La redevance audiovisuelle française est l’une des moins élevées d’Europe ? Tant mieux. Qu’elle le reste.
D’ailleurs, et les gens de la télé n’arrêtent pas de le répéter sur tous les tons, elle est l’une «des plus faibles d’Europe» (180 euros en Grande-Bretagne, 215 en Allemagne, 346 en Suisse, etc.) et il ne serait que justice qu’elle rattrape enfin le peloton de tête. Justice? Mais quelle justice en fait? Dans ces pays où la redevance est plus élevée, les revenus moyens le sont aussi et peut-être devrait-on s’amuser à refaire ces comparaisons en parité de pouvoir d’achat. L’on découvrirait alors que les Français, ayant les salaires directs parmi les plus bas des nations de l’OCDE, méritent bien un petit discount sur cette gabelle spécifique…
Dans les contrées à TV licence dispendieuse, en outre, la télé publique ne diffuse pas de pub. Ça lui donne un poil plus de légitimité que dans un pays où l’on s’est contenté de rebaptiser la réclame nocturne «sponsoring», et où l’on continue à céder le temps de cerveau disponible diurne des ménagères d’âge divers aux fabricants de lessive.
Mais surtout, à l’heure où le gouvernement part à la chasse au gaspi budgétaire, on comprend mal qu’il soit demandé au téléspectateur, dont l’intérêt pour les chaînes publiques décline au même rythme que l’arrivée de nouveaux canaux privés (et gratuits) sur le «triple play», de faire des efforts à la place des saltimbanques fonctionnarisés de France Télévisions. Plus l’offre télévisuelle globale s’accroît, en effet, et plus le service public se disperse dans un bouquet toujours plus dense dont on peine à saisir la pertinence.
Voyons voir: il y avait déjà France 2 et France 3 –la nationale et la régionale historiques–, le réseau France Première pour les départements outre-mer, il y a désormais France Ô, France 4, France 5, Euronews, Mezzo, Gulli et Planète. Et ça, c’est juste pour ce navire amiral qu'est la nouvelle ORTF, puisque la culture avec un grand K est sur Arte, l’international sur TV5 et France 24 et que Radio France gère son propre (large) éventail de stations dans son coin…
Que la France souhaite préserver un pôle de radio-télé plus ou moins débarrassé des contraintes d’audience de masse, en alternative ou en complément à l’offre privée, c’est quelque chose qui se défend (des contre-arguments existent, mais c’est un autre débat). Mais qu’elle n’ait pas pour stratégie de consolider sur deux ou trois canaux les rares programmes qui la distinguent effectivement de ses concurrentes commerciales et de rationaliser son fonctionnement en fusionnant, par exemple, ses rédactions, est extrêmement déconcertant (il n’est pas rare de voir trois ou quatre équipes de journalistes du service public couvrir le même événement).
La redevance française est l’une des moins élevées d’Europe, donc? Tant mieux. Qu’elle le reste. Ça nous change de notre ordinaire.
© Commentaires & vaticinations
Article rédigé pour Slate
[1] David Assouline, sénateur PS, tente d'y ajouter encore 2 euros de rab mais sa victoire est incertaine.
Si au moins à ce prix, on avait des programmes de qualités à des heures raisonnables ...
Rédigé par : Stéphane | mardi 30 octobre 2012 à 22:39
je ne sais pas:
je suis d'accord pour payer 10 euros pour ne pas avoir de publicité dans ma télé et ma radio et des programmes de qualité moins dans la distraction et plus dans l'information, la réflexion.
un abonnement canal, c'est combien ?
sans vous dispenser des tunnels de pub...
mais il y a effectivement matière à rationalisation et économies dans notre audiovisuel public. au risque si l'on "fusionne" de re-créer l'ORTF,
qui ne passait pas pour un modèle de bonne gestion ...
Rédigé par : francis | vendredi 09 novembre 2012 à 08:14