Immigration, finances publiques, énergie : l’Italie propose un nouveau traité pour l’Union européenne et ce n'est pas une si mauvaise idée.
Le traité constitutionnel de 2005, vous vous souvenez ? Celui contre lequel il fallait voter pour éviter de voir les horreurs néolibérales (pour les uns) ou fédéralo-collectivistes (pour les autres) gravées dans le marbre pour les siècles des siècles…
Eh bien, la version lisboète du brûlot est à peine installée dans ses meubles qu’on suggère la rédaction d’un nouveau parchemin ! C’est réconfortant parce que c’est la preuve que rien ne dure toujours et que si ratifier un traité avait effectivement dû nous conduire jusqu’à cette fameuse « fin de l’histoire », la terre se serait déjà arrêtée de tourner en 1951, en 1957, en 1965, en 1986, en 1992, en 1997, en 2002 et en 2007…
Aux dernières nouvelles, elle gigotait encore.
L’Europe est l’exemple même du « work in progress ». Qu’un traité chasse l’autre démontre donc surtout qu’elle sait s’adapter aux circonstances, l’œil rivé sur son objectif fondateur d’une intégration « toujours plus étroite de ses peuples » (ça, c’est dans le millésime 57, qui reste le meilleur cru à ce stade).
Aujourd’hui, les Italiens, dont les affaires de « bunga bunga » éclipsent parfois le rôle majeur dans l’aventure (le fameux moteur franco-allemand est équipé d’un système d’injection directe fabriqué à Turin) proposent l’élaboration d’un nouveau traité plus disert sur les questions d’immigration, de finances publiques et d’énergie. « Oh non, pas déjà ! » s’exclameront les vétérans du référendum d’il y a six ans, qui divisent le monde entre partisans du « oui » et amateurs du « non » et rendraient presque raisonnable la querelle Lilliput-Blefuscu sur le meilleur moyen d’aller se faire cuire un œuf.
Mais oui, déjà. Justement. Un traité, ça se négocie de toute manière des années durant et Giulio Tremonti, le ministre des Finances transalpin qui vient de mettre les pieds dans le plat de spaghettis, a tout de même quelques arguments de poids en magasin.
L’immigration, par exemple, et le remake grotesque de « Rien à déclarer » qui se joue entre Menton et Vintimille en est la preuve, n’est-ce pas un thème qui vaut d’être transformé en doctrine communautaire avant de laisser les extrémistes s’en emparer, apportant leurs « mauvaises réponses » traditionnelles à de « bonnes questions », comme disait l’ami Fabius ?
Les finances publiques sont également au menu. Et si Bruxelles ne s’est effectivement pas contentée de regarder passer les trains pendant que la Grèce, le Portugal et l’Irlande se débattaient avec leurs créanciers, on ne peut pas dire que les mécanismes via lesquels l’Union gère crises financières et dérives budgétaires soit totalement satisfaisants.
Pour ne rien dire des questions énergétiques, qu’un Fukushima a fait exploser dans le débat comme jamais une armée d’écolos en sandales n’aurait pu le faire. Ne valent-elles pas que les stratégies de consommation et de production s'élaborent enfin à l’échelle de l’Union ? Si le nucléaire est un « problème », est-il encore strictement français, allemand ou espagnol ? Et si les approvisionnements en gaz et en pétrole empruntent davantage à la géopolitique qu'aux échanges commerciaux, l’échelon national dans les processus de décision reste-t-il pertinent ?
L'Europe n’est plus présente dans le débat qu'au travers des caricatures qu’en dressent les démagogues. Les nôtres, bien entendu, mais aussi les finlandais, les néerlandais, les allemands, etc. A tel point que même le PS en arrive à bâtir un projet pour l’après-Sarkozy sans mentionner l’appartenance de la France à ce petit club sans enjeu !
Un débat intelligent ― et même enthousiaste, rêvons un peu ― sur un nouveau traité serait peut-être le meilleur moyen pour les Européens de se projeter à nouveau dans un avenir positif, ce qui ne leur ferait pas de mal.
Alors, prêts pour un nouveau traité ? De toute manière, c'est ça ou le « bunga bunga », les trains bloqués à la frontière italo-française et les Portugais qui font la manche dans les rues de Rio...
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Un petit mot aimable en passant sur la majorité qualifiée, histoire d'essayer de nous faire croire que le déficit démocratique européen te préoccupe ne serait-ce qu'un tantinet?
Non? Vraiment pas?
Rédigé par : Poil de lama | vendredi 22 avril 2011 à 17:36
Tirons les enseignements d'erreurs passées : cette fois-ci, adoptons le en catimini sans demander l'avis des peuples, ça économisera l'argent pour l'organisation d'un referundum dont l'issue importe peu.
Le problème - un des problèmes en fait - de la construction européenne, c'est qu'on y va sans savoir où on veut aller (politique, économique etc.). Du flou aux rouages obscurs.
Dommage.
Rédigé par : bob | samedi 23 avril 2011 à 10:26
Une nouvelle génération de dirigeants qui ne se sont pas rendu coupable d'avoir considéré le traité constitutionnel comme suffisant, et encore plus le mini-traité de Lisbonne ne serait-il pas plus à même de reprendre le chantier ? La courte-vue des Sarkozy-Merkel-Berlusconi ne permettra pas aujourd'hui d'avoir un traité plus ambitieux que les modestes avancées obtenues ces dernières années. Et ce, malgré les circonstances qui rappelle que la construction européenne n'est pas facultative, mais que notre choix se résume à en faire une Union efficace et démocratique ou une usine à gaz intergouvernementale impopulaire
Rédigé par : Valéry | dimanche 24 avril 2011 à 12:18