Aujourd'hui, bloc-notes de crise (mais avec une certaine prise de distance toutefois).
Tiens, finalement, je ne vais même pas donner mon avis sur la grève, cette espèce de comédie de boulevard (littéralement) dont on peine à saisir les enjeux concrets. Disons seulement que s'il s’agit d'obtenir l'arrêt immédiat d'une crise planétaire en bloquant le RER, c'est pas gagné… Après tout, la ligne D est constamment en carafe pour des raisons techniques et ça n'a pas changé grand-chose à l’accélération de la financiarisation de l’économie mondiale.
Là où Sarkozy se plante, en tout cas, c'est lorsqu’il prétend que plus personne ne remarque les grèves dans ce pays. Soit il n'écoute pas la radio le matin, soit il est branché sur Europe 1 même les jours normaux. Parce que pour ne pas remarquer que France Inter et France Culture ne diffusent que de la muzak au kilomètre et qu'il revient à Fogiel de remplacer Baddou et Demorand, il faut avoir de sérieux problèmes d'attention.
Je n’ai rien contre Europe 1, mais j'ai franchement l’impression d’être un intrus lorsque j’écoute cette station pendant mes ablutions. D'ailleurs, les déclameurs d’offres spéciales chez Carrefour, les imitateurs rigolos et les Laurent Cabrol, je suis sûr qu’ils se demandent eux-aussi ce que je fiche dans leur studio avec ma brosse à dents... Mais le plus pénible, ce matin, c’était quand même l’interview de Besancenot par Elkabbach : le vieux est tellement suffisant, tellement incapable de dissimuler son mépris qu’il en rendrait presque le facteur sympathique. Moi non plus, je n’ai pas de goût pour la dictature du prolétariat, Jean-Pierre, mais si tu lui poses des questions, au mini-Che, laisse-le au moins répondre : c’est plus pro.
Bon, c’est pas grave. Dès demain, on rentre à la maison.
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Je ne donnerai pas mon avis sur la grève, donc, mais je dirai bien un petit mot de John Updike, dont on vient d’annoncer la mort. A ceux qui ne l’ont pas encore lu, je recommande de le faire sans hésiter. Moi, j'avais commencé adolescent avec la série des Rabbit, les aventures d'un Américain super-moyen, au sens où il existe des super-héros. J’avais poursuivi avec celle des Bech, alter-égo nobélisé de l’auteur, avant de laisser un peu tomber jusqu’au dépressif mais magistral Toward the End of Time (Aux confins du temps)…
C’est curieux, mais je l’ai toujours perçu comme une espèce de réponse WASP à Philip Roth, dont les explorations de la sexualité, du mariage, du conformisme, du statut d’écrivain et du vieillissement sont très comparables — ce dont Henry Bech et Nathan Zuckerman discuteraient probablement s’ils habitaient la même Amérique de papier.
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Il n’y a guère que sur le site de Libé que l’on ne parle pas du départ de Didier Pourquery, son rédacteur en chef, et des difficultés financières que traverse à nouveau le quotidien. Sur Rue89, on assure que les choses vont tellement mal que certains correspondants en province seront désormais rémunérés par la Société des Lecteurs (à 60 000 euros pour quatre, ils ne vont pas exactement flamber) ! Sur Causeur.fr, on croit savoir que la diffusion ne passe même plus la barre des 50 000 exemplaires les mauvais jours et que Laurent Joffrin s’apprête à prendre le même chemin que Pourquery...
J’ai beau passer mon temps à me plaindre de Libé et de son incapacité chronique à se trouver une ligne éditoriale plus professionnelle que militante, je trouve cette lente agonie aussi insupportable que si j’étais un fan. Mais je ne crois plus que l’on puisse sauver les quotidiens nationaux français, même si Le Monde et Le Figaro ont les moyens de faire illusion pour encore quelques années. A celui qui prendra les rênes de Libé après Joffrin, et s’il se trouve un mécène pour en faire sa danseuse, un conseil : cap sur le Web.
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