Bonne nouvelle pour Dieudonné : il peut désormais adhérer au British National Party, l'équivalent britannique du Front National.
Le British National Party, équivalent britannique du Front National, n'est pas qu'une épine dans le pied de la banque française avec laquelle il partage ses initiales. Il est aussi un fameux caillou dans la chaussure de l'ensemble de la classe politique outre-Manche, depuis qu'à l'aide d'une poignée d'élus et d'un nombre croissant de militants, il libère une parole raciste et xénophobe d'une crudité à laquelle plus personne n'était habitué.
Le mouvement emmené par Nick Griffin, un ancien skinhead ayant troqué ses Doc Martens et son bomber pour un complet-veston, vient néanmoins d'être forcé à une révision assez déchirante de ses valeurs. Réunis ce week end en conclave, les responsables du BNP ont en effet décidé d'ouvrir le parti aux « non-blancs », un règlement intérieur interdisant jusqu'alors aux noirs, aux métis et aux « asiatiques » (lire Indiens et Pakistanais) de coller des affiches appelant à leur propre élimination…
Il est assez peu probable de voir le guichet des adhésions basanées crouler sous la demande, maintenant que ce plafond de verre a sauté sous la pression de l'Equality and Human Rights Commission, la Halde locale. Mais l'existence préalable d'une telle restriction, toujours dans la comparaison avec notre propre Front National, interpelle nécessairement.
Le parti de Jean-Marie Le Pen, s'il accueille d'authentiques racistes dans ses rangs, a ainsi toujours été ouvert aux membres des minorités ethniques ou religieuses suffisamment perturbés psychologiquement pour avoir envie de passer un dimanche à la fête des BBR. Au FN, il y a des noirs, des musulmans et même quelques juifs… Mieux, l'électorat de base du parti d'extrême-droite a toujours fait la part belle aux troisièmes ou quatrièmes générations d'immigrés italiens ou espagnols : Jean-Claude Martinez, un universitaire sétois d'origine manifestement ibérique, en intégrant le premier cercle des intimes du borgne avant d'entrer en dissidence, en est la meilleure preuve. Pour mémoire, Michael Portillo, ex-étoile montante des Tories et parfois présenté comme le fils spirituel de Margaret Thatcher, avait pourtant été balayé par ses pairs de la droite « conventionnelle » en raison du même genre de pedigree...
Mais que déduire de ces différences entre deux traditions xénophobes ? Que notre extrême-droite à nous est finalement plus anodine que la leur ? Que même notre droite « mainstream » est plus éclairée que son homologue britannique ? Que la Grande-Bretagne est un pays plus fondamentalement raciste que la France ?
Le discours dominant, ici comme là-bas, clame pourtant le contraire. Et la plus grande visibilité sociale, économique et médiatique des minorités chez nos voisins du dessus est souvent présentée comme la marque d'une intégration plus forte, autant que la preuve d'une vraie volonté de dépasser les clivages ethniques ou religieux. Présentateurs de télé d'origine antillaise, bobbies à turban, députées en sari… Les Gaulois auraient pris pas mal de retard sur les Angles, ces dernières années…
Sans parler des ces milliers de jeunes diplômés français aux noms exotiques qui, parce qu'ils ne se voyaient offrir que des stages cul-de-sac, ont fini par traverser la Manche afin d'y entamer les carrières brillantes que les entreprises britanniques acceptaient de leur offrir sans sourciller.
Les choses sont assurément moins tranchées : les employeurs anglais ou gallois tendent à être plus pragmatiques que les Français et, en période de vaches grasses et de plein emploi, lorsque les comptables, traders et autres développeurs informatiques font défaut, que votre patronyme évoque la région de York ou celle de Tizi-Ouzou n'a plus beaucoup d'importance à leurs yeux. Mais que la situation se dégrade brutalement, et ce sont jusqu'aux ouvriers des zones portuaires qui viendront réclamer, d'ailleurs stimulés par un Premier ministre socialiste, des « emplois britanniques pour des salariés britanniques ».
Ce n'est certainement qu'une théorie hésitante, une intuition plus qu'une démonstration, mais le sentiment émerge d'une approche britannique plus directement adossée à un véritable regard « racialiste » ― au sens où il existerait des différences biologiques indépassables entre les groupes humains ― et d'une vision plus prosaïquement poujadiste et simplement égoïste du racisme français. Ce qui expliquerait pourquoi le communautarisme, cette volonté de faire coexister des groupes plutôt que des individus, est la norme là-bas et le repoussoir ici.
Bien entendu, le danger que représente le FN et, d'une manière générale, la propagation de concepts démagogiques et binaires transférant la responsabilité de problèmes sociaux et économiques complexes sur les populations étrangères ou d'origine étrangère, n'est pas moindre parce qu'il est possible à Le Pen d'être le parrain de la fille de Dieudonné. Tout comme, dans un autre registre, n'est pas levé le malaise né de la présentation par Olivier Besancenot des choix intimes et légitimes d'Ilhem Moussaïd comme le « symbole de ceux qui subissent la crise dans les quartiers sensibles », quand le voile de cette dernière n'est qu’incidental.
Mais, en ces temps de débat sur l'identité nationale, le fait que la notion de National Identity nous reste aussi largement étrangère (sic) n'est-il pas un tout petit peu rassurant ?
© Commentaires & vaticinations
Le mouvement emmené par Nick Griffin, un ancien skinhead ayant troqué ses Doc Martens et son bomber pour un complet-veston, vient néanmoins d'être forcé à une révision assez déchirante de ses valeurs. Réunis ce week end en conclave, les responsables du BNP ont en effet décidé d'ouvrir le parti aux « non-blancs », un règlement intérieur interdisant jusqu'alors aux noirs, aux métis et aux « asiatiques » (lire Indiens et Pakistanais) de coller des affiches appelant à leur propre élimination…
Il est assez peu probable de voir le guichet des adhésions basanées crouler sous la demande, maintenant que ce plafond de verre a sauté sous la pression de l'Equality and Human Rights Commission, la Halde locale. Mais l'existence préalable d'une telle restriction, toujours dans la comparaison avec notre propre Front National, interpelle nécessairement.
Le parti de Jean-Marie Le Pen, s'il accueille d'authentiques racistes dans ses rangs, a ainsi toujours été ouvert aux membres des minorités ethniques ou religieuses suffisamment perturbés psychologiquement pour avoir envie de passer un dimanche à la fête des BBR. Au FN, il y a des noirs, des musulmans et même quelques juifs… Mieux, l'électorat de base du parti d'extrême-droite a toujours fait la part belle aux troisièmes ou quatrièmes générations d'immigrés italiens ou espagnols : Jean-Claude Martinez, un universitaire sétois d'origine manifestement ibérique, en intégrant le premier cercle des intimes du borgne avant d'entrer en dissidence, en est la meilleure preuve. Pour mémoire, Michael Portillo, ex-étoile montante des Tories et parfois présenté comme le fils spirituel de Margaret Thatcher, avait pourtant été balayé par ses pairs de la droite « conventionnelle » en raison du même genre de pedigree...
Mais que déduire de ces différences entre deux traditions xénophobes ? Que notre extrême-droite à nous est finalement plus anodine que la leur ? Que même notre droite « mainstream » est plus éclairée que son homologue britannique ? Que la Grande-Bretagne est un pays plus fondamentalement raciste que la France ?
Le discours dominant, ici comme là-bas, clame pourtant le contraire. Et la plus grande visibilité sociale, économique et médiatique des minorités chez nos voisins du dessus est souvent présentée comme la marque d'une intégration plus forte, autant que la preuve d'une vraie volonté de dépasser les clivages ethniques ou religieux. Présentateurs de télé d'origine antillaise, bobbies à turban, députées en sari… Les Gaulois auraient pris pas mal de retard sur les Angles, ces dernières années…
Sans parler des ces milliers de jeunes diplômés français aux noms exotiques qui, parce qu'ils ne se voyaient offrir que des stages cul-de-sac, ont fini par traverser la Manche afin d'y entamer les carrières brillantes que les entreprises britanniques acceptaient de leur offrir sans sourciller.
Les choses sont assurément moins tranchées : les employeurs anglais ou gallois tendent à être plus pragmatiques que les Français et, en période de vaches grasses et de plein emploi, lorsque les comptables, traders et autres développeurs informatiques font défaut, que votre patronyme évoque la région de York ou celle de Tizi-Ouzou n'a plus beaucoup d'importance à leurs yeux. Mais que la situation se dégrade brutalement, et ce sont jusqu'aux ouvriers des zones portuaires qui viendront réclamer, d'ailleurs stimulés par un Premier ministre socialiste, des « emplois britanniques pour des salariés britanniques ».
Ce n'est certainement qu'une théorie hésitante, une intuition plus qu'une démonstration, mais le sentiment émerge d'une approche britannique plus directement adossée à un véritable regard « racialiste » ― au sens où il existerait des différences biologiques indépassables entre les groupes humains ― et d'une vision plus prosaïquement poujadiste et simplement égoïste du racisme français. Ce qui expliquerait pourquoi le communautarisme, cette volonté de faire coexister des groupes plutôt que des individus, est la norme là-bas et le repoussoir ici.
Bien entendu, le danger que représente le FN et, d'une manière générale, la propagation de concepts démagogiques et binaires transférant la responsabilité de problèmes sociaux et économiques complexes sur les populations étrangères ou d'origine étrangère, n'est pas moindre parce qu'il est possible à Le Pen d'être le parrain de la fille de Dieudonné. Tout comme, dans un autre registre, n'est pas levé le malaise né de la présentation par Olivier Besancenot des choix intimes et légitimes d'Ilhem Moussaïd comme le « symbole de ceux qui subissent la crise dans les quartiers sensibles », quand le voile de cette dernière n'est qu’incidental.
Mais, en ces temps de débat sur l'identité nationale, le fait que la notion de National Identity nous reste aussi largement étrangère (sic) n'est-il pas un tout petit peu rassurant ?
© Commentaires & vaticinations
Je n'étais pas au courant de cette consternant déclaration de Gordon Brown...
Pour mémoire il convient de rappeler que le truculent JC Martinez a commencé sa carrière à gauche, attaché d'un député SFIO. L'ignomie est complexe.
Enfin, qui m'aurait dit que je défendrais un jour Besancenot, même si je n'ignore pas grand chose des raccourcis idéologiques du NPA, tu fais là un singulier amalgame, il me semble ?
Rédigé par : Eviv Bulgroz | lundi 15 février 2010 à 20:39
Pour comprendre les différences entre français et anglais sur le sujet de l'intégration des étrangers, lire l'excellent Emmanuel Todd qui explique très bien que les différences d'organisation familiale (libérale égalitaire en France, libérale inégalitaire en Angleterre) entre nos deux pays se retrouvent dans l'approche des étrangers.
Ou lire aussi Caroline Flamand pour comprendre l'enjeu des différences entre l'universalisme français et le multi-culturalisme anglo-saxon.
Rédigé par : Thaliane | lundi 15 février 2010 à 23:39
Le meute est toujours contre Dieudonné et les même défendent Polanski qui a drogué et sodomisé un gamine de 13 ans.. mais sinon en France, ça va!
Rédigé par : Arno | mardi 16 février 2010 à 13:05
Eviv Bulgroz,
Bah, un autre que moi te dirait que Laval a commencé par être député socialiste d'Aubervilliers... Les gens changent.
Mais sur Besancenot, je n'en démords pas. Je n'ai pas de problème avec le voile que porte cette nana (même si j'ai du mal avec l'idée que l'on puisse être féministe, membre d'un parti fondé sur les bases de la Ligue et donc idéologiquement athée et a-religieux et porter un voile), mais je suis choqué par l'essentialisation dont elle est victime de la part de Besancenot, qui en fait, en raison de son voile, la représentante des "quartiers".
Mamère vient justement de se faire envoyer promener par sa suppléante, qui lui reprochait de la présenter comme "musulmane" alors qu'elle est agnostique et que ses choix philosophiques intimes n'ont justement rien à voir avec son engagement politique. Mais, bon, elle est d'origine maghrébine, ce qui suffit à notre ami à moustache pour la renvoyer à son atavisme religieux...
Arno,
Pour dire des conneries qui n'appellent aucune réponse, ce n'est pas ici, c'est sous mes papiers de Rue89 = Un peu de rigueur, voyons...
Thaliane,
Emmanuel Todd ? Je suis allergique. Mais je regarderai ton autre suggestion que je ne connais pas du tout avec intérêt. Sur Amazon, on ne trouve rien : as-tu des références ou un titre ?
Rédigé par : Hugues | mardi 16 février 2010 à 15:22
dans la force du préjugé, Taguieff distinguait avec pas mal de brio deux types de racisme.
le franchouillard, qu'on connaît bien, qui ne supporte pas la différence.
Il y a une autre forme de racisme, différentialiste, plus proche sans doute de ce qu'on peut rencontrer au royaume-uni qunad tout va bien : peu m'importe que le type du quartier loin de chez moi porte un turban, une burqua ou se promène à poil, de toute façon les civilisations et cultures sont hétérogènes et imperméables, je peux donc me permettre de tolérer ces écarts (tout en les considérant avec une certaine commisération).
Voilà comment on peut être tolérant et méprisant en même temps selon lui.
Je schématise à gros trait à partir de lointains souvenirs de lecture (et un passage sur amazon me fait réaliser que le bouquin n'est plus déité. très dommage)
Rédigé par : edgar | mercredi 17 février 2010 à 11:40
L'équivalent UK du FN et de l'UMP, auriez vous pu préciser...
Rédigé par : christain | mercredi 24 février 2010 à 17:12
Christain,
Non, certainement pas. J'essaie de ne pas trop dire n'importe quoi. Je trouve que ça me va bien au teint.
Rédigé par : Hugues | mercredi 24 février 2010 à 19:44