C'est sûr, le processus euthanasique d'un membre fondateur de l'Union européenne, siège de la plupart des institutions communautaires, pourrait se révéler délicat dans ses détails mais, dans les grandes lignes, la « feuille de route » est connue. Les Wallons se rapprochent des Français, les germanophones de l'Allemagne, les Flamands, qui ne s'entendent pas beaucoup avec les Néerlandais, restent dans leur coin et Bruxelles devient le Washington DC du Vieux-Continent.
Tiens, avec un peu de chance, tout ça peut même finir par donner des idées aux Israéliens et aux Palestiniens, puisqu'à quelque chose malheur est toujours bon.
Le problème, pour autant, c'est que la disparition de la Belgique porte en germe la disparition des Belges, une perspective infiniment plus préoccupante. Un bon exemple de ce qui nous manquerait si Liège n'était plus que la capitale de la 23e région française : les faux-documentaires à la « C'est arrivé près de chez vous », chef d'œuvre d'humour cynique et dont le « Vampires » de Vincent Lannoo est le dernier avatar ― si j'ose dire en matière de cinéma fantastique chichement bricolé en 2D... OK, j'exagère : nous pourrions évidemment survivre sans l'apport des Belges au surréalisme dans le monde des arts, comme le prouve l'absence de succès de ce film en France (à Paris, il ne passe que dans une seule salle), mais seulement au sens où l'on survit sans que les foules ne se pressent devant l'œuvre de tel ou tel romancier insuffisamment mainstream.
Centré sur la vie quotidienne d'une famille ordinaire de vampires bruxellois, ce pseudo-reportage réalisé au péril de la vie d'une équipe de tournage humaine (deux premières tentatives s'étaient soldées par la transformation du cadreur et du preneur de son en carbonade flamande) est essentiellement un voyage au sein de ce qui pourrait être une quatrième communauté belge. Une communauté sans antagonisme linguistique (les vampires sont indifféremment francophones, néerlandophones ou germanophones), mais focalisant son agressivité sur les non-vampires.
Qu'on le sache, un décryptage trop politico-cérébral (à la française ?) de ce film hilarant et déjanté serait mal venu. Le surréalisme, et singulièrement le surréalisme belge, ce n'est pas une représentation vaguement décalée de la réalité. Dans le film, il y a bien de la politique (les vampires sont tolérés par les pouvoirs publics qui les approvisionnent en immigrés sans-papiers et organisent administrativement leur coexistence avec les humains, à l’instar de ce qui se passe entre Wallons et Flamands), mais il y a surtout de la folie pure, de l’humour noir, de l’horreur absolue, du n’importe quoi sanglant que nos humoristes à nous seraient bien en peine de produire ― empêtrés qu’ils sont dans la paraphrase littérale du débat partisan.
De fait, il y a cent fois plus de dérision, de subversion ou de mordant (sic) dans cinq minutes de « Vampires » ou de « Dikkenek » que dans cinq heures de chroniques de Stéphane Guillon. Et le plus fou, c’est que c’est juste un effet secondaire…
Alors, la Belgique peut bien s’effondrer, se dissoudre, s'évanouir… Liège et Namur peuvent bien devenir des patelins de province, Eupen peut bien se transformer en banlieue d’Aix-la-Chapelle et Bruxelles en Jérusalem-sur-Senne... Ca n'a pas beaucoup d’importance, mais la communauté vampire de Belgique, les Magritte, les Bucquoy, les Fabre, les Franquin, les Gelück, ils deviendront quoi ? Les Belges, ils iront où ?© Commentaires & vaticinations
Et Brel ? S'il n'avait été belge, aurait-il été ?
Rédigé par : Emmanuel | lundi 06 septembre 2010 à 13:38
Bizarre qu'ils préfèrent faire péter leur pays plutôt que leur sécu.
Remarquez, s'il faut en arriver là pour parvenir à faire maigrir l'état français, autant y aller le plus vite possible.
Rédigé par : Passant | lundi 06 septembre 2010 à 13:51
Et Johnny?? le meilleur exemple de cynisme de n-ième degré.
Rédigé par : Mansour | lundi 06 septembre 2010 à 14:02
Il est pas mal ce billet...comme quoi tout arrive.
Rédigé par : Ginko | lundi 06 septembre 2010 à 18:37
Sans doute faut-il décidément être français pour oser écrire doctement des phrases aussi éloignées de la réalité que "Après tout, Wallons et Flamands se détestent cordialement"...
Avez-vous mis les pieds en Belgique, ou (pire ! et Dieu vous garde !) parlé à certains d'entre eux au cours du XXIe siècle ? Vous êtes-vous penché, de toute votre hauteur, sur les problèmes réels rencontrés par ce pays ? Ou bien, et cela paraît plus vraisemblable, vous contentez-vous de quelques jugements abusifs après une observation sommaire par le petit bout de la lorgnette ?
Rédigé par : Harold | lundi 06 septembre 2010 à 21:45
Mon dieu, tu cites Dikkenek et Twilight dans le même billet, je crois que je suis amoureuse ...
<3
Rédigé par : sasa | lundi 06 septembre 2010 à 21:59
Emmanuel,
Sans doute pas.
Passant,
Comment ça, tu veux aussi séparer les Wallons français des Flamands français ?
Mansour,
Bof, de toute manière, il habite Gstaad.
Ginko,
Mais oui : même votre commentaire est bien.
Harold,
Si vous devenez français vous-même (je subodore que vous êtes belge) par rattachisme, vous aurez la confirmation de la manière dont les doctes français pensent.
Mais je ne comprends pas vraiment où vous avez mal. Je suis en train de dire que j’aime la Belgique, que j’aime les Belges, que je trouve triste qu’ils en soient là et qu’il serait tragique que cette « belgitude » disparaisse.
Ca n'est pas assez clair ? C'est trop docte ?
Sasa,
Argh… Twilight, c’était pour faire un titre rigolo avec « une fois », histoire de faire bisquer les rares Belges qui manquent d’humour et les nombreux français qui croient devoir venir à leur rescousse (cf. : les commentaires sous le même papier du côté de Rue89).
Parce que même si j’ai longtemps accepté d’accompagner mes filles au cinoche voir les trucs les plus mièvres, Twilight, j’ai laissé la corvée à mon épouse. Franchement, va voir « Vampires » et tu vas oublier ce bellâtre qui fait seulement semblant d’être méchant. Je suis sûr que les vampires belges sont plus ton genre…
Rédigé par : Hugues | lundi 06 septembre 2010 à 22:40
Pitié pas de rattachisme ! Qu'est-ce que vous voulez qu'on fasse des Wallons ?!
@Passant : Si les Wallons abandonnaient leur système de « protection sociale », pire que le système français, ça éloigneraient peut-être la perspective de sécession flamande.
Rédigé par : Bob | mardi 07 septembre 2010 à 10:27
Et vous trouvez ça beau Magritte ?
Rédigé par : Monsieur Prudhomme | mardi 07 septembre 2010 à 20:32