La réintégration du commandement militaire de l’OTAN par la France est d'une implacable évidence. Mais si on commence à se rendre à l'évidence, on n'est pas sorti de l'auberge…
Védrine l'autre jour dans Le Monde, Ségolène ce matin sur France Inter… : le retour de la France dans le commandement intégré de l'OTAN fait l'objet d'une polémique aussi creuse que convenue. Et pas seulement parce que la gauche s'élève par réflexe contre tout ce qui pourrait ressembler à de « l'atlantisme » (un concept-valise signifiant grosso modo que l'on ne considère pas les États-Unis comme un ennemi). Non : à droite aussi, on en appelle aux mânes du général pour rappeler à quel point la mission civilisatrice de la France dans le monde serait rendue délicate par cette terrible perte de souveraineté.
Mon attitude à moi, finalement tout aussi pavlovienne, est d'applaudir des deux mains (car peut-on applaudir d'une seule main ?) cette nouvelle crapulerie sarkozyenne. Ok, les raisons de la création de l’OTAN ne sont peut-être plus exactement valides, maintenant que la crise réhabilite le marxisme et que l’on préfère nationaliser des banques plutôt que d'aller faire de la luge à Davos (Obama en est même à passer pour un prophète socialiste en son pays !). Mais compte tenu de la persistance d’un certain nombre de petits points chauds sur la planète, de l’incapacité de l’Europe à se doter d’une défense digne de ce nom et des interrogations que suscitent parfois les crises de nerfs poutiniennes, je prédis un bel avenir à cette splendide organisation.
Notez que je veux bien changer d’avis si des arguments plus convaincants que ces balivernes sur l’obligation d’aller faire la guerre en Irak, voire en Iran (je ne me souviens pas que les Allemands aient fait partie de la bande à Dabeuliou en 2003) sont proposés. Et surtout si l’on me démontre que la France sera moins capable de faire entendre sa voix si, hum, singulière en réintégrant complètement une organisation dont elle n’est de toute manière jamais sortie.
On commence d’ailleurs à rappeler un peu partout que Mitterrand himself avait entamé des négociations avec les Américains sur ce thème au début des années 90. Védrine devrait s’en souvenir : il était secrétaire général de l’Elysée. Et surtout, on suggère avec pertinence que notre indépendance est assez mal préservée dans un système où les forces françaises sont placées à la disposition des vrais patrons de l’OTAN sans possibilité de participer à leurs débats...
Je sais bien que le boulot de l’opposition, c’est de s’opposer, mais je me demande ce que le PS se prépare comme marge de manœuvre en cas de retour inopiné aux affaires avant 2027, c'est-à-dire avant la fin du second mandat de Sarkozy et des deux tours de manège de Copé (ou de Pécresse, qui sait…). On voit déjà qu’il ne lui sera pas possible de réformer les retraites, de décentraliser, de renforcer le rôle du Parlement, de booster l’enseignement supérieur, de moderniser la politique de défense... A ce rythme, il ne restera plus au président Bruno Julliard que la possibilité de supprimer le numerus clausus des taxis parisiens. Bah, ça ne sera finalement pas si ridicule dans une perspective militaire : les taxis de la Marne, ça ne vous rappelle rien ?
© Commentaires & vaticinations
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P.S. : l'expression autant pour moi/au temps pour moi étant censée se rapporter à une affaire de canon qui refroidissent, le titre de cette note me semblait exceptionnellement approprié...
"Mitterrand himself"
Je ne sais pas si vous l'avez remarqué, mais à gauche, on a plus de reproches à adresser à Mitterrand qu'à Giscard ou Chirac. Seul Sarkozy a une chance de bouter Mitterrand du sommet du classement.
Rédigé par : Passant | mercredi 11 mars 2009 à 20:14
Hugues t'es le meilleur gauchiste que je connaisse ! T'es aussi le meilleur blog politique en France !
Et vive la France dans l'Otan !
Rédigé par : Poireau masqué | mercredi 11 mars 2009 à 21:18
Joli pièce de propagande atlantiste et occidentale : commencer par minimiser l'atlantisme, puis manipuler en exagérant des faits mineurs (mitterand), amalgamer à un dénigrement grossier de l'opposition actuelle, et saupoudrer d'aveux et renoncement lucide à toute singularité. Bravo !
Rédigé par : petit jardin | jeudi 12 mars 2009 à 02:01
Le soi-disant "retour" de la France dans l'OTAN est une tempête dans un verre d'eau. Vous avez raison de souligner que faire partie du commandement intégré n'oblige pas à envoyer ses troupes là où Washington envoie les siennes, et inversement d'ailleurs. Donc Sarkozy n'a pas pour une fois pas complètement tort, il ne fait que mettre la théorie en accord avec la pratique qui prévaut depuis Mitterrand, allié très fidèle des Américains.
Par contre, sur l'opportunité d'investir à fond dans l'OTAN, je m'interroge. Elle n'a été d'aucun secours en Géorgie (ce que voulaient démontrer les Russes) et je ne suis pas sûr qu'on risquerait de se friter frontalement avec les Russes s'ils leur prenaient l'envie de démembrer l'Ukraine (Crimée et Donbass).
Ce qui est dommage c'est de s'accrocher à cette structure qui, depuis la fin de la guerre froide, aurait dû connaitre le même sort que L'UEO et qui parasite encore plus, quoi qu'on en pense, l'émergence d'une Europe de la Défense. L'incapacité de l'Europe à se doter d'un organisme de Défense et la vitalité - du moins apparente - de l'OTAN sont deux phénomènes inextricablement liés. Je peux comprendre les réticences baltes et tchèques à lâcher la proie (otan) pour l'ombre (PESC/PESD), mais la France doit-elle abandonner toute ambition de ce côté-là et rentrer simplement dans le rang ? Dommage.
Rédigé par : Archenemy | jeudi 12 mars 2009 à 07:26
Passant,
Ben il y a tout de même deux trois bonnes raisons de lui en vouloir, non ?
Poireau masqué,
Quel enthousiasme... C'est le régime légume ?
Petit jardin,
Oh pétard, je suis démasqué. Oui, je suis à la solde des Américains et le plan de ce texte m'a été directement fourni par les psychologues du bureau de propagation insidieuse de la doctrine atlantique via les blogs de la gauche libérale (mais c'est bien payé et, nous les libéraux, on est sensible à ça...).
Mais en tout cas, pour la réponse à ma demande de contre-arguments, c'est loupé...
Rédigé par : Hugues | jeudi 12 mars 2009 à 10:20
Hugues, c'est une question d'état d'esprit et vous trouverez, j'en suis certain, toujours de très bons arguments pour défendre une France intégrée totalement à l'OTAN plutôt qu'une France qui prend ses distances. Je ne vais pas prendre pas la peine de contre-argumenter, d'autres le font bien mieux que moi (Vedrine par exemple). La question pour moi, se trouve dans le fait que, en finalité, la gouvernance du Monde vous semblez, avec ce type d'arguments, la prendre comme elle est, moi pas. Je la trouve catastrophique et manquant infiniment de panache, d'originalité et de créativité. Ainsi je prends la décision Française de rentrer dans le rang comme une catastophe ajoutée à bien d'autres, un renoncement à une saine distance, à une certaine hauteur de vue, à un esprit critique qui empêche éventuellement de faire certaines conneries (même si je vous le concède, nous n'étions pas bien haut). Bref j'enrage de voir autant de convenance et de justification étalée en lieu d'une vision plus audacieuse et iconoclaste. J'enrage parce que Sarkozy ne me semble pas du tout à la hauteur du sujet. L'OTAN n'est que la suite logique des guerres et des victoires provisoires du 2Oème siècle et dévelloppe une facheuse tendance à reproduire les schémas destructeurs d'une domination à l'occidentale et à l'ancienne. Croyez-vous vraiment qu'un tel équipage puisse véritablement contribuer à une gouvernance mondiale plus juste et plus équilibrée ? J'attends de ce début de siècle autre chose et je regrette amèrement que l'esprit Français soit finalement aux abonnés absents de ce genre d'ambitions plus modernes et plus audacieuses. Désormais nous serons officiellement intégrés, donc probablement plus plats, plus absents, plus bêtes et contents de l'être. Il y a effectivement un tas d'arguments pour s'en contenter ou s'y resigner, je vous les laisse, ils sont à mes yeux subalternes voire dangereux, ils ne m'interessent pas.
Rédigé par : petit jardin | jeudi 12 mars 2009 à 11:14
Archenemy,
Je ne pense pas qu'il faille abandonner toute idée de se fabriquer une vraie défense européenne. Mais je ne crois pas non plus que l'OTAN nous empêche d'avancer. Et elle ne nous empêchera pas moins de faire quoi que ce soit si la France est de retour dans le commandement intégré.
Je ne suis pas naïf et je sais qu'il n'est pas raisonnable de demander au PS d'être trop fréquemment d'accord avec le pouvoir. Mais je trouve que ça commence à bien faire et que le refus systématique d'un débat serein sur tous les sujets, ce n'est plus de l'opposition mais de besancenotisme stérile. Sur l'OTAN ou sur la restructuration des régions, pour ne prendre que ces exemples tous frais, on aurait tout de même droit à un débat qui dépasse un peu les stratégies à ultra-courte vue.
Car on ne peut pas absolument pas résumer l'affaire OTAN à un "on rentre dans le rang", pas plus qu'on ne peut dire que faire un Grand Paris et consolider les régions est du tripatouillage électoral.
On ne peut pas constamment exiger des gens de gauche qu'ils débranchent leur cerveau pour participer au débat -- même si c'est pour la bonne cause.
Rédigé par : Hugues | jeudi 12 mars 2009 à 12:10
la sortie de l'OTAN trahit une "volonté d'isolement fondée sur l'idée que le nationalisme est la vérité de notre temps", voire "une sorte de poujadisme aux dimensions de l'univers"
François Mitterand en 1966
http://www.lemonde.fr/archives/article/2009/03/10/1966-la-france-tourne-le-dos-a-l-otan_1165992_0.html
(Bon, on me dira qu'il y avait sans doute dans ce lyrisme autant de devoir d'opposition que de conviction mais, après tout, qu'en sait-on ?)
Rédigé par : aymeric | jeudi 12 mars 2009 à 18:44
Les arguments de l'opposition sont assez étranges effectivement et il n'est pas difficile de s'en rendre compte.
Le seul argument qui puisse avoir un poids c'est le coût. Il va falloir intégrer plusieurs centaines d'officiers français dans les structures de l'OTAN et cela va coûter cher. Les cyniques sont donc en droit de dire que ce sera bien pratique pour évacuer les officiers en surnombre.
Mais franchement il ne faut pas trop se faire d'illusions sur la défense européenne. Les divergences d'intérêts sont profondes. En dernière analyse, l'OTAN c'est d'abord la garantie de sécurité américaine donné aux européens. La France ou l'Allemagne ne sont pas crédible s'il s'agissait de défendre les polonais ou les baltes....
Rédigé par : ZI | jeudi 12 mars 2009 à 22:36
à Hugues, et à ZI,
D'abord, d'un point de vue pragmatique,je trouve que Sarkozy a eu raison sur le fond, mieux vaut être complètement dans l'organisation que seulement en partie. On peut regretter la forme brutale, où il donne une fois de plus l'impression de confondre la République et son patrimoine personnel, mais passons, Copé concèdera peut-être un débat au Parlement.
Pour le reste : oui les Polonais et les Baltes (et les Tchèques...) ont de bonnes raisons de privilégier le parapluie américain, même si l'épisode géorgien de l'été dernier aurait dû les amener à revoir certaines certitudes. Par ailleurs, la mise en place d'une politique européenne de défense fait face à une incroyable force d'inertie. Reconnaissez que l'OTAN incite les Européens à la torpeur dans ce chapitre, or, in fine c'est toute l'indépendance de notre continent par rapport aux Américains qui est en jeu. Confier sa sécurité à un tiers, on peut retourner le problème dans tous les sens, c'est reconnaître qu'on est un protectorat.
La France depuis Mitterrand jouait le rôle d'aiguillon dans le domaine de la Défense européenne, qui va assurer ce rôle maintenant ?
Rédigé par : Archenemy | vendredi 13 mars 2009 à 07:26
"Je ne vais pas prendre pas la peine de contre-argumenter, d'autres le font bien mieux que moi (Vedrine par exemple)".
Bah non justement... même si lui va un peu moins loin dans la caricature gauchiste de l'action de l'Alliance atlantique.
Bravo pour cet excellent billet qui remet les choses à leur place.
En réalité le seul argument qui pourrait tenir un peu la route est d'ordre symbolique (le "panache" depetit jardin). Je conçoit bien l'importance du symbole en politique : le gaullisme était essentiellement fondé là dessus comme la vraie-fausse "sortie" de l'Alliance en 1966.
Le problème est d'une part,qu'en matière de défense mieux vaut privilégier l'efficacité que le discours, et que d'autre part, en ce qui me concerne, je préfère le symbole de notre solidarité et de notre volonté de travailler avec nos alliés (et tous nos alliés) que de le voir oeuvrer en faveur de l'image d'une France arrogante qui préfère faire cavalier seul. Comme on dit le symbole de la France, c'est le coq, le seul animal qui chante alors qu'il a les pieds dans la merde.
En dépit de tout ce que Sarkozy a de détestable en politique intérieure, il a sur ces questions une approche parfaitement raisonnable.
Rédigé par : Valéry | vendredi 13 mars 2009 à 07:59
"Je la trouve catastrophique et manquant infiniment de panache, d'originalité et de créativité". Certes, ce n'est pas très original ni créatif - on voit assez mal par ailleurs une autre option réaliste (car par exemple déclarer solennellement un abandon de l'option armée et licencier toute la Défense Nationale ne me paraît pas une très bonne idée, même si elle ne manque ni d'originalité ni de créativité), mais c'est le "panache" que je salue, ce regret de l'époque gaullienne flamboyante qu'on a un peu trop tendance à sacraliser en ce moment, en oubliant - ou en ne sachant pas - à quel point c'était une époque de sectarisme autoritaire. Du panache, tiens donc...
Rédigé par : cdc | vendredi 13 mars 2009 à 11:16
"Reconnaissez que l'OTAN incite les Européens à la torpeur dans ce chapitre, or, in fine c'est toute l'indépendance de notre continent par rapport aux Américains qui est en jeu"
Mais c'est croire qu'il pourrait en être autrement. En réalité, ce n'est pas le cas. Les américains sont voués à s'intéresser aux affaires européennes tout comme ils s'intéressent aux affaires asiatiques. C'est une constante de leur politique depuis près d'un siècle.
Dans ce contexte, peu importe que le soutiens US ne soit pas aussi indéfectible qu'il devrait être, les membres orientaux de l'OTAN n'ont rien de mieux et constituent donc une porte d'entrée pour l'influence américaine.
A partir de là, OTAN ou pas OTAN, il faut compter avec les USA en Europe.
Et les européens ne sont que trop heureux de déléguer leur défense à des américains qui malgré quelques récriminations ne sont que trop heureux de le faire.
Rédigé par : ZI | vendredi 13 mars 2009 à 15:23
ZI, vous vous souvenez du Kosovo et de la Yougoslavie, où les munitions françaises n'entraient pas dans les fusils belges et où on a bien été contents de voir s'amener les Amerloques ?
Rédigé par : cdc | vendredi 13 mars 2009 à 17:03
Tu as raison. La France et l'Europe sont désormais incapables de se faire respecter militairement, il leur faut se placer au sein d'une alliance qui saura les protéger et n'hésitera pas frapper de représailles terribles ceux qui, par exemple, tirent sur les diplomates français.
http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2009/01/28/01011-20090128FILWWW00547-l-ambassadeur-israelien-en-france-convoque.php
Enfin nous voila protégés !
Rédigé par : Cobab | vendredi 13 mars 2009 à 17:13
OTAN, suspends ton vol...
les messages globaux envoyés par cette réintégration sont
celui d'un alignement sur la politique US, comme la sortie du commandement intégré avait témoigné de l'indépendance de la politique de la France en 66,
la relégation de la question de la défense européenne à des calendes tout à fait grecques...
en face de cette perte d'image d'indépendance, sinon d'indépendance réelle, qu'a ton à gagner? rien! quelques postes honorifiques (coûteux)...
et d'ailleurs à quoi sert l'OTAN ? je n'ai pas entendu beaucoup d'analyses convainquantes sur ce point. Cela reste un instrument de domination US qui, en plaçant les européens en position de dépendance et d'infériorité, vise à leur imposer plus facilement par ailleurs des contraintes économiques, peut-être un jour politiques...
il ne me semble pas que nous ayons besoin de l'OTAN autant que lui a besoin de nous....
Rédigé par : francis | vendredi 13 mars 2009 à 18:19
no commment on otan....
ok, i got the point
francis
Rédigé par : francis | dimanche 15 mars 2009 à 22:31
à CDC, ZI et Valery. Votre concentration critique à propos du ''panache''que j'évoque témoigne selon moi d'une carence dans votre raisonnement : votre absence de regard critique sur l'ordre mondial actuel. Celui-ci ne semble pas vous déranger ou vous inquiéter et c'est dommage. Car la ''protection'' de l'OTAN valide avant toute chose un ordre établi et dépassé. La France vient de rse confondre avec cet ordre là. Beau destin en perspective...
Rédigé par : petit jardin | mardi 17 mars 2009 à 00:38