Hier soir, je suis allé applaudir Bob Dylan au Palais des Congrès. Je n'y ai pas rencontré Nicolas Sarkozy qui était venu la veille, mais c'était formidable quand même.
J'aime bien raconter que mon tout premier disque était un album de Bob Dylan — Desire pour être précis. J'aime bien le raconter, mais c'est faux. Ou plutôt pas complètement vrai. Mon tout premier disque, c'était le 45 tours de Nicolas Peyrac So far away from LA. Pas franchement honteux pour un gamin de 11 ou 12 ans ayant tanné sa mère pour qu'elle le lui offre après en avoir été saturée sur RMC, mais avouons qu'on était assez loin de Dylan. Presque autant que de LA, en fait…
D'ailleurs, pour être tout à fait honnête, Desire n’est même pas mon deuxième disque ! Non, mon deuxième disque c’est Dolanes Melody, un tube de variétoche à la trompette signé Jean-Claude Borelly. Celui-ci, je crois que c’est à ma grand-mère que je l’avais demandé (je ne sais pas si ma mère serait allée jusque là). Le Dylan n’est donc que mon troisième disque, mais parce que c’est tout de même le premier que je me sois acheté avec mon propre argent de poche, il est bien, d’une certaine manière, malgré tout, mon premier disque si vous voyez ce que je veux dire.
Du coup, encore aujourd’hui, j’ai un attachement très particulier à cet album bourré de hits majeurs, Hurricane en tête. Ok, ce n’est pas le meilleur, ce n’est pas le plus fort. Ce n’est même pas le plus dylanien puisqu’il est largement co-écrit avec Jacques Levy, un prof de fac auteur de comédies musicales à ses heures. Mais bon, je vous l'ai peut-être déjà raconté, Desire est un peu mon premier disque ! Mieux, c’est grâce à lui que j’ai vraiment commencé à écouter de la musique — du rock, du blues, de la pop — et que j’ai fini par planquer le Jean-Claude Borelly quand j’avais des copains à la maison (mais pas le Nicolas Peyrac qui, semble-t-il, n’était pas totalement inacceptable bien qu’un poil incongru sur mes étagères, entre un Creedence Clearwater Revival ou une Patti Smith).
J'en suis convaincu : si j’avais joué d'un instrument, au lieu de sécher systématiquement mes cours de guitare pour aller faire des conneries avec mon gang, j’aurais probablement fait « du Dylan ». Enfin, ça aurait été « du Hugues » mais les spécialistes — ceux qui assurent que Desire n’est pas l’album le plus personnel de Dylan — disserteraient sans doute sur la filiation naturelle entre mes premiers albums et les siens, en dépit de nos backgrounds radicalement différents, lui dans le Minnesota, moi dans les Bouches-du-Rhône ; lui rencontrant Woody Guthrie, moi tombant sur, euh, je ne sais pas moi, Francis Lalanne dans un bar du Vieux-Port en 1984. Mais je n’ai pas fait de musique. Je me suis contenté d’en écouter et le monde du rock ne s’en est pas plus mal porté (en tout cas, il ne s’en plaint pas).
Ah, du Dylan, c’est sûr, j’en ai avalé jusqu’à faire pleurer les voisins de rage. Heureux propriétaire d’à peu près tous ses disques, j'ai progressivement transformé ma collection de vinyles en CD avant de passer au MP3, histoire de rester dans le vent (blowing in the wind ?). Pour autant, j’avais beau avoir écouté du Dylan sur tous les formats d’enregistrement, en live, ça, je n’en avais jamais eu l’occasion... Vous savez ce que c’est : ce genre de type ne passe par Paris qu’une fois tous les dix ans et, généralement, vous n’êtes au courant des dates de concerts que lorsque tout est complet. Mais il semble que mon ange gardien ait l’oreille musicale, ces temps-ci : tiens, pas plus tard qu’en novembre dernier, je me suis débrouillé pour aller entendre Leonard Cohen, autre grande idole à moi, à l’Olympia.
Ce coup-ci, j’ai pu passer deux trop courtes heures dans un fauteuil du Palais des Congrès de la Porte Maillot, à juger de ce que Mr Zimmerman avait encore dans le ventre à bientôt 70 ans. Résultat des courses : ça marche encore, même s’il faut parfois attendre le milieu d’une chanson pour la reconnaître, entre ces arrangements déconcertants et cet accent nasillard et non filtré par un producteur de studio. Même Like a Rolling Stone, cet hymne à la déchéance de ceux qui n’ont plus de maison vers laquelle rentrer, ça m’a pris un moment... Mais pour le reste, nickel : musiciens impeccables, public enthousiaste, sièges confortables. Presque trop confortables, d’ailleurs, ces gros fauteuils rembourrés, s’il faut vraiment trouver quelque chose de négatif à dire au sujet d’un concert sans accroc. Car le palais des Congrès, cet auditorium pour assemblée générale d’actionnaires d’Arcelor-Mittal, est-il le lieu idéal d’une étape parisienne pour l’auteur de North Country Blues ? Sans doute pas.
En tout cas, c’est un endroit qui convient à Nicolas Sarkozy qui, je l'apprend du Figaro au moment de trouver une chute, assistait au concert de la veille avec Carla. Il est vraiment fort, l'hyperprésident : parce que débarquer dans un papier consacré à Bob Dylan, il fallait le faire. Allez, the times, they are a-changing !
© Commentaires & vaticinations
Moi, je n'ai jamais aimé Dylan, mais j'ai attendu Hurricane pour oser dire que c'était principalement parce qu'il ne chante pas très juste (c'est une litote; et dans Hurricane, c'est vraiment flagrant).
Et nasillard, en plus, en effet.
Méfie-toi, Hugues: un des premiers signes qui témoignent de ce qu'on devient vraiment vieux, c'est qu'on tient à proclamer haut et fort qu'on a été jeune comme tout le monde.
Que cela ne te gâche pas ta séquence nostalgie. N'empêche qu'il n'y a pas beaucoup à chercher pour trouver des chanteurs tout aussi vieux et qui chantent plus juste. Je ne sais pas moi... Henri Salvador (OK, il est mort, mais il ne le méritait pas).
Rédigé par : Poil de lama | jeudi 09 avril 2009 à 19:41
Faire un papier sur Dylan à paris, sans citer l'autre hugues, aufray,
qui a tant fait pour sa diffusion en France, qui a si bien traduit son style, est ce bien raisonnable?
en tout cas on voit que nico devient Carla's man...
aller écouter un vieux chanteur classé à gauche....
Rédigé par : francis | jeudi 09 avril 2009 à 20:40
"Chanter juste"... Tss. Quel commentaire de béotien ! Mais Dylan est au-dessus de ces contingences ! Henri Salvador était bien sympa mais je crois que "Petit lapin ne va pas à Paris" n'est pas exactement du même calibre que, je sais pas moi, "The girl from the North Country".
Francis,
Mais j'étais un grand fan de Hugues Auffray quand j'étais gosse et j'ai même transmis ça à mes filles. Je suis même allé le voir à l'Olympia avec elles. Le problème, c'est qu'il a un peu de mal avec la rock'n'roll attitude de Dylan. Il suffit de comparer son adaptation de Don't think twice it's alright avec l'original pour constater à quel point les univers diffèrent. Dylan fait une chanson dure et amère, Aufray une bluette nostalgique.
Rédigé par : Hugues | jeudi 09 avril 2009 à 20:42
Pour ma part je connais très peu Dylan. Et c'est la tout l'intérêt de pouvoir télécharger: je vais pouvoir me faire un avis avant d'aller payer une place au palais des congrès.
Rédigé par : Spipoza | jeudi 09 avril 2009 à 22:51
@Poil de Lama : Dans ce cas là, on écoute John Baez (et les esprits mesquins disent : Henri Salvador, mais c'est vraiment trop bas, comme attaque). Et on manque quelque chose. Même si John Baez, c'est bien aussi.
Mais moins.
Rédigé par : Raveline | jeudi 09 avril 2009 à 22:52
Comment cela Joan Baez c'est moins bien?
Pff!
Rédigé par : Verel | vendredi 10 avril 2009 à 08:03
Spipoza,
Oui, c'est ça, télécharge pour te "faire un avis". Mais pour le live, comme c'est tous les dix ou quinze ans, ça risque d'être dans une prochaine vie...
Les autres,
Joan Baez c'est très bien.
Rédigé par : Hugues | vendredi 10 avril 2009 à 08:44
Une petite précision sur Dolanes Melody. Ce titre a été écrit pour le film de Jean-Pierre Mocky, "Un linceul n'a pas de poches", et s'appelait originellement "Dolan's Melody", du nom du héros, Mike Dolan. Cette musique entêtante revient pour rythmer l'action tout au long de ce très bon film. Depuis que je l'ai vu récemment, j'apprécie différemment cet air de trompette.
Cordialement.
Rédigé par : Juntos | mercredi 13 mai 2009 à 19:52
Ecoute donc Highway 61, si tu peux pauvre nain
Rédigé par : ac | lundi 01 juin 2009 à 23:51