« Coming out | Accueil | Tony ou les Tories »

mardi 27 octobre 2009

Commentaires

Flux Vous pouvez suivre cette conversation en vous abonnant au flux des commentaires de cette note.

Pour l'audio, je vous invite à lire les réflexions de Cerrone (j'ajouterais que la qualité d'une oeuvre n'est pas garantie de fortune, sinon la Star Ac' n'aurait jamais existé, et Mozart n'aurait pas pourri dans une fosse commune); pour le cinéma, Jeunet, Almodovar, Tarantino et Spielberg ne jouent pas dans la même catégorie, mais ils ont tous un public (et Jeunet doit être un des seuls à avoir des subventions de l'Etat); pour les livres... aïe aïe aïe, Marc Lévy et Amélie Nothomb vont enfin devoir écrire de vrais livres ?

Pour continuer à vendre, il suffit d'adapter le modèle économique... mais il est tellement plus efficace de faire du feu en priant que la foudre fasse crâmer un arbre plutôt que d'utiliser une allumette ou un briquet.

David,
Je ne suis pas certain de comprendre ton commentaire. La "qualité" d'une œuvre n'a pas grand chose à voir avec la question de son piratage. Je fais simplement remarquer que les justifications pseudo-libertaires concernant l'appropriation frauduleuse de musique ou de films ne fonctionnent pas vraiment avec le livre.

Quel sera donc le "modèle économique" (je ne peux plus supporter cette expression, presque aussi agaçante que "contenus") des auteurs à l'aise dans leur siècle ?

Avant de hurler contre les méchants pirates qui veulent tuer les auteurs de livres électroniques, t'est-il venu à l'idée de te demander si le livre électronique, qu'aucun auteur ne réclame, était une bonne chose pour la culture? T'es-tu demandé si les éditeurs de livres électroniques étaient partisans ou adversaires de la large diffusion de la littérature? Si leur modèle économique était fondé sur la large diffusion ou au contraire sur la pénurie organisée?

Aujourd'hui, je peux choisir un auteur sans me demander le moins du monde qui l'édite, vu que mes yeux parviennent sans difficulté à lire tout aussi bien les auteurs publiés chez Gallimard que ceux de Grasset ou du Seuil, sans préjudice des petits poètes à deux balles qui me vendent leurs éditions photocopiées à compte d'auteur. Le jour (pas forcément proche, et c'est heureux) où les nouveautés ne seront plus disponibles que pour les e-books, je ne me demanderai plus si je préfère Marc Levy ou Hugues Serraf, je regarderai lequel des deux est compatible avec mon Kindle, ou mon iPhone, ou mon Whatever. O surprise, Marc Levy sera compatible avec la quasi-totalité des modèles répandus, tandis qu'une version d'Hugues Serraf pour mon e-book de bas de gamme sera rigoureusement introuvable (sauf peut-être en version piratée). Donc, comme je ne pirate pas (eh non: je ne pirate pas: ni les CD, ni les films, ni les bouquins), je renoncerai à Hugues Serraf, et comme je n'aime pas Marc Levy non plus, j'arrêterai d'acheter des bouquins.

Regarde un peu ce qui se passe avec les jeux vidéo. Qu'est-ce qu'on trouve sur toutes les plates-formes, Nintendo DS, PlayStation, Wii, Xbox: sont-ce les gentils divertissements intellectuels imaginés par des profs de math idéalistes, ou les immondes daubes commerciales avec du sexe et du rock'n'roll?

Demande-toi un peu pourquoi les vendeurs de daube sont partisans des supports électroniques alors que tous ces vilains pirates rôdent. Veulent-ils donc être mis en faillite par tous ces méchants pirates -- à qui soit dit en passant il n'était jamais venu à l'idée de passer le dernier Goncours en OCR alors que ça ne pose aucun problème technique? Ces braves potentats de la culture ne voudraient-ils pas plutôt la mort de leurs concurrents -- et des auteurs que ces derniers éditent, par la même occasion?

Ceux qui aiment le livre défendent le PAPIER, la CELLULOSE. Tout le reste est litt... non, justement: tout le reste est marketing. La vraie littérature, ça se lit sur du PAPIER. Ce qui se vend sur supports numériques, ce sera dans l'immense majorité des cas de la daube commerciale, exactement de la même façon que ce qui est le plus diffusé à la télé, à la radio, sur les consoles de jeux et dans les racks des grands magasins est de la daube commerciale. C'est l'e-book l'ennemi de la culture, pas les pirates que tu fantasmes.

Poil de lama,
Bien sûr que oui, je me suis demandé si le livre électronique était une bonne ou une mauvaise chose. Ou si les plateformes finiront pas converger techniquement, etc.

Mais là encore, ce n'est pas vraiment la question : il existe, il va se perfectionner et nous en aurons tous un d'ici quelques mois ou quelques années parce que nous finissons tous pas suivre le mouvement (tu connais encore des gens sans téléphones portables ou même sans télé ? Très peu, évidemment). A fortiori si le livre papier devient un jour un objet de luxe, voire l'équivalent de la photo argentique en noir et blanc...

J'ai d'ailleurs bien l'intention de revenir sur l'usage que l'on peut en faire, mais c'est un débat fort différent de la manière dont les auteurs peuvent espérer être rémunérés si leurs ouvrages rejoignent disques et films sur BitTorrent.


Il me semble qu'il n'est nullement besoin de trouver une estrade à nos écrivains modernes sur lesquelles ils se produiront, eux-mêmes, n'ayant pour la plupart jamais réussi à gagner leur vie grâce à leur activité littéraire. Il est sûr que tous ne publient pas un roman par an comme Amélie Nothomb, et beaucoup moins encore ont son succès. Au contraire des musiciens même peu médiatisés, ou des acteurs même exclusivement rémunérés par les ASSEDIC, il me semble que la grande majorité des écrivains (essayistes, romanciers, sans parler des poètes ou des dramaturges) ont toujours eu une activité financière complémentaire (rente, héritage, pour les plus heureux, journalistes, médecins, juristes, hauts fonctionnaires pour les grandes figures de notre XXe siècle).
Il faudrait, ce qui n'est en rien à mes yeux une justification du piratage, inverser l'analyse et instruire acteurs et musiciens des nécessités de la vie d'un écrivain depuis la révolution française, ces mêmes activités qui à leur tour si le piratage devenait intégral les attendraient à leur tour.

Thomas,
C'est une remarque intéressante (cette idée que l'immense majorité des auteurs ne crèvera pas la dalle une fois privée de ses droits d'auteurs compte tenu de leur faiblesse), mais pas exactement morale. Si quelqu'un gagne peu, on peut donc le dépouiller sans états d'âme ?

Et si quelqu'un gagne beaucoup (Amélie Nothomb, ton exemple), on peut aussi le dépouiller parce qu'il est riche ?

Non, non, entendez-moi bien, je n'y mettais justement aucune morale - ou alors un zeste de cynisme. Mon cœur, de formation et de goûts, est tout acquis aux auteurs.

Sans forcément aller chercher ce qui se passerait pour les livres, dire que les musiciens n'ont qu'à se bouger le cul et monter sur une scène est déjà grotesque. Certes la scène est une pratique répandue, en particulier dans les styles de musiques ayant des liens avec les milieux qui défendent cette thèse ( altermondialistes, etc ), mais je ne vois pas en quoi un chanteur qui préfère enregistrer au chaud dans un studio et qui est écouté par des millions de gens n'aurait pas le droit d'en vivre.

Je pense que le problème est à chercher plutot du côté du prix de vente, et de la dîme des intermédiaires. 10e pour un album en mp3, ca reste atrocement cher, et les artistes ne touchent que quelques centimes. Je pense sincèrement qu'en conservant la même rémunération par album pour les artistes, et en y ajoutant le cout d'une plate-forme de téléchargement, on pourrait être sous les 1€ l'album, et là il y aurait une offre concurrentielle vis-à-vis du piratage ( pour 1€ l'album bien encodé je préfère l'acheter que perdre une plombe à le chercher sur bittorrent )

Le problème étant bien entendu les intermédiaires, et surtout la méthode actuelle d'"optimisation du prix", dans la musique comme ailleurs, où les boîtes calculent que ca rapporte plus de vendre un album 10e et que 90% des gens le piratent plutot que de le vendre 1e et que 90% des gens l'achètent. Peu importe si c'est complètement décorrellé du prix de "production" et que les gens honnêtes se font avoir.

Un exemple dans un autre domaine : quand microsoft a mis windows 7 en vente à 50€, les 80000 copies disponibles sont parties en une journée, et Microsoft faisait déjà son beurre. Aujourd'hui, le même produit est en vente 200e, parce qu'il est plus rentable de traire les technophiles que de vendre à un tarifs honnête et en grande quantité. Le piratage est intégré dans leurs propres calculs de rentabilité, et ils choisissent délibérément qu'il soit élevé, alors ils ont beau jeu de râler contre les pirates...

Il y a une question que j'ai toujours envie de poser à ces robins des bois de pacotille qui plaident pour l'accès gratuit à la culture, c'est le budget qu'ils consacrent à leurs ordinateurs, gadgets informatiques divers et variés, téléphones portables et autres...Là on délie sa bourse sans rechigner, rien n'est trop beau ni trop cher. On s'émerveille des prouesses techniques et on dépense sans compter, engraissant des fabricants informatiques qui me semblent obéir aux mêmes objectifs de rentabilité que les multinationales du disque : gagner de l'argent. Il me semble que nous assistons simplement à un changement dans les habitudes de consommation, sous l'impulsion des génies du marketing. Le fait est que si on cédait au fantasme de la gratuité des productions intellectuelles, on se retrouverait avec un matériel ultra perfectionné et aucun contenu à lire, voir, écouter...

Des "modeles economiques" il en existe.
Tiens par exemple :
http://www.wumingfoundation.com/italiano/outtakes/copyleft_french.html

Ca ne marchera pas pour tout le monde (tout comme le systeme actuel ne marche pas pour tout le monde, et que ca nous avance bien ce genre de platitudes), mais c'est un modele economique, a n'en pas douter.

On peut approfondir avec la lecture de gens comme Laurence Lessig, aussi.

Je crains que tu ne tombes dans la facilité en ne retenant que l'argument le plus absurde de tes adversaires. En laissant de côté la minorité qui ne souhaite rien d'autre que la ruine de l'industrie culturelle au profit des musiciens du métro (ceux là même qui comptent sur les jardins ouvriers et les petites exploitations Bio pour nourrir 11 milliards d'être humains), il y a une majorité de personnes qui profitent de cette technologie pour découvrir des séries non diffusées en France, ou non diffusées en VO, tester un film avant de claquer 30 euros pour découvrir que c'était un navet, et découvrir des musiciens qu'ils ne connaissaient pas. Je n'ai plus acheté un CD depuis 3 ans, et j'en acheté 3 ces 5 dernières années. Pourtant, je dépense plus en produits culturels qu'il y a 10 ans, et encore plus qu'il y a 20 ans. L'obsession de l'industrie musicale française de me vendre des CD encombrants et obsolètes me gave. En attendant qu'elle découvre qu'on est passé au 21e siècle, j'arrose généreusement l'industrie américaine, qui m'offre un forfait pour accéder de manière illimitée à une discothèque de 3 millions de titres (merci Rhapsody). Pendant ce temps, en France, on fête les 25 ans du TOP 50, considéré comme l'âge d'or. Jordy, Stone et Charden, l'âge d'or. Vivement la décadence.

Depuis 35 ans j'emprunte à la médiathèque 95% des livres que je lis (l'abonnement annuel est actuellement à 7€). Mais j'avoue ne pas bien connaître ce modèle économique.

@ kebra : les bibliothèques et autres médiathèques versent une redevance aux sociétés de répartition des droits, et je ne suis pas sûr qu'elles payent leurs livres au prix du commerce.

Avant de chercher à savoir comment compenser les pertes liées au piratage, la première question à se poser est de savoir si pertes il y a. Or la simple observation des chiffres de la fréquentation des cinémas en France ces dernières années (source Wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Fr%C3%A9quentation_cin%C3%A9matographique) montre que celle-ci a augmenté depuis que le piratage se généralise (188.8 millions de billets vendus en 2008 contre 155.6 en 1999 par exemple).

Pour ce qui est des livres, je pense que les effets du piratage seront encore moins importants. D’abord parce que la moyenne d’âge des consommateurs est plus élevée, alors que le piratage concerne une population plutôt jeune. Ensuite parce qu’un ordinateur ou un gadget électronique ne remplace pas un bon vieux livre papier qu’on peut lire dans son lit ou son fauteuil. Le piratage pourrait même booster les ventes… On découvre en le téléchargeant un nouvel auteur qu’on ne connaissait pas, et dont on n’aurait probablement jamais eu l’idée d’acheter les bouquins, et on finit par acheter toute sa bibliographie.

Rien ne vaut un exemple ; on m'avait dit du bien d'un bouquin :
http://livre.fnac.com/a2225932/Hugues-Serraf-Petites-exceptions-francaises?Mn=-1&Mu=-13&Ra=-1&To=0&Nu=2&Fr=0

Mais un pirate (oh, le salaud !) m'a dit d'aller plutôt voir sur le site de Commvat, là :
http://www.com-vat.com/commvat/exceptions_franaises/

C'est pas rigoureusement pareil, mais ça me vas.

Et le temps que je consacre à la lectures de blogs me protège de lire Marc Lévy, Christian Jacq ou autres.

Et le nombre d'emplois d'artisans de la culture qui disparaitront au XXI siècle sera bien faible par rapport à la perte d'emplois de mineurs de fond au XX.

FFB,
Mais cette espèce de condamnation mécanique des « intermédiaires » commence pourtant à casser les pieds.

Il y a des tas de professionnels de l’intermédiation totalement légitimes que l’on a pourtant décidé de transformer en parasites. Sans aucun doute, les éditeurs de disques pourraient être moins gourmands, mais je pense que leur boulot de défrichage et même de marketing est tout à fait honorable. Idem pour les éditeurs de livres, qui acceptent de perdre de l’argent sur des tirages confidentiels à condition d’en gagner sur les best-sellers. Et ce n’est pas une vision idéalisée de leur boulot mais une description de leur réalité économique.

Je suis toutefois d’accord pour trouver qu’un euro la chanson sur le Net, c’est cher. Il y a d’ailleurs un papier dans The Economist cette semaine qui dit, entre autres considérations sur l’élasticité des prix, qu’en baissant leurs prix, les éditeurs pourraient gagner davantage d’argent (ce qui tombe sous le sens après réflexion).
http://www.economist.com/businessfinance/economicsfocus/displaystory.cfm?story_id=14699573


Aliocha,
Ce n’est pourtant pas faute de leur avoir seriné, des années durant et avec Buitoni, que l’important c’est ce qu’il y a DANS la boîte…


Claude,
Mon petit conseil : les gens ne cliquent pas sur les liens, sauf s’ils ont une vague idée de ce qu’ils vont trouver derrière (et c’est d’ailleurs une marque de la supériorité de l’imprimé sur le Web, puisque l’auteur est forcé de développer un peu) . Peut-être peux-tu être plus disert sur le point de vue que tu venais promouvoir…


Eolas,
Ok, mais l’argument le plus absurde est aussi le plus répandu.

Mais sur le reste, je crois tu parles surtout d’un manque de réactivité des diffuseurs, qui ne comprennent pas les opportunités qui’ s’offrent à eux au-delà de la question du piratage : si les films ne sont pas disponibles en VO, comme c’est le cas de la VOD sur Free par exemple, c’est une erreur de l’opérateur qui se prive lui-même de commandes. Si les séries que tu apprécies ne peuvent que piquées sur le Web, c’est que personne ne se dit qu’il existe une demande qui n’est pas servie.

Si le piratage se révèle n’être qu’une étape intermédiaire entre l’absence de prestations légales et la constitution d’une offre véritable, pourquoi pas… Mais je pense que le discours dominant est désormais de légitimer le piratage comme moyen d’accès à la culture et qu’il faut effectivement des Hadopi pour remettre les pendules à l’heure.

Ah, et une petite remarque que la consommation des produits culturels : j’ai deux filles à la maison. Si elles ont deux ou trois disques chacune, c’est le bout du monde. Je ne vois pas très bien comment la réallocation d’un argent de poche autrefois destiné aux maisons de disque vers les maisons de fringues stimule le développement de la culture.


Kebra,
les bibliothèques achètent les livres. Mais plus personne ne fréquente les bibliothèques.

Forza,
Le piratage serait donc une bonne chose ? Je ne le crois pas. Et l’on peut difficilement expliquer que la hausse de la fréquentation des salles est la preuve que le piratage stimule le cinéma tout en refusant la corrélation entre piratage de la musique et baisse des ventes de disques. Ce que tu ne fais pas ici, mais que l’on entend souvent par ailleurs.


Pilou,
Les textes du livre ne sont plus sur le blog à la demande d'Albin Michel. Et je ne comprends pas où tu veux en venir : sans les blogs, tu lirais des livres qui ne t'intéressent pas ?

Bah si tu veux que je paraphrase le propos que d'autres directement impliques ont mieux developpe que moi, libre a toi... Moi qui croyais que la marque superieure du web tout court etait l'hypertexte...

En l'occurence, il s'agit en quelque sorte d'un (court) manifeste, ecrit par un collectif d'auteur : Wu Ming, qui explique pourquoi ils ont choisi une licence de type copyleft pour leurs livres et proposent ceux-ci en telechargement gratuit; et pourquoi d'apres eux, non seulement ils ne perdent pas d'argent, mais, fichtre, ils en gagnent.
Quant a Lawrence Lessig, c'est un juriste americain de Stanford, militant et specialiste du droit d'auteur. Une sorte de reference en matiere d'alter-modele, si l'on veut. Sa page wikipedia, qui contient des liens vers ses ecrits (cette grosse nulle!) : http://fr.wikipedia.org/wiki/Lawrence_Lessig.

Claude,
Ma réponse n'était pas une agression et la question n'est pas de paraphraser ce que quelqu'un a déjà dit derrière ton lien.

Ce que je veux dire, c'est que l'on ne passe pas son temps à cliquer sur des liens dans une conversation et que s'imaginer que les gens le font a plutôt tendance à stopper les débats.

J'ai eu tendance, ici même, à truffer mes papiers de liens qui me permettaient de n'être qu'allusif au lieu de dire carrément les choses. Je crois que c'est au détriment de ce qui est dit et que ça incite au zapping et à la pensée par bribes. Je fais encore des liens, évidemment, puisque c'est pratique, mais seulement parce qu'ils apportent une précision ou une source.

Enfin, je constate moi-même via mon outil de stats que les liens sont relativement peu cliqués.

Bonjour Hugues,

Je n'ai aucune position arrêtée sur cette question.

Je me demande juste comment on faisait AVANT l'invention du disque.

Pendant des millénaires, la musique a prospéré, les plus grands compositeurs ont composé, SANS le disque.

Le disque représente environ deux ou trois générations dans toute l'histoire de l'humanité.

Est-ce à dire que, en dehors de ces quelques décennies, les auteurs ont toujours crevé la dalle?

C'est une question toute bête, mais, sincèrement, j'ai beaucoup de mal à comprendre pourquoi ce machin carrément inexistant il y a encore un siècle, devient tout à coup la pierre de touche indispensable à leur survie.

Coco,
Oui, j'ai même lu récemment que l'on venait récemment de découvrir une flûte vieille de 35 000 ans, ce qui donne une idée de l'intérêt précoce des hommes pour la musique et les arts.

La différence entre l'époque de cette flûte et maintenant, c'est effectivement qu'il est devenu possible d'en jouer professionnellement sans nécessairement crever la dalle, voire d'écrire des livres ou de faire des films et d'y trouver sa subsistance.

On peut bien, comme certains le souhaitent, revenir au fonctionnement précédent, mais je ne suis pas certain qu'il s'agisse d'une avancée : les musiciens font la manche sur la place publique et quelques auteurs se débrouillent pour trouver une Catherine II de Russie pour leur servir de mécène.

Quant aux plus grands compositeurs qui composaient sans le disque, monsieur Toulemonde n'avait pas souvent l'occasion de les entendre.

@Hugues:

Je ne dis pas que le piratage stimule le cinéma, je dis que l'idée reçue qui voudrait que l'ensemble des industries du divertissement soient à l’agonie depuis que le piratage sur Internet se généralise est fausse. Le cinéma ne s'est jamais aussi bien porté en France.

Ceci dit, oui, cette stimulation existe et elle compense partiellement les pertes. Plus il y a de gens qui ont la possibilité de s’intéresser au cinéma et mieux le cinéma se portera. Il n’y a pas d’un côté les pirates et de l’autre les consommateurs de cinéma honnêtes. Bien souvent la personne qui a aimé le film qu’elle a téléchargé ira voir la suite, ou le prochain film du même réalisateur, etc…

Pour ce qui est de la corrélation entre piratage et baisse des ventes de musique, je n'en ai pas parlé dans mon précédent message mais je la réfute du moins en grande partie, la bonne santé du cinéma remet en cause cette corrélation supposée. C’est très facile d’accuser un tiers pour éviter de remettre en cause ses propres méthodes de travail. Produire essentiellement la Star Academy ou des compilations de chanteurs à succès c’est moins cher que d’investir pour rechercher de nouveaux talents mais il ne faut pas s’étonner que les ventes baissent. Vendre des morceaux de musique sur Internet bourrés de DRM quasiment au même prix que les CD c’est très bien aussi mais après il ne faut pas s’étonner que les gens préfèrent télécharger illégalement des morceaux non DRMisés. Dans un monde capitaliste c’est à l’industrie de s’adapter à son marché, pas l’inverse.

Toujours le même argument visant à confondre industrie culturelle et Culture, voire Civilisation. La première a accompagné la société de consommation et a permis une certaine démocratisation des objets culturels, mais ne peut se confondre avec la seconde. De plus, vivre de son art demeure une exception, alors que l'industrie culturelle a volontairement laissant miroiter une fortune accessible à chacun. Borodine était chimiste, Céline médecin, et Didier Wampas agent à la RATP.
Acceptez, au lieu de recourir à une lourde ironie, que le paradigme a changé : le support physique n'a plus aucun intérêt pour la diffusion de masse, et l'industrie culturelle n'a pas accompagné, ou anticipé cette dématérialisation, et veut se rassurer par un lobbying outrancier qui ne s'embarasse pas de fouler quelques principes fondamentaux. L'industrie et la société de consommation a créé une dépendance et un besoin d' objets culturelles mais ne veut pas s'adapter à une technologie qui permet de se sevrer pour beaucoup moins cher. La gratuité n'est pas un principe fondamental, mais l'absence d'alternative sérieuse oblige bien, en tant qu'agent un peu rationel, d'y recourir. Je comprends votre argument, mais il veut conserver un état ancien à coup d'Hadopi ineffectif : c'est un peu comme si vous vouliez forcer les gens a passer par des stations essences par une loi coercitive pour ravitailler leur véhicule alors qu'il existerait un principe artisanal de créer du pétrole à partir de l'eau.

Deadbydawn,
Très belle profession de foi ultralibérale, bien éloignée de mon propre (et finalement timide) libéralisme de gauche si souvent critiqué par les gardiens de la vraie foi.

Donc, changement de paradigme, comme tu dis. La technologie a la capacité de démolir brutalement tout un univers et une conception de la diffusion de la création culturelle. Aux acteurs de s'adapter à la vitesse grand V et, somehow, la main invisible remettra tout en place. Et s'il y a des morts (je veux dire des laissés pour compte, bien sûr, tu ne veux tuer personne), c'est qu'ils n'auront pas couru assez vite.

Même aux ouvriers de Continental, le vilain capitalisme propose des alternatives plus humaines.

Hugues, j'ai relativement peu de temps (je ne suis sarcastique que de chez moi, mais ca m'a mange mon dernier commentaire), donc je vais juste citer la phrase centrale inclus dans mon lien: "dans l'edition, plus une oeuvre circule, plus elle se vend". Ce qui incite les auteurs a promouvoir une libre circulation de leur livre, a titre prive. Et par ailleurs, ils expliquent que ca ne les empeche pas de vendre suffisamment de livres.

Quant a "Et s'il y a des morts (je veux dire des laissés pour compte, bien sûr, tu ne veux tuer personne), c'est qu'ils n'auront pas couru assez vite." C'est evidemment triste, mais il faut egalement rappeler (ce que tu sais tres bien, j'imagine) que le systeme actuel a ses nombreux laisses pour compte. Et qu'a mon sens, au pire, un changement de paradigme changera ces laisses-pour compte. Certains qui ne s'en tirent pas aujourd'hui verront leur bonne fortune, d'autres s'effondreront, et beaucoup resteront laisses pour compte, dans un systeme comme dans l'autre.
Changer de modele economique, dans ce domaine et aujourd'hui, n'est pas synonyme, de "detruire un systeme qui marchait tres bien pour ne se nourir que des ruines". On a un systeme qui ne marche pas tres bien, et qui tend, qu'on le veuille ou non, a etre remplace par un autre qui ne marchera surement pas tres bien, mais differemment.

Hugues,

Cette industrie vivait d'une rente de situation. Grâce à la numérisation des formats (CD, DVD etc) elle a pu vendre une seconde fois l'ensemble du catalgue existant qu'elle avait rentablisé au format analogique (vinyles notamment), ou bénéficier de coûts de production très bas, tout en maintenant des prix élevés. Ceci a bien fonctionné tant que l'industrie culturelle maîtrisait les canaux de diffusion. Maintenant que ce n'est plus le cas, elle demande au legislateur de lui venir en aide, fût-ce au prix des libertés et des droits les plus fondamentaux : (voir séquence Hadopi 1).
Je trouve assez cocasse que tu justifies cette approche, alors que tu t'en prends régulièrement au fait que le marché de l'emploi est beaucoup trop protecteurs pour les insiders au profits des outsiders.

Pour ce qui est des laissés pour comptes, d'une part, il existe des filets sociaux importants (et heureusement !, et c'est ça qu'il faut défendre, non les rentes de situation), d'autre part, comme le dit Claude, en bonne théorie de destruction créatrice, ces personnes feront autre chose ou seront remplacés par d'autres.

Enfon, je ne sais pas si on peut si facilement extrapoler ce qui se passe pour la musique et l'image au monde du livre. Le livre n'est souvent pas un bien très cher (en poche ou d'occasion), le support physique importe beaucoup plus dans le domaine de la lecture que dans celui du son (car itunes n'est rien d'autre qu'un jukebox un peu moderne, la dématérialisation et la numérisation n'affecte en rien la jouissance de l'oeuvre, contrairement à la lecture). Au contraire, peut-être que le kindle permettra le développement de la littérature scientifique, et n'affectera pas pas les romans et les beaux-livres. Là, le changement de paradigme est en cours...

petite correction du post précédent :
-protecteur sans s
-au détriment et non au profit

Ouf !

Je ne viens pas souvent lire ici, et je ne reviendrai sans doute pas plus souvent après cette lecture.
Quel mixture !

Résumons :

1er § : ennemi de la riposte gradué = défenseur d'un droit à pirater = promoteur de l'art vivant.

On a connu moins outrancier comme amalgame visant à définir la cible qu'on veut abattre...

On peut être contre HADOPI sans être contre le droit à la propriété et/ou sans vouer les artistes (tous bien sûr, puisque nous généralisons) à l'art vivant.
Mais cette nuance est peut-être trop complexe ?

Simplifions donc avec le 2ème § :
Tous les artistes (musicaux) doivent gagner leur vie par des spectacles supprimant les intermédiaires (enfin, selon les méchants définis précédemment).

Cette évocation de l' "artiste" montant un spectacle sans tourneur, techniciens du son et lumière, maquilleur, costumier, décorateur, chauffeurs, logisticien, tourneur, etc. est assez cocasse. Mais où est la méchante multinationale du disque là-dedans ? L'adversaire imaginaire des méchants a déserté au passage !

3ème § :
On annonce une complexité ("un poil, faut pas exagérer non plus la complexité !)
Une prémisse : si personne ne va au cinéma, plus de cinéma. Tautologie ? Non, argument massue !
D'où on tire une conséquence : les comédiens doivent faire du théatre, puisqu'il n'y a plus de cinéma.
Effets spéciaux ? Ben non, ducon, on te dit qu'il font du théatre !
Et l'analyse du plus complexe ? Rejetée dans un autre §...
Passons surle fait que la fréquentation des cinémas n'est pas du tout en baisse en France, ni ailleurs et que les budgets des films à grand spectacle ne cessent de croître (donc que les financiers espèrent de plus en plus de gains, cqfd). Mais on a la complexité qu'on peut.

4ème § : enfin du débat de fond, on entre dans LE sujet, après avoir démontré que les méchants anti-HADOPI/pirates/affameurs sont des idiots en deux coups de cuillère à pot.

Les livres sont maintenant numériques, ils sont donc piratés.
Des "milliers" de livres sont sur les réseaux P2P, rendez-vous compte du risque pour l'édition ! Et google, ils ont combien de livres numérisés accessibles à tous depuis son salon ? Pas de droits ? Hum... En tous cas, plus de rééditions papier à prévoir, sauf avec de la valeur ajoutée monumentale, comme une préface de Hugues Serraf.
Les hackers craquent Amazon pour que le monde entier lise Dan Brown sans payer ! Au secours, l'enfer est là !
Un argument, là dedans ? Non.

5ème § :
"La culture pour tous, c'est formidable." Clap, clap, clap.
Hugues attend encore que les méchants pirates suggèrent un « modèle économique ».
C'est effectivement eux les mieux placés pour cela : ce sont eux qui souhaitent vendre des livres numériques, n'est-ce pas ?

Allez, bravo pour ce billet qui présente de bonnes garanties de n'être jamais piraté !


Sur le fond, comment utiliser le livre numérique comme vecteur de culture plutôt que comme nouveau support de blockbuster à placement de produits, une idée ?

L'utilisation des commentaires est désactivée pour cette note.

Coup de sabre

Théologie amusante

La bible de l'urban cycling

Identité française : le livre !

Blogroll mal assortie

Bousculeurs d'idées reçues

Blog powered by Typepad
Membre depuis 10/2004