« C’est comme ça, on n’y peut pas grand chose, déplore Tristan Nitot, le président de Mozilla Europe, la fondation sans but lucratif qui diffuse le navigateur. Et le Firefox que vous téléchargez sur des sites autres que les nôtres peut tout à fait avoir été transformé pour des raisons que nous ignorons, ce qui est légal ». Ce qui l'est moins, en revanche, c’est de prétendre qu’une version maison du navigateur est proposée par Mozilla alors qu’elle ne l’est pas : « Mozilla est une marque déposée et nous sommes très attentifs à la préservation de sa réputation comme à la qualité des softs que nous développons ».
Attentif, il va effectivement falloir l’être davantage depuis qu’un petit malin s’est débrouillé pour enregistrer « Mozilla.fr » auprès de l’AFNIC, la structure qui gère les noms de domaines pour l’Hexagone. Depuis cette URL, un certain Eric Guiffault propage en effet un Firefox dont les propriétés générales semblent les mêmes que celles qu’apprécie Tristan Nitot, à un tout petit détail près : un moteur de recherche baptisé Xeoo.com s’impose à l’utilisateur et refuse à toute force d’être remplacé par les Google et autres Altavista mieux connus dans nos chaumières.
« Et alors, où est le problème ? » rétorqueront ceux qui n’ont, au final, pas beaucoup plus de respect pour l’hégémonie googlelienne que pour les manœuvres d’un nouveau venu dans le monde de la recherche Internet. Le problème, au-delà de la tromperie manifeste que représente l’utilisation d’une marque appartenant à d’autres, est que Xeoo.com se contente d’interroger Yahoo à chacune de vos requêtes, devient votre moteur « par défaut », s’insinue jusque dans Microsoft Explorer et rend sa propre élimination complexe voire impossible par un utilisateur « normal ». Mais le plus troublant, c’est que personne ne sait ce que le fichier exécutable de plus sept mégas que vous avez invité, en toute confiance, sur votre disque dur est réellement capable de faire… A l’heure où données bancaires et fiscales quittent le tiroir de la commode pour s’installer sur le répertoire C : de votre PC, on aimerait que quelques hackers se penchent sur le code de ce Firefox customisé pour voir ce qu'il a dans le ventre.
Eric Guiffault refuse en tout cas de répondre aux interrogations de ce genre. Détenteur de plus d'un millier de noms de domaines et as du cybersquatting, cette technique consistant à s’approprier des URL en déshérence dans le but de les revendre au prix fort, il se présente lui-même comme spécialiste du « marketing de masse » et de la sécurité des réseaux. En d’autres termes, comme un professionnel du Web pour qui l’acquisition de données de particuliers dans un but commercial (leur revente à des tiers) est une opportunité. Les éditeurs d'antivirus qui ont construit leur fortune par la lutte contre les « spywares » (logiciels espions) pourront en témoigner.
L’on aurait du mal à comprendre autrement, de fait, ce qui pousse Kelyo, la société d’Eric Giffault, à s’approprier un nom de domaine, à mettre en place un site Mozilla en carton-pâte et à équiper Firefox d’un vrai-faux Yahoo sans même afficher de bannières publicitaires sur les pages de résultats de Xeoo.com pour le monétiser ! « Je suis un homme très occupé et je n’ai pas le temps de répondre à vos questions, explique-t-il seulement au journaliste qui l'interroge par téléphone. « Vous n’avez qu’un clic à faire pour changer de moteur, il n'y a aucun autre changement sur votre ordinateur, ajoute-t-il par mail. Je vous prierais de ne plus me contacter (...) parce que vous ne savez pas changer un moteur par défaut sur votre navigateur ! »
A l’AFNIC, en tout cas, on explique que l'on ne peut pas faire grand chose non plus dans ce type de situation. « Les gens pensent que le A de notre sigle signifie "autorité", explique Loïc Damilaville, adjoint du directeur général de l'organisme. C'est en fait le A de "association" et nous ne pouvons pas faire de recherche d'antériorité sur une marque lorsqu'un nom de domaine est déposé. Tout ce que nous demandons, c'est que le déposant ait plus de 18 ans et, s'il s'agit d'une entreprise, qu'elle soit immatriculée en France. C'est d'ailleurs au déposant qu'il revient de faire la recherche d'antériorité sur la marque même si, dans le cas dont nous parlons, la fondation Mozilla avait déjà déposé son nom à l'INPI. Nous ne sommes donc pas des gendarmes, même si des procédures existent qui permettent de récupérer sa marque en cas de litige ».
Ah, zut alors ! Et dans l'intervalle ? Hum, dans l'intervalle, il vaut probablement mieux désinstaller rapidement cette version de Firefox et faire un saut sur le site officiel de la fondation Mozilla, histoire d'y dénicher un renard au poil...
© Commentaires & vaticinations
est ce que la fondation Mozilla a porté plainte ? si non, pourquoi ?
Rédigé par : âne | jeudi 24 septembre 2009 à 19:56
altavista ?? et vous utilisez encore Mosaic ??
Rédigé par : Sans Pseudo Fixe | jeudi 24 septembre 2009 à 21:51
C'est dommage : avec une loi HADOPI un peu plus élaborée, on aurait pu obtenir la coupure de l'accès internet de cette entreprise pour simple présomptiom de violation de marque
Rédigé par : Passant | jeudi 24 septembre 2009 à 23:21
"il appartient de surcroît à la catégorie des logiciels « libres », ce qui signifie qu'il est gratuit et que quiconque est capable de le modifier pour l'améliorer est cordialement invité à le faire."
Non, cette affirmation est doublement fausse.
Logiciel libre ne signifie pas gratuit. Sinon, j'aurais du mal à manger le midi (et le soir, d'ailleurs): un certain nombre d'entreprises vendent leur logiciel, à des clients, qui le payent, parfois très cher.
Là où le logiciel est "Libre", c'est que les personnes qui le reçoivent peuvent, si elles le souhaitent, l'étudier, le modifier, et le redistributer sans autres restrictions que celles posées par la licence (par exemple: sous condition de distribuer les sources avec, ou bien de respecter les copyright notices, ou bien encore de distribuer sous les termes de la même licence).
Par ailleurs, l'"invitation" à modifier le logiciel est très variable. Il y a effectivement des communautés très ouvertes (ex. Linux ou GCC), et il y a des communautés très fermées (ex. certains industriels qui développent entre eux des application spécifiques à leur métier).
Concernant enfin le cas dont tu fais état, il existe une procédure de résolution des litiges qui devrait permettre à la fondation mozilla de récupérer facilement son nom de domaine; par ailleurs, ce comportement est sans doute susceptible d'être réprimé pénalement et civilement comme contrefaçon de la marque Mozilla, et civilement, comme parasitisme.
Rédigé par : GroM | vendredi 25 septembre 2009 à 10:13
Ane,
Non. Mais j'imagine qu'ils vont le faire. En fait, le nom en .fr avait été déposé par le gars dès 2004, mais son site est bien plus récent. J'imagine qu'il souhaitait le revendre mais a tenté sa chance en constatant que personne ne réagissait.
Sans Pseudo Fixe,
Sur Rue89, pour faire moderne, j'ai dit Bing.
http://www.rue89.com/tribune-vaticinateur/2009/09/24/attention-quand-vous-installez-firefox-demandez-loriginal
Mais j'aime bien le son d'Altavista (j'ai pensé à Exalead, le Google français, mais personne ne connaît).
Passant,
Oui, vive Hadopi.
GroM,
Oui oui, je sais. C'est un raccourci. Mais là aussi, je précise ça dans la version Rue89 de cet article.
J'ai la flemme de modifier ici.
Rédigé par : Hugues | vendredi 25 septembre 2009 à 10:35