Le 27 septembre, on vote, c'est super important et ce n'est pas aux États-Unis.
De retour d'un Francfort tapissé d'affiches électorales (et de posters à la gloire du salon de l'auto mais c'est une autre histoire), je mesure d'ailleurs bien mieux le Rhin d'indifférence qui nous sépare de notre tout premier partenaire économique et politique. C'est que l'Allemagne, lorsqu'elle ne fait pas peur, ennuie terriblement. Et la possibilité, pour la Kanzlerin, de renouveler son CDD le 27 septembre prochain nous semble si anecdotique qu'elle mérite à peine d'être commentée par le duo matutinal Guetta-Adler.
Plus que n'importe quelle autre grande nation, l'Allemagne se réduit pour nous à une collection de clichés intemporels (l'organisation sans faille, les saucisses, la bière, les autoroutes sans limitation de vitesse, les grosses berlines…). Et une carte du monde attribuant à chaque pays une taille proportionnelle au bruit médiatique qu'il génère chez nous coincerait une Germanie microscopique entre des États-Unis gigantesques et un binôme Israël-Palestine démesuré. Il y aurait bien encore une petite place pour une Grande-Bretagne ramenée aux dimensions de la Suisse et pour une Espagne portugalisée, mais ce serait à peu près tout…
A vrai dire, je ne m'exclus pas de ce Gruppenbild avec Gaulois insensibles à la subtilité des rapports de forces SPD-CDU. J'ai beau avoir choisi allemand première langue, c'était surtout pour aller m'incruster sans visa dans la meilleure classe de sixième de mon collège. Mais je fais des efforts et, lorsque mon Monde ou mon Libé accorde un entrefilet à la montée en puissance de Die Linke, l'espèce de chimère NPA-Front de Gauche-PC de là-bas, je le lis. Mieux, lorsque mon Guardian ou mon Economist consacre un vrai article complet aux enjeux d'une victoire de Merkel et de ses troupes au Bundestag, j'essaie de me sentir concerné par leur approche de la question afghane ou de la crise financière.
Aucun pays, de fait, n'est réellement plus important pour la France que cette espèce de frère ennemi en culotte de peau. Aucun projet politique n'est plus fondamental que la poursuite d'une intégration continentale dont nous partageons la Schlüssel. Aucun client, aucun fournisseur, n'est plus vital pour nos entreprises que leurs homologues allemandes. C'est sûr, le Vaterland de Goethe et de Schiller pourrait faire des efforts pour ranimer la flamme dans cette relation de vieux couple sans passion. Après tout, il n'y a pas si longtemps, il nous alimentait encore en Fassbinder, en Schlöndorff, en Wenders, en Grass, en Böll, en Tangerine Dream, en Kraftwerk, en DAF… Tout n’était pas bon à prendre, mais il se passait toujours quelque chose en Teutonie. Souvenez-vous : Schmidt et Giscard s'aimaient d'amour tendre et Kohl et Mitterrand se promenaient main dans la main comme tous les garçons et les garçons de leur âge…
Bon, un Hugues Serraf (ein Hugo Seraph ?) berlinois pourrait nous reprocher la même chose, la fermeture du robinet à Truffaut, à Camus, à Barbara… Mais rappelons qu'en termes d'entertainment politique, on leur a tout de même offert Sarkozy — ce qui n'est pas rien. N'empêche, le 27 septembre prochain, on vote à Göttingen et il ne serait pas inutile de se sentir un poil concerné : aux dernières nouvelles, la CDU menait à 37%, à 13 points du SPD mais Oskar ne s'en laissait pas conter. Ah, quel suspense insoutenable les amis !
© Commentaires & vaticinations
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PS : ce billet méritait bien un petit addendum musical thématique et poétique, non ?
Merci Hugues!
Merci pour Barbara, merci pour cette photo de Kohl et Mitterrand, pour laquelle j'ai d'autant plus de tendresse que j'étais dans la foule (j'ai même serré la paluche à Herr Kanzler, oui Monsieur!), et merci de nous rappeler cette évidence: ce quasi-mépris pour les voisins avec lesquels nous échangeons le plus, et qui globalement apprécient beaucoup la France.
Rédigé par : Mathieu | vendredi 18 septembre 2009 à 19:49
Barbara, très bien, mais pourquoi il n'y a pas Françoise Hardy?
Rédigé par : Verel | samedi 19 septembre 2009 à 18:28
Verel,
Ah, ravi que quelqu'un ait repéré ça...
Rédigé par : Hugues | dimanche 20 septembre 2009 à 14:17
Ah, j'ai sauté direcement du titre à la séquence vidéo (j'espérais qu'elle y soit tout le long du scolling ;). Mais oui je vais lire. J'y vais. Là.
Rédigé par : Louise | lundi 21 septembre 2009 à 16:25
j'aurais aimé un addendum à ce post pour montrer que notre attention sur le dimanche électoral allemand fut grande, d'autant plus intéressante que le résultat est "signifiant" pour la stratégie de la Gauche et donc du PS...
la social démocratie à la peine en Allemagne, die linke progresse faiblement, stabilité des verts, forte progression des libéraux, équilibre général droite-gauche,..
quid?
Rédigé par : francis | mercredi 30 septembre 2009 à 10:47