Il y a mille raisons de considérer que Tony Blair n'est pas le meilleur candidat pour la présidence européenne. Mais aucune de celles de Laurent Fabius n'est valide.
Pendant que Laurent Fabius fait semblant de s'étrangler à l'idée d'une présidence Tony Blair du Conseil européen (ce dernier étant le représentant d'un pays hors-Schengen et hors-euro, ça ne ferait pas sérieux, assure sans rire ce born again pourfendeur de l'intégration européenne), c'est à David Cameron qu'il revient de torpiller de son mieux le processus d’adoption du traité de Lisbonne.
Le patron des Tories (l'UMP de nos voisins du dessus) a en effet adressé une lettre personnelle et manuscrite à Vaclav Klaus, le président tchèque, lui demandant de ne pas signer le traité de Lisbonne avant les législatives britanniques, prévues pour 2010. Ses motivations : il s'est publiquement engagé à organiser un référendum sur ce thème ― tradition pourtant hautement non-britannique ― si l'ex-traité constitutionnel n'a toujours pas été adopté par l'ensemble des Etats-membres une fois la droite revenue aux affaires.
Dans le cas contraire, Cameron aurait d'ailleurs promis qu'il ne chercherait pas aller contre un texte ratifié par tous et prenant du coup force de loi à l'échelle du continent. Bon, cette initiative semble ne semble pas avoir été couronnée de succès, Klaus ayant finalement accepté de parapher le traité contre un étrange plat de lentilles (la promesse de ne pas permettre aux Allemands expulsés des Sudètes en 1945 de faire valoir leur « droit au retour »), mais elle permet au moins de faire le point sur le, hum, désir d’Europe de la droite britannique...
Souvent présenté comme la face sympathique et moderne du conservatisme anglais (il fait du vélo et a installé une éolienne sur le toit de sa maison), David Cameron est surtout un anti-européen forcené et a même demandé à ses euro-députés de quitter le groupe du PPE, qui réunit les partis de droite et de centre-droit au Parlement de Strasbourg (l'UMP en est membre), pour rejoindre une poignée de marginaux nationalistes et réactionnaires…
Tiens, même Nicolas Sarkozy se serait étouffé sur son Gatorade en apprenant que Cameron tentait ainsi de subvertir Klaus, pour ne rien dire de José Luis Zapatero, censé prendre le gouvernail de l’UE dans le cadre de la présidence tournante au moment des élections en Grande-Bretagne.
On apprécierait que Laurent Fabius, dont le seul thème porteur ces jours-ci est le Blair-bashing, se demande s'il est raisonnable, pour l'Europe et à long-terme, d'abandonner les Britanniques à leurs bas-instincts isolationnistes et les travaillistes à leurs difficultés domestiques. Donner un bon coup de pouce à la reconquête du pouvoir par la droite locale en diabolisant le seul socialiste capable, aujourd'hui, d’offrir un visage international à l'Union, est-ce vraiment judicieux ? D'autant plus qu'un échec de Tony Blair dans cette compétition ne serait pas le meilleur moyen de donner envie aux Britanniques de rejoindre Schengen et l'euro...Bah, il est vrai que lorsque Laurent Fabius torpille l'Europe, il ne le fait pas en catimini, par lettre personnelle et manuscrite à un chef d'Etat récalcitrant. Qui sait, il se sentirait peut-être plus à l'aise dans ses baskets avec un Cameron à Downing Street, une Grande-Bretagne voguant sur l'Atlantique et, surtout, dans une Europe sans Schengen ni euro pour qui que ce soit…
© Commentaires & vaticinations
Blair "socialiste" !? Blair ne représente plus rien en terme d'idéologie politique sinon le managérialisme et l'opportunisme.
Les Tories sont d'immondes réactionnaires. Cameron fait l'office du proverbial rouge à lèvre sur le cochon. Certes. Si les anglais vont se jeter dans leurs bras, c'est plus par rejet du New Labour et de Blair, justement (et de Brown le technicien, mais vu son charisme, je crois que c'est bien l'image de l'ancien premier ministre qui reste en mémoire).
Quant à l'image internationale de Blair...
Rédigé par : Sans Pseudo Fixe | samedi 31 octobre 2009 à 17:32
Au cas où tu ne l'aurais pas remarqué (apparemment, tu ne l'as pas remarqué), absolument personne n'en a rien à foutre de ce qui dit Fabius. Même parmi les Français. Même au PS. Même parmi les nonistes. Tu lui fais, comme disait Brassens, un honneur "extraordinaire, et à vrai dire, inespéré" en le jugeant capable d'impressionner si peu que ce soit le moindre électeur britannique.
Ca n'empêche pas Tony Blair d'être absolument indigne de postuler à quoi que ce soit d'européen, lui qui est le tout premier responsable de la disparition du très très peu d'intéressant qu'il y avait dans le texte élaboré par la commission Giscard, à savoir le vote à la majorité qualifiée. Le number one fossoyeur de la construction européenne au moment du débat sur le TCE, tant sur le plan chronologique que sur le plan des responsabilités, ça a été Tony Blair. Lui confier quelque responsabilité européenne que ce soit serait ajouter quelques seaux d'eau dans le vase du déficit démocratique européen, qui a débordé depuis longtemps. Remarque, au point où on en est, un peu plus ou un peu moins...
Rédigé par : Poil de lama | samedi 31 octobre 2009 à 18:05
Sans Pseudo Fixe,
Mais je n'ai pas fait une croix sur la troisième voie et le New Labour. Il y a une expression rigolote, je crois qu'elle est de Warren Buffet ou d'un type dans le genre qui dit que c'est quand la mer se retire que l'on voit qui se baignait à poil.
Pour le moment, cette expression est censée s'appliquer à la manière dont les pays gèrent la crise, la Grande-Bretagne étant donc un mauvais élève puisqu'elle est encore en récession quand la France en est sortie.
Mais je crois que c'est plutôt l'après-crise qui sera plein d'enseignement sur la validité des modèles à long terme. Le problème, pour autant, c'est que les Tories seront de retour...
Poil de lama,
Fabius est tout de même devenu la voix du PS sur ce dossier ces derniers temps. On peut s'en foutre, mais c'est comme ça.
Rédigé par : Hugues | dimanche 01 novembre 2009 à 12:49
je n'ai pas bien compris ce qui était l'objet du délit: fabius le honni, ou l'entêtement de celui qui n'a jamais réussi à faire faire un pas à son pays vers l'europe , mais a parfaitement réussi à rejeter "à la mer" l'essentiel de l'europe continentale lors de son aventure bushiste, qui a décridibilisé la parole politique par ses mensonges, qui fait le beau, mais pas le bien au proche orient, et voudrait devenir préisdent de l'Europe.
Fabius est certainement plus européen que tony, le TCE n'est pas le juge de paix...
Rédigé par : francis | lundi 02 novembre 2009 à 23:47
"la Grande-Bretagne étant donc un mauvais élève puisqu'elle est encore en récession quand la France en est sortie."
Tiens, je me souviens pourtant de certains billets où vous ironisiez, comme souvent (comme toujours ?), sur les archaïsmes et le pessimisme français, lorsque l'Angleterre vous paraissait, depuis Tatcher, avoir drôlement bien su se moderniser.
Qu'est-ce qui justifie ce revirement ? Les faits ? Habituellement, vous vous en embarrassez peu. Le girouettisme, alors ?
Rédigé par : Antoine Block | mardi 03 novembre 2009 à 01:27
Francis,
Je ne l'aurais pas dit comme ça mais, oui, le TC est certainement le juge de paix de la capacité d'un politique à arbitrer entre démagogie et vision à long terme.
Antoine Block,
Nos archaïsmes et notre pessimisme sont toujours fidèles au poste. Si l'on me demandait une contribution au débat sur l'identité française, je saurais quoi mentionner.
Sur la manière dont les uns et les autres sortiront de la crise, attendons encore un peu pour prononcer des jugements définitifs. La Grande-Bretagne est encore en récession, mais le niveau de chômage y reste très inférieur au nôtre, inférieur même au meilleur taux depuis vingt-cinq ans atteint ici il y a quelques mois. Et pour reprendre l'expression de Francis, plus "juge de paix" que cet indicateur, je ne vois pas...
Rédigé par : Hugues | mardi 03 novembre 2009 à 10:03
Hugues, j'ai dit l'inverse: le TCE n'est pas le juge de paix de l'engagement européen: heureusement il y a une majorité en France de pro-européens, et même parmi ceux qui ont voté non au TCE, d'ailleurs si la question avait été pro ou anti europe, c'est celle-ci qu'il eut fallu poser..
par ailleurs, je n'ai pas observé une grand enthousiasme de Tony pour le TCE, qu'il s'est bien gardé d'essayer de faire voter...
Rédigé par : francis | mardi 03 novembre 2009 à 13:38
Francis,
Oui, j'ai bien compris. Je reprends moi-même ton expression à mon compte puisque je considère que cette campagne aura été un vrai révélateur du rapport que les uns et les autres entretiennent avec l'Europe.
Une grande partie de la gauche française, désormais, n'est plus pro-européenne mais adhère à une espèce de construction mentale totalement détachée de la réalité et que personne ne partage ailleurs. L'Europe dans un seul pays, pour paraphraser la vieille expression...
Rédigé par : Hugues | mardi 03 novembre 2009 à 15:00
la quasi totalité de la gauche est pro européenne, à l'exception d'une partie de l'extrême gauche, qui y a toujours vu une manière de "contrôler" les tentations radicales françaises...
je ne sais pas de quelle construction mentale détachée de la réalité tu parles...
mais il doit bien y avoir un article de comvat sur la question...
Rédigé par : francis | mardi 03 novembre 2009 à 16:27
Indépendemment de ce que dit Fabius (dont personnellement je me fous complètement), disons que si Tony Blair n'avait pas menti au monde entier, au côté de Bush, pour justifier la guerre en Irak (une faute impardonnable et à elle seule totalement disqualifiante), s'il n'avait pas favorisé la financiarisation excessive de l'économie qui cause actuellement une crise dont le monde aura du mal à se relever (d'autant que les politiques de tous les pays restent impuissants à modifier le cours des choses), et s'il s'était montré plus pro-européen quand il était à la tête de la Grande-Bretagne, sa candidature serait plus crédible...
Rédigé par : Michel B. | mardi 03 novembre 2009 à 23:58
Michel B.
Bon, de toute manière, Blair est désormais hors-course. Mais je suis content de voir que tout le monde se fout de ce que Fabius a à dire. C'est une vraie consolation...
Rédigé par : Hugues | mercredi 04 novembre 2009 à 10:10
Tu sais fort bien que les britanniques ont exclu près de 2 millions de "handicapés" de leurs statistiques du chômage, ce qui doit les amener dans les mêmes eaux que nous.
Ton juge de paix ne s'appellerait pas Roy Bean ?
Rédigé par : edgar | mercredi 04 novembre 2009 à 14:09