Barack Obama n'est pas seulement noir, il est aussi tricolore. Où pourrions-nous dénicher un oiseau pareil ?
C'est finalement ce qu'il y a de plus frappant dans cette histoire de président noir : au-delà du respect que les Américains inspirent par leur spectaculaire aptitude au changement, Barack Obama est essentiellement un président rouge, blanc et bleu comme le drapeau de son pays. Né à Hawaï d'un père kényan, élevé en Indonésie et probablement plus ouvert au vaste monde que n'importe quel leader US depuis Thomas Jefferson, il a beau être attendu comme le Messie à Paris (c'est surprenant) ou à Jérusalem (ça l'est moins), c'est aux problèmes de Kansas City et de Portland qu'il s'intéressera vraiment.
On pressent même que c'est de ce malentendu que viendront les premières déceptions. Un édito du Monde l’exprimait plutôt bien l'autre jour : le successeur de George Bush n'est ni le secrétaire-général des Nations-Unies, ni le patron d'Amnesty International. Et le rappeler n'est pas glisser dans la tautologie : à trop se gargariser du remplacement d'un méchant par un gentil à la Maison Blanche, on perd de vue que les intérêts de General Motors ne sont pas forcément ceux de Renault. Voire que le dollar et l'euro sont ultimement concurrents.
Les seuls à s'en être déjà rendu compte, d'ailleurs, sont nos gardiens du temple de la gauche orthodoxe. Ceux auxquels « on ne la fait pas ». Ceux qui pensent que la victoire sur des siècles d'esclavage et de ségrégation n'est jamais qu'un détail au regard du Grand Combat inter-classes. Ceux qui n’ont pas plus de respect pour un yankee à taux de mélanine élevé que pour un gringo blême... Et de fait, ce Grand Combat est précisément la perspective dans laquelle Obama refuse de se situer. Car non content de n'avoir strictement aucun plan pour faire reculer le chômage en France ou l'inflation en Espagne, il est déterminé à ne rien faire at home qui ne se situe dans la formidable tradition libérale (dans toutes les acceptions du terme) américaine.
Mettre en place un système de santé digne d'une grande démocratie prospère, yes ; raser gratis, no. Fermer Guantanamo, cette insulte au droit et à la morale, yes ; abandonner l'Afghanistan aux terroristes du 11-Septembre, no. Moraliser le capitalisme et envoyer Madoff à Sing-Sing, yes ; remplacer Wall Street par une coopérative ouvrière, no. Definitely.
Mais la preuve la plus patente de ce que Barack Obama est first and foremost un Américain, un vrai, au moins autant que n'importe quel sénateur blanc pour film de Frank Capra, c'est la volonté qu’il a de rassembler les bonnes volontés d’où qu’elles viennent. Et la preuve la plus patente de la pertinence de cette approche, c'est ce 78% d'opinions positives rapporté hier par Gallup — ces millions de personnes prêtes à retrousser leurs manches sous sa conduite au nom de valeurs communes transcendant leur choix de novembre dernier.
Quoi qu'on en dise, et parce que la France finit toujours par intégrer tout le monde même si c'est dans la douleur, l'élection d'un président noir, asiatique ou d'origine maghrébine n'est pas plus impensable ici qu'aux Etats-Unis. Nous n'y sommes pas encore, Ok, mais ce n'est qu'une question de temps. L'élection d'un président tricolore modèle Obama, en revanche, c'est-à-dire celle d'un homme ou d'une femme se prévalant des valeurs et de l'histoire de son pays sans sombrer dans la caricature frontiste ni se voir dénier sa légitimité par la partie minoritaire de l'électorat est bien plus incertaine...
La version américaine de l'esprit public n'a toutefois pas grand chose du consensus mou et de l'œcuménisme béat : il y a des républicains bornés, il y a des démocrates têtus, il y a des législateurs qui ne le cèdent en rien à l'exécutif, il y a des juges indépendants et une presse qui ne l'est pas pas moins. Mais il y a aussi cette capacité à mettre le cynisme en veilleuse dans les grandes occasions, tout comme ce désir de relever les grands défis collectivement.
Assurément, ni les massacres fratricides au PS — un parti plus enclin à l'opposition systématique qu'à la proposition constructive —, ni les hurlements démagos du FN ou du NPA, ni les stratégies politicardes de l'UMP ne créent un climat propice à la poésie politique, pour parler comme Patrick Chamoiseau. Et il est probablement plus facile de se recentrer sur ses valeurs en écoutant le discours d'inauguration d'Obama qu'en suivant Nicolas Sarkozy du Fouquet's au yacht de Bolloré. Alors un président simplement noir pour la France, franchement, pour quoi faire ?
© Commentaires & vaticinations
J'ai écrit il y a quelque temps sur un politicien belge PS qui s'offusquait de ce que B.O. n'attaquait pas le *système* américain, mais se contentait de critiquer les politiques de son possible prédécesseur... Quand on pense que le politique en question traîne derriere lui toute une batterie de cuisine !...
Pour ceux que ça intéresse, c'était ici :
http://revereveille.over-blog.com/article-24391138.html
Rédigé par : cdc | mercredi 21 janvier 2009 à 12:38
Plus le temps passe, plus je me sens com'vatiste.
Rédigé par : Liberal | mercredi 21 janvier 2009 à 14:53
Hum, je dirais même De la Démocratie en Amérique, http://fr.wikisource.org/wiki/De_la_d%C3%A9mocratie_en_Am%C3%A9rique
Sinon je plussoie Liberal
Rédigé par : Bob | mercredi 21 janvier 2009 à 15:37
Et si Obama incarnait aussi des changements pour l'Afrique?
http://www.mediapart.fr/club/blog/tristan-guilloux/200109/obama-et-l-afrique-les-griots-et-les-autres-0
Rédigé par : Marionnette | mercredi 21 janvier 2009 à 16:21
Et moi je plussoie Bob qui plussoie Liberal. Pas une ligne à retirer de ce billet.
Rédigé par : Gwynfrid | mercredi 21 janvier 2009 à 16:27
Et moi je plussoie Bob qui plussoie Liberal. Pas une ligne à retirer de ce billet.
Rédigé par : Gwynfrid | mercredi 21 janvier 2009 à 16:27
Et moi je plussoie Bob qui plussoie Liberal. Pas une ligne à retirer de ce billet.
Rédigé par : Gwynfrid | mercredi 21 janvier 2009 à 16:27
nothing about
segobama?
hughes est il indifférent aux voyages de notre ex future élyséenne, à la déclaration de SR sur l'inspiration de BO?
Rédigé par : francis | mercredi 21 janvier 2009 à 16:32
Entièrement d'accord.
remarque quand même qu'un président (américain) qui a choisi de rassembler plutôt que de faire peur suscite bcp d'espoir... en France. Les Français en auraient-ils marre de leur président qui choisit de faire peur plutôt que de rassembler?
Sinon, de mémoire, il me semble me souvenir d'un billet dans lequel tu racontai avoir mangé un excellent couscous en affirmant (je synthétise): obama= belles paroles, mais rien de concret. Es tu rassuré ?
Passons maintenant à la question bonus.
Que pense tu de : "J'ai inspiré Obama et ses équipes nous ont copiés" ?
Rédigé par : nicolas | mercredi 21 janvier 2009 à 16:35
tu dis: "ce Grand Combat est précisément la perspective dans laquelle Obama refuse de se situer": je n'en suis pas certain.
son analyse, telle que je l'ai comprise, est qu'aujourd'hui, maintenant, la différence de classe sociale est plus prégnante que celle des races et que, donc, c'est sur ce levier socioéco qu'il faut le plus agir....
Rédigé par : francis | mercredi 21 janvier 2009 à 16:36
Liberal,
Le comvatisme gagne du terrain. D'ici deux trois siècles, si les choses se passe comme il faut, je me présente à une élection locale quelque part en Bretagne... Yes I can !
Gwynfrid,
Tu le plussoies trois fois ? Mais ça ne compte pas : pas de vote truqué chez les comvatistes !
Francis,
Il y a des choses à dire, mais bon. D'autres les ont dites, non ?
Nicolas,
Non. Je ne pense toujours pas qu'Obama soit Harry Potter (http://www.com-vat.com/commvat/2008/08/french-cynicism.html ).
Mais ce n'est pas parce qu'il ne peut pas tout faire qu'il ne peut rien faire. Je ne suis pas l'un de ces déçus de l'obamisme que l'on entend déjà alors que le gars vient tout juste de passer sa première nuit à la Maison Blanche.
Rédigé par : Hugues | mercredi 21 janvier 2009 à 21:21
J'aimais bien Johnny La Frite mais je dois dire que sans être totalement fan d'Obama, celui ci m'a l'air d'avoir les épaules pour assumer les responsabilités qui lui incombent.
Espérons qu'il ne décevra pas.
Rédigé par : Dav | mercredi 21 janvier 2009 à 23:44
Superbe article. Toutes mes félicitations, Hugues. J'aurais aimé l'écrire.
Rédigé par : Rubin | jeudi 22 janvier 2009 à 00:08
"la preuve la plus patente de la pertinence de cette approche, c'est ce 78% d'opinions positives rapporté hier par Gallup — ces millions de personnes prêtes à retrousser leurs manches sous sa conduite au nom de valeurs communes transcendant leur choix de novembre dernier."
C'est beau, ce que tu dis, Hugues. Très. Vraiment. J'en ai les yeux qui piquent, là. C'est simple, on dirait du Bayrou au mieux de sa forme, c'est dire.
Rédigé par : CSP | jeudi 22 janvier 2009 à 01:41
Je réserverai mes sarcasmes pour le premier anniversaire de l'élection d'Obama, au vu de la situation telle qu'elle sera alors.
Rédigé par : Mouloud | jeudi 22 janvier 2009 à 10:45
@ Hugues : je ne sais plussoyer qu'une seule fois par minute. Donc, les deux autres qui ont plussoyé à 16h27 doivent être des électeurs fantômes.
Rédigé par : Gwynfrid | jeudi 22 janvier 2009 à 12:38
Si je peux me permettre, amicalement et confraternellement, de relever une micro-coquille dans ce billet si bien troussé : "pour quoi faire ?" à la fin et non "pourquoi faire ?" (ce qui, tu l'avoueras, n'a pas le même sens et pourrait même passer pour un éloge de la passivité et du cynisme, une sorte de "No, we can't" à la française).
Sinon sur le fond, effectivement les Français ne sont pas les Etats-Uniens (avec les qualités et les défauts que cela implique) et Obama est président des Etats-Unis (et pas du monde).
Sur les 78% d'opinions favorables, Sarkozy n'en était pas loin (75% à l'été 2007) juste après son élection (et pourtant il n'est pas noir). C'est dire s'il faut relativiser. Malgré leurs éminentes qualités, les Américains n'ont pas le monopole de l'espoir... et les Français n'ont pas celui de la déception (cf Bush).
Sur le ralliement désormais évident de Libéral, je pose la question (au risque de déclencher la polémique), le comvatisme est-il un libéralisme (au sens américain du terme évidemment) ?
Rédigé par : Michel B. | jeudi 22 janvier 2009 à 12:59
puisqu'il est question de plussoyer à n'en plus plusseoir (terme qui semble être à la mode sur les blogs en ce moment), j'aimerais, par esprit de contradition, pouvoir minussoyer sur quelqu'un mais qui ? en attendant de trouver, je sursois à donner mon avis.
Rédigé par : david | jeudi 22 janvier 2009 à 14:57
Hugues,
Nul doute ! Ce billet a été écrit à travers un rideau de larmes venant baigner des yeux rougis d'émotion !
Rédigé par : Gilbert Sorbier | jeudi 22 janvier 2009 à 17:55
Rien de bien grave : l'émotion se dissipe toujours assez rapidement. Après, retour au réel.
Rédigé par : Passant | jeudi 22 janvier 2009 à 18:37
Michel B.,
Le comvatisme est certainement un libéralisme, mais pas une espèce de copie décervelée de ce qui se fait aux Etats-Unis. L'histoire et la culture sont trop différentes et je ne crois pas que les nôtres soient inférieures.
Disons que le comvatisme est largement un pragmatisme (et tant pis si le mot a presque aussi mauvaise presse que libéralisme) et se demande ce que sont les moyens les plus efficaces de construire une société prospère, juste, libre et solidaire.
Ah, et c'est corrigé !
Rédigé par : Hugues | vendredi 23 janvier 2009 à 10:21