Les Français trustent la quasi-totalité des miracles officiellement reconnus à Lourdes. Où va se nicher la préférence nationale...
Si les Français ne représentent qu’un gros tiers (selon les
sources) des trois millions de pèlerins passant par Lourdes chaque année, ils constituent
l’essentiel des bénéficiaires de miracles. Sur 68 guérisons
médicalement inexplicables enregistrées par le Bureau
des Constatations puis validées par le Comité Médical International depuis la
toute première, en 1862, 55 (82%) concernaient des nationaux. Les Italiens,
presque aussi nombreux que les Français à visiter la grotte de la
Massabielle, n’ont été miraculés que sept fois.
D’accord, c’est mieux que les Belges (3 fois), les Allemands, les Autrichiens ou les Suisses (1 fois), mais la disproportion est frappante (il n'y a pas non plus d'Américains mais ils ont Docteur House).
La reconnaissance officielle d’un miracle est toutefois un processus complexe, qui provoque pas mal de déceptions même si l’on subodore qu’il vaut mieux être miraculé «douteux» que pas miraculé du tout. En un siècle et demi, plus de 7.000 dossiers ont été déposés et impitoyablement recalés par les autorités religieuses.
Ça marche comme ça: vous êtes malade, vous vous rendez dans cette petite ville des Hautes-Pyrénées rendue célèbre par les apparitions de la Vierge à Bernadette Soubirous, vous vous aspergez d’un peu d’eau minérale locale et, bing, vous êtes guéri. Vous êtes alors invité à rendre visite au médecin de garde du sanctuaire de Notre-Dame de Lourdes qui décidera ou pas de vous envoyer promener parce qu’il n’a pas que ça à faire ― surtout un 15 août.
C’est que ne plus avoir le nez bouché ou se sentir soulagé d’une entorse est assez peu susceptible d’être perçu comme la preuve d’une intervention divine. Non, il faut du costaud, du cancer, de la sclérose en plaque ou au minimum de la maladie chronique bien invalidante, en même temps qu’un solide dossier médical attestant de la nature et de l’état d’avancement de l’affection. Il faut également que cette guérison soit «durable», la simple rémission n’étant pas attribuable au royaume qui n’est pas de ce monde et devant alors être rendue à César.
Ainsi, la toute dernière validation, c’était l’an dernier et pour une guérison intervenue en 2002. Serge François, un homme de 53 ans souffrant de graves problèmes de sciatique et traité à la morphine, s’est subitement retrouvé en pleine forme après avoir avalé un peu d’eau de la fontaine de la grotte. Mais gare aux progrès de la médecine: un miracle authentique s’entend «en l’état actuel de la science» et le Comité Médical assure tenir compte du «fait psychosomatique dans la guérison des maladies».
Ces précautions n’empêchent pas les sceptiques d’observer tout ça avec une certaine ironie (le Centre Contre les Manipulations Mentales de Roger Ikor s’amuse de la baisse de la fréquence des miracles depuis que les critères de validation datant de 1738 ont été abandonnés), mais le phénomène ne rebute pas les scientifiques pure laine qui tentent de découvrir des causes rationnelles à ces guérisons spontanées, le prix Nobel Luc Montagnier en tête (sans succès pour le moment encore).
Bah, dans le doute, pourquoi pas... Un 15 août à la montagne, ça n'a jamais fait de mal à personne de toute manière. Mais pour une efficacité maximale, n'oubliez pas votre carte d'identité française.
© Commentaires & vaticinations
Article rédigé pour Slate
Voilà qui devrait plaire aux conservateurs nationaux de gauche et de droite, lol
Rédigé par : Gemini | vendredi 24 août 2012 à 12:04
La lourdeur du processus de validation est une explication assez plausible de la prédominance des dossiers français. En tamoul, c'est plus compliqué...
Rédigé par : Aristote | mercredi 29 août 2012 à 16:53