicidaire expliquer que cette année, c’est vraiment — mais alors vraiment — la fin des haricots. Et si les petits Gaulois s’imaginent qu’ils vont retrouver quelque chose sous le sapin, ben ils se fourrent manifestement le doigt dans l’œil jusqu’au coude ! Tiens, y en aura même pas, de sapin..

Las, trop occupé à organiser ses vacances à la neige aux frais du nouvel ORTF sarkozyen, l’ami Thibaut ne s’est pas acquitté de sa tâche et n’est pas venu apporter la preuve par l’archive sonore de mon intuition. Mais qu’importe ! Mes propres données bloguesques devraient permettre de faire une démonstration du même acabit. Qu’on en juge : fin 2004, les Français étaient totalement déprimés, Gérard Mermet, le compilateur annuel de la Francoscopie les décrivant même comme « las et découragés par l’avenir ». Fin 2005, sonnés par les émeutes des banlieues, ils n’en menaient pas large non plus. Fin 2006, ils se voyaient carrément tous SDF et le candidat Sarkozy en était réduit à partir pour Londres, histoire de mendier le retour des forces vives. Fin 2007, Libé, toujours à la pointe de l’actualité morose, était d’ailleurs tout à fait dans le ton en annonçant l'arrivée des quatre cavaliers de l’apocalypse pour l’année nouvelle.

Mais nous voici maintenant à quelques jours de la fin 2008, et il semble que nous devions clore cet exercice sur la même note dramatique et désespérée. Pour autant, et j’espère que les reporters du service public, lorsqu’ils iront tirer les vers du nez d’une ménagère au portefeuille dégarni dans les allées du Carrefour de la porte de Montreuil, lui feront remarquer que nous ne sommes plus seuls à neurasthéner, la crise étant désormais mondiale. Oui, mondiale ! Et si nous nous morfondions solitairement quand trois milliards d’asiatiques émergeaient à toute allure de la pauvreté ou quand Espagnols, Irlandais et Britanniques dansaient dans des rues pavées d’or, le modèle français de dépression terminale semble enfin s’être propagé au reste de la planète !

Bon, à vrai dire, nous n’y sommes pour rien. Entre les subprimes et Madoff, les Américains peuvent revendiquer l’essentiel du marasme. Mais tout de même, il serait dommage que l’on ne nous reconnaisse pas le statut de pionniers de la déprime et de défricheurs des idées noires. Notre hyperprésident s’est déjà laissé voler la vedette par Barack « Yes we can ! » Obama ; plus personne ne sait que « Comme d’habitude » a été un tube de Claude François avant de lui être chipé par Frank Sinatra… Merde, il ne manquerait plus que nous soyons dépouillés du copyright sur la sinistrose !

Bah, je ne suis pas inquiet : lorsque la crise mondiale sera passée. Lorsque les Asiatiques se seront remis à émerger à la vitesse grand V, que les Britanniques, les Espagnols et les Irlandais recommenceront à faire la java, je veux bien parier que nos lycéens seront toujours dans la rue pour dénoncer la fin de l’école publique au côté de profs criant leur malaise et de postiers hurlant leur détresse. We’ll do it our way !

Ah et bonne année 2009 à vous aussi !

© Commentaires & vaticinations

-----------------------------------------

(1) Désolé, les archives du blog ne remontent pas plus haut. Mais je vous laisse à vos souvenirs personnels pour l’ambiance des années précédentes…

jeudi 27 novembre 2008

Au courrier des lecteurs

Cher monsieur Hugues de com-vat,

L'ouverture des magasins le dimanche et la situation des SDF sont deux sujets dont vos confrères journalistes et homologues blogueurs nous entretiennent longuement ces derniers jours. N'allez-vous pas, à votre tour, vous exprimer et nous expliquer ce qu'il faut vraiment penser de tout cela ?

Il m'est de plus en plus difficile de prendre la parole lorsque mes collègues de bureau en débattent près de la machine à café et je crains de voir mon prestige auprès de la stagiaire du sixième en souffrir, au moment même où j'envisage de l'inviter à prendre un cappuccino dès la prochaine réunion sur les objectifs 2009…

Respectueusement,

Jean-Pierre Liégeois, jeune lecteur du Var


Cher Jean-Pierre,

Je comprends bien votre embarras à l’idée de ne pas pouvoir commenter avec intelligence et pertinence ces différents dossiers, a fortiori si vous êtes aussi près de conclure avec cette jeune personne.

J’imagine qu’il vous arrive de devoir réagir sur ceci ou cela pendant la pause et que vous avez naturellement pris l’habitude de vos référer à mes analyses pour briller devant vos collègues. Ça n'a rien de honteux et des milliers de personnes de par le monde sont également dans ce cas. Je me permets donc de vous renvoyer aux textes définitifs déjà publiés sur ce blog et qu’il ne me semble pas nécessaire de réactualiser. Ainsi la délicate question de l'ouverture dominicale des magasins est-elle traitée ici, quand les problèmes des SDF le sont et .

J’espère que ces différents éléments vous permettront de retrouver la confiance en vous qui est indispensable à la réussite de vos vies amoureuse et professionnelle.

Cordialement,

Hugues de com-vat

mercredi 19 novembre 2008

L'économie dans le pétrin

Je ne sais pas de quoi la main invisible est vraiment capable mais ce qui est sûr, c'est qu'elle n'y connaît rien en baguette tradition.

Pain_3 La seule boulangerie à peu près convenable de mon quartier ― je veux dire la seule à offrir du pain qui n'ait ni l'apparence, ni la consistance, ni le goût d'un morceau de vieux carton ― ne semble pas être plus fréquentée que ses concurrentes. C'est d'ailleurs assez mystérieux, cette absence d'intérêt des clients pour une baguette de qualité : tout doit vraiment être en train de foutre le camp si même les fans de José Bové qui me servent de voisins se satisfont d’un machin industriel décongelé à la va-vite et vendu au même prix que the real thing

Le plus étrange, c’est que le boulanger le plus incompétent des environs soit quasi-mitoyen du meilleur et que leurs deux établissements reçoivent à peu près le même nombre de visiteurs le dimanche matin. Ça m’intrigue, ça. Ça m’agace même… D’autant plus que j’avais l’impression, avec Steven Kaplan, que les choses s’étaient améliorées sur le front de la miche et de la boule ces dernières années. Cet universitaire américain, spécialiste de la grande saga du pain français depuis les origines, s’était même fendu d’un bouquin annonçant « le retour du bon pain » dans les années 90, confirmant mes propres observations. Après tout, les pains aux céréales, au maïs, aux noix, aux fruits secs, à tout ce qu’on veut, ne se sont pas toujours bousculés sur les étagères du mitron moyen : il y a quinze ou vingt ans, c’était baguette fade, ficelle étique, parodie de « pain de campagne » et basta !

Mais le soufflé a fini par retomber, si j’ose dire. Le pain courant est redevenu dégueulasse même si la variété est restée. Bon, je suppose qu’on y a tout de même gagné au change, puisque l’on peut au moins choisir entre des formes différentes, à défaut de goûts différents… Reste le mystère de ces fans de José Bové amateurs de baguette en bois. Promis : un de ces quatre matins, je fais un micro-trottoir devant la boulangerie la plus abominable de mon boboland et je vous dis quoi…

*

Deux qui auraient pu s’intéresser à mon histoire d’arbitrage entre bonnes et mauvaises boulangeries d’un même quartier, c’est le duo de number crunchers du blog des Econoclastes, Alexandre Delaigue et Stéphane Ménia. Comprendre pourquoi les gens acceptent de payer autant pour des produits de qualités différentes dans le même quartier, c’est tout à fait leur rayon. Le livre (1) qu’ils viennent de publier est en effet bourré de ces micro-études de cas montrant à quel point nos comportements les plus anodins sont susceptibles d’être réduits à de bêtes mécanismes économiques.

Avocats de la liberté d’en griller une où bon leur semble, ils cherchent ainsi à démontrer qu’une loi n’était pas nécessaire pour protéger les non-fumeurs des amateurs de cancer du larynx, la main invisible étant parfaitement capable de s’en charger. Bon, je grossis un peu le trait, là. Mais c’est tout de même l’idée. Leur idée. Pas franchement la mienne.

N’empêche, le bouquin est excellent, pédagogique, plein d’humour et ressemble finalement à toute une littérature de vulgarisation économique sous laquelle croulent les anglo-saxons mais que les Français ne connaissent qu’en traduction. D’où l’avalanche de Bill, Bob, Jane dans les études qu’ils commentent ici et là. Définitivement sous influence yankee, ils ne daignent même pas affubler de patronymes bien de chez nous les homo économicus qu’ils inventent eux-mêmes ! Hum, vivement que l’Ecole d’Economie de Paris de Thomas Piketty se mette à générer ses propres études à la freakonomics, que l’on puisse enfin décrypter les comportements d’Albert, de Gaston ou de Josyane…

Mais dans l’intervalle (et l’on imagine que ça prendra encore un peu de temps puisque l'intitulé officiel de l'école de Piketty est Paris School of Economics), le bouquin des éconoclastes est à peu près ce qui se fait de mieux en gaulois dans le texte. N’est-ce pas Bill, Bob et Jane ?

© Commentaires & vaticinations

-----------------------------------------------

(1) « Sexe, drogue... et économie : pas de sujet tabou pour les économistes ! », Alexandre Delaigue et Stéphane Ménia, Pearson, 19 euros

lundi 27 octobre 2008

Gauche caviar 2.0

Non seulement le roi est nu mais, en plus, il paie ses champignons au prix du caviar. Nous prendrait-on pour des truffes ?

Truffe Je viens de faire une terrible découverte : la truffe, ce diamant noir gastronomique, ce pinacle fongique, ce joyau de la couronne culinaire nationale n'est qu'une immense galéjade ! Oui, ce champignon à 2 000 euros le kilo qu'une armée de cochons super entrainés est chargée de flairer dans les chênaies de Dordogne pour assurer la fortune de paysans madrés n'est qu’une vaste et terrible arnaque !

Bon, comme tout le monde, j’avais longtemps présumé que le boudin blanc ou le foie gras « truffés » l'étaient de manière si ridiculement infinitésimale qu'il était normal de ne pas défaillir de plaisir à chaque bouchée ― réveillon après réveillon. Je ne crois guère à l’homéopathie et je me doutais bien que, diluée à 300CH, la plus goûteuse truffe du monde perdrait fatalement l’essentiel de son potentiel gustatif. D’où l’idée, avec quelques camarades de labeur, d’aller défier le royal aliment en son ambassade parisienne officielle ― soit  la célèbre « Maison de la truffe » de la place de la Madeleine ― à l’heure du déjeuner. Nous allions voir ce que nous allions voir et les secrets de tuber melanosporum nous seraient enfin révélés.

L’établissement en question, voisin de Hédiard et Fauchon, épiciers bling bling s’il en est, nous paraissait le lieu idéal d’une telle mise à l’épreuve. Le caviar, c’est chez Pétrossian. Le sac de couchage spécial Himalaya, c’est au Vieux-Campeur. La soupe de pois cassés, c’est aux Restaurants du cœur. Ergo, la truffe, c’est à la Maison de la truffe ! Nulle part ailleurs est-elle à ce point mise en valeur. Elle est partout : en natures mortes de petits maîtres périgourdins sur les murs, en boîtes et en flacons sur les étagères et dans les vitrines, en reproduction d’affiches de l’académie royale de botanique pleines de noms latins à sa gloire...

Incidemment, les serveuses de ce véritable truffistan, lorsqu’elles vous escortent jusqu’à votre table, ne lésinent pas sur les petits détails indiquant qu’elles sont davantage les grandes prêtresses d’un culte multiséculaire que les employée d’une gargote pour touristes nippons. Ainsi ne s’adressent-elles à vous qu’à la troisième personne : hé, quoi, c’est tellement plus chic (même si ça passe probablement très au-dessus de la tête du tokyoïte moyen en vadrouille dans la ville-lumière).

Monsieur voudra-t-il laisser son, hum, blouson au vestiaire ? 
Non merci. Monsieur va juste poser son haut de survêt à capuche de racaille sur le dossier de sa chaise…
Ces messieurs-dames prendront-ils un apéritif ?
Non merci. Ces messieurs-dames sont ici pour un test extrêmement important et veulent passer aux choses sérieuses sans autre forme de procès.
Ah… Très bien. Peut-être ont-ils déjà fait leur choix, alors ?

Notre choix ? Évidemment que nous l’avions fait. L’idée étant de sélectionner le plat le plus neutre possible, histoire de ne pas se polluer les papilles inutilement sans aller jusqu'à croquer directement dans une truffe terreuse comme le premier pourceau venu, l’omelette nous était apparue comme l’excipient le plus pertinent :

En fait, ces messieurs-dames prendront des omelettes aux truffes. Sont-ils assurés d’en avoir pour leurs dix-neuf euros ?
Absolument. Il s’agit d’un excellent choix. Enfin, si c’est tout ce que ces messieurs-dames peuvent se permettre, évidemment…

A la Maison de la truffe, on vous prend peut-être pour un plouc avec style, mais le service y est lent. Très lent. « A la cantine du bureau, on en serait déjà au dessert », avait d’ailleurs commencé à grommeler ce béotien d’Olivier en voyant les assiettes arriver jusqu’à notre table, nos mini-omelettes artistiquement disposées au milieu d’une immensité de porcelaine limougeaude. Mais enfin, se plaint-on de l’attente devant le perron céleste, lorsque Saint-Pierre feuillette consciencieusement son gros registre à la recherche de votre patronyme et pendant que les orgues divines résonnent dans le lointain ?

Non, mais il est déjà 14h30 !
Tss…

Pour être aux truffes, mon omelette l’était. De fines lamelles brunes y avaient été généreusement incorporées et aucun obstacle ne se tenait plus entre mon impatient palais et le fameux ascomycète. Lentement, les yeux mi-clos afin de concentrer tous mes sens sur la noble saveur (j’aurais même à demi fermé les oreilles si j’avais su m'y prendre), je portais la première rondelle de truffe jusqu’à mes lèvres, en humais le parfum, l’enfournais, la retournais longuement sur ma langue, l’avalais, recommençais plusieurs fois l’opération avant de me rendre à l’évidence : la truffe, ça n’a pas beaucoup de goût et en plus, ça rappelle vaguement la noisette. La noisette ! Une broutille à cinq euros le kilo que l’on croque distraitement et à propos de laquelle seul un malade mental se fendrait d'un article de 6 000 signes… Tu parles d’une déception. La noisette !

Ainsi donc, un tas de gens bâtissent des fortunes sur une sorte de gros champignon mal-fichu pour que des naïfs dans mon genre arrivent en retard en réunion (c’est sûr, à la cantine, c’est beaucoup plus rapide), abusés qu’ils sont par une légende urbaine selon laquelle la truffe serait à la nourriture ce qu’un Cannondale Bad Boy est au vélo de ville ! Incroyable. Mais j’ai décidé de parler. J’ai décidé de dire la vérité au monde. Tant pis si la mafia truffière fait pression sur moi pour que je retire immédiatement ces propos ! Tant pis si l'on me retrouve au fond de la Vézère, les pieds lestés d'une tonne de truffes chinoises importées illégalement ! J’assume ! Dans l’histoire des habits neufs de l’empereur, seul un courageux garçonnet avait su crier la vérité : le souverain s’était fait avoir et se baladait à poil devant tout le monde. Serai-je digne du brave petit ? Évidemment ! La truffe, c’est juste un champignon hors de prix avec à peu près autant de saveur qu’une hostie rassie. Voilà tout.

Tiens, la prochaine fois, on teste le muffin au béluga à 85 euros chez Fauchon. Mais j'annonce la couleur : si ça a le même goût qu'une tartine aux œufs de lump, je refuse de revoter PS aux européennes. Franchement, être à ce point pris pour une truffe, c’est à vous dégoûter d'appartenir à la gauche caviar.

© Commentaires & vaticinations

Rechercher


  • tout le Web
    com-vat.com

www.com-vat.com : blog de gauche ?

L'idée cadeau du siècle !

Blogroll mal assorti

Sur le Net

Trousse à outils

Blog powered by TypePad
Membre depuis 10/2004