Les soldes réglementés sont un archaïsme en plus d'une idiotie. Débarrassons-nous en à n'importe quel prix (si l'on trouve preneur).
Mais à quoi servent donc les soldes, cette espèce de marronnier commercial qui, deux fois l'an (1), transforme jusqu'aux adversaires de l'ouverture des magasins le dimanche en consommateurs frénétiques ? A tout un tas de choses en fait : du point de vue des détaillants, c'est le moyen de se débarrasser des rogatons dont personne ne veut, de faire rentrer de l'argent frais dans les caisses, de profiter de l’affluence pour vendre des articles non-discountés et de faire de la place sur les étagères pour des produits plus en phase avec la demande… Du point de vue du client, c'est une façon de se procurer ceci ou cela à un tarif attractif et, éventuellement, pour ceux qui apprécient, il doit bien y en avoir, de transpirer quelques heures dans des magasins aussi encombrés que la ligne A du RER à l'heure de la sortie des ministères.
Raconté comme ça, ça à l’air vraiment formidable, ces soldes. Tellement formidable qu'on se demande pourquoi il faut attendre qu'un préfet, département par département, en établisse les dates sur la base de contraintes réglementaires fixées par les deux chambres du Parlement et après concertation avec des associations de commerçants n'ayant — qui en douterait ? — que l’intérêt de leurs clients en tête… Et c'est là que le bât blesse, justement. Les soldes sont une chose formidable, ok, mais à condition qu’elles ne dégénèrent pas en foire d’empoigne entre distributeurs, le crêpage de chignon étant réservé à ces deux clientes lorgnant sur les mêmes escarpins mais refusant de n’en prendre qu’un chacune, jugement de Salomon en mémoire.
On aura sans doute du mal à se le figurer chez nous, où c’est le président qui nomme jusqu’au patron des chaînes de télé, mais il existe de très nombreux pays dans lesquels un commerçant n’a pas besoin de demander la permission à 577 députés et 343 sénateurs avant d’accorder le rabais qui lui convient au chaland. « Ce truc-là ne se vend pas, il m’encombre et j’ai besoin d’argent pour commander tel autre machin qui marche du feu de dieu, hop, je le brade ! » se dit le fripier anglais en observant avec envie le succès de l’échoppe d’en face. « Bon sang, je me suis vraiment planté avec ces salopettes en lamé, constate son homologue canadien. Mais je vais m’en débarrasser vite fait si je les propose à moitié prix pas plus tard que tout de suite… »
« Mais ce serait la porte ouverte à tous les abus ! se lamenteront les amateurs gaulois de statu quo. Les gens ne savent déjà plus ce qu’est le juste prix des produits, entre la vente sur Internet et les renouvellements de gammes dans l’informatique ou l’électronique… » « Ah, mais c’est peut-être que le juste prix, c’est celui que le consommateur est prêt à payer, rétorqueront en cœur les boutiquiers anglais et canadiens rencontrés plus haut. Et qu’il n’y a aucune raison de rester avec un stock d’invendus sur les bras jusqu’à la prochaine période de soldes quand Zara et H&M renouvellent leurs collections tous les mois et alors qu’Amazon.com propose déjà le tout dernier modèle de mini-PC taïwanais… »
C’est une façon de voir, effectivement. Et s’il est plus confortable pour le commerçant respectueux des traditions d’éviter d’introduire un peu trop de concurrence libre et non-faussée dans le système, pourquoi pas… Le risque existe pourtant que les clientes finissent par en avoir ras la casquette, de devoir se bagarrer entre elles dans le RER pour des chaussures dont elles n'ont pas besoin alors qu’elle peuvent commander celles qui leur conviennent vraiment toute l’année, sur n’importe quel site Internet anglo-canadien — et à un prix convenable, par dessus le marché !
Bah, vu le retard français en matière d'accès au Web, nous n'en sommes pas encore là et les soldes à dates fixes ont encore de beaux jours devant eux. Maintenant, si les amoureuses du commerce en ligne deviennent un jour trop nombreuses et menacent le bel équilibre commercial qui est le nôtre, il sera toujours temps pour le président de la République de nommer un directeur national des soldes en ligne. Faisons-lui confiance.
© Commentaires & vaticinations
(1) Mais trois fois à partir de cette année. Hosanna !
Bonjour,
deux remarques à propos de votre note :
1 - Le principe des soldes, c'est de pouvoir vendre à perte, et il n'y a pas besoin d'être grand clerc pour comprendre qu'un grand distributeur avec des reins solides peut en profiter pour écraser des commerçants plus petits si les soldes en sont pas circonscrites dans le temps.
2 - Je reviens tout juste d'Angleterre et je peux dire en connaissance de cause qu'en ville en tout cas, l'ADLS anglais est plus cher (il faut encore payer un abonnement téléphonique, le téléphone est payant, etc), moins rapide et beaucoup plus souvent en panne que son homologue fraçais. Autant pour le retard français en matière d'accès au web.
Rédigé par : Delphine | mercredi 07 janvier 2009 à 15:59
Delphine,
Vous êtes commerçante ?
Oui, l'ADSL est moins développé en GB en pourcentage du nombre de foyers connectés au Net. Mais les voisins du dessus sont 70% à disposer d'Internet tout court, contre quelque 50% ici.
Non, le principe des soldes n'est pas de vendre à perte mais à un discount par rapport au prix antérieur. Mais ça peut effectivement être à perte si la logique est davantage de se débarrasser d'un produit dont personne ne veut à son prix "normal". Vous pouvez pourtant être un petit commerçant et devoir renouveler votre stock si le Zara d'à-côté n'a pas besoin d'attendre les soldes pour passer à autre chose et ne proposer que ce qui marche.
Rédigé par : Hugues | mercredi 07 janvier 2009 à 16:17
> il n'y a pas besoin d'être grand clerc pour comprendre qu'un grand distributeur avec des reins solides peut en profiter pour écraser des commerçants plus petits si les soldes en sont pas circonscrites dans le temps.
So, what ? On est là pour faire l'aumône aux entreprises mal gérées maintenant ?
Rédigé par : Bob | mercredi 07 janvier 2009 à 16:34
Bonjour,
les "Soldes" sont de nature très différente des rabais que toute entreprise quelle qu'elle soit peut accorder à sa clientèle à loisir (excepté les vendeurs de produits culturels). Ainsi, les cas de figures que vous évoquez dans votre post ne sont absolument pas interdits en France, et d'ailleurs si vous aviez plus l'habitude de faire les magasins vous le sauriez par expérience :).
Juridiquement parlant, les "Soldes" sont très encadrées car elles correspondent à une opération commerciale à grande échelle, couverte chaque année d'une large publicité, dont bénéficient toutes les entreprises d'un secteur donné. Cet encadrement à pour but d'empêcher certains graves abus comme les faux rabais ou le dumping caché, qui permettraient à des entrepises bénéficiant de cette publicité de présenter leurs propres rabais comme de même nature que ceux de leurs concurrents. Il y a mille façons de tromper la ménagère, dont le discernement est qui plus est à cette occasion temporairement aboli.
Ceci étant, rien ne vous empêche d'écouler vos marchandises au rabais en n'importe quel point du temps et de l'espace hexagonal tant que vous n'appelez pas cela des "Soldes". Voyez ce terme comme une marque, une AOC, que sais-je, en tout cas une garantie pour le consommateur de la nature de la remise commerciale.
Je sais bien que tout cela est affreusement anti-libéral, mais puisque chacun peut faire ce qu'il veut par ailleurs (tant qu'il n'emploie pas le terme "déposé") je ne crois pas qu'il y ait de quoi s'offusquer, non?
Sinon, je profite de ce premier commentaire pour vous avouer que je kiffe à mort votre blog.
à Bob : si c'est pour troller j'espère que vous savez faire mieux ;)
Rédigé par : FB | mercredi 07 janvier 2009 à 17:27
Hughes, A te lire, on pourrait croire que les commerçants ont interdiction de baisser leur prix en dehors des périodes de soldes. Baisser les prix de 30% à 50 % en dehors des périodes de soldes c'est tout a fait possible, c'est juste qu'ils ne peuvent pas utiliser le mot "soldes" ni vendre à perte - justement pour éviter l'écrasement des commerçants par les grandes surfaces me semble t'il .
Dès lors, je suis curieux de savoir plus précisément ce que tu préconises.
@Bob
>So, what ? On est là pour faire l'aumône aux entreprises mal gérées maintenant ?
Bien sur, surtout si il s'agit de banques et qu'elles ont perdu des milliards. Alors, oui, je sais, on n'aurait pas pu les mettre en liquidation comme on l'aurait fait avec n'importe quel autre quidam, pour le systeme bancaire, et le systeme monetaire, et patati et patata... mais c'est dommage, quand même, l'amateur de vin que je suis aurait bien racheté Grand Puy-Ducasse ou rayne-vigneau pour 1 € symbolique ;).
A part ça, puis Faut il réellement être un mauvais commerçant/gérant pour se faire "écraser" par la grande distribution ?
Rédigé par : nicolas | mercredi 07 janvier 2009 à 17:37
Si c'est un marronnier, que fait notre Hugues original dessous ??
Rédigé par : traxler | mercredi 07 janvier 2009 à 17:45
Bob,
Non, tuer les petits commerçants n'est certainement pas un but louable en soi. Cela dit, il me semble que le problème n'est pas non plus de les surprotéger au détriment des consommateurs.
FB,
Merci pour le compliment, mais je suis moi-même très libéral sur la question (sur d'autres aussi mais bon...) et je crois que la concurrence est aussi un bon moyen de protéger la ménagère inattentive.
Entièrement d'accord sur les faux rabais (mais là, on est dans la publicité mensongère et l'escroquerie, non ?) mais je réserve ma position sur le dumping. Je ne pense pas que vendre à perte soit nécessairement condamnable. Je peux décider de faire un prix d'appel sur un produit dans le seul but de faire entrer des gens dans mon magasin et ça ne me semble pas scandaleux. Si je prends le risque de ne pas équilibrer mes comptes et de faire faillite, ça ne regarde que moi. Et si un commerçant est capable d'aller très loin dans la vente à perte, tant mieux pour le consommateur.
Mais l'on parle souvent du dumping comme faisant courir un risque à tous les petits commerçants au profit de grands distributeurs. Pour autant, je ne crois pas que les pays qui ne font pas de la vente à perte un délit aient vu disparaitre leurs petits commerçants (si oui, quels pays, quels commerces ?) : ces derniers ont tout de même d'autres atouts (proximité, service...).
Mais si ça se produisait, si tous les petits disparaissaient vraiment au profit des grands, je vois mal ce qui empêcherait de nouveaux acteurs d'intervenir dans une économie ouverte et dotée de mécanismes anti-monopoles.
Nicolas,
Mais pourquoi ne pourraient-ils pas, justement utiliser ce terme comme bon leur semble, et pratiquer le niveau de marge ou de perte qui leur convient ?
Traxler,
Je fais comme le Newton gotlibien, j'attends de faire une grande découverte.
Rédigé par : Hugues | mercredi 07 janvier 2009 à 17:50
"Bah, vu le retard français en matière d'accès au Web,"
Détrompez-vous : selon les stats européennes, la France est et de loin le pays d'europe de plus de dix millions d'habitants dans lequel le haut débit et l'usage d'internet est le plus courant.
Rédigé par : Passant | mercredi 07 janvier 2009 à 18:41
ah, Hugues, toi qui te plains de façon chronique de la sinistrose à l'oeuvre en France, cette nouvelle édition des soldes semble être un bon cru en la matière. car si j'en crois la lecture de la presse écrite ou l'écoute des flashes d'info télé et radio, ces 5 semaines apparaissent comme absolument décisives pour la survie de pans entiers de notre économie marchande. le sort de dizaines de milliers de commerçants (et de non moins nombreux salariés des grandes enseignes), éreintés par la crise il va de soi, et les mauvaises ventes de noël, la crise toujours, dépend visiblement de la facilité et l'envie avec lesquelles nos concitoyens voudront bien se mettre les mains dans les poches et les ressortir toutes gantées de billets de banques pour acheter qui des pulls de mauvaise confestion rabaissés de 60%, qui des pantalons correctement fabriqués dans des matières choisies mais affichés au prix fort (puisqu'il semble, si j'en crois ce qu'on me dit, que les forts rabais portent sur des produits d'appel, de moins bonne qualité et à marge de toute façon plus réduite).
Rédigé par : david | mercredi 07 janvier 2009 à 18:45
A propos de soldes, si quelqu'un peut m'expliquer pour quelles raisons obscures les commerçants doivent mettre en boutique début février leurs collections d'été, alors que le temps n'est pas aux manches courtes, ainsi que les collections d'hiver début août, au moment des canicules, ça m'intéresse au plus haut point.
Rédigé par : xerbias | mercredi 07 janvier 2009 à 19:08
A Hugues:
le dumping n'est pas simplement "vendre à perte" sinon en effet ce ne serait pas condamnable. L'emploi du terme suppose l'intention de nuire de manière déloyale à ses concurrents, en induisant une distorsion dommageable de la concurrence. Il est notable à cet égard que ce soit dans les pays les plus libéraux que le concept a été développé et que la législation est la plus sévère à cet égard.
Deuxièmement, pourquoi est-il normal de mettre des restrictions à l'usage du mot "Soldes"? En fait ce mot n'est pas seulement un mot mais possède grosso modo les caractéristiques juridiques d'une marque. Ce n'est pas parce qu'il est rentré dans le vocubulaire courant que ça change quelque chose (de la même manière qu'un grigidaire n'est pas un simple réfrégirateur). Le mot "Soldes" recouvre un ensemble de pratiques commerciales partagées par toutes les entreprises qui y voient leur intérêt, le principal étant l'effet de masse et la génération de consommation délirante qui s'y déroule. Pour y participer, il est nécessaire d'homogénéiser les pratiques, en particulier régulation des rabais annoncés et horaires). Sinon n'importe qui pourrait venir en profiter de manière déloyale en ouvrant un peu avant, etc. Les conditions sont fixées chaque année par la Loi, qui fait des "Soldes" une opération ouverte à tous ceux qui le désirent (augmentant par la-même l'effet massif qui est son prinicpal atout économique), mais ces conditions sont élaborées en étroite coopération avec les vendeurs car ce n'est ni plus ni moins qu'une gigantesque opération ou plutôt coopération commerciale!
Rédigé par : FB | mercredi 07 janvier 2009 à 19:11
Tout-à-fait d'accord avec cet article. Mais vu le tollé provoqué par la simple évocation de l'ouverture des magasins le dimanche, attendez-vous à un véritable soulèvement contre la libéralisation des soldes !!
C'est ça qui est beau chez nous : tout le monde veut des réformes, mais pas de changement !
Rédigé par : Rubin | mercredi 07 janvier 2009 à 19:30
Allons, Rubin : ceux qui appellent réellement aux réformes sont juste ceux qui ne foutent rien d'autre de leurs journées qu'à brailler sur les autres.
Le citoyen qui se lève tôt, lui, sait qu'il ne peut compter que sur Sarkozy pour réformer, généralement, sur le dos des principaux profiteurs du système : ceux qui préfèrent lire plutôt que produire, exercer des métiers intellectuels plutôt que fabriquer le pain des français, etc.
Rédigé par : Passant | mercredi 07 janvier 2009 à 21:02
Merci de me sauver de ce moment d'égarement ! Mais où avais-je la tête ? :)
Au fait, j'ai tellement apprécié cet article que je me suis fendu d'un petit lien chez moi.
Rédigé par : Rubin | mercredi 07 janvier 2009 à 21:40
Quelqu'un auait-il l'amabilité de m'expliquer pourquoi la France est le seul pays à prendre la notion de "vente à perte" tant au sérieux ?
Que je sache, les petits commerces ne sont pas écrasés par les gros dans les pays qui nous entourent, et les prix ne sont pas encadrés comme chez nous.
Surtout, je vois mal comment le législateur peut vouloir fixer le modèle économique d'entreprises autonomes sans connaître ses besoins, ses contraintes. Surtout que comme l'avoue régulièrement Hervé Mariton et d'autres membres de la commission des finances, les compétences de cette même commission concernent surtout les finances...publiques (qui n'en sont pas moins dans un état de délabrement avancé) et très peu l'économie réelle à laquelle ils n'entendent pas grand-chose. Imaginer dans ces conditions comment devrait fonctionner les entreprises et, plus ambitieux, la concurrence, c'est très fort !
Rédigé par : Aurelien | vendredi 09 janvier 2009 à 10:45