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lundi 18 janvier 2010

Commentaires

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J'avais écrit un de mes tout premiers billets de blog sur le génocide au Darfour et le problème de l'indignation sélective, phénomène proche de ce que tu décris comme une compassion sélective.

Dedans, je développais l'argument selon lequel la condition pour qu'un conflit ou une catastrophe naturelle capte notre attention n'est pas tant la "ressemblance" que l'idéologie : il faut que le drame entre dans notre grille de compréhension de l'histoire ; qu'il participe du sens que notre idéologie de prédilection attribue à l'histoire.

Cela explique certaines solidarités... inattendues entre des peuples ou des personnes ne se "ressemblant" pas vraiment.

"C'est qu'Haïti, qui pourra soutenir le contraire, ne sert à rien, n'est utile à personne : pas de ressources naturelles, pas de position stratégique, pas de fonction géopolitique, pas d'enjeux idéologiques ou religieux."


On rate pourtant une belle occasion de remarquer à quel point Haïti était un élève modèle du FMI : refusant de créer des services publics, même dans la distribution d'eau potable ou l'éducation des plus jeunes enfants, pour ne pas risquer de rater le coche du progrès, refusant les logements sociaux, défendant le droit de propriété individuel de parcelles microscopiques de sol, commerçant ses enfants pour le bien être de leurs parents biologiques.

Un pays qui avait tout pour réussir !

J'ai lu dans un petit livre de Philippe Nemo "qu'est ce que l'occident ?" que ce sentiment de responsabilité/culpabilité face à la souffrance qui existe dans le monde est notre héritage chrétien. Il soutient que les grecs anciens auraient trouvé cette attitude démesurée, une forme d'hybris. Pourtant cette attitude-là elle nous semble tout simplement humaine et universelle.

Rubin,
Je suis assez d’accord avec toi sur cette idée d’engagements idéologiques préalables comme moteurs de la compassion.

Mais on peut aussi tenter de dépasser ces automatismes, au moins de temps en temps. Ou peut-être les modifier pour intégrer des situations où la grille de lecture idéologique est inopérante.

Dans le cas contraire, autant s’inscrire au NPA et arrêter de penser.
Enfin, au moment où j’écris ça, je me rends compte de l’existence d’une lecture idéologique, non pas de la catastrophe proprement-dite (personne n’accuse directement les « Américains » ou même Sarkozy d’être directement responsables du tremblement de terre, encore que), mais la prise en charge de la catastrophe.

J’ai lu dans plusieurs commentaires de Libé (les commentaires de Libé mériteraient qu’une thèse de sociologie leur soit consacrée) que les Américains allaient en profiter pour s’installer en Haïti et en exploiter les richesses. Ah, les fumiers !


Passant,
Ça doit être marrant, mais ça ne fonctionne pas avec moi. Essaye avec quelqu’un d’autre.


Monsieur Prudhomme,
Moi, dans ce registre, je citerai plutôt les livres de Bruckner (Le sanglot de l’homme blanc, ka tyrannie de la pénitence). Mais même si je suis assez d’accord avec ce qu’il dit de l’absurdité de cette culpabilité automatique et lénifiante de l’homme occidental à l’égard du reste du monde, ce n’est pas sous cet angle que je regarde ce qui se passe à Haïti aujourd’hui.

Je veux dire que si je ne me sens, en tant qu’individu, aucune responsabilité dans la relation entre la France et Haïti avant Louverture et l’indépendance (même si j’accepte qu’il y ait une corrélation entre l’action de la France comme acteur historique et les problèmes de l’île), c’est en tant que contemporain des Haïtiens d’aujourd’hui que je suis affecté par leur malheur. Et que je me sens une responsabilité d’humain privilégié pour d’autres humains mal-lotis.

C’est peut-être un peu lyrique, mais je les appelle mes « voisins » alors que je les vois vraiment comme des « frères ».

@Hugues : Évidemment qu'il faut dépasser ça ! Dans mon billet de l'époque, c'est précisément ce que je demandais.

Oui, j'ai lu moi aussi les déclarations de notre ministre de la coopération. CQFD.

PS : tiens, j'ai retrouvé le billet en question. Il date de 2006 : http://blog.sfadj.com/2008/12/les-ravages-de-l-slective.html

Oui mais il me semble que le propos de Bruckner c'est de dire : nous n'avons pas à nous sentir éternellement coupable des crimes de nos aïeux blancs (je l'ai lu il y à 20 ans) alors que Nemo reste factuel. Il dit qu'à un moment de l'histoire avec le christianisme émerge une nouvelle morale et que cette morale nous l'avons pleinement intégrée. Il ne prétend pas que cela soit un bien ou un mal. Il constate.
Mes « voisins », « frères », Hugues tu as choisi d'aimer ton prochain comme toi-même et je trouve cela tout à fait estimable et moral. (pour ceux qui auraient des doutes cela est dit sans ironie aucune)

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