La « Création du monde », proposée chaque lundi aux Bouffes parisiens et jusqu'au 14 décembre prochain par Michel Podolak, est donc bien un « spectacle », faute d'un vocable plus approprié. Ce chef d'orchestre confirmé, lauréat de la fondation Menuhin, s'est d'ailleurs attaché les services du metteur en scène William Mesguich (oui, encore un « fils de », mais sans ticket pour l'Epad !) pour donner corps à sa vision syncrétique de la Genèse dans le cadre de ce qu'il ne serait pas absurde de décrire, histoire de boucler la boucle, comme du syncrétisme artistique.
Bon, sur sa façon de fusionner les mythes fondateurs de l'humanité en une sorte de grand tout un poil trop gentil, on ne s'étendra pas trop longuement : quand bien même peuples du Livre, bouddhistes, indiens hopis et autres adorateurs de la Licorne rose invisible puiseraient effectivement leur récit du Big Bang aux mêmes sources, ils n'en seraient pas davantage les « frères » que Podolak détecte en eux dans l'espoir de les voir lâcher leurs kalachnikovs pour mieux se tenir la main. De toute manière, et c'est justement la saison 1 de la Bible qui nous le rappelle dans le sanglant épisode consacré à Caïn et Abel, même les vrais frangins en viennent parfois aux mains...
Mais qu'importe : l'intérêt de cette création du monde se situe sans doute moins au niveau de l'interprétation que son auteur fait des Écritures qu'à celui de l'interprétation tout court d'une sélection enthousiasmante de pièces chantées (Ravel, Holst, Copland, Bernstein, Vaughan Williams, Hersant...), de textes joués (Mark Twain, Raymond Queneau...), de chorégraphies burlesques et, même, de travail pictural puisque des étudiants en arts plastiques sont chargés, à chaque représentation, de s'intéresser eux-aussi au Commencement à grands coups de pinceaux sur les toiles disposées sur la scène.
Le résultat de ce mélange des genres est, c'est le moins que l'on puisse dire, efficace et enlevé. Il fait même regretter d'avoir loupé les prestations précédentes de « Voix en mouvement », le collectif de solistes réuni aux Bouffes parisiens par Podolak mais désormais rebaptisé « Artistes en mouvement » ― œcuménisme des pratiques culturelles oblige.
Bah, ça n'est pas bien grave : à la Genèse, il y aura forcément une suite.
© Commentaires & vaticinations
Bonjour Hugues,
Ton post n'attire personne. Peut-être aurais-tu dû glisser un mot sur le fait que ce spectacle était de droite (ou de gauche). Je suis sûr que cela aurait fait réagir davantage. Même ta référence à l'EPAD n'a sorti personne de sa torpeur.
Mais je suis mauvaise langue : je n'avais rien à dire non plus sur ce post et j'aurais peut-être aussi bien fait de me taire.
J'en profite quand même pour te remercier pour tes chroniques revigorantes.
Rédigé par : godefroy | vendredi 20 novembre 2009 à 09:05