L'État ne peut pas tout faire, heureusement, et il nous reste encore deux-trois terrains d’exercice de l’initiative individuelle. D'ailleurs, ça ressemblerait à quoi, un État omnipotent ?
Une nouvelle loi devrait être votée sous peu, permettant à un salarié d’offrir des jours de RTT à un collègue en difficulté ayant épuisé les siens. Un gars dont un le gosse est malade, par exemple, mais qui n’aurait pas les moyens de prendre un congé sans solde, pourra donc bénéficier de la générosité d’un voisin de bureau pour continuer à réchauffer du bouillon de poule ou être présent pour les chimios aussi longtemps que nécessaire…
Présenté comme ça, ça à l’air assez formidable, mais puisque c’est une loi de droite, portée par un député UMP et donc par un affreux dont l’agenda caché est vraisemblablement de filer un nouveau coup de godillot dans le fragile édifice des zacquisociaux, je me suis demandé comment l’on pouvait y être hostile sur un mode « progressiste ».
J’ai un peu cherché sur le Web et figurez-vous que j’ai trouvé : cette loi est en réalité moralement indéfendable, puisqu’elle risque d’expédier le salarié insuffisamment solidaire au pilori, scandaleusement pro-business, puisqu’elle permet au patron de ne pas être affecté par l’absence d’un employé (j’ai failli dire « collaborateur » mais je me suis vite repris) et surtout socialement inique, puisque c’est à l’État qu’il devrait revenir de financer ce genre de truc.
Ce n’est pas une opinion universelle, fort heureusement, mais ce sentiment qu’il appartienne à la puissance publique de régler tous nos problèmes quels qu’ils soient reste largement répandu sous nos latitudes. Les Restaurants du cœur, par exemple, seraient une infamie, puisqu’ils feraient la preuve de ce qu’en 2012, la pauvreté n’a toujours pas été intégralement éradiquée. Tout comme le Téléthon serait la marque d’un sous-financement coupable de la recherche médicale sur fonds publics.
Jusqu’à la pièce que l’on refuse au clodo de sa rue au prétexte que des sans-abri, il ne devrait plus y en en avoir.
C’est marrant parce que c’est à peu de chose près la ligne de défense qu’adoptent nos grandes fortunes lorsqu’on leur fait remarquer que leurs homologues yankees passent leur temps à distribuer leurs dollars par milliards : « Je paye mes impôts, voyons, j’ai déjà donné ! ».
Lionel Jospin, et il a peut-être été recalé en 2002 pour avoir énoncé cette évidence, s’était un jour lâché en déplorant que l’État ne puisse pas tout. J’irai un poil plus loin parce que je ne souhaite pas être au second tour moi même et que je cours donc aucun risque : non seulement l’État ne peut pas tout, mais je crois que j’aurais du mal à vivre dans un pays où il appartiendrait au ministre de ceci ou cela de prendre en charge tout ce qui relève de l’initiative individuelle, la générosité pure n’étant plus qu’une affaire d’arbitrages budgétaires.
« J’ai déjà donné », qu'il s'agisse de journées de RTT ou d'euros sonnants et trébuchants, c’est vraiment une attitude de plouc.
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Article rédigé pour Atlantico
Là, je trouve votre analyse un peu simpliste...
Certes, la générosité individuelle, c'est beau, ça fait fraternité, tout ça. Mais elle a un gros défaut : contrairement à une assurance à grande échelle (genre la sécu), elle fait reposer toute la charge sur les proches des personnes en difficulté.
Si on pousse la logique à son extrême, c'est à dire aux USA ( ou l'état non seulement ne peut pas tout, mais ne peut rien - enfin presque depuis le timide Obamacare ), les riches et bien portants cotisent à des assurances de riches et bien portants ( donc étonnament peu chères et très protectrices en cas de besoin ), et les pauvres à des assurances de pauvres ( donc chères, vu qu'ils sont plus souvent malades ). Quand au pauvres malades, ils n'ont qu'à crever ou compter sur la générosité de ceux qui veulent bien, et qui du coup paient beaucoup plus que la "part" qui serait la leur dans un système d'assurance généralisée.
Dans le cas des jours de RTT dont on parle ces jours-ci, ça revient à faire porter le poids de l'enfant malade aux quelques dizaines de collègues du malheureux papa - et encore, si celui-ci a la chance de ne pas travailler dans une PME de 5 personnes. Alors que dans le même temps, d'autres salariés qui n'ont pas de collègue dans le besoin ne donnent rien, et je ne parlent pas des rentiers qui par définitions n'ont pas de RTT ni de collègues. Alors qu'en demandant à tout le monde de cotiser, ça coûterait un centième de RTT à chacun, et même le papa qui bosse dans une PME serait couvert. Ca vous parait vraiment plus néfaste comme organisation ?
Je ne dis pas non plus que l'état doit subvenir à tout. Pour le téléthon, comme il concerne des maladies "orphelines" et très difficiles à guérir, le ratio coût/bénéfice est trop défavorable pour qu'un état bien géré accepte de le prendre en charge - et là la générosité a toute sa place. Pour les restos, c'est surtout le fait qu'ils sont bien gérés et que l'état ne ferait pas mieux qui les justifie, mais si on reprend l'exemple de la banque alimentaire et du gaspillage que représente la collecte de nourriture à la sortie des supermarchés, on peut effectivement se poser des questions sur son bien-fondé.
Rédigé par : FFB | lundi 30 janvier 2012 à 13:05