Le ski et toutes ses références, les stations, les remonte-pentes, les forfaits, le vin chaud, les pistes de toutes les couleurs, les petits chalets aux toits enneigés, tout ça m'est tellement étranger que je ne parviens pas à me contenter de considérer la performance sportive pour ce qu'elle est. Bon, je me rends bien compte de la difficulté qu'il y a à se jeter d'un tremplin haut d'une cinquantaine de mètres (ou plus, ou même moins, qui sait), voire de la combinaison de talents hautement improbable qu'il faille posséder pour participer à un biathlon ski-tir, mais ça ne m'émeut pas.
Je me suis d'ailleurs demandé si c'était parce que je ne pratique pas ces sports qu'ils me laissent, hum, froid, mais je ne crois pas que ce soit le cas. Après tout, je peux être totalement passionné par les coupes du monde de foot et de rugby sans jamais mettre les pieds sur un terrain ou dans un stade, ni même réellement connaître les règles de base de ces disciplines. J'ai également plus d'affinités avec les compétitions des sports que je pratique moi-même, la course, le vélo ou l'équitation mais, encore une fois, je ne pense pas qu'il s'agisse d'une affaire purement « sportive ».
J'ai regardé « La première étoile » l'autre jour à la télé, cette histoire d'une famille de banlieusards parisiens noirs découvrant les joies de la neige. L'idée est que le ski est essentiellement un truc de blancs et tout le film tourne autour de l'incongruité de la présence, à 1 500 mètres d'altitude, de noirs en doudoune se cassant la figure avec leurs grosses chaussures de location en plastique... Mais je me souviens de m'être senti au moins autant « out of place » que cette famille lors de l'unique séjour que j'ai jamais effectué dans une station de sports d'hiver en saison ― et je ne suis ni noir ni banlieusard.
De fait, le ski reste une activité marginale, pratiquée par moins de 10% de la population française, un pourcentage à l'intérieur duquel il faudrait encore distinguer la proportion de pratiquants résidant à l'année dans les régions où l'on skie. Blancs ou noirs (ou jaunes, soit-dit en passant), nous n'avons, pour la majorité d'entre-nous, qu'une perception lointaine et floue de cet univers et de ses codes : des films (« Les bronzés font du ski », « La femme de mon pote »…), des livres (« Premier de cordée », mais c'est de l'alpinisme et qui lit encore Frison-Roche ?), des photos de pipoles ou d'oligarques à Courchevel dans Public…
Au fond, le ski est une abstraction. Pas exactement un mythe puisque nous connaissons des gens qui le pratiquent « pour de bon » et qu'il peut nous arriver, comme à la famille de « La première étoile » ou à la mienne, d'aller glisser sur la poudreuse au moins une fois dans une vie, mais une abstraction malgré tout.
Ce qui est curieux, pour autant, c'est qu'une activité aussi manifestement mineure puisse avoir le statut, la résonance publique et les privilèges d'une pratique réellement « populaire ». Attention, je ne m'en formalise pas au sens où il s'agirait d'un passe-temps bourgeois indûment surreprésenté dans les médias : si tous les « bourgeois », ou du moins tous les gens qui ont les moyens de passer une semaine à la neige de temps à autre décidaient de le faire, le ski serait effectivement un sport de masse. Mais je m'étonne qu'un si grand nombre de gens pour qui il est aussi exotique que, disons, la pêche au gros ou le lancer de tronc d'arbre, puisse jouer le jeu avec autant d'enthousiasme.Car enfin qui, parmi tous ces gens n'ayant jamais posé un orteil à La Plagne, à Risoul ou à Avoriaz (oui, oui, je connais même le nom de toutes les stations, comment faire autrement !) mais ne loupent aucun compte-rendu du service des sports de France Télévision, s'y retrouve entre les soixante-douze types de disciplines recensées à Vancouver ? Slalom, slalom spécial, slalom géant, slalom super-géant et, last but not least, comme s'il existait du ski de montée, « descente »... Vraisemblablement pas grand monde.
OK, il y existe bien quelques enjeux économiques légitimes pour certains pays, France comprise, dont les domaines skiables sont un atout essentiel dans la palette des options offertes aux touristes nationaux ou étrangers. L'hôtellerie, la restauration, la reconversion de populations agricoles isolées, le BTP, l'équipement des skieurs, tout ça ne compte pas pour du beurre (des alpages)... Mais regarde-t-on par millions, à la télé, une cohorte de Norvégiens ou d'Autrichiens dévaler une piste à toute allure pour soutenir l'industrie française du tourisme en montagne, un peu comme on regarde le Téléthon par solidarité avec les enfants malades ?Mais peut-être est-ce, plus que le ski lui-même, le hockey sur glace, ou pire, le curling (le curling, franchement…), l'idée du ski qui séduit les foules. Autant que la pureté virginale attribuée à la neige et aux petits chalets montagnards à toit de lauze, le bon air vivifiant, le froid revigorant, les salopettes bariolées, la force tranquillement mitterrandienne des sommets, les chamois insouciants qui gambadent, les petits piolets-baromètres que l'on achète à la boutique de souvenirs…
Zut, il va quand même falloir que je regarde la super descente en slalom à bosses sur France 3, alors ! J'espère seulement qu'il y aura beaucoup de buts.
© Commentaires & vaticinations
Peut-être est-ce votre coté méridional que trahit votre peu d'intérêt pour le ski ? On voit aussi peu d'algériens que de noirs sur les pistes. Et presque autant de napolitains. Les anglais et hollandais, en revanche, y pullulent. Même quelques anglais noirs.
Le ski a tout de mêmes quelques mérites indéniables pour les non-sportifs amateurs de sensations : dans quels autres sports peut-on se mouvoir sans effort à plus de 50km à l'heure, éprouver de telles sensations de vitesse sans gaz d'échappement, éprouver autant de sensations avec aussi peu de risques ? Une grosse gamelle se solde, au pire, par des problèmes de genoux, mais de sang, de bosses, de cicatrices, point. On ne peut en dire autant du vélo de descente (badaboum), du hockey sur glace (paf), de l'alpinisme, ou de l'équitation (aïe).
Si le ski alpin vous est aussi étranger, c'est parce que c'est fondamentalement un truc de feignasses (comme moi). Vous qui êtes un forçat masochiste dans l'âme, que ne vous essayez-vous au ski de fond ? Ca, c'est dur, ça fait mal, et contrairement au vélo en ville, l'air y est pur. Tenté ?
Rédigé par : Emmanuel | vendredi 19 février 2010 à 15:14
Ma foi, j'ai grandi à Marseille et j'y connaissais en fait beaucoup plus de skieurs qu'à Paris où je vis maintenant. La proximité des Alpes, c'est aussi un côté méridional.
Mais ce qui m'étonne et dont je parle ici, ce n'est pas tant de savoir pourquoi le ski m'est indifférent (je n'en fais pas, je fais autre chose), mais pourquoi "il" (au sens large, le sport, les stations, la mythologie...) a une si grande importance alors qu'il ne concerne que très peu de gens.
Autrement, je crois que j'essaierais bien les raquettes, qui sont plus dans mon genre effectivement.
Rédigé par : Hugues | vendredi 19 février 2010 à 15:35
Je vois surtout un bobo qui est content de se trouver un point commun avec les prolos des téléfilms dans lesquels il découvre la France...
Rédigé par : emm | vendredi 19 février 2010 à 16:25
J'ai une excuse, je suis originaire de la montagne et j'ai fait du ski en compète dans ma jeunesse (j'étais mauvais)avant de m'exiler en région parisienne pour raisons professionnelles. Ceci dit, je trouve certains de ces sports (alpin, biathlon, saut, combiné, snowboard...) extrêmement télégéniques : spectacle, suspens, des français(es)qui sont (bon, pas toujours) en piste pour la médaille, et la cerise sur le gâteau : les interview après la médaille, le jeune qui se prépare à être pilote de ligne, l'étudiante, la fille qui se déplace sur les compètes en camping car, leur joie sincère, c'est un vrai plaisir par rapport au discours formaté de footballeurs semi analphabètes, milliardaires, assistés depuis l'enfance, blasés, à la grosse tête... Là où je vous comprends, c'est si vous avez regardé ça sur France 2 3 et avec leurs commentateurs ringards, ça peut effectivement être dissuasif.
Rédigé par : kebra | vendredi 19 février 2010 à 16:56
Le premier lien n'est pas bon...
"De fait, le ski reste une activité marginale, pratiquée par moins de 10% de la population française"
C'est un peu le cas de tous les sports aux JO...
L'argument n'est pas plus valable (voire moins) pour les JO d'hivers que les JO d'été.
Et puis, je ne vois pas pourquoi il faudrait pratiquer un sport pour s'y intéresser.
Rédigé par : Corto | vendredi 19 février 2010 à 17:27
Le 3è lien.
Rédigé par : Corto | vendredi 19 février 2010 à 17:29
"comme s'il existait du ski de montée", non en effet mais en ski de fond on monte et on descend en fonction du relief du parcours à l'instar du jogger ... ou du cycliste. Cela dit, les JO ne m'intéressent pas non plus.
Rédigé par : monsieur prudhomme | vendredi 19 février 2010 à 22:42
Cher cousin, tu sembles quand meme un peu ignorant de cet univers neigeux ! Et pourtant le ski de fond, voire le ski de randonnée (qu'on pourrait presque qualifier de "ski de montée"!) devraient te convenir a merveille, toi qui pratiques les longues courses a pied ou a velo.
http://ru.wikipedia.org/wiki/%D0%A1%D0%BA%D0%B8-%D0%B0%D0%BB%D1%8C%D0%BF%D0%B8%D0%BD%D0%B8%D0%B7%D0%BC
Rédigé par : Tof | samedi 20 février 2010 à 11:31
J'allais le dire, Hugues, tu dois essayer le ski de fond! Pour le ski de rando, si tu veux te faire plaisir, il te faudra quand même une petite base technique en descente, encore que certains ne pratiquent que pour la montée et la balade...
Pour en revenir au sujet, est-ce qu'il n'y a pas une part de dépaysement dans l'intérêt pour le ski (à la télé mais aussi pour les séjours au ski)? Même moi qui vis en Savoie (mais en vallée), dès que je monte, je suis tout de suite ailleurs...
Rédigé par : Mathieu | samedi 20 février 2010 à 12:34
Tiens tiens, voilà qui ouvre des pistes à la réflexion. Ainsi, le ski est pratiqué par relativement peu de gens... Pourtant c'est toutes les montagnes (basses, hautes et moyennes) qui sont suréquipées, et canonnent allègrement de blancs flocons. Peut-être faudrait-il mesurer l'impact écologique de cette saine activité, ramené au pourcentage de skieurs dans la population? Enfin c'est moins urgent maintenant que le réchauffement n'est plus qu'un mauvais souvenir :)
Rédigé par : anthropopotame | samedi 20 février 2010 à 18:34
Reste à prouver que qui que ce soit s'intéresse en quoi que ce soit aux jeux d'hiver.
La télévision joue ici son rôle de prescripteur : au point peut-être d'oublier qu'elle ne commente en rien le réel : elle essaie juste de le fabriquer, dans l'indifférence croissante de la partie lucide de son audimat.
Rédigé par : Bluuuug | samedi 20 février 2010 à 18:37
Emm,
Oh pétard, je croyais avancé masqué mais je suis découvert ! Et dites-moi, votre pseudo complet c'est emmerdeur ?
Kebra,
Etes-vous LE Kebra de chez monsieur Chastanier ou juste UN Kebra ? Autrement, non, je ne regarde même plus. Quand je pense aux JO d'hiver, je pense à ce gag des Guignols de Canal + où le commentateur était perdu dans la neige de Nagano mais continuait à raconter ce qu'il ne voyait pas.
Tof,
Ton lien m'a convaincu, surtout ce passage : Первый официальный чемпионат мира под эгидой ISCM был проведён в 2002 году.
Mais autrement, effectivement, je devrais peut-être tenter le ski de fond en plus des raquettes.
Demande à ta mère qu'elle me prête son appart à la neige !
Mathieu,
Attention, je n'ai rien contre la montagne, au contraire. J'aime d'ailleurs y aller l'été et, la fois où j'y suis allé en saison, j'ai trouvé ça magnifique. La montagne, ça existait quand même avant l'invention du super G, non ?
anthropopotame,
Ouvrir des pistes, même à la réflexion, c'est bien le minimum que l'on puisse attendre d'un skieur...
Bluuuug (je n'ai pas compté les u mais ça devrait être bon),
La télé prescrit ce que les gens ont envie de lui voir prescrire. Dans le cas contraire, les patients changent de chaîne. C'est là que réside le mystère de la popularité du slalom.
Rédigé par : Hugues | samedi 20 février 2010 à 19:03
Le pire dans tout cela ??
C'est que le fartage, utilisé sous les skis et snowboards pour mieux glisser, reste sur la neige puis s'y infiltre, puis s'imprègne dans l'herbe endormie. Au printemps, les vaches broutent allègrement ce mélange détonant et chopent la diarrhée.
Rédigé par : OLivier | dimanche 21 février 2010 à 03:55
C'est la nouvelle mode de dire 'breloques' ?
Rédigé par : manu | lundi 22 février 2010 à 14:03