Comme le permis à points, le contrôle technique et les radars avant lui, l’éthylotest débarque sous les horions. Qu’il ne se formalise pas: c’est la manière dont nous accueillons les trucs nouveaux qui sauvent des vies
Jean-Luc Mélenchon, toujours en quête de l’image qui tue lorsqu’il passe à la radio, s’indignait l’autre jour d’un coup de pouce au Smic équivalant à l’achat d’un carambar quotidien… Les smicards seraient-ils spécifiquement friands de ces confiseries qui bousillent les dents? Le carambar est-il désormais l’unité dans laquelle il convient d’exprimer l’évolution du pouvoir d’achat en ces temps de disette? On peut en douter.
Et puis, au prix où sont les soins dentaires non remboursés par la sécurité sociale…
Pour autant, s’il cherchait vraiment à frapper les esprits, la Némésis de Marine Le Pen aurait pu surfer sur l’hostilité croissante à l’obligation toute fraîche de trimbaler un éthylotest dans la boîte à gants de son auto. Car en voilà une belle, de mesure susceptible d’absorber le micro-gain des moins bien rémunérés parmi nous: un éthylotest jetable estampillé NF, ça coûte entre 1 et 3 euros. Même avec 24,5 euros de bonus sur le bulletin de paye, un tour de clé de contact deviendra bientôt aussi inabordable qu’un bonbon au caramel!
C’est que la manière dont est accueillie chaque nouvelle tentative de civiliser la route française est tellement convenue qu’elle rassemble toujours les démagogues dans un bel élan trans-idéologies. Souvenez-vous. Le contrôle technique (1992): un impôt sur les pauvres tout juste bon à faire la fortune des garagistes et stimuler les ventes de voitures neuves. Le permis à point (1992): une épée de Damoclès sur la tête des professionnels du volant qui, roulant beaucoup, commettent fatalement davantage d’erreurs que les conducteurs du dimanche. Les radars automatiques (généralisés en 2003): un racket institutionnel et le moyen pour l’Etat de se financer à bon compte au lieu de simplement brider les moteurs de voitures trop puissantes. Le gilet jaune (2008): une aberration esthétique visant à remplir les poches de fabricants chinois de textile incitant les naïfs à se promener sur la bande d’arrêt d’urgence de l’A6…
L’alcool est pourtant, avec la vitesse, la cause principale des accidents de la route. Ce n’est pas la tocade d’un gang de technocrates hygiénistes, mais bien une réalité statistique extrêmement bien documentée chez nous comme dans le reste du monde. Un peu de sens commun confirmé par la science, quoi…
Et en France, où la baisse régulière de la mortalité routière est directement corrélée à l’introduction successive de dispositifs et de règlements, il n’est pas exactement besoin de militer pour le remplacement de l’automobile par le vélo pour faire rimer 2+2 avec 4. En 2001, on recensait encore plus de 8.000 morts. En 2011, c’était moins de 4.000. Et nous ne remonterons pas jusqu’aux 16.500 tués de 1972, réduits d’un bon millier l’année suivante avec l’introduction de la limitation de vitesse sur autoroute. Et encore moins à la création de la première «attestation de capacité à la conduite» en 1893. Nous parlons de sécurité routière, pas d’archéologie.
Ainsi, pour débiner l’éthylotest, qu’entend-on donc, si l’on peut se permettre cette allitération malsonnante? Eh bien qu’il s’agit d'une manip d’un lobby de fabricants de ballons, que le principe est grotesque puisqu’il faut en posséder un second si l’on a déjà utilisé le premier, qu’ils devraient être fournis gratuitement par les compagnies d’assurance, qu’ils fonctionnent mal par moins quinze ou plus cinquante… C’est possible. Et alors?
Comme la litanie de dispositifs préventifs avant lui, ce petit ballon de rien du tout contribuera surtout à faire se raviser les imprudents les jours d’apéro et à faire causer dans les chaumières des dangers de la conduite bourrée. Il y aura aussi des réfractaires par principe, des contestataires de la fiabilité du bidule (dont certains seront d’ailleurs légitimes) mais il sauvera bien quelques vies et verra vite les regards hostiles se détourner vers on ne sait quelle nouveauté (l’extincteur de bord, déjà obligatoire en Allemagne), le marteau brise-vitre ou la trousse de premiers secours...
Et puis zut, on ne choisit pas de devenir empêcheur de boire en rond pour être populaire! Pour ça, il fallait plutôt faire ballon de rouge.
© Commentaires & vaticinations
Article rédigé pour Slate
Le ballon est quand même très différent des permis à points, ou radars dans la mesure où ils exigent que le conducteur les acquière.
Je connais un certain nombre de personne n'ayant jamais bu une goutte d'alcool de leur vie (je ne parle donc pas de moi) qui ont plutôt du mal avec cette mesure.
De plus, très sincèrement, l'immense majorité des mecs qui conduisent bourrés (cela doit également fonctionner avec les filles) n'ont vraiment pas besoin du ballon pour savoir qu'ils ne devraient pas prendre le volant ("non, mais c'est bon, je rentre molo, et puis, je prendrai tranquille par les petites routes c'est jamais contrôlé").
Je n'ai pas encore acheté mon ballon (en me cachant derrière le fait qu'on m'a dit qu'il y avait pénurie), mais je le ferai puisqu'on me le demande, mais je ne crois pas un instant à son efficacité (alors que j'ai applaudi aux radars automatiques et au permis à point dont l'efficacité était évidente), et suis pratiquement certain de ne le renouveler que pour deux occasions imaginables: il est périmé ou alors on fait un test pour voir si le sketch de Coluche sur "les couleurs qui sont pas dans le manuel" repose sur une vérité.
PS: le fait qu'il ne supporte pas les grandes chaleurs pose quand même un sérieux problème de fiabilité en août dans la boîte à gans d'une bagnole sur un parking ensoleillé du sud-est.
Rédigé par : JaK | vendredi 13 juillet 2012 à 22:05
Pour les gilets jaunes, je ne sais toujours pas trop s'ils sont bien utile à l'automobiliste mais depuis leur introduction ceux qui délaissent parfois leur voiture pour le vélo semblent l'adopter plus volontiers (peut être le simple fait d'en posséder un désormais?). Un gros plus je trouve.
Rédigé par : Mir | jeudi 19 juillet 2012 à 13:30