Plus que jamais, les Israéliens ont besoin d'un De Gaulle (et les Palestiniens d'un Garibaldi mais c'est une autre histoire).
La relation de De Gaulle à Israël — et aux juifs en général — a toujours été quelque chose de confus et d'ambigu. La fameuse sortie sur le « peuple d’élite, sûr de lui et dominateur » est loin de raconter toute l'histoire et le soutien de la France à Israël jusqu'en 67, année de la guerre des Six-Jours, pourrait quasiment être comparé à celui que lui apportent aujourd'hui les États-Unis. Pour autant, s'il avait vraiment souhaité avoir un impact décisif sur l'avenir du jeune État, au-delà de la fourniture d'avions de chasse et de pataugas, Mongénéral se serait débrouillé pour lutiner une jolie sabra avant de l'abandonner, enceinte jusqu'aux yeux, dans un kibboutz du Negev. Le fruit de leur furtive relation aurait alors grandi (forcément), fait des études de sciences politiques entre deux épluchages de pommes de terre collectivisées et, laissant parler ses gènes, offert à sa patrie une constitution toute neuve en même temps qu’une stratégie de décolonisation crédible.
Ceux pour qui le concept d’un Israël démocratique relève de l’oxymore, occupés qu’ils sont à dénoncer les crapuleries de Tsahal comme l'expression même du sionisme, en doutent peut-être mais, ce dont ce pays a essentiellement besoin, c’est d’une bonne dose de coup d’Etat permanent — d’une bonne grosse lampée de loi fondamentale modèle 58 en lieu et place de cette vague « déclaration de principes » héritée des Anglais. Car franchement, pour ne pas remarquer qu'une hyper-démocratie permettant à plus d’une trentaine de partis de briguer le parlement, dans le cadre d’un système de proportionnelle intégrale (2% des voix suffisent à décrocher un siège), est le principal obstacle à la résolution du problème palestinien, il faut avoir de sérieuses difficultés à calculer des pourcentages...
Pas moins de douze formations sont d’ailleurs parvenues à glisser une sandale à la Knesset ce coup-ci, et l’on voit le bordel qui en découle à l'heure des coalitions. Entre des députés arabes exigeant la dissolution du pays et des illuminés en redingote lituanienne demandant le doublement de sa superficie, on trouve tout chez les Samaritains (rires dans la salle) : des gauchistes, des socialistes, des libéraux, des centristes, des nationalistes modérés, des ultra-nationalistes, des pro-Russes, des quasi-fascistes… Tout ce petit monde se subdivisant en outre en autant de factions prêtes à changer de cheval à mi-course si l’herbe devient ponctuellement plus verte ailleurs…
On aime bien, chez nous, se plaindre de la bipolarisation qui va de pair avec le scrutin uninominal majoritaire à deux tours de la Ve République. C’est que la proportionnelle intégrale à l’israélienne, Saint Graal des vrais démocrates, serait effectivement le moyen de permettre à Lutte ouvrière, à la Ligue communiste révolutionnaire, à la gauche alternative, au PCF, aux communistes non-PCF, au PRCF, à la Gauche Alternative, au Parti humaniste, au Parti socialiste, aux Verts, aux Verts européens, au Parti occitan de gauche, au Parti radical de gauche, au Nouveau Centre, au Mouvement démocrate, à Debout la République, au CNPT, à l’UMP, au Parti radical, au Mouvement pour la France, à l’Alliance patriotique/MNR, au Parti occitan de droite, au Parti des musulmans de France, à la France en action, à la France Bonapartiste et au Mouvement écologiste indépendant, bref, à notre propre petite trentaine de formations politiques à ambitions législatives, de se partager le palais Bourbon. On imagine la cohésion et le pragmatisme pour l’élaboration d’un plan de relance anticrise, dans ce contexte… Alors un plan de paix avec l'ennemi mortel, tu parles !
Las, le grand Charles était fidèle (ça nous change de ses successeurs) et son ADN réformateur ne se promène pas du côté de la mer Morte. Il n'est donc pas encore né, le type avec un grand nez (comme de Gaulle, voyons ! Pour qui me prenez-vous ?) qui portera un bipolarisme efficace sur les fonts baptismaux, convaincra une majorité d’électeurs que, dans la vie, il faut savoir ce qu'on veut et, surtout, ira expliquer aux colons de Hébron qu’il les a compris avant de leur inaugurer un ministère des Rapatriés... Tout ça n’aiderait pas nécessairement les Palestiniens à se dénicher un unificateur laïque à la Garibaldi en parallèle, mais ça nous changerait de l’ordinaire.
Ah, vous êtes sûr qu’il n’a jamais passé une nuit dans un kibboutz, le général ? Vraiment certain ?
© Commentaires & vaticinations
Ha ha.
Au-delà d'une douzaine de postes à pourvoir, la proportionnelle est plus un facteur de bordel que de démocratie, c'est une chose bien connue de tous ceux qui ont un tant soit peu étudié le droit constitutionnel (cela étant, ça se corrige facilement avec une prime à la majorité, comme on le pratique dans les grandes villes, ou avec un filtrage des groupuscules, comme on le fait en Allemagne).
Mais ce n'est pas parce que la démocratie intégrale est une utopie (c'est vrai et bien connu) que le déni de démocratie est légitime, si tu vois ce que je veux dire, cher camarade ouiste. Que le bordel ne permette aucune prise de décision, c'est un fait. Mais de là à en conclure qu'on n'a rien à foutre de l'opinion d'une majorité dès lors qu'elle est hétéroclite, il y a un pas que personnellement je ne permets pas à mes élus de franchir. Cette remarque n'a rien à voir avec Israël, mais il se trouve que je vois midi à ma porte.
Rédigé par : Poil de lama | jeudi 12 février 2009 à 20:27
C'est exactement ce que je me suis dit en voyant les résultats de l'élection. Qu'il n'y avait plus que deux manières de parvenir à la paix: soit Israel change de système politique avec un décideur élu pour au moins cinq ans, soit Obama colonise Israel, fait la paix avec les palestiniens puis décolonise Israel. On m'a dit que la seconde option n'était pas envisageable et que la première était improbable!
Rédigé par : Hady Ba | vendredi 13 février 2009 à 12:18
Pour poursuivre, Mediapart a fait un dossier spécial sur les élections en Israël :
http://www.mediapart.fr/journal/international/110209/notre-dossier-special-sur-l-election-israelienne
Rédigé par : Marionnette | vendredi 13 février 2009 à 16:38
Poil de lama,
Oui, mais il s'agit ici du midi d'une autre porte que la tienne. Et, en l'espèce, la proportionnelle intégrale est bien une impasse.
Hady Ba,
Je pense tout de même que l'idée du changement de système électoral finira par s'imposer. Et si c'est Obama qui fait pression pour, l'inenvisageable et l'improbable seront réconciliés.
Marionnette,
C'est sympa, mais il faut être abonné. C'est tout le problème de ces journaux en ligne payants qui n'apparaissent sur aucun radar.
Rédigé par : Hugues | vendredi 13 février 2009 à 17:08
Je crains que vous ne confondiez deux problèmes, Hugues : le débat sur la proportionnelle et la situation israélienne.
Sur le premier point, je suis globalement d'accord avec vous : la proprtionnelle intégrale est source de divisions et d'instabilité (pas pour rien qu'on l'a abandonnée après la IVe République).
Mais c'est Néanmoins le mode de scrutin utilisé pour les élections régionales et les élections européennes, deux échelons qui ne semblent pourtant pas être caractérisées par une instabilité particulière.
Quant à la situation israélienne, je crains malheureusement qu'une modification de scrutin ne suffise pas à la régler. 85% des Israéliens approuvent les récents massacres perpétrés par Tsahal (qui n'est donc pas une phalange incontrôlable et "crapuleuse", mais bien l'armée régulière d'une démocratie) et un règlement "radical" du problème palestinien.
Telle est, aujourd'hui, la volonté du peuple et une réforme du scrutin n'y changerait rien.
Rédigé par : Antoine Block | samedi 14 février 2009 à 01:49
"le problème palestinien" ?
Rédigé par : edgar | samedi 21 février 2009 à 14:10
Je note que mon commentaire doit être classé dans la catégorie "trolls, ne pas nourrir".
Je précise tout de même ma question, je la crois d'autant plus importante qu'elle est adressée à l'un des meilleurs stylistes de la blogosphère, sinon le meilleur.
Sur le fond, je suis assez immanquablement en désaccord total, mais ce n'est pas important ici (d'autant moins que sur ce billet, je suis, pour le coup, très d'accord : http://www.lalettrevolee.net/article-27962327.html).
Dans les termes "le problème palestinien", que vises-tu ?
- un conflit sur la répartition des terres de la Palestine, région du monde occupée par des arabes et des juifs ?
- un comportement particulier des palestiniens, au sens des populations arabes d'Israël et de Palestine (considérés comme territoires distincts), qui serait la cause des tensions de la région ?
Ou toute autre variation ou combinaison entre ces deux interprétations opposées.
Pour continuer à gros traits, dans l'une tu laisses la place à des explications complexes des problèmes régionaux, dans l'autre tu ouvres la porte à des tas d'interprétations plus ou moins violentes.
Bref, une expression ambigüe qui mérite d'être explicitée...
Rédigé par : edgar | dimanche 22 février 2009 à 13:11
Antoine Block,
Les élections européennes sont au contraire un excellent exemple de ce donneraient des législatives à l'israélienne : émiettement et incohérence. Les Français au parlement européen comptent pour du beurre à cause de cet éparpillement.
Et 85% des Israéliens n'approuvent pas le bombardement de Gaza mais demandent de la sécurité dans un contexte qui manque certainement de hauteur de vue, mais qu'il convient de chercher à comprendre en observant comment le pays fonctionne. Un parti qui fixerait de vrais objectifs permettant de parvenir à la paix et aurait les moyens institutionnels de sa politique réunirait peut-être une majorité dans un système plus efficace.
Edgar,
J'aurais dû parler de "question palestinienne" plutôt que de "problème", évidemment. Les Palestiniens ne sont pas un "problème".
Rédigé par : Hugues | dimanche 22 février 2009 à 14:26
Tout à fait d'accord avec ta remarque sur les élections européennes dans leur résultat : un truc inutile.
En revanche, il faudrait être un peu cohérent chez les européens : si le but de la construction européenne est d'installer un camp français au Parlement, j'ai dû rater une étape. L'assemblée nationale française est un échec parce qu'elle ne comporte pas de camp berrichon ?
J'ai tiré depuis longtemps la conclusion de ces réflexions européennes : je suis contre cette construction qui ne sait pas ce qu'elle est, ce qu'elle veut et pour qui.
Rédigé par : edgar | dimanche 22 février 2009 à 15:24