Une poignée de transfuges d'Alternative Libérale prépare le lancement d'un parti libéral de gauche. Vu le niveau d'atomisation de la gauche française, on n'est plus à ça près…
On ironisait, dans le temps, sur ces partis politiques dont l'effectif est si réduit qu'ils pourraient organiser leur congrès dans une cabine téléphonique. Mais avec l'arrivée des téléphones portables, l'image a vieilli et aux fabricants de métaphores en difficulté, je veux bien suggérer ce nouveau concept : le meeting qui se tient dans une caravane.
Convié, hier soir, à assister à la réunion fondatrice de « Gauche Libérale » dans l'arrière-salle d'un bistrot du onzième arrondissement baptisé, on l'aura déjà deviné, « La caravane », et compte tenu de la faiblesse numérique des troupes en présence, l'expression me semble adaptée. Adaptée, mais pas nécessairement péjorative : une caravane, c'est souvent une remorque de camping un peu ringarde, mais c'est parfois une longue file de chameaux porteurs de trucs nouveaux que l'on attend avec impatience d'une oasis à l'autre !
A ceux pour qui la notion même d'un « libéralisme de gauche » est une contradiction dans les termes, puisque la gauche est censée promouvoir l'État et le collectif quand le libéralisme ne reconnaît que la main invisible et l'individualisme, il sera difficile d'expliquer qu'ils se fourrent le doigt dans l'œil jusqu'au coude. Mais qu'importe : pour la petite troupe installée dans la salle du fond, ce n'est pas eux qu'il faut convaincre, mais bien la myriade de progressistes écœurés par le conservatisme de l'offre politique française et en quête d'un parti pour lequel voter avec un poil d'enthousiasme.
Enfin, ça c'est la théorie de David Poryngier, initiateur du nouveau mouvement et en quasi-rupture de ban avec Alternative Libérale, pour qui l'idée d'un libéralisme « grand angle » a vécu. « Alternative Libérale reste le parti libéral de référence en France, mais il cherche à réunir des gens qui n'ont rien à voir les uns avec les autres, déplore-t-il. Il n'y a pourtant pas grand-chose de commun entre des "contribuables en colère", dont la seule préoccupation est de payer moins d'impôts, et d'authentiques progressistes attachés aux libertés individuelles, voire très en avance sur une grande partie de la gauche sur des thèmes comme la légalisation du cannabis, l'adoption par les couples homosexuels, l'immigration ou la mise en place d'un revenu universel… »
Ce mariage de la carpe et du lapin, qui fait de ce jeune professionnel du Web d'origine belge une sorte de miroir inversé de Jean-Marie Bockel à l'intérieur d'un mouvement libéral étouffé par sa droite (son courant pèse à peine plus lourd au sein d'AL que n'en pesait celui du maire de Mulhouse avant qu'il ne passe du côté sombre de la force) n'est donc plus tenable, même si les conjurés ont eux-mêmes du mal à fixer les éléments d'une doctrine acceptable par tous. Il faut dire que les libéraux de gauche, c'est un peu comme les trotskistes et les Auvergnats : quand il y en a un, ça va, mais quand il y en plusieurs, ça fait autant de chapelles…
Ça n'inquiète pourtant pas David Poryngier, qui ne voit pas cette diversité-là comme un obstacle : « Autant le grand écart est devenu impossible à l'intérieur d’AL, dont certains membres votent pour Philippe de Villiers et nous traitent de gauchistes, autant les différences d'approche entre libéraux de gauche restent réconciliables. Mais nous ne voulons surtout pas nous retrouver dans une posture caricaturalement libérale-libertaire, qui ferait de nous des gens de droite au plan économique et de gauche sur les questions sociétales. Nous avons au contraire des points de vue assez radicaux à exposer sur la crise financière, le système bancaire, les oligopoles industriels, les relations entre le pouvoir et certains grands groupes, voire les paradis fiscaux qui ne sont que rarement exposés. C'est peut-être le moment de le faire… »
Radicaux, ils savent effectivement l'être, à l'instar de Christian Taro Toma, ingénieur dans le domaine énergétique, qui n'est pas encore totalement convaincu par le projet, se définit comme « libertarien », fait volontiers référence à D66, un parti social-libéral hollandais et a surtout un problème avec la présence d’un Etat de plus en plus intrusif. Pierre angulaire des missions logistiques à Alternative Libérale, sa défection se ferait certainement sentir à la maison-mère…
La question reste pourtant de savoir si les discours tenus par Gauche Libérale peuvent séduire à l'extérieur de la caravane. Et surtout si le mouvement est capable de s'attirer la bienveillance d'une figure du proue connue du grand public. « C'est certainement anecdotique, mais allez faire un tour sur Facebook et regardez le nombre de gens qui se déclarent spontanément libéraux de gauche et votent alternativement, et par défaut, pour le PS, les Verts ou même le MoDem. Il y a bien un tas de gens dont le souci est de conjuguer liberté économique, progrès et justice sociale, explique encore David Poryngier, et qui seraient très heureux de voir qu'un parti qui leur convient est en train d’émerger. Maintenant, pour les personnalités proprement-dite, disons que nous sommes en phase d'observation. Cohn-Bendit nous plait bien, Jean-François Kahn dit des choses intéressantes depuis quelques temps et nous avons aussi regardé du côté de Manuel Valls mais il est un peu trop coincé du côté de la question des drogues, à l'inverse de Daniel Vaillant, d’ailleurs… ».
La question de la libéralisation du cannabis, pas uniquement pour le plus grand plaisir des bobos fumeurs de joints (mais quand même un peu, évidemment), est en effet totalement éludée par le maire d'Evry qui refuse d'en saisir les enjeux sanitaires, économiques, politiques et même de co-développement international et préfère se cantonner à un conformisme prudent. « Et Bockel ? » est-on tenté de demander à ces libéraux qui n'hésitent pas à citer Gramsci, fondateur du parti communiste italien. « Et son mouvement Gauche Moderne ? » : « Nous sommes allés voir, bien sûr, mais outre qu'il s'est totalement ridiculisé dans l'histoire de sa mutation au ministère des Anciens-Combattants, reconstruire la gauche dans la droite, ça n'a aucun sens ».
En tout état de cause, le projet est d'être capable de présenter des candidats aux législatives de 2012 et, surtout, de donner une légitimité à des idées répandues, mais que personne n'ose ou ne sait formuler. Est-ce que ça peut marcher, dans un pays où « libéral » est à la limite de l'insulte que l'on se lance entre automobilistes avinés ? On verra bien, se marrent ces fans de Frédéric Bastiat : « de toute manière, même quand les chiens aboient, la caravane passe »…
© Commentaires & vaticinations
Convié, hier soir, à assister à la réunion fondatrice de « Gauche Libérale » dans l'arrière-salle d'un bistrot du onzième arrondissement baptisé, on l'aura déjà deviné, « La caravane », et compte tenu de la faiblesse numérique des troupes en présence, l'expression me semble adaptée. Adaptée, mais pas nécessairement péjorative : une caravane, c'est souvent une remorque de camping un peu ringarde, mais c'est parfois une longue file de chameaux porteurs de trucs nouveaux que l'on attend avec impatience d'une oasis à l'autre !
A ceux pour qui la notion même d'un « libéralisme de gauche » est une contradiction dans les termes, puisque la gauche est censée promouvoir l'État et le collectif quand le libéralisme ne reconnaît que la main invisible et l'individualisme, il sera difficile d'expliquer qu'ils se fourrent le doigt dans l'œil jusqu'au coude. Mais qu'importe : pour la petite troupe installée dans la salle du fond, ce n'est pas eux qu'il faut convaincre, mais bien la myriade de progressistes écœurés par le conservatisme de l'offre politique française et en quête d'un parti pour lequel voter avec un poil d'enthousiasme.
Enfin, ça c'est la théorie de David Poryngier, initiateur du nouveau mouvement et en quasi-rupture de ban avec Alternative Libérale, pour qui l'idée d'un libéralisme « grand angle » a vécu. « Alternative Libérale reste le parti libéral de référence en France, mais il cherche à réunir des gens qui n'ont rien à voir les uns avec les autres, déplore-t-il. Il n'y a pourtant pas grand-chose de commun entre des "contribuables en colère", dont la seule préoccupation est de payer moins d'impôts, et d'authentiques progressistes attachés aux libertés individuelles, voire très en avance sur une grande partie de la gauche sur des thèmes comme la légalisation du cannabis, l'adoption par les couples homosexuels, l'immigration ou la mise en place d'un revenu universel… »
Ce mariage de la carpe et du lapin, qui fait de ce jeune professionnel du Web d'origine belge une sorte de miroir inversé de Jean-Marie Bockel à l'intérieur d'un mouvement libéral étouffé par sa droite (son courant pèse à peine plus lourd au sein d'AL que n'en pesait celui du maire de Mulhouse avant qu'il ne passe du côté sombre de la force) n'est donc plus tenable, même si les conjurés ont eux-mêmes du mal à fixer les éléments d'une doctrine acceptable par tous. Il faut dire que les libéraux de gauche, c'est un peu comme les trotskistes et les Auvergnats : quand il y en a un, ça va, mais quand il y en plusieurs, ça fait autant de chapelles…
Ça n'inquiète pourtant pas David Poryngier, qui ne voit pas cette diversité-là comme un obstacle : « Autant le grand écart est devenu impossible à l'intérieur d’AL, dont certains membres votent pour Philippe de Villiers et nous traitent de gauchistes, autant les différences d'approche entre libéraux de gauche restent réconciliables. Mais nous ne voulons surtout pas nous retrouver dans une posture caricaturalement libérale-libertaire, qui ferait de nous des gens de droite au plan économique et de gauche sur les questions sociétales. Nous avons au contraire des points de vue assez radicaux à exposer sur la crise financière, le système bancaire, les oligopoles industriels, les relations entre le pouvoir et certains grands groupes, voire les paradis fiscaux qui ne sont que rarement exposés. C'est peut-être le moment de le faire… »
Radicaux, ils savent effectivement l'être, à l'instar de Christian Taro Toma, ingénieur dans le domaine énergétique, qui n'est pas encore totalement convaincu par le projet, se définit comme « libertarien », fait volontiers référence à D66, un parti social-libéral hollandais et a surtout un problème avec la présence d’un Etat de plus en plus intrusif. Pierre angulaire des missions logistiques à Alternative Libérale, sa défection se ferait certainement sentir à la maison-mère…
La question reste pourtant de savoir si les discours tenus par Gauche Libérale peuvent séduire à l'extérieur de la caravane. Et surtout si le mouvement est capable de s'attirer la bienveillance d'une figure du proue connue du grand public. « C'est certainement anecdotique, mais allez faire un tour sur Facebook et regardez le nombre de gens qui se déclarent spontanément libéraux de gauche et votent alternativement, et par défaut, pour le PS, les Verts ou même le MoDem. Il y a bien un tas de gens dont le souci est de conjuguer liberté économique, progrès et justice sociale, explique encore David Poryngier, et qui seraient très heureux de voir qu'un parti qui leur convient est en train d’émerger. Maintenant, pour les personnalités proprement-dite, disons que nous sommes en phase d'observation. Cohn-Bendit nous plait bien, Jean-François Kahn dit des choses intéressantes depuis quelques temps et nous avons aussi regardé du côté de Manuel Valls mais il est un peu trop coincé du côté de la question des drogues, à l'inverse de Daniel Vaillant, d’ailleurs… ».
La question de la libéralisation du cannabis, pas uniquement pour le plus grand plaisir des bobos fumeurs de joints (mais quand même un peu, évidemment), est en effet totalement éludée par le maire d'Evry qui refuse d'en saisir les enjeux sanitaires, économiques, politiques et même de co-développement international et préfère se cantonner à un conformisme prudent. « Et Bockel ? » est-on tenté de demander à ces libéraux qui n'hésitent pas à citer Gramsci, fondateur du parti communiste italien. « Et son mouvement Gauche Moderne ? » : « Nous sommes allés voir, bien sûr, mais outre qu'il s'est totalement ridiculisé dans l'histoire de sa mutation au ministère des Anciens-Combattants, reconstruire la gauche dans la droite, ça n'a aucun sens ».
En tout état de cause, le projet est d'être capable de présenter des candidats aux législatives de 2012 et, surtout, de donner une légitimité à des idées répandues, mais que personne n'ose ou ne sait formuler. Est-ce que ça peut marcher, dans un pays où « libéral » est à la limite de l'insulte que l'on se lance entre automobilistes avinés ? On verra bien, se marrent ces fans de Frédéric Bastiat : « de toute manière, même quand les chiens aboient, la caravane passe »…
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La question de la libéralisation du cannabis, pas uniquement pour le plus grand plaisir des bobos fumeurs de joints (mais quand même un peu, évidemment), élude en effet totalement le maire d'Evry, qui refuse d'en saisir les enjeux sanitaires, économiques, politiques et même de co-développement international et préfère se cantonner à un conformisme prudent."
C'est beau de voir les grandes questions politiques de notre temps ;) .
Rédigé par : Tom Roud | mercredi 25 novembre 2009 à 16:57
C'est un exemple, voyons, juste un exemple. Et il y en a bien d'autres dans le papier même si je me suis amusé à insister sur celui-ci (car on ne se refait pas)...
Rédigé par : Hugues | mercredi 25 novembre 2009 à 17:04
Vous voulez tenter le zéro "petit point rouge" sur Rue89 avec un billet comme ça ?
Rédigé par : Sans Pseudo Fixe | mercredi 25 novembre 2009 à 17:05
Ah, on peut avoir des surprises... Qui vivra verra.
Rédigé par : Hugues | mercredi 25 novembre 2009 à 17:07
> Ça n'inquiète pourtant pas David Poryngier, qui ne voit pas cette diversité-là comme un obstacle : « Autant le grand écart est devenu impossible à l'intérieur d’AL, dont certains membres votent pour Philippe de Villiers et nous traitent de gauchistes, autant les différences d'approche entre libéraux de gauche restent réconciliables. »
Il se trompe là, c'est davantage un problème de personnes et de méthodes. Claquer la porte parce que son courant a perdu en est un exemple.
Et puis comme si la question des drogues étaient le premier problème des libéraux en france franchement !
Rédigé par : Bob | mercredi 25 novembre 2009 à 17:40
Deuxième édition : c'est juste un exemple et je suis celui qui a choisi d'insister là-dessus. Mais mon petit doigt me dit qu'il va falloir le répéter encore une paire de fois (au moins).
Rédigé par : Hugues | mercredi 25 novembre 2009 à 17:45
@Hugues, Non je faisais référence au passage sur Valls :
Porynger « [...] et nous avons aussi regardé du côté de Manuel Valls mais il est un peu trop coincé du côté de la question des drogues, [...] »
deux choses :
- ils ont regardé du côté de Valls, mais le critique à cause de pécadilles
- mais ne semble pas noter que le principal problème concernant Valls soit son socialisme tout simplement
Rédigé par : Bob | mercredi 25 novembre 2009 à 17:53
J'ai déjà un peu de mal à comprendre comment on peut se revendiquer libéral sans percevoir à quel point voter revient à cautionner le principal obstacle au libéralisme, c'est à dire, l'Etat de droit, ou plutôt, les innombrables parasites qui l'animent aussi sûrement que les vers animent les zombies.
Rédigé par : Passant | mercredi 25 novembre 2009 à 18:49
Ayant aussi fait assisté au glorieux départ de la caravane, je suggère à Gauche Libérale d'aussi s'intéresser à la banque et la monnaie sur-lesquelles de très libéraux ont des choses surprenantes à dire.
http://www.dantou.fr/banques.html
Rien contre les joints, mais il y a d'autres sujets qu'un parti libéral de gauche peut mettre en avant...
Sinon sympathique ton blog..
Rédigé par : Le libéralisme pour les débutants | mercredi 25 novembre 2009 à 20:58
Il est évident que l'AL rassemble un peu de tout, poujadistes (si ce terme est encore compris) aussi, et que le mouvement vieillit mal. Mais je suis certain qu'il y a une place pour des "libéraux de gauche" (je m'y reconnais assez bien), la question étant de savoir s'il y a beaucoup de gens prêts à admettre qu'ils en font partie. Et je voudrais faire remarquer que les libéraux ne sont nullement opposés à l'Etat (surtout de Droit !), à la différence des anarchistes, mais certainement au pullulement de réglementations provenant de cet Etat ; pensons à ce projet du gouvernement néerlandais de fixer un GPS sur chaque véhicule pour permettre de lever une taxe kilométrique. Un Etat de Droit, ça ?
Rédigé par : cdc | jeudi 26 novembre 2009 à 12:10
Le genre de libéraux profs, médecins, avocats, journalistes, brefs, tous ceux protégés par un statut de droit soucieux d'interdire tout statut protecteur aux autres ?
Une solide dose de cynisme, difficilement compatible avec le train de vie petit-bourgeois qui en découle, est alors nécessaire.
Rédigé par : Passant | jeudi 26 novembre 2009 à 12:32
Vous vous trompez de cible Passant
Rédigé par : Bob | jeudi 26 novembre 2009 à 14:11
"Il y a bien un tas de gens dont le souci est de conjuguer liberté économique,
progrès et justice sociale"...
oui, c'est vrai, il y en a sans doute plus de 80%!
là où cela se complique, c'est sur la méthode et les moyens...
et il y a du monde sur ce créneau !
Rédigé par : francis | jeudi 26 novembre 2009 à 17:31
Si la main invisible du marché était capable de mener à la justice sociale, j'ai vaguement l'impression que ce serait plus visible. Mais bon, quand on a le doigt dans l'oeil jusqu'au coude, on y voit sans doute mal...
Même avec mon doigt dans l'oeil jusqu'au coude, j'ai tendance à penser que pour espérer faire un carton aux législatives avec une idéologie pareille, on a effectivement intérêt à fumer joint sur joint. Au fond, l'explication du libéralisme de gauche est peut-être là: nous avons affaire à des gens qui allument un joint chaque fois que l'économie ne réalise pas leurs rêves prétendus d'harmonie sociale... Alors, évidemment, ces derniers temps, ils ont un peu tendance à perdre le contact avec le monde cruel des salariés de base, où le libéralisme mène tout bêtement à la baisse du pouvoir d'achat voire au chômedu. Continuez à planer, les mecs, c'est sûrement comme ça que vous allez gagner les élections.
Rédigé par : Poil de lama | jeudi 26 novembre 2009 à 17:48
Remarquez, on est toujours mieux à fumer des joints en bande dans une caravane qu'à voter Sarkozy par dépit de ne pas avoir vu réformés les scandaleux avantages dont profitent les voisins pour s'acheter la maison dont on rêvait.
Rédigé par : Passant | jeudi 26 novembre 2009 à 18:25
Personne (ou presque) aujourd'hui n'est contre la "liberté économique", si l'on entend par là la "liberté d'entreprendre" ou la "liberté de l'initiative privée" ou même la "liberté de gagner de l'argent".
Mais de plus en plus de gens sont contre ériger cette "liberté économique" comme une valeur supérieure à toutes les autres, ne souffrant aucune exception ni aucune limitation.
Autrement dit, par exemple, la "liberté économique" ne doit pas être exclusive de la non-marchandisation de certains domaines, de l'existence de services publics et d'entreprises publiques sur certains secteurs jugés "essentiels" (quid aujourd'hui du métier de banquier ?), d'une certaine "justice sociale" et de la redistribution par l'impôt, de lois et de règlements qui doivent dire jusqu'où la "liberté économique" ne peut pas aller sans nuire à l'intérêt général ou au contrat social, voire à la morale ou au bon sens.
Autrement dit, si quand on n'est pas "communiste", on est "libéral", nous sommes tous (ou presque) "libéraux", même les électeurs du PCF. Mais si quand on est libéral, on admet que l'absolue "liberté des marchés", y compris financiers, est dans tous les cas la meilleure des choses possibles (la main invisible reconnaissant les siens), il y a sûrement de moins en moins de "libéraux" dans le monde et ce ne peut être qu'une bonne approche pour tenter de trouver des solutions dans un avenir incertain.
De toute façon, l'ancien système, il est cassé (il a trop fumé de produits dérivés).
Rédigé par : Michel B. | vendredi 27 novembre 2009 à 01:50
"Personne (ou presque) aujourd'hui n'est contre la "liberté économique", si l'on entend par là la "liberté d'entreprendre" ou la "liberté de l'initiative privée" ou même la "liberté de gagner de l'argent"."
Si vous entendez par liberté économique le droit souverain à tromper son prochain, piller les ressources naturelles, exploiter la misère humaine ou faire assumer par la collectivité les conséquences de son activité lucrative (pollution, insécurité, tromperie des consommateurs, invasion publicitaire, distribution de produits dangereux pour la santé), je ne suis pas certain que le consensus soit aussi évident que vous le disiez.
Mais libre à vous de croire que la vie consiste à évoluer au sein d'un centre commercial où chaque vendeur a pour objectif de s'enrichir en vous trompant, ou, pire encore, en ayant le droit souverain de rester parfaitement inconscient des conséquences de son initiative.
Rédigé par : Passant | vendredi 27 novembre 2009 à 06:57
Décidément, difficile d'éviter de parler de pétards... Le post méritait mieux.
Rédigé par : cdc | vendredi 27 novembre 2009 à 11:32
Je pense que le nom "Gauche libérale" est une erreur.
La gauche ne désigne que l'opposition à la droite. Or, le courant libéral est en opposition vis-à-vis des deux partis de gouvernement. Il n'y a qu'à lire les textes officiels du PS pour se rendre compte que ce courant libéral n'a rien a voir avec ce qui fait en France office de gauche.
S'il s'agissait de se distinguer de l'UMP et de la contre-vérité en vogue qui voudrait que le libéralisme soit de droite, c'est inutile. Les soutiens potentiels de "gauche libéral" sont CSP++ et font nettement la différence.
Donc, un coup dans l'eau, un parti sans identité à l'instar de celui de Bockel ou du "nouveau centre". D'ailleurs ces trois partis ont en commun de se nommer par rapport à une situation sur l'échiquier politique qui n'est pas la leur. Le nouveau centre et Bockel ne sont pas au centre ou à gauche, mais à droite, puisqu'ils gouvernent avec la droite. Et la "gauche libérale" n'est pas et ne sera jamais à gauche.
Rédigé par : Paul | vendredi 27 novembre 2009 à 12:07
Paul,
C'est une excellente réflexion, mais à laquelle il y a une réponse. Selon les animateurs de GL, lorsque l'on aborde quelqu'un sur un marché ou en distribuant des tracts, la première question est, dès que le gens ne connaissent pas le mouvement, "Etes-vous de gauche ou de droite ?".
Hors de ce clivage, point de salut. Mais on peut quand même (et c'est mon cas), considérer que cette latéralisation un peu primaire permet quand même de se rattacher à un corpus de valeurs spécifiques.
Rédigé par : Hugues | vendredi 27 novembre 2009 à 12:14
@ Passant,
Vous avez dû mal me lire... Réflexe pavlovien ?
Rédigé par : Michel B. | vendredi 27 novembre 2009 à 12:20
D'accord avec vous. Mais si le passant en question est encarté au "parti de gauche", oh pôôvre, il va plus rien comprendre :)
Rédigé par : Paul | vendredi 27 novembre 2009 à 20:36
Pour être honnête, si être libéral, c'est considérer qu'avoir envie de faire quelque chose ne vous donne pas droit de le faire, même si du haut de votre immense ignorance, vous avez l'impression de ne faire de mal à personne, alors, oui, je suis libéral.
Mais quelque chose me dit que, bizarrement, ça va pas être tout à fait ça...
Rédigé par : Passant | dimanche 29 novembre 2009 à 20:34
Intéressant mais c'est vrai que ça manque un peu de contenu. Je rejoins Paul quand il dit qu'ils ont tort de se définir par rapport à.
Qu'ils commencent à dire ce pour quoi ils sont (en zappant le chichon, tant pis pour Hugues).
Allez, je leur résume un programme en 2 bullet points :
- plus de redistribution;
- moins de fonctionnaires.
Je risquerais même de voter pour eux. Il y aurait une chance que l'argent de mes impôts aille vraiment dans la poche des pauvres.
Ah, sinon, j'encourage Michel B. à se farcir ce sympathique livre de chevet qu'est le code du travail pour se rassurer sur les risques "d'ériger cette "liberté économique" comme une valeur supérieure à toutes les autres, ne souffrant aucune exception ni aucune limitation."
Il y a suffisamment de dangers réels aujourd'hui pour ne pas se faire des ulcères à cause de chimères.
Rédigé par : Liberal | lundi 30 novembre 2009 à 16:43
@ Liberal,
Il est vrai que le Code du travail tient encore bien le coup, du moins en France, mais il a dû résister ces dernières années à plusieurs tentatives "libérales" de le remettre en cause dans ses principes les plus fondamentaux (le CNE / CPE étant l'exemple le plus récent, mais sans doute pas le dernier).
Par contre au niveau financier, les garde-fous ont presque tous sauté, avec le résultat que l'on sait... Je vous encourage donc à lire tous les ouvrages consacrés à la spéculation et aux paradis fiscaux.
Rédigé par : Michel B. | lundi 30 novembre 2009 à 23:10
D'un autre côté, les déboires de la monnaie intéresseront assez peu ceux qui n'en ont pas ou si peu.
Rédigé par : Passant | mercredi 02 décembre 2009 à 20:51
A ce propos, je viens de recevoir une inspection du travail, très amusant : la réglementation du travail, ici en Belgique, en tous cas, part du principe que tout patron est un requin exploiteur et vorace, et tout employé une pauvre proie innocente et sans défense. Résultat ? Obligation d'appliquer le RT à la lettre, au grand dam des employés qui bénéficiaient d'un horaire à la carte.
Rédigé par : cdc | jeudi 03 décembre 2009 à 16:25
C'est vrai que c'est bizarre, cette manie des fonctionnaires, de considérer que la loi s'applique dans leur pays.
Rédigé par : Ch | vendredi 04 décembre 2009 à 16:11