A cette aune, est-il légitime de suggérer que la section Radio France du Syndicat National des Journalistes est parfois sujette à de tels dérèglements dans sa perception du monde extérieur ? Hum, le risque existe toujours, ce faisant, de se retrouver dans la situation d'un Pierre Lellouche qui, en ironisant sur la droite britannique, s'est récemment attiré les foudres des associations de défense des autistes mais je ne crois pas que le lobby des paranoïaques soit très puissant et je veux bien tenter ma chance…
Les délégués SNJ de la « Maison Ronde » sont en effet convaincus que cette journée du 9 novembre ― durant laquelle toutes les stations de Radio France font antenne commune pour commémorer la chute du Mur de Berlin ― n'est qu'une manœuvre ouvrant la voie à une fusion permanente des fréquences ! C'est en tout cas ce que l'on comprend d'un communiqué daté du 11 septembre dernier, fustigeant cette initiative de la direction :
« (…) Leur grande idée, pour un énorme événement, le vingtième anniversaire de la chute du mur de Berlin, c'est de réduire toutes les antennes de Radio France à une radio unique, comme le Parti d'avant la chute du mur. (…) Ce jour là, Radio France abolira quarante ans de marche en avant et prouvera aux pouvoirs publics qu’une seule chaîne c'est mieux que cinquante ! Le PDG adresse un signe aux parlementaires : « La radio coûte moins cher quand on en fait une seule ! » Message qui sera reçu cinq sur cinq au moment où se prépare la négociation du COM (le contrat d’objectifs et de moyens), c'est-à-dire le budget – et donc aussi les effectifs – de Radio France pour les 5 années à venir (…) »
Jean-Luc Hees a beau expliquer qu'il s'agit surtout de mobiliser les énergies de tout un groupe pour mieux les fédérer et que ce procès d'intention est du grand n'importe quoi, rien n'y fait. Nommé par Sarkozy, ce type est nécessairement le fossoyeur du service public radiophonique et cette affaire de mélange des antennes pendant vingt-quatre heures ne trompe personne : « 6 chaînes nationales et 41 locales vont proposer un même bloc d’actualité, une même vision, une même approche. Pour un grand événement on décrète le programme minimum ! On détruit le logiciel de Radio France : sa diversité ».
Pour autant, et en dépit de ses menaces « de ne pas rester les bras croisés », le SNJ-Radio France n'a pas appelé à la grève en cette journée historique, considérant sans doute qu'il serait difficile de faire passer une interruption totale de l'antenne comme une lutte contre son musèlement par le pouvoir !
Les amateurs des matinales de France Inter et de France Culture s'en félicitent : dénicher un autre point de chute convenable sur la bande FM à l'heure du brossage de ratiches est toujours une grande souffrance. Mais ils n'en oublient pas, toutefois, ces huit jours de silence-radio (sic) de 2003, lorsque le déménagement temporaire de certaines équipes avenue du Général-Mangin, soit à 20 mètres de la Maison de la Radio et pour cause de désamiantage, avait été présenté comme un préalable à la privatisation de France Inter et la vente du terrain à un promoteur immobilier...Six ans plus tard, la station généraliste est toujours publique, reste solidement installée dans le top 3 des audiences FM et réintègrera bientôt des locaux modernisés et débarrassés de leur isolant toxique. Sans doute ce retour au bercail sera-t-il alors présenté comme annonciateur de quelque chose d'affreux mais, et j'ai beau fouiller le site du SNJ-Radio France dans tous ses recoins, Nostradamus ne s'est manifestement pas encore prononcé sur la question.
Il serait faux, néanmoins, de prétendre que les grèves se déclenchent à Radio France pour un oui ou pour un non. Il m'est arrivé de déjeuner à l'excellente cantine qui surplombe le bel édifice que nous devons à l'architecte Henry Bernard et aucune des rumeurs que j'ai tenté de faire circuler en poussant mon plateau n'a eu le moindre succès, qu'il s'agisse de la privatisation des ascenseurs (comme préalable à leur utilisation payante) ou de l'augmentation du prix du flan au caramel (comme préalable à la transformation de la cafète en restaurant de luxe réservé à l'encadrement).
Le prochain coup, je glisserai à mon voisin de table que Jean-Luc Hees envisage de démolir la Maison de la Radio et d'utiliser les gravats pour reconstruire le Mur de Berlin : ça devrait être efficace…
© Commentaires & vaticinations
Dans les faits on s'est retrouvés ce matin avec du France Inter (N. Demorand) sur les trois stations : France Inter ce qui était normal, France Culture ce qui était au moins fâcheux et France Musiques où la chose montrait l'incongruité de cette démarche unitaire.
Rédigé par : Brucolaque | lundi 09 novembre 2009 à 16:39
Le lobby des paranoïaques n'est peut-être pas très puissant, mais à mon avis il ne leur en faut pas beaucoup pour être persuadés que tu leur en veux personnellement.
Rédigé par : Liberal | lundi 09 novembre 2009 à 16:49
J’ai l’habitude me me réveiller en douceur en réglant le réveil sur France Musiques. Quelle mauvaise surprise ce matin… Qui a eu cette idée débile d’imposer France Inter partout ? Si je veux écouter France Inter, je mets France Inter. Si je veux écouter de la musique, je n’ai pas envie de me faire imposer une commémoration à la noix à la place…
Rédigé par : DSCH | lundi 09 novembre 2009 à 16:57
Libéral: Vous aussi vous seriez paranoïaque si le monde entier voulait vous tuer.
(Elle n'est pas de moi, mais de Woody Allen). :-)
Rédigé par : Poil de lama | lundi 09 novembre 2009 à 17:19
Brucolaque,
On peut trouver inutile, ou même idiot de regrouper les antennes pour cette journée. Mais en arriver à faire des procès d'intention aussi ridicules, on peut bien se moquer, non...
Liberal,
Arrête, tu vas me faire flipper. Remarque, si je deviens parano, ils n'ont plus de raison de m'en vouloir !
DSCH,
"Commémoration à la noix ? On va dire que c'est un point de vue tout le monde ne partage pas.
Poil de lama,
Oui mais si parce que tu es paranoïaque, tout le monde se met à te détester, tu ne l'es plus...
(le même)
Rédigé par : Hugues | lundi 09 novembre 2009 à 18:00
En tout cas dire "on détruit le logiciel de Radio France : sa diversité" c'est un peu has-been. Aujourd'hui on dit "on détruit l'ADN de Radio France : sa diversité".
Rédigé par : Yogi | lundi 09 novembre 2009 à 23:34
quand radio-france chante d'une seule voix...ce n'est plus tout à fait radio-france
Rédigé par : richard | mardi 10 novembre 2009 à 00:22
Ce qu'il y a de drôle avec cette histoire, c'est que si j'ai bien compris c'est juste pour une journée. Donc le temps que tout le monde finisse de s'insurger, et les choses seront revenues à la normale avec des programmes différents sur chaque chaîne.
Bien sûr, on pourra continuer à rouspéter ("ouin, c'est une honte, hier j'ai allumé ma radio et j'ai m^ême pas pu écouter mon émission préférée"), mais ça fera un peu enfant gâté....
Rédigé par : JF | mardi 10 novembre 2009 à 08:18
la fusion des rédactions, la réduction de la voilure, sous quelque prétexte que ce soit,
en espérant que la diminution des moyens entraînera celle de l'audience,
fait partie de l'ADN de la droite en France...
radio ou télé,
le processus est lancé...
point de diversité
un seul à contrôler
tel est l'objectif caché!
paranoia j'entends?
rendez-vous avant 10 ans!
Rédigé par : francis | mardi 10 novembre 2009 à 14:24