La grippe porcine, c'est effectivement moins grave que la peste à Marseille en 1720. Mais ça fatigue tout de même pas mal...
Lorsque j'étais gosse, j'adorais être malade ! Pas par masochisme (je ne parle évidemment pas d'une hospitalisation pour l'extraction d'une tumeur au cerveau ou pour un double-pontage coronarien), mais plutôt par goût de ces journées hors du temps, journées pendant lesquelles on oublie un peu l'école pour rester sous la couette avec des BD et du bouillon de poule.
Le truc, c'était d'ailleurs d'être malade « juste comme il faut » ; suffisamment pour échapper à la compo de calcul, mais pas assez non plus pour souffrir pour de bon. Ben oui : tout le monde est aux petits soins, le frangin et la frangine sont instamment priés de ne pas vous gonfler et, si vous avez du pot, vous vous débrouillerez bien pour vous faire offrir un recueil trimestriel du Journal de Spirou — ces gros volumes à couverture cartonnée qui éliminent la frustration des histoires à suivre d'une semaine sur l'autre…
Adulte, en revanche, je déteste être malade. J'ai l'impression d'être un vieillard que ses organes vitaux s'apprêtent à lâcher les uns après les autres et il me vient tout un tas d'idées sombres sur ma propre finitude. Pire, personne n'est là pour prendre mon malheur en charge et entendre mes lamentations grotesques si, comme la semaine dernière, mes gosses barbotent sur les bords de l'Atlantique, ma moitié est en déplacement du côté d'Oxford et ma moman se repose à huit cents kilomètres de ma paillasse pendant que je me tords de douleur. On préférerait pourtant ne pas être trop isolé lorsqu'on est convaincu, comme c'est mon cas, que cet ignorantus de toubib s'est montré incapable de distinguer la terrible grippe H1N1 d'une vulgaire angine !
Preuves de l'incompétence du mercenaire invité à mon chevet suite au départ en vacances de mon rebouteux référent : la rédaction d'une ordonnance à rallonge (pas moins de cinq remèdes distincts) et, surtout, la prescription d'un antibiotique sans test de diagnostic préalable ! Alors, hein, virale ou bactérienne, cette pseudo-angine ? On ne le saura jamais même si, discipliné, j'ai gentiment accepté d'ingurgiter mon amoxicilline quatre fois par jour au nom du fameux principe de précaution.
De l'autre côté de la Manche, pour autant, je me serais immédiatement retrouvé sous Tamiflu. La Sécu britannique propose en effet, sur un site Web ad-hoc, une sorte de quiz au terme duquel (et en cas de succès !) un code permettant d'aller chercher son kit anti-grippe charcutière à la pharmacie du coin vous est remis. Alors j'imagine qu’un antibiotique inutile en lieu et place d’un rétroviral pour cheval de trait à l'agonie, c'est un moindre mal ! « Mais tout de même, demanderiez-vous si vous pouviez seulement en placer une, pourquoi êtes-vous si convaincu d'avoir passé quelques jours en compagnie du virus de la grippe porcine plutôt qu'avec un banal streptocoque ? Par snobisme ? » C'est possible. Mais c'est aussi qu'au moment d’établir un diagnostic, je suis comme le docteur House de la téloche : if it walks like a duck and if it talks like a duck, il y a de fortes chances pour que ce soit un canard plutôt qu'une tronçonneuse électrique.
Car quels sont donc symptômes de la désormais célèbre grippe latino-américaine, et comment se comparaient-ils à ma propre condition pendant ma mini-crise sanitaire :
- Fièvre (j'ai passé la semaine à osciller entre 38,5 et 40°)
- Toux (m'en parlez pas, ça résonne encore dans mes tympans délicats)
- Migraine (si je n'avais pas été seul et abandonné, j'aurais enfin pu prononcer en contexte le célèbre « Pas ce soir, j'ai mal à la tête »)
- Fatigue (tu parles : j'étais épuisé, vidé, anéanti…)
- Sensation de froid (sous mes six couvertures, je tremblais encore comme une feuille morte)
- Douleurs musculaires et articulaires (un véritable écorché vivant pour expo de Gunther von Hagens)
- Diarrhée (je ne vais pas vous faire un dessin, non ?)
- Mal de gorge (c'est bien en examinant mon gosier en carton qu’il a parlé d’angine, hein, le type?)
- Nez qui coule (les chutes du Niagara en plus coloré)
- Perte d'appétit (j'ai perdu trois kilos dans cette histoire. Et, non je n'en avais pas besoin !)
Mais bon, une semaine plus tard, me revoici d'attaque ou presque. Je ne suis pas encore totalement à bloc et je vais attendre quelques jours avant d'attaquer le Ventoux à vélo mais, tout de même, ma grippe porcine à moi, son taux de survie est à 100%. De quoi réjouir les ultra-gentils qui vont répétant que toute cette histoire n'est jamais qu'une nouvelle machination sarkozyste permettant de camoufler, simultanément, l'augmentation des inégalités en France et les vraies maladies sérieuses qui touchent les pauvres gens du Sud…
Ah, mais non, ça ne colle pas, ça ! Parce que les ultra-gentils qui pensent comme ça, ils auraient certainement préféré que je ne m’en relève pas, de la fameuse grippe de la mondialisation néolibérale... Bah, ses contradictions, faut vivre avec ou en mourir. Atchoum alors !
© Commentaires & vaticinations
Sarkozy ne pourra jamais avec sa grippe porcine faire oublier les inégalités. Y'en a trop, elles sont trop inégales.
Rédigé par : Paul | mercredi 29 juillet 2009 à 17:55
Vous vous êtes vraiment trouvé une némésis à votre hauteur, avec les ultra-gentils.
Rédigé par : Sans Pseudo Fixe | mercredi 29 juillet 2009 à 18:30
Paul,
Des inégalités inégales, c'est le retour à l'égalité ?
Sans Pseudo Fixe,
Je remarque que tu as toujours le même pseudo, ce qui est déconcertant. A moins que tu n'en utilises d'autres à l'occasion, ce qui serait plus logique.
Autrement, oui, fameuse trouvaille. Figure-toi que j'ai même mes ultra-gentils de référence, dans la vie et sur le Web. C'est important pour rester en phase avec l'actualité de l'utra-gentillesse.
Rédigé par : Hugues | mercredi 29 juillet 2009 à 18:44
Hugues,
L'oxymore est volontaire.
Mais effectivement, j'utilise également d'autres pseudos, à usage unique généralement, lorsque mon "identité" n'a pas d'importance: commentaire purement factuel, question ponctuelle, correction triviale d'un autre commentaire ou d'un billet. Ou calembour, blague ridicule. Voire (léger) troll pour tester si un billet est du lard ou du cochon.
Personnellement, je préfère suivre l'actualité des ultra-pragmatiques et des ultra-réalistes.
Rédigé par : Sans Pseudo Fixe | mercredi 29 juillet 2009 à 19:26
Comme je me sens toujours visé quand tu attaques les ultra-gentils, je te répondrai simplement en t'abandonnant à ta mauvaise constitution (européenne), à l'intempérie de tes entrailles, à la corruption de ton sang, à l'âcreté de ta bile, et à la féculence de tes humeurs. Et je veux qu'avant qu'il soit quatre jours tu deviennes dans un état incurable. Que tu tombes dans la bradypepsie. De la bradypepsie dans la dyspepsie. De la dyspepsie dans l'apepsie. De l'apepsie dans la lienterie. De la lienterie dans la dysenterie. De la dysenterie dans l'hydropisie. Et de l'hydropisie dans la privation de la vie, où t'aura conduit ta folie socio-libérale.
Là. Tu es content? C'est assez ultra-gentil pour toi?
Meilleure santé quand même, et merci à Wikisource de me permettre de citer si facilement mes classiques... :-)
Rédigé par : Poil de lama | mercredi 29 juillet 2009 à 19:31
Sans Pseudo Fixe,
Mes billets sont toujours au lard Et au cochon lorsqu'ils parlent de grippe porcine.
Poil de lama,
Toi, un ultra-gentil !? Un ultra-gentil, ça ne quitte pas le PS (puisque ça n'y est jamais entré). Et ça ne vote certainement pas Bayrou (totalement preposterous).
En tout cas, tant que ça ne touche pas le poumon...
Rédigé par : Hugues | mercredi 29 juillet 2009 à 20:01
Oui, bon, vous avez présenté un syndrome grippal quoi, des tas de virus peuvent provoquer ces symptômes, dont la plupart ne sont même pas identifiés. C'était peut-être le H1N1, peut-être pas ;-).
Mais bon, félicitations pour être sorti plus fort de l'épreuve.
Rédigé par : thomas | mercredi 29 juillet 2009 à 21:56
Juste pour t'embeter:
* Fièvre (j'ai passé la semaine à osciller entre 38,5 et 40°) : avec une vraie grippe on descend pas en dessous de 40. Moi meme, j'ai un record à 40,8 lors ma precedente grippe (qui n'etait pas h1n1, puisque c'etait il ya 10 ans). Non 38.5, ca correpond tout a fait a une angine, 40 une angine severe.
* Toux (m'en parlez pas, ça résonne encore dans mes tympans délicats):angine. Je n'ai eu que deux fois la grippe en 30 ans, par contre des angines j'en ai collectionné. Et je peux te dire qu'une angine, ca fait tousser, au point de t'en donner mal à la gorge.
* Migraine (si je n'avais pas été seul et abandonné, j'aurais enfin pu prononcer en contexte le célèbre « Pas ce soir, j'ai mal à la tête »). Même quand tu n'a pas mal au crane évite de regarder TF1. Par ailleurs, et contrairement aux idées recues, avoir des relations sexuelles fait passer les maux de têtes occasionnels.
* Fatigue (tu parles : j'étais épuisé, vidé, anéanti…) :que veux tu , tu n'as plus 20 ans
* Sensation de froid (sous mes six couvertures, je tremblais encore comme une feuille morte), ici aussi, l'été est pourri
* Douleurs musculaires et articulaires (un véritable écorché vivant pour expo de Gunther von Hagens)Vraiment, tu n'as plus 20 ans.
* Diarrhée (je ne vais pas vous faire un dessin, non ?)
* Mal de gorge (c'est bien en examinant mon gosier en carton qu’il a parlé d’angine, hein, le type?) il avait probablement raison
* Nez qui coule (les chutes du Niagara en plus coloré), syndrome grippal vraiment?
* Perte d'appétit (j'ai perdu trois kilos dans cette histoire. Et, non je n'en avais pas besoin !) Comme toujours quand on est fiévreux.
Ceci dit, je suis content que tu te sois remis, et je parie que tu va maintenant imiter notre président: tu as besoin de repos .
Rédigé par : nicolas | jeudi 30 juillet 2009 à 10:00
(Oui c'est un nouveau concept, des idées neuves pour le PS)
Rédigé par : Paul | jeudi 30 juillet 2009 à 11:59
Nicolas > Ben oui syndrome grippal : les signes respiratoires (toux, rhinorrhée, encombrement) se développent lorsque les signes généraux (t°, frissons et sueurs, douleurs musculaires et articulaires, céphalées) régressent. Et une angine peut parfaitement être associée à un syndrome grippal (d'où la possibilité de prescrire un antibiotique en prévention, s'il y a des arguments sur l'origine bactérienne de l'angine). Donc difficile de faire un diagnostic précis de la petite crève de Hugues. Mais bon, pour lui faire plaisir on va dire que c'était peut-être quand même le H1N1 ;).
Rédigé par : thomas | jeudi 30 juillet 2009 à 12:14
Mon seul doute, c'est que cette grippe (ou angine) avait l'air beaucoup plus virulente que le H1N1.
Rédigé par : (Autre) Thomas | jeudi 30 juillet 2009 à 12:50
Content que tu ailles mieux. Ton "ignorantus de toubib" doit avoir les tympans qui sifflent à son tour depuis peu.
Concernant la peste, pas besoin de remonter à Marseille en 1720...
http://www.20minutes.fr/article/340619/Monde-Une-ville-chinoise-en-quarantaine-apres-un-cas-de-peste.php
Rédigé par : Stéphane | lundi 03 août 2009 à 08:30