Avec Hadopi, Obama n'aurait pas pu télécharger illégalement le discours de Sarkozy à Dakar. J'avoue que ça aurait été dommage...
Moi, je suis comme Jean Daniel : à une envolée lyrique maladroite près (« l'homme africain » et son « entrée dans l’histoire »), j'ai du mal à lire le discours de Nicolas Sarkozy à Dakar autrement que comme une tentative de remise des pendules à l'heure dans la relation franco-africaine… Qu'un président français débarque au Sénégal pour évoquer l'horreur de l'esclavage et insister sur les pillages de la colonisation est déjà frappant ; qu'il en vienne à exalter les immenses ressources humaines et économiques d'un continent invariablement présenté comme incapable de survivre sans perfusion de l'hémisphère nord est carrément inédit.
C'est sûr, on peut très bien n'y voir qu'une posture, une manière nouvelle de maquiller les crapuleries à venir de la « Françafrique », mais il est absolument impossible d'y trouver la moindre matière à repentance — n'en déplaise à Ségolène Royal. A mille lieu du baratin misérabiliste et complaisant auquel nos leaders ont habitué les foules africaines, l'omniprésident — oui, le terrible amateur de Rolex et de semelles compensées — vient expliquer aux Dakarois que la colonisation comme explication de tous leurs malheurs, c'est une impasse ; qu'il va falloir qu'ils se prennent en main, qu'ils en ont les moyens, et que la France sera à leur côté tout au long du chemin. Une objection ? Un bémol ?
Las, la montre suisse, les talonnettes et le conformisme antisarko ont tellement pollué le débat qu'il est devenu impossible de lire ce discours pour ce qu'il est. J'irai même jusqu'à dire qu'il est devenu impossible de le lire « tout court », à en juger par le nombre de commentaires émis par des gens qui ne l'ont manifestement même pas survolé. Mais voici que Barack Obama, dont on ne connaît pas la marque de la toquante et qui n’a pas besoin de siège réhausseur au cinéma, atterrit à Accra pour y tenir un langage rigoureusement identique — et les mêmes qui s'étranglaient de rage sont à court d'adjectifs pour exprimer leur admiration !
Fustigeant le tribalisme et les archaïsmes, refusant de voir l’Occident accusé de la destruction de l’économie zimbabwéenne, n'ayant pas de mots assez durs pour dénoncer la corruption et le mépris de l'État de droit, désespérant des conflits en cascade, Obama fait son Guaino jusqu'à la lie. « Des pays comme le Kenya avaient un PIB par habitant supérieur à celui de la Corée du Sud lorsque je suis né, remarque-t-il avec amertume. Ils ont été méchamment dépassés pendant que la maladie et la guerre ravageaient des parties entières du continent ».
C'est évident, face aux défis qui attendent l'Afrique, se demander si Sarkozy, président blanc d’une ancienne puissance coloniale, avait moins le droit qu'Obama, président noir d’une ancienne puissance esclavagiste et ségrégationniste, de dire les choses aussi crûment n'a aucun sens. Et l'on voudrait plutôt se féliciter du consensus qui prévaut désormais, à Paris et à Washington, sur la nécessité d'une nouvelle façon d'accompagner l'Afrique dans son développement. N'empêche, si Hadopi n'avait pas été retoquée par le conseil constitutionnel, Obama n'aurait sans doute pas pu télécharger le discours de Sarkozy aussi facilement…
A quoi ça tient, hein, la géopolitique !
© Commentaires & vaticinations
Je me faisais exactement la même réflexion, en voyant les images du discours de Barack. Les mêmes applaudissent des propos qu'ils fustigeaient naguère. A croire que le problème réside davantage dans la personnalité de Nicolas Sarkozy, qu'il est si facile de critiquer, que dans le fond de ses propos, qui n'ont rien de choquant pour qui se donne la peine de les lire.
Mugabe n'a qu'à bien se tenir. Avec Barack aux manettes, il sera difficile de prétendre au complot occidentalo-américano-colonialiste.
Rédigé par : Sarpedon | dimanche 12 juillet 2009 à 20:40
Pouvez-vous citer la phrase malheureuse que Barack Obama aurait dite pendant ce discours ?
Ne cherchez pas, il n'y en a pas.
Chez Sarkozy, il a souvent (toujours ?) la petite phrase malheureuse qui focalise toute l'attention et décrédibilise l'ensemble du discours.
Rédigé par : Ø | dimanche 12 juillet 2009 à 21:45
Bien d'accord avec o barré : pas de petite phrase insultante... Pour justifier par le "génie des peuples" la manière dont la France entre autres s'est assuré un contrôle des matières premières africaines au dixième du prix : il était moins coûteux de payer 10% à un dictateur corrompu que de payer 90% à un pays libre de ses tarifs. Je ne suis pas pour l'auto-flagellation de l'homme blanc : personnellement je n'y suis pour rien. Maintenant y aller avec le culot qu'a eu Sarkozy, c'est obscène, et j'avoue que je ne vois pas le rapport avec Obama (qui, personne ne l'a fait remarquer, n'est pas descendant d'esclaves - sans quoi il n'aurait pas été élu à son poste à mon avis).
Rédigé par : Blogueur Influent | lundi 13 juillet 2009 à 10:39
Bonjour,
Je viens juste de relire les discours de Sarkozy et d'Obama après avoir lu votre post. Je ne crois pas que nous ayons sous les yeux les mêmes textes!
Laissons de coté l'épisode de la rentrée dans l'histoire et le fait tout bête que Sarkozy est blanc et président d'une ancienne puissance coloniale alors qu'Obama est noir et président d'un pays dont le passif en Afrique est moins grand.
Comparons:
Sarkozy: invité devant des universitaires, juste après avoir dit que les africains sont divers et que ce serait là un premier mystère (pourquoi? Dieu seul le sait!) enchaine en parlant longuement des malheurs de "l'homme noir". Et tout le discours continue ainsi sur le mode général parlant de "l'homme africain", de "l'homme européen", du colonisateur et du colonisé, des merveilleuses traditions africaines et des apports des colons. Il éprouve le besoin de nous assurer que notre culture n'est pas inférieure (ce que je trouve perso insultant: je dis pas à mes amis français que leur culture est ou n'est pas inférieure à la mienne, aussi bizarre que je puisse trouver leur traitement des personnes âgées) et dans le même mouvement de nous assurer que la part d'Europe qui est en nous n'est pas indigne parce qu'elle est "l'appel de la liberté, de l'émancipation et de la justice et de l'égalité entre les hommes et les femmes." OK on a compris; notre culture est bonne mais elle a quand même pas tous ces principes universels d'égalité. Faut pas déconner non plus...
Bien sûr qu'il dit que la colonisation n'est pas cool. So what? Il précise juste après qu'elle nous a apporté des écoles et la démocratie. Je pourrais continuer sur les 10 pages du discours, tout est à l'avenant.
Et au total aucune proposition concrète de refondation des rapports franco-africains. Juste une dissertation pseudo-anthropologique indigne d'un undergrad de la fac de lettres de Dakar.
Obama: parle exclusivement de l'Afrique contemporaine. Apporte son soutien aux peuples qui se battent pour que leurs dirigeants les respectent. Donne un exemple concret de démocratie africaine fonctionnelle (Sarko était à Dakar et parle de manière indifférenciée de "l'homme africain" comme si Harare & Dakar ou Accra vivent les mêmes problématiques!) Obama se montre critique envers les sociétés et institutions africaines qui le méritent mais reconnait qu'il y a une vraie diversité institutionnelle sur le continent. Propose des mesures concrète pour soutenir ceux qui le méritent. Réaffirme que l'Afrique n'est pas détachée du système international et donne des exemples concrets de ce qui lui parait digne d'être soutenu... etc,
Franchement, à la relecture, je persiste à trouver le discours de Sarkozy insultant pour l'intelligence de l'assistance et digne du XIXe siècle européen. Obama est très clair sur ce qu'il veut, sévère envers ceux qui le méritent et compatissant envers ceux qui souffrent des dysfonctionnement dont notre élite est responsable.
PS: Désolé pour ce (trop) long commentaire.
Rédigé par : Hady Ba | lundi 13 juillet 2009 à 14:34
Sarpedon,
La manière dont le discours de Sarkozy avait été commenté chez nous était de toute manière totalement détachée de la question africaine. Mais méfiez-vous tout de même des couronnes de lauriers tressées pour Obama : il reste le président des horribles Etats-Unis et les ultra-gentils vont bien finir par s’en souvenir…
Ø,
Et cette petite phrase malheureuse, dont le sens se discute, d’ailleurs, vous empêche de réfléchir à ce que le bonhomme a à dire, au contenu comme au contexte de son discours ?
Blogueur influent,
La question du contrôle des matières premières africaines, désormais, ce n’est plus vraiment une question liée aux manœuvres post-coloniales françaises et le monde a certainement changé. Ce qui serait bien, mais Sarko ne le dit pas assez, c’est que l’homme français entre lui aussi dans l’histoire et se mettre à comprendre que la planète est en mouvement permanent.
Hady Ba,
Ecoutez, je n’ai pas envie de faire l’analyse de texte point par point des deux discours : je les ai entendu, je les lai lu et leur teneur est essentiellement la même même si leur origine culturelle est évidemment différente. Je ne vois ni racisme ni paternalisme chez Sarko, et je préfèrerais que l’on mette le gars au pied du mur sur les engagements pris plutôt que de gloser sur le sens caché de tel ou tel mot.
Je constate en tout cas que les réactions africaines négatives étaient largement suscitées par le débat franco-français et les aventures de Ségolène, et que tout ça est assez ridicule. Je vous suggère d’ailleurs de lire la fameuse lettre de Thabo Mbeki, qui semble avoir eu moins de mal que les spécialistes du sarko-bashing à comprendre de quoi il s’agissait.
En tout état de cause, j’invite réellement les lecteurs qui ont envie d’aller plus loin dans cette affaire de lire eux-mêmes les deux discours : ça ne prend pas longtemps et on peut se forger une opinion sans interférence…
Sarko : http://www.elysee.fr/elysee/elysee.fr/francais/interventions/2007/juillet/allocution_a_l_universite_de_dakar.79184.html
Obama (en anglais) : http://www.nytimes.com/aponline/2009/07/11/world/AP-AF-Obama-Text.html?_r=1&ref=africa
Rédigé par : Hugues | lundi 13 juillet 2009 à 15:08
Je n'ai parlé ni de racisme ni de paternalisme et encore moins de sens caché. Vous dites que les deux discours sont les mêmes et je pense que ce n'est pas le cas si on les a lu. Il me semble que cela justifie une comparaison des deux textes. De plus, Sarkozy n'ayant pris aucun engagement dans ce discours, je ne vois pas comment on pourrait le mettre au pied du mur là dessus.
Par ailleurs, les gens qui étaient à la fac de Dakar ont écrit dès le lendemain à la presse sénégalaise pour s'indigner d'un tel discours et donc bien avant que ne commence le débat franco-français.
Et bien sûr que j'ai lu les félicitations de Mbecki. Mais depuis quand le jugement d'un type qui a nié pendant des années le lien entre VIH et Sida est-il une référence?
Rédigé par : Hady Ba | lundi 13 juillet 2009 à 15:38
tu n'es pas le seul à faire cette remarque :
http://www.lemonde.fr/opinions/article/2009/07/13/l-afrique-de-barack-obama-face-a-celle-de-nicolas-sarkozy-par-philippe-bernard_1218214_3232.html
un discours de responsabilité, c'est très bien. Il y a des choses assez contestables dans le propos d'Obama qui reprend la vulgate de la communauté du développement sans grande critique : ce n'était pas le propos. La différence est à rechercher dans les perspectives nationales : culturalisme exacerbé en France qui ressort du discours de Sarkozy, paternalisme techniciste et optimisme démocratique chez Obama. Je m'avoue pour ma part sceptique sur ce genre de discours globalisant, faisant de l'Afrique une catégorie à part entière, avec le simplisme qui va avec à chaque fois (genre l'évocation du génocide au Darfour).
Rédigé par : alexandre delaigue | lundi 13 juillet 2009 à 16:06
Télescopage pour télescopage, rajoutons-y une couche :
“La subsidiarité respecte la dignité de la personne en qui elle voit un sujet toujours capable de donner quelque chose aux autres. En reconnaissant que la réciprocité fonde la constitution intime de l’être humain, la subsidiairité est l’antidote le plus efficace contre toute forme d’assistance paternaliste.”
C'est Benoît XVI dans sa dernière encyclique "Caritas in Veritate".
Toujours la même idée...
Voir le billet que Koz y a consacré.
Rédigé par : Liberal | lundi 13 juillet 2009 à 17:50
Hady Ba,
Désolé, je ne voulais te faire un procès d'intention mais j'ai dû faire une indigestion de commentaires allant dans ce sens sur Rue89, où ce papier est également publié.
Mais pour les félicitations de Mbeki, il ne faut peut-être pas tout mélanger : il disait peut-être des énormités sur le sida, mais ça ne l'empêche pas d'avoir une vision du développement africain tout à fait honorable. L'Afrique du Sud est certainement un endroit depuis lequel Obama aurait pu faire ce discours sur une Afrique sans complexe et avide de croissance. J'entends déjà des voix répliquer qu'il y a encore énormément de problèmes et d'inégalités dans ce pays, mais qu'on se souvienne du chemin parcouru...
Alexandre Delaigue,
Oui, encore une fois, Le Monde repasse mes plats... Non, je plaisante... POur autant, il y a tout de même quelques constantes dans les problèmes africains et les points identifiés dans le discours d'Obama (mauvaise gouvernance, conflits incessants, corruption, tribalisme...) se retrouvent en Afrique de l'Ouest comme en Afrique australe.
Dans les années 70, on parlait d'Eurosclérose et de "Club Med" pour les qualifications à l'euro dans les années 90. C'était tout aussi ramasse-tout et pourtant tout aussi bien vu...
Libéral,
Voici un bon moyen d'amener le traditionnel "Et Dieu dans tout ça" à propos de tout et n'importe quoi !
Rédigé par : Hugues | lundi 13 juillet 2009 à 19:57
Hugues,
Désolé, j'ai suivi votre conseil, mais j'ai du mal à voir la prose guainienne (une affolante succession de poncifs dans un style qui ressemble plus à une caricature du discours d'un sous-préfet de la IIIème Rep. dans un village de brousse) avec vos yeux de Chimène - J'ai encore plus de mal à saisir comment quelqu'un qui prétend apprécier le Voyage au bout de la nuit peut se fendre d'une défense et illustration du "bon-colonialiste-qui-construit-des-hôpitaux". Mais bon, peut-être ne suis-je pas entré moi-même dans l'histoire (sarkozienne) ;-)
Et sinon, puisque la politique moderne c'est de la communication et de la culture du résultat, nous pouvons peut-être nous contenter de constater que Barack a été plus brillant que Nicolas, puisque que le discours du premier a visiblement été mieux perçu par ses interlocuteurs que celui du second?
Rédigé par : vains dieux | lundi 13 juillet 2009 à 20:56
Hugues : ben non, justement. Un test me semble intéressant : imaginons le même discours tenu, par l'un ou par l'autre, dans une quelconque autre partie du monde. Imaginons Obama tenant un discours du même ordre en Europe, ou Sarkozy en Amérique du Nord. Et instantanément, les deux discours nous semblent profondément condescendants. Qu'est-ce que l'on peut dire à un Ghanéen du Darfour ou du Zimbabwe? Imaginerait-on dire aux européens sur ce ton que leurs problèmes sont la corruption et l'incurie des dirigeants; qu'ils doivent mettre en place une "force commune" pour traiter les problèmes de leur continent? Quelle que soit la validité de ces idées, provenant d'un étranger, elles nous sembleraient à juste titre franchement méprisantes et pas dénuées de mauvaise foi ou d'angélisme naif (parce qu'en termes de corruption et de mauvaise gouvernance, les USA ont été servis, et cela ne les empêche pas d'être riches).
Ma question, c'est pourquoi les africains ont-ils droit à ce genre de traitement, qu'on n'oserait pas réserver à d'autres sous peine de paraître ridiculement arrogants? Les "bonnes parties" du discours d'Obama sont destinées aux américains, pas aux africains (genre, moins d'aide, plus de responsabilité, etc). Même chose d'ailleurs pour les "bonnes parties" du discours de Sarkozy : cela n'a de sens qu'en comparaison avec le passé africain de la France.
Il n'y a pas dans le discours d'Obama sur l'Afrique l'habileté politique que l'on trouvait dans son discours sur l'islam. Il y a dans le discours de Sarkozy un profond culturalisme qui est ce que les critiques ont trouvé insupportable (tout le baratin sur "l'homme africain").
Si les asiatiques réussissent en Afrique mieux que les autres, c'est peut-être tout simplement parce qu'ils ne viennent pas faire des discours, mais simplement des affaires, en traitant les gens comme des partenaires commerciaux comme les autres. Ce que les européens ne peuvent pas faire à cause du passé colonial, et les américains ne peuvent pas faire à cause du poids de la question noire chez eux.
Rédigé par : alexandre delaigue | lundi 13 juillet 2009 à 23:24
C'est vrai qu'il faut arrêter d'ennuyer les braves gens à cause d'une "petite phrase malheureuse, dont le sens se discute, d’ailleurs".
Ainsi, que M. Lepen, par exemple, ait pu dire que "les chambres à gaz sont un détail de l'histoire" ne doit pas nous "empêcher de réfléchir à ce que le bonhomme a à dire, au contenu comme au contexte de son discours". Arrêtons la diabolisation et la critique systématique et tellement facile.
Non ?
Rédigé par : Antoine Block | mercredi 15 juillet 2009 à 01:39
Alexandre,
Mais nous sommes d'accord : plus d'investissement et plus de commerce, c'est certainement ce dont la plupart des pays africains ont besoin -- bien plus que de repentance en carton.
Et ça n'a rien à voir avec la capacité à aborder le Sénégal autrement que le Sierra Leone.
Antoine Block,
Je ne sais pas répondre à un commentaire pareil autrement que par le sarcasme :
Oui, c'est la même chose, Le Pen et Sarkozy disent la même chose, le discours de Dakar est l'équivalent du "détail" et je suis donc moi-même un crypto-fasciste dont les billets rappellent les heures les plus sombres de notre histoire...
Rédigé par : Hugues | mercredi 15 juillet 2009 à 09:45
Antoine Block > Un point godwin et un grand bravo pour le commentaire le plus absurde que j'ai lu ce mois ci...
Rédigé par : Michael | mercredi 15 juillet 2009 à 10:38
@Hughes & Michael :
Vos sarcasmes auraient plus de portée s'ils étaient étayés d'arguments (mais en disant cela, je me rends compte de l'extravagance dont je fais preuve, obstinément).
Tant pis. Je prends donc note que les petites phrases des uns concernant l'essentialisation et le mépris pour l'"homme noir" et "l'âme africaine" sont pleines de bon sens, tandis que celles des autres concernant la place des chambres à gaz dans l'histoire sont ignoblement inadmissibles.
C'est plus clair en le disant.
Rédigé par : Antoine Block | mercredi 15 juillet 2009 à 16:11
Antoine Block,
Tu donnes vraiment envie de poursuivre dans la même veine :
Donc, j'essentialise "l'homme noir" pour mieux jouer de la concurrence mémorielle. Je crois que tu seras bientôt mûr pour Dieudonné...
Rédigé par : Hugues | mercredi 15 juillet 2009 à 16:19
Pardon, Hugues, mais il ne s'agit pas (encore) de votre discours, mais de celui de Nicolas Sarkozy. C'est donc lui qui essentialise.
Mais peu importe, je n'ai pas parlé de concurrence mémorielle (concept qui provoque chez moi d'irrépressibles bâillements).
Quant à Dieudonné… Si, moi aussi, je peux me permettre de poursuivre dans la même veine : je crois que vous serez bientôt mûr pour Gobineau.
Je sens qu'on avance, là…
Rédigé par : Antoine Block | mercredi 15 juillet 2009 à 16:36
Antoine Block > c'est l'hôpital qui se fout de la charité... C'est a celui qui accuse d'apporter la charge de la preuve.
C'est toi qui avance que le discours de Sarkozy est pour partie comparable aux petites phrases de Le Pen, c'est donc a toi d'argumenter. Pour le moment, je n'ai pas lu l'ombre d'un exemple dans tes commentaires.
Rédigé par : Michael | mercredi 15 juillet 2009 à 17:18
Le Président des Etats-Unis portait une TAG Heuer (maison suisse appartenant au groupe français LVMH) lorsqu'il ne l'état pas encore, POTUS. Depuis il porte et portera scrupuleusement pendant tout son mandat une montre meilleur marché, offerte par son service de sécurité.
Rédigé par : Sparky | mercredi 15 juillet 2009 à 17:34
Michael, vous faites très fort. Même Hugues reconnaît au moins une petite phrase malheureuse dans le discours de Dakar. Mais si ce discours a choqué et a suscité l'indignation partout en Afrique et au-delà, c'est sans doute en raison de l'anti-sarkozysme primaire de l'"homme noir"…
Hugues a mis le texte du discours en lien, vous pouvez le lire, cela vous permettrait d'y voir plus clair.
Mais je vous fais un relevé de quelques "petites phrases" :
"Il [le colon] a pris mais je veux dire avec respect qu'il a aussi donné. Il a construit des ponts, des routes, des hôpitaux, des dispensaires, des écoles. Il a rendu fécondes des terres vierges, il a donné sa peine, son travail, son savoir."
"La colonisation fut une grande faute mais de cette grande faute est né l'embryon d'une destinée commune."
"La civilisation musulmane, la chrétienté, la colonisation, au-delà des crimes et des fautes qui furent commises en leur nom et qui ne sont pas excusables, ont ouvert les cœurs et les mentalités africaines à l'universel et à l'histoire."
En bref : la colonisation et l'esclavage, ce n'est pas très sympa, mais il faut bien reconnaître que cela produit des résultats positifs (en somme, c'est la politique sécuritaire de Nicolas Sarkozy érigée en modèle pour les relations internationales).
La colonisation est une forme de super-Kärcher.
"Le drame de l'Afrique, c'est que l'homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire. Le paysan africain, qui depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l'idéal de vie est d'être en harmonie avec la nature, ne connaît que l'éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles.
Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n'y a de place ni pour l'aventure humaine, ni pour l'idée de progrès.
Dans cet univers où la nature commande tout, l'homme échappe à l'angoisse de l'histoire qui tenaille l'homme moderne mais l'homme reste immobile au milieu d'un ordre immuable où tout semble être écrit d'avance.
Jamais l'homme ne s'élance vers l'avenir. Jamais il ne lui vient à l'idée de sortir de la répétition pour s'inventer un destin."
Faut-il commenter ? Si ce n'est pas de l'essentialisation, du mépris et du cliché qu'aucun guide touristique n'oserait plus servir, je ne vois pas ce que c'est (la réalité, me répondrez-vous sans doute). Et il est où Yabon Banania ? Et le café Mocamba-toute-la-force-de-l'Afrique ? Et Ungawa-tchoutchou-Bwana ?
Et je ne parle pas des contradictions dont le texte est truffé : une fois, l'Afrique est victime de potentats autoritaires, une fois l'homme africain est incapable de se rêver un destin; une fois, il faut que l'homme noir soit fier de ses origines et de ses singularités, une fois il faut qu'il se débarrasse de ses mythes…
C'est vraiment une soupe imbuvable.
Finalement, c'est Nicolas sarkozy qui confesse sa propre attitude :
"le problème de l'Afrique, c'est qu'elle est devenue un mythe que chacun reconstruit pour les besoins de sa cause."
On ne saurait mieux dire.
Rédigé par : Antoine Block | mercredi 15 juillet 2009 à 19:43
"Le drame de l'Afrique, c'est que l'homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire. Le paysan africain, qui depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l'idéal de vie est d'être en harmonie avec la nature, ne connaît que l'éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles.
Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n'y a de place ni pour l'aventure humaine, ni pour l'idée de progrès.
Dans cet univers où la nature commande tout, l'homme échappe à l'angoisse de l'histoire qui tenaille l'homme moderne mais l'homme reste immobile au milieu d'un ordre immuable où tout semble être écrit d'avance.
Jamais l'homme ne s'élance vers l'avenir. Jamais il ne lui vient à l'idée de sortir de la répétition pour s'inventer un destin."
Cà c’est du pur Guaino ! Sarko recrache cette soupe sans sourciller car c’est écrit par Guaino, et aussi parcequ’il serait bien incapable d’écrire lui-même quelque chose d’intelligent et de structurer sur l’Afrique.
Rédigé par : toto | jeudi 16 juillet 2009 à 14:10
je viens de le relire: le discours de dakar est bien creux et grandiloquent et, au delà de banalités, on en retient surtout les quelques phrases prononcées sur cet homme africain "qui ne s'élance pas vers l'avenir, qui vit dans la nostalgie d'un âge d'or " (où a t il été chercher cela??)...
maintenant dire aux africains que nous cherchons une voie de développement qui soit écologique et raisonnable, c'est bien, mais ça n'engage à rien...
Rédigé par : francis | lundi 20 juillet 2009 à 18:01