Le cannabis est à la gauche ce que le Pacs fut à la droite : la preuve d’un immense décalage avec la société française.
Cécile Duflot, qui ne courait déjà aucun risque dans la sixième circonscription de Paris où elle se présente sous l’étiquette EELV, vient encore de marquer quelques points avec son histoire de cannabis. Cœur du boboland parisien, le secteur Oberkampf-Ménilmontant-République est sans doute l’un des principaux lieux de consommation de THC sous toutes ses formes à l’intérieur du périphérique (même si les environs du canal Saint-Martin ne se défendent pas si mal non plus, merci).
C’est que la responsable écolo, si elle ne fait pas toujours preuve de réalisme lorsqu’elle cause immobilier, est nettement plus pragmatique à l’endroit de la fumette. En gros, elle propose que l’on en dépénalise l’usage afin de lutter contre la délinquance induite, d’améliorer les politiques de santé publique concernant les jeunes un peu trop enthousiastes et, surtout, de cesser de dire que 12 millions d’amateurs plus ou moins occasionnels sont «des marginaux».
Ça tombe tout le sens. Aucun acteur politique à peu près en phase avec la France du XXIe siècle n’est d’ailleurs en désaccord avec Duflot lorsqu’il s’exprime en privé (on espère pour Jean-François Copé qu’il a déjà eu l’occasion d’inhaler une ou deux fois dans sa vie parce qu’on sent que ça lui ferait du bien en ce moment), mais subsiste pourtant cette idée que ce sont «les Français» qui ne sont pas prêts!
C’est agaçant, frustrant même, et l’on a vraiment le sentiment que la gauche «raisonnable» est presque aussi en retard sur la société que la droite ne l’était avec le Pacs il y a treize ans. C’est d’autant plus curieux que le PS n’hésite pas à s’engager sur un droit de vote des étrangers ultra-clivant (et que personne ne réclame), mais fait son pharisien délicat sur un sujet mille fois plus consensuel…
Assurément, Cécile Duflot n’est pas si seule dans la majorité à vouloir bousculer cette équipe à la normalité épuisante: Daniel Vaillant avant elle, premier flic de France sous Lionel Jospin, avait déjà osé s’attaquer à ce tabou absurde. Mais c’est du côté des plus jeunes qu’elle manque cruellement de renforts. Les Filippetti ou les Belkacem, par exemple (ce sont des noms piqués au hasard. Sapin ou Le Drian, ça sonnait moins bien), qui ont bien dû assister à une fête où des pétards tournaient sans que personne ne meure d’une overdose ou ne dépèce un coloc sino-canadien au terme d’une crise de schizophrénie…
La schizophrénie, c’est précisément le mal qui semble affecter les réfractaires, non pas à la dépénalisation du cannabis, mais au débat même sur la dépénalisation du cannabis. Et qu’on ne vienne pas leur parler d’usage thérapeutique, de sidéens ou de sclérosés en plaques forcés de monter des plans impossibles pour se procurer de quoi se soulager… Cannabis, rien que le mot fait frémir.
Je ne sais pas si Duflot ira rejoindre Julien Dray au purgatoire trierweilerien pour avoir «osé» un truc aussi gonflé à quelque jours d’une échéance électorale (tiens, est-ce que ça fumait, à l’anniversaire de Juju?), mais elle vient certainement de gratter les pouillèmes de voix qui risquaient de se disperser sur le candidat du Parti pirate tentant sa chance en face d’elle. A Boboland, on sait se montrer reconnaissant à l’égard des gens qui font avancer le schmilblick.
© Commentaires & vaticinations
Article rédigé pour Slate
Ouais. Sauf que deux Français sur trois sont contre: http://www.lemonde.fr/societe/article/2011/06/18/63-des-francais-opposes-a-la-depenalisation-du-cannabis_1537980_3224.html
Donc, ce qui tombe sous le sens est en fait loin d'être évident, sauf pour une certaine catégorie de population qui se trouve comme par hasard être la cible électorale principale des Verts.
Ce sujet est d'importance mineure, il sert surtout de marqueur dans la bataille "les bobos contre France d'en bas". Mme Duflot a fait un gentil petit cadeau à la droite et au FN: division de la gauche, rappel d'un symbole qui énerve les électeurs de droite et permet donc à J.F.Copé de les remobiliser. Et elle s'est pris un avertissement de la part de J.M.Ayrault: après les élections, elle aura intérêt à se tenir à carreau. Elle a perdu sur tous les plans, sauf celui de la câlinothérapie en direction de ceux qui auraient voté pour elle de toute façon. Une gaffe de débutante.
Rédigé par : Gwynfrid | jeudi 07 juin 2012 à 16:24
Au fait, ton copain Valls, il en pense quoi? Je dis ça parce qu'il paraît qu'il est devenu ministre de l'Intérieur.
Rédigé par : Poil de lama | jeudi 07 juin 2012 à 18:45
Il manque pas une virgule entre le 1 et le 2 à 12 ?
Non que je trouve l'argument terriblement percutant (combien d'automobiliste régulièrement en excès de vitesse ?).
Quand à l'effet thérapeutique, je trouve que c'est justement un excellent argument pour dire qu'il ne doit pas être en vente libre, tout comme la morphine qu'il remplace parfois avantageusement.
Ce ne serait pas vous le has-been (lol hein) qui serait resté aux luttes des années 70 ? ;)
Le canabis d'aujourd'hui c'est une belle merde bourrée de THC. Que l'interdiction d'aujourd'hui marche mal, c'est un fait. Qu'il faille baisser les bras, ce n'est pas démontré. On risque de démultiplier l'usage quotidien, qui n'est pas si courant que ça.
Rédigé par : Corto | jeudi 07 juin 2012 à 18:51
Les socialistes déconnent sur ce coup la
En fait c'est comme pour le vote du PACs. Deux français sur 3 sont vaguement contre, mais ne sont pas vraiment concernés et calent ça au fin fonds de leurs priorités politiques.
80% de ceux qui attachent de l'importance au sujet sont pour.
Rédigé par : Emmanuel M | vendredi 08 juin 2012 à 01:18
@Emmanuel M
Mouais, je n'ai pas plus de chiffres que vous, mai on inclut ou pas les parents d'enfants en age de se mettre à consommer dans les gens "qui y attachent de l'importance", par exemple?
Dans l'ensemble, la comparaison avec le mariage gay comme "sujet sur lequel les gens sont contre sans que cela concerne leur vie quotidienne" ne me parait pas très convaincante. Que cela ne soit pas la priorité politique de grand monde en dehors de quelques militants, c'est un fait, mais la dépénalisation aura un impact plus ou moins léger sur la vie quotidienne de tous. Et les "vaguement contre" ont sans doute un avis pas complétement théorique, et ce d'autant plus que l'usage illégal est assez répandu comme Hugues le souligne.
Rédigé par : Vivien | vendredi 08 juin 2012 à 09:48
Pour une fois où je suis d'accord avec Duflot... mais par contre la dépénalisation c'est ptite bite, c'est la légalisation qu'il faut envisager.
Rédigé par : Gemini | vendredi 08 juin 2012 à 13:31