Dans ce contexte, l'affaire de l'histoire-géo en terminale S est une vraie pépite. Une réforme du lycée, qui n'est par ailleurs contestée par personne, suggère-t-elle de réaménager les horaires consacrés à l'étude des frontières et de ceux qui les tracent... Voici que c'est la fin du monde qui s'approche ! Oui, la fin du monde, puisque la France, qui est la conscience morale de la planète comme chacun sait, sera bientôt peuplée de crétins incultes n'ayant plus aucun sens de la chronologie des Capétiens ou du tracé de la Durance.
Car pour les promoteurs de « l'appel des vingt pour sauver l'histoire et la géographie » — oui, « sauver l'histoire et la géographie » —, il s'agit bel et bien de « priver les élèves d'un enseignement indispensable » et d'une « volonté de rupture avec les humanités et avec des valeurs supposées être de gauche ». Hum, « bullshit, bullshit, bullshit », comme on dit chez les élèves de terminale S qui apprennent l'anglais dans le cadre d'un enseignement essentiellement « utilitariste », maintenant que Sarkozy est au pouvoir et qu'il s'attaque à toute formation qui « ne débouche pas sur un métier ».
Qu'il soit plus judicieux de continuer à faire de l'histoire en terminale scientifique, plutôt que de regrouper les heures en seconde à l'exemple de ce qui se fait depuis (presque) toujours avec le français en terminale littéraire, c'est possible... Mais personne ne s'était pourtant intéressé au fait que les terminales L ne fassent pas de sciences, et encore moins à l'absence d'histoire-géo dans les filières technologiques. Et tiens, que l'on s'amuse un peu, justement, à réintroduire les maths obligatoires chez les littéraires pour fabriquer les honnêtes hommes du XXIe siècle et l'on verra de quel bois les syndicats lycéens se chauffent !
Mais qu'importe : passant la semaine dernière devant le collège Maurice-Ravel, dans le 20e arrondissement de Paris, et avisant un groupe de gamins en train d'en bloquer consciencieusement l'accès avec des poubelles et des barrières de chantier, je leur ai demandé ce qu'ils faisaient, m'attendant à ce qu'ils m'expliquent qu'ils luttaient pour la survie de l'humanisme à l'école. « Euh, oui ça aussi... Mais en fait, c'est surtout qu'on veut pas aller en cours ! », m'a répondu un porte-parole de treize ans n'ayant pas d'opinion tranchée sur la question des coefficients attribués aux sciences humaines au bac S.Petit saligaud ! On te parle de la fin du monde et tu ne penses qu'à sécher les cours (si ça trouve, il cherchait justement à échapper à une interro de géo) ! Ah, c'est bien la preuve de ce que le processus systématique de destruction de notre civilisation par ce gouvernement inique et illégitime a déjà perverti des ados qui ne jurent plus que par les maths et la physique — convaincus qu'ils sont de la seule finalité professionnelle de l'Education nationale… C'est terrible !
Mais bon, je vous laisse, j'ai une manif à rejoindre contre la sous-traitance à des entreprises privées de la numérisation des documents d'état-civil, préalable à la « disparition d'une généalogie libre basée sur l'entraide ». Et ça, cette presse aux ordres ne vous en a certainement pas parlé ! Pas plus qu'elle n'ose évoquer ces 14 bourricots menacés d'expulsion, des bourricots pourtant reconnus comme espèce protégée et en défense desquels les signatures déferlent sur le Net…
Zola, reviens ! Si tu savais à quel point on se marre !
© Commentaires & vaticinations
C'est vrai que la rhétorique grandiloquente est agaçante, cependant quand vous dites que la réforme du lycée n'est contestée par personne, il faudrait préciser ce que vous entendez par "contester". Vous trouveriez du monde (pas seulement parmi les profs de lycée !) pour considérer que la priorité aurait dû être la réforme du collège unique et pour juger que le lycée ne fonctionne pas si mal.
De plus la focalisation sur le "détail" de la disparition de l'histoire en terminale S masque le réduction des horaires de la plupart des disciplines , je doute que cela fasse l'unanimité même hors du corps enseignant.
Rédigé par : Elias | vendredi 11 décembre 2009 à 15:16
Elias,
J'exagère un peu en disant qu'elle n'est contestée par personne, mais j'ai entendu pas mal de syndicalistes enseignants et même lycéens expliquer qu'elle leur convenait.
Mais je ne parle pas de la réforme proprement dite, juste de ces levées de boucliers permanentes là où, il me semble, un débat rationnel pourrait prévaloir. Et surtout, même si je n'y avais moi-même jamais pensé sous cet angle, je trouve amusant que personne n'ait jamais protesté contre l'absence de certaines matières en L et dans les filières technologiques (dont tout le monde se fout).
Je découvre d'ailleurs à l'instant dans Libé un contre-appel rigolo des "scientifiques incultes", qui dit plus ou moins ça :
http://www.liberation.fr/societe/0101607895-le-contre-appel-des-scientifiques-incultes
En tout cas, je reste sur mon idée d'affaire Dreyfus quotidienne, qui rend tout dérisoire au final. Si tout est terrible, comment qualifier ce qui l'est vraiment ?
Rédigé par : Hugues | vendredi 11 décembre 2009 à 15:24
C'est sûr, si tu vas à Ravel...
Rédigé par : Timoléon | vendredi 11 décembre 2009 à 17:02
le contestataire bien pensant n'hésite jamais à brandir son indignation outrée, car c'est le gage de sa supériorité morale. Et ce qui caractérise une partie de la gauche en France, c'est sa supériorité morale autoproclamée.
Rédigé par : Monsieur Prudhomme | vendredi 11 décembre 2009 à 21:00
Vous n'avancez pas d'arguments déterminants pour défendre cette mesure. Vous contestez les arguments des autres, et je conviens qu'ils sont grandiloquents, ou bien vous dîtes que cette erreur a été faite sur d'autres matières dans d'autres filières, mais rien de tout cela ne vous permet de conclure positivement qu'il faut supprimer l'histoire. Pour moi je ne vois pas l'intérêt de demander toujours moins aux élèves, et je ne vois pas l'intérêt de supprimer l'histoire. Vous plaidez pour un idéal humaniste : que les littéraires fassent donc des math, dîtes-vous ? Malheureusement vous ne défendez pas l'humanisme en supprimant l'histoire… Si on ne prend pas des mesures pour prendre des mesures, alors quel est l'intérêt de celle-là ? On finit par s'y perdre… ! Au moins vous vous évitez le ridicule de prétendre comme d'aucuns, que c'est mieux pour l'enseignement de l'histoire !
Rédigé par : _IButterlin_ | samedi 12 décembre 2009 à 16:04
Il y a encore plus ridicule que d'écrire des pétitions, c'est d'écrire des billets de blog adressés à Zola.
Il y a longtemps que l'état civil (du passé) aurait dû être numérisé et rendu publiquement accessible en ligne. Pour quelques millions d'euros, on aurait créé un formidable service public, et un extraordinaire outil de recherche historique et démographique.
L'accaparement de ces données par des compagnies privées est un vrai problème, qui mérite mieux que ces commentaires et vatichaispasquoi. M'en voulez pas d'être sec, je viens de lire le billet de dénialisme "embarrassé" sur le climat, que je m'abstiens de commenter, afin de rester poli.
Rédigé par : Damien B | samedi 12 décembre 2009 à 23:13
"Plus un jour ne se passe sans qu'un « J'accuse ! » tonitruant ne vienne en effet nous expliquer que telle mesurette sans conséquence ou, au mieux, tel dispositif sans doute discutable mais démocratiquement acceptable, est en réalité une nouvelle étape vers la dictature."
On a ainsi vu il y a quelques mois un blogueur de renom clamer le retour d'une nauséabonde idéologie (et réclamer des mesures de la plus extrême sévérité) suite à l'agression de jeunes français de confession juive dans le XIXème arrondissement de Paris, comme si tout devait se comprendre sous le prisme idéologique de l'antisémitisme permanent, sans jamais de recul (ni excuses ou assimilation suite à la révélation flagrante de son erreur). Oups !!
Vous êtes peut-être le plus mal placé des blogueurs/écrivains/journalistes pour prétendre avoir du recul vis-à-vis des accusations permanentes qui flottent dans notre société entre les groupes sociaux. Vous en avez vous-même usé sans aucun scrupule, sans aucune excuse, sans aucun recul. La poutre, Hugues, la poutre.
La réforme du lycée, je ne suis pas forcément contre, mais votre rhétorique biaisée me fait vomir et sourir tout à la fois (c'est possible, étonnamment) ... ça faisait trop longtemps que je n'étais pas passé chez vous.
Rédigé par : Moktarama | dimanche 13 décembre 2009 à 02:46
Caricature, omissions volontaires et ironie facile, as usual.
« bullshit, bullshit, bullshit ».
Rédigé par : Antoine Block | dimanche 13 décembre 2009 à 05:35
Je suis d'accord sur le coté rhétorique vomitive: sortir les grands airs en imitant l'inimitable (Zola, pour ceux qui ne suivent pas) rend plus ridicule qu'autre chose. Sans compter que cela a également tendance à énerver certains.
Je ne suis par contre pas d'accord avec vous au sujet de la suppression de l'histoire géo: un réforme souhaitée par personne (mais supportée par certains) et donc totalement inutile. Au lieu de tout le temps réduire la charge des élèves (que ne se plaignent pas: ce sont les les parents qui se plaignent), on ferait mieux de réfléchir à comment les rendre "meilleurs": culture générale, tolérance, curiosité, autonomie...
Sans compter que des réformes sont réclamées dans l'éducation sur beaucoup d'autres points, sans que personne au ministère ne bouge (forcément, c'est plus dur de régler de VRAIS problèmes...)
Rédigé par : A Facebook User | lundi 14 décembre 2009 à 05:37
Il y a beaucoup de j'accuse actuellement, car il y a beaucoup de décisions prises par ce gouvernement (plutôt par le gouverneur) à l'emporte-pièce qui ne semblent pas être pensées à l'avance. La liste est longue, à peine plus que celle des échecs de ces mesurettes. Le drame avec celle qui nous occupe, est que nous n'en verrons les effets que dans plusieurs années.
De telles réorientations de l'enseignement devraient être décidées par un conseil de sages (tout comme le français a son académie) et ne pas résulter d'un désir d'aller vite, lequel peut parfois s'avérer utile, je le concède volontiers.
Rédigé par : infogere | mercredi 16 décembre 2009 à 23:32