« T'as voulu voir Rocard et on a vu Besson — comme toujours… »
Je ne sais plus qui me disait, au moment du passage « à l'ennemi » d'Eric Besson, qu'on peut tout demander à un traître : parce qu'il n’a que des adversaires dans son ancien camp, mais pas vraiment d'amis dans le nouveau, le traître n'existe plus que par celui à qui il a fait allégeance. Que l'ancien secrétaire national à l'économie du PS puisse sérieusement envisager de succéder à Brice Hortefeux confirme ce point de vue.
On me l'a suffisamment reproché, je n'ai pas de problème majeur avec une grande partie des réformes engagées par Nicolas Sarkozy. Fin des régimes spéciaux de retraites, autonomie des universités, fusion ANPE-ASSEDIC, modernisation constitutionnelle… Ces initiatives ne sont « de droite » qu’au sens où l’on a décidé que tout ce que dirait ou ferait l’hyperprésident constituerait une nouvelle étape vers l’horreur ultranéolibérale. Le premier DSK venu, la première Ségolène rencontrée, se serait pourtant comporté(e) de la même manière une fois installé(e) à l’Elysée — ce que les fans du facteur joufflu savent bien…
Mais la promotion de « l'identité nationale », dont j'ai déjà dit ici et là tout le mal que je pensais, était le seuil à ne pas dépasser, la barrière à ne pas enjamber. Et peut-être Besson n’est-il pas vraiment prêt à cette crapulerie terminale, ne serait-ce que parce qu’il est un homme jeune et que, pour tout son cynisme, il souhaite poursuivre sa carrière au-delà du second mandat du boss. Dans l'attente du remaniement, gardons l'espoir d'un sursaut.
Ni Bernard Kouchner, ni Martin Hirsch, ni Jean-Marie Bockel, ni Fadela Amara, n’ont à rougir de faire partie de ce gouvernement. Les deux premiers font au mieux quand les deux derniers font essentiellement de la figuration, mais leur excuse à tous (« Je préfère être là où l'on peut agir plutôt que dans les gradins ») reste défendable. Je comprendrais néanmoins qu’ils se désolidarisent de leur ancien, hum, camarade s'il franchit cet ultime Rubicon…
*
A propos de camarade, en voilà un qui va me manquer. Michel Rocard vient de renoncer à son mandat de député européen et d'abandonner la vie politique. Bon, à bientôt 80 ans, on comprend qu’il ait envie de lever le pied. J’ai beau être tout à fait d’accord avec la possibilité sarkozyenne de continuer à travailler le plus longtemps possible si on en a le désir et les capacités, je suppose qu’un moment vient toujours où on finit par s’en foutre un peu…
Rocard restera la grande occasion manquée du PS et de la France. Et c’est un mitterrandolâtre repenti qui le dit. L’amateur de science-fiction se consolera en présumant qu’il existe bien, là quelque part, un univers parallèle où l’ami Rocky n'a pas vu sa carrière sabotée par Tonton, est devenu président de la République et a mis en œuvre les grands principes du comvatisme au cours de ses deux mandats. Ah, ils ont du pot, dans les univers parallèles…
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Mais les univers parallèles ne sont pas toujours si différents du nôtre. On peut ainsi imaginer que tout y soit exactement comme dans celui qui nous est familier, à l’exception de minuscules détails comme l’absence d’un goût immodéré pour le clinquant qui fait tic-tac chez Julien Dray, par exemple.
Ok, ok... Je sais bien qu’il n’est encore coupable de rien. Et qu’il se défend en expliquant que les embrouilles dans lesquelles il se débat sont tout au plus « un dossier fiscal » plutôt qu’une « affaire pénale ». Qu’importe : ces histoires de mouvements de fonds suspects, de chaussures sur-mesures et de stylos haut-de-gamme font plutôt mauvais effet. Pas autant qu’un poste de ministre de l’Identité nationale, c'est sûr, mais tout de même…
© Commentaires & vaticinations
Très bien choisi Ubik.
Je ne sais vraiment plus qui dit "Je suis vivant, vous êtes mort" dans toutes ces histoires.
Rédigé par : éconoclaste-stéphane | jeudi 15 janvier 2009 à 00:45
Ce qui me chagrine, c'est que la presse va encore se faire l'écho de l'interprétation "cabinet de Sarkozy" de la nomination de Besson à l'identité nationale - à savoir : "quel coup de génie, ah ce que le président est un fin politique, mettre un homme de gôche, ça coupe l'herbe sous le pied des critiques, etc.".
En vrai, la majorité a tellement honte de cette connerie que (1) personne ne veut en être le ministre et (2) que même Sarko se demande comment s'en sortir en sauvant la face. Mettre un ancien socialiste à l'identité nationale, c'est une façon d'enterrer la polémique en vidant le ministère de son contenu vichyste ; on est à peu près sûr que dans quelques années, cette sinistre invention sera oubliée.
Rédigé par : Rocky (le vrai, Balboa) | jeudi 15 janvier 2009 à 00:48
Pas Ubik mais "The Man in the High Castle" pour l'uchronie
Rédigé par : all | jeudi 15 janvier 2009 à 01:35
"Le premier DSK venu, la première Ségolène rencontrée, se serait pourtant comporté(e) de la même manière une fois installé(e) à l’Elysée".
Et vous trouvez que cela rend le sarkozysme plus acceptable ?
"Ni Bernard Kouchner, ni Martin Hirsch, ni Jean-Marie Bockel, ni Fadela Amara, n’ont à rougir de faire partie de ce gouvernement."
Ils devraient "cramoisir" et se couvrir la tête de cendres !
Kouchner approuvant la guerre d'Irak et les amabilités envers Khadafi; Fadela Amara faisant le pantin inutile (il est vrai qu'avec son CV, elle avait autant de chance de devenir ministre qu'astronaute); Martin Hirsch est sans doute le seul à penser réellement faire ce qu'il peut (et avec un SDF mort par jour en 2008, force est de constater qu'il peut peu).
Assez d'accord sur Rocard (bien que je sois privé du gène de la croyance en l'homme providentiel).
Quant à Dray, je propose une réforme de la justice simple et (j'en suis sûr) efficace : en cas de condamnation d'un homme politique dans des affaires de corruption, en plus de la peine prononcée, que l'on applique automatiquement (dès la culpabilité reconnue, quelque soit l'importance de la condamnation) l'interdiction à vie d'exercer le moindre mandat électoral.
Ça fait moins mal que de couper la main gauche et ce serait aussi efficace.
Rédigé par : Antoine Block | jeudi 15 janvier 2009 à 01:39
Je suis intégralement d'accord. C'est rassurant : ça veut dire que mon adhésion au comvatisme est encore valable.
Rédigé par : Gwynfrid | jeudi 15 janvier 2009 à 02:29
Il me semble que Rocard est la seconde (deuxième?) occasion manquée après Mendes France, il y a bien longtemps maintenant...
Rédigé par : Une sorcière comme les autres | jeudi 15 janvier 2009 à 08:08
Gouverner : l'art de vivre de la mort de ceux qu'on dévore, en effet
Rédigé par : Fourrage | jeudi 15 janvier 2009 à 09:21
Mendes-France, hola ! Je ne suis pas le seul à avoir de la mémoire... La continuité MF-Rocard est certes patente, mais j'en suis toujours à me demander si MF était un politique, voire un homme d'état. Si ce n'est le cas... (complétez le syllogisme)
Rédigé par : cdc | jeudi 15 janvier 2009 à 10:42
"Ces initiatives ne sont « de droite » qu’au sens où l’on a décidé que tout ce que dirait ou ferait l’hyperprésident constituerait une nouvelle étape vers l’horreur ultranéolibérale"
Voilà, c'est là que je me suis arrêté dans le billet. Avec pareille hauteur de vue, même pas la peine de finir la plaque de vomi froid qui suit. Ouh que c'est joli et confortable d'être libéral "de gôche". Continue mon lapin: c'est grâce à des gens comme toi qu'on engrange.
Rédigé par : CSP | jeudi 15 janvier 2009 à 10:46
Kouchner aussi fait de la figuration, le vrai Ministre des Affaires étrangères s'appelle Jean-David Levitte.
Sinon, en parlant des occasions manquées : faudrait pas oublier Jospin tout de même, un court interlude (presque) optimiste entre deux crises de dépression prolongée. Il est vrai qu'alors le chômage reculait vraiment, que personne ne connaissait Raffarin alias "the yes needs the no to win", et que l'Equipe de France de foot rapportait des trophées. Un grand merci à JP Pernaut qui a changé le visage de la France !
Rédigé par : Archenemy | jeudi 15 janvier 2009 à 10:58
Eh ben il l'a accepté le poste le Besson. Ce qui valide la théorie du traitre. A moins d'une perspective "socialiste" sur la machine à expulser les pauvres ? Hmm.
Rédigé par : Guillermo | jeudi 15 janvier 2009 à 12:05
Econoclaste-Stéphane,
Il me semble que c'est bien dans Ubik, où tous ces gens sont morts dans l’explosion du machintron mais ne le savent pas tant qu'on ne le leur a pas expliqué…
Rocky,
Mettre Besson à ce poste, c’est en fait y mettre le seul qui puisse l’accepter à part Hortefeux.
All,
Bof, il y a tout un tas d’histoires d’univers parallèles. J’avais même pensé à L’Univers en folie de Fredric Brown mais c’est un roman comique et Besson ne l’est pas (comique). Quant au Maître du Haut-Château, c’est une uchronie où les nazis ont gagné la guerre et il ne faut pas exagérer non plus : gagner un point Godwin en début de note avec une simple illustration, ça ne se fait pas.
Donc, oui, Ubik, avec tous ces voyages dans l’univers mental des un et des autres, ça convenait.
Antoine Block,
Oui, ça rend le sarkozysme plus acceptable dès que l’on accepte l’idée que les réformes en question ne sont pas du sarkozysme. Pour ne prendre que ce seul exemple, je suis en train de regarder comment les choses fonctionnent désormais à la fac pour l’inscription prochaine de ma fille et je peux te dire que la vision comvatiste de l’autonomie universitaire irait bien plus loin que cette réformette.
Pour les histoires d’élus « à problèmes », je suis d’accord. Les Balkany, les Carignon, etc. ont peut être payé leur dette à la société, comme on dit, mais je pense qu’ils devraient changer de métier.
Gwynfrid,
Mais qui en doutait ?
Sorcière,
Bon, Mendes, ça commence un peu à dater. Henri IV aussi aurait pu être un bon roi plus longtemps mais bon…
CSP,
Tiens, tu n’es pas en train de massacrer des babas fumeurs de shit ? N’oublie pas que, plus tu assassines, moins il y aura de gens pour te suivre. Demande à Castro ce qu’il en pense.
Archenemy,
Jospin a fait le maximum a posteriori pour nous laisser un mauvais souvenir. Ça n’a pas été le cas de Rocard.
Guillermo,
Non, je ne vois pas comment la définir, cette perspective. De toute manière, il est aussi devenu cadre de l’UMP, non ?
Rédigé par : Hugues | jeudi 15 janvier 2009 à 12:15
Mon cher Hugues,
Ton texte me plaît bien dans l'ensemble.
Amusant, que toi le représentant auto déclaré de l’intelligentsia Parisienne, que tu cites PHILIP K. DICK : "La réalité, c'est ce qui refuse de disparaître quand on a cessé d'y croire." Lol
@Antoine Block,
Je suis d’accord avec vous : Plus de politique pour les truands.
@Sorcière, CdC,
Mendès, comme De Gaulle, étaient des hommes d’états, mais pas des politiques.
(Rocard, lui était à la frange du politique!)
Je veux dire par là qu’en 2009, ils n’auraient aucune chance de conquérir un parti et de se présenter à un élection nationale.
Pour citer un autre Américain (Kurt Vonnegut Junior), scientifique et très populaire dans les milieux intellectuels US : “Le goût du pouvoir est incompatible avec l’intelligence”.
C'est bien le problème d'Hubert Védrine, lui aussi intelligent, lui aussi un homme d'état, lui aussi tenu à l'écart par le PS !
Rédigé par : Gilbert Sorbier | jeudi 15 janvier 2009 à 18:51
attention, je ne serais pas surpris que rocard soit un julien dray bis.
il est réputé pour un amour rare du pognon et du luxe. et il a eu tous les pouvoirs pour l'obtenir.
Rédigé par : o o | jeudi 15 janvier 2009 à 20:10
Sur ce point, la différence entre nous, c'est que vous considérez que le sarkozysme est quasiment du socialisme parce que Royal ou DSK auraient à peu de choses près la même politique (voire…), tandis que je considère que le socialisme est quasiment du sarkozysme (pour les mêmes raisons).
Rédigé par : Antoine Block | jeudi 15 janvier 2009 à 21:33
@Hugues : "Il me semble que c'est bien dans Ubik, où..."
Yep, exact. Ceux qui veulent lire Ubik ne doivent pas lire ce qui suit.
Ils croient que celui qui est en fait le seul survivant (et avec qui ils arrivent à communiquer) est mort...
Et c'est vrai que de Besson à Dray, en passant par Rocard, difficile de réattribuer les rôles.
Rédigé par : éconoclaste-stéphane | vendredi 16 janvier 2009 à 19:51
Dans un terrible flash dickien et après vérification sur mes étagères SF, je viens de réaliser que ce n'était pas du tout à Ubik que je pensais, mais à Eye in the Sky (L'Oeil dans le ciel) lorsque j'ai illustré cette note !
D'où la confusion bien compréhensible des amateurs éclairés (dont je croyais être mais il semble que je sois un poil rouillé).
Je leur présente mes excuses les plus plates.
Rédigé par : Hugues | samedi 17 janvier 2009 à 18:31
Antoine Block Président
Rédigé par : Brégancenot | dimanche 18 janvier 2009 à 09:26
Bah, Dick est multiadaptable. Tu vois, je trouvais Ubik bien choisi...
Rédigé par : éconoclaste-stéphane | dimanche 18 janvier 2009 à 19:45