Lorient, c'est moche et il y pleut tout le temps. Et alors ?
Il faut sans doute pas mal d'imagination (ou de mauvaise foi) pour suggérer que Lorient est une belle ville. Rasée à plus de 80% en 43-44 et reconstruite n'importe comment par la suite, elle offre le même panorama sans grâce de barres et de tours que Calais ou Dunkerque, autres grands ports français presque intégralement privés de leur patrimoine architectural par les bombardements de la deuxième guerre mondiale.
Mais bon, ça n'est pas un scoop : de l'imagination et de la mauvaise foi, j'en ai à revendre ! Alors, oui, je prétends que Lorient est une ville magnifique et que le méchant béton qui fait tenir debout l’église Saint-Louis vaut largement le granit de la cathédrale Saint-Pierre de Vannes ! D'autant plus que j'ai fait partie des rares privilégiés autorisés, cet été, à grimper jusqu'au clocher du surprenant édifice histoire d'admirer la rade depuis les nuages. C'est sûr, vues d'en haut, les barres et les tours restent des barres et des tours et ne se mettent pas à ressembler aux hôtels à colombages de l'autre grande cité morbihannaise ; encadrées par la citadelle de Port-Louis et les portiques de déchargement des quais de Kergroise, elles finissent pourtant par avoir une certaine allure…
Paradoxalement, le meilleur moment pour prendre la température de Lorient, c'est celui pendant lequel les autochtones sont minoritaires et doivent faire de la place aux 650 000 visiteurs du Festival Interceltique, ce mix de Woodstock druidique et de foire-expo pour fabricants de triskells en clous de maréchal-ferrant. Ecossais en kilt, Irlandais à chapeaux de lutins, Corniques mangeurs de pasties, Mannois, Galiciens, Asturiens et Australiens écluseurs de bière… Tout ce que la planète compte d'amateurs de celtitude se retrouve quai des Indes à écouter de la cornemuse ou à danser la gigue. C'est que la culture celte est un peu le pendant nord-européen de la culture andalouse, seul autre folklore passé de l'ombre de la ringardise aux lumières de la branchitude. On imagine mal, ainsi, qu'une manifestation internationale puisse réunir autant de monde pour danser la bourrée quelque part dans le Haut-Berry. La gavotte, elle, a inspiré jusqu'à la chanteuse Carly Simon.
Donc oui, c'est comme ça, la culture celte attire les foules et Lorient en profite pour proposer, chaque année et depuis des décennies, sa propre version d'un grand ragoût syncrétique où se retrouvent, sans conflits apparents, Pierre-Jakez Elias et les Dubliners, la geste arthurienne et le Seigneur des Anneaux, les fans de soltices et ceux de Benoît XVI, le Sinn Fein et les écoles Diwan… On pourra trouver ça un poil artificiel, un chouia marketing, un rien démago parfois, mais que celui qui n'a jamais repris lan dilidan en écoutant Tri Yann se lamenter sur le sort des taulards nantais se saisisse de la première pierre… Moi-même, Breton d'occasion puisque je n'ai vu le jour à Larmor-Plage que par le plus grand des hasards, je suis contaminé. Et si je ne fréquente pas souvent les crêperies (c'est vrai, quoi, on a toujours un peu faim après une complète, même avec un supplément champignon), tomber sur un micro-récital de la harpiste Gwenael Kerleo en passant devant la Coop Breizh de la rue du Port me donne l'impression d'avoir rencontré une fée en forêt de Brocéliande.
Je ne suis pas certain que la magie du festival, son ambiance particulière, à la fois populaire et savante, ait pu prendre ailleurs qu'à Lorient l'ouvrière. A Vannes, les petites rues bordées de boutiques d'antiquaires ou de fringues haut de gamme lui auraient donné un côté bourgeois et compassé ; à Saint-Malo, on se serait vraisemblablement concentré sur les chants de marins ; à Quimper, il aurait fallu tout fermer à 21h00, rapport aux riverains qui n'aiment pas le bruit… A Brest, l'autre grande cité prolote d'Armorique, elle aussi hantée par ses histoires d'arsenaux et de bars à putes, pourquoi pas (tiens, c'est même là qu'il a commencé, le festival) ? Mais bon, Brest, ça fait tout de même un peu loin pour venir de Paris ou de Sydney tant que la ligne TGV n’est pas construite...
Pour autant, loin ou pas, vous l'avez loupé, le Festival Interceltique, puisqu'il s'est terminé hier et que vous avez préféré passer toute la semaine sur la côte d'Azur, à manger des salades niçoises fades et hors de prix. Vous n'avez pas entendu Carlos Nunez souffler dans sa gaïta, vous n'avez pas vibré avec le bagad de Lann-Bihoué, vous n'avez pas non plus déambulé de tente blanche en tente blanche, un gobelet de Guinness à la pogne, en écoutant les flutistes, sonneurs, guitaristes, fiddlers et autres musicos venus assurer le off en marge des grandes scènes. D'accord, vous êtes rentrés bronzés, mais vous aurez l'air fin, dans dix ans, avec vos mélanomes malins…
Une suggestion, l'année prochaine à la même époque, préférez Lorient. Pour la 40e édition, ils devraient faire les choses bien. Ce qui ne vous empêche d'aller visiter le coin hors festival : vous verrez, c'est vraiment splendide, ces barres, ces tours, ce béton…
© Commentaires & vaticinations
Pour la bourrée dans le Haut-Berry, le festival des danses populaires de Saint-Chartier était assez couru, et probablement plus authentique que l'Interceltique. Et au moins il n'y avait pas TF1.
Un must, si vous n'avez jamais entendu de votre vie crier "et vive eul'berry !"
Rédigé par : Emmanuel | lundi 10 août 2009 à 17:30
S'il n'y a pas TF1, ça n'existe pas !
Autrement, j'ai justement un pote du Berry que les compétences marketing de la Bretagne agacent. Ce qui me rappelle ce truc de Woody Allen : Qu'est ce qu'un écureuil ? Un rat avec un bon service de relations publiques.
Le Berry est certainement aussi intéressant que la Bretagne, mais les fées et les enchanteurs de Brocéliande font plus rêver Walt Disney que les sorcières de George Sand. Et moi-même je suis né à côté de Lorient, pas de Bourges...
Rédigé par : Hugues | lundi 10 août 2009 à 17:42
Chacun ses goûts... Pour ma part, quels que soient les indéniables charmes de la région, quand on y passe 11 mois sur douze, dont un mois de juillet à 15 degrés sous le crachin, que l'on est un peu hermétique au folklore brocéliandais, comment dire... les cagoles niçoises, les Pan Bagnat, le rosé de provence, les articles ridicules de Nice Matin, ben le douzième mois, on se dit que c'est pas si mal.
Rédigé par : alexandre delaigue | lundi 10 août 2009 à 19:50
Alexandre,
Ah je te comprends... Ceci-dit, j'habite Paris où le temps n'est finalement pas plus brillant qu'en Bretagne mais ça ne me donne plus aussi envie d'aller vers le Sud l'été qu'auparavant.
En fait,il me semble que la Bretagne c'est comme le whisky ou le cognac. C'est un goût qui se forme au fil des ans alors qu'on trouvait que ça sentait le vomi au tout début. Tu dois être un cas spécial !
Rédigé par : Hugues | mardi 11 août 2009 à 10:34
"Autrement, j'ai justement un pote du Berry que les compétences marketing de la Bretagne agacent. "
C'est désormais une politique à part entière de la part du conseil régional, relayée par la diaspora (défilé de la Breizh Touch sur les Champs Elysées, école Diwan à Paris). Pour l'instant, les Bretons sont les seuls à avoir monté ce genre d'opérations. Dommage...
Rédigé par : Gwen | jeudi 13 août 2009 à 16:32
MOI QUI EST V2CUE ç ans en bretagne pour l'or du monde plus jamais,les bretons ne sont pas acceuillant,jaloux,d'une mèchancetée que je n'avais jamais rencontrez,moi qui suis si sociable,et le racisme je n'en cause pas!!!!ils aiment restés entre eux d'ailleurs selon de vrais sondage la bretagne est classée 1ere,en alcoolèmie,enet en bien d'autre choses que je n'oserais prononcer,les anglais qui ont achetez ma maison l'ont mit en vente 8 mois aprés pas simpa du tous!!!
Rédigé par : aladine | vendredi 14 août 2009 à 11:27
C'est une blague? comme partout, les commentaires ne volent pas haut...
Rédigé par : soazz | lundi 24 août 2009 à 12:22
Il se chuchote parmi les musiciens et danseurs trad que le festival de lutherie & danse traditionnelle (anc. St Chartier) serait fortement menacée par la mièvrerie marketing de Carouf Market...
Quand au reste, oui, mettons du korrigan dans le béton !! Du culturel la ou il y a moins de soleil ! et tant pis pour les jaloux... :-)
Rédigé par : Jakèz | lundi 24 août 2009 à 14:03