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jeudi 04 décembre 2008

Petits doutes entre amis

Où l'auteur se demande fugacement s'il ne devrait pas changer d'avis sur ceci ou cela…

Doubt J'ai beau m'être réjoui par réflexe du départ de Mélenchon, j'appréhende désormais une possible implosion du PS… Que quelqu'un comme moi ― avocat récurrent d'une rupture franche entre modernes et archéos ― en soit là méritait d’être signalé. Car au final, faut-il vraiment espérer que l’hémorragie se poursuive pour que ne demeurent, rue de Solferino, que les gens qui me ressemblent ? Et un parti socialiste réduit à sa majorité social-démocrate a-t-il la moindre chance de revenir au pouvoir, avec ou sans alliance avec le MoDem ?

D'ici quelques mois, l'offre politique à gauche pourrait bien ressembler à une sorte de parlement israélien où se combinent (et combinent) un nombre toujours plus grand de factions sans objet ni projet. Bon, c’est sûr, je ne crois pas beaucoup au succès de Mélenchon au sens de sa capacité à faire mieux qu’un Chevènement en son temps (une poignée d’élus locaux, des invitations à la télé en deuxième partie des soirées électorales…). Mais je crois en son pouvoir de nuisance si, au côté du PC, des Verts, du NPA, des trotskistes restés officiellement fidèles à l’héritage léniniste et d’un PS-bis emmené par Benoît Hamon, il continue de marteler que la crise financière est l’horizon obligé de l’économie de marché comme d’autres assurent que tirer sur un pétard conduit fatalement à l’overdose d’héroïne dans un caniveau de la place Stalingrad…

Les gauchistes m’horripilent, mais moins que la fin du rêve d’une France enfin convertie au bipartisme et débarrassée des dernières scories de la quatrième République. Allez Mélenchon, reviens ! De toute manière, tes éructations n’intéressent que lorsqu’elles passent pour transgressives. Mais s’il n’y a plus rien à transgresser, s’il n’y a plus de gauche dévoyée à dénoncer, si Copé succède à Sarkozy en 2022 faute d’une opposition crédible, elle aura l’air fin, la Französische Linke

*

Les Espagnols se réveillent de quinze ans de Movida économique avec une sacrée gueule de bois. D’ici quelques semaines leur taux de chômage devrait refranchir la barre des 17% (contre un honnête 8% il y a encore trois mois). C’est que la crise des supbrimes éclate un poil trop tôt pour un pays carburant essentiellement au jus de BTP. Manifestement, une économie un peu plus mature, un peu plus diversifiée, un peu moins dépendante d’une poignée de banquiers et de promoteurs immobiliers, aurait pu envisager de passer l’hiver financier plus facilement.

Mais nos voisins du dessous se consoleront peut-être en s’informant de ce qui se passe chez nos voisins du dessus : en Grande-Bretagne aussi le nombre de chômeurs est en train de redécoller, tout comme se répandent les rumeurs d’une attaque spéculative contre la livre et les comparaisons peu élogieuses avec l’Islande…

On imagine avec quelle grâce Mélenchon, s’il n’était pas occupé à expliquer que Sarkozy conduit la France à la famine avec ses plans de relance keynesio-mitterrandiens, pourrait surfer sur la fin en eau de boudin des expériences blairo-zapatistes. Le fameux « modèle français », celui-là même qui faisait marrer tout le monde dans les congrès de l’Internationale Socialiste sur le passage de François Hollande, est peut-être en train de prouver que c’est l’absence de dynamisme, l’immobilisme, la neurasthénie et le refus de la prise de risque qui sont ultimement récompensés !

Qu’on en juge : pour 2008, la France peut encore se prévaloir d’un chouia de croissance quand Ibères et Anglo-Saxons ont déjà plongé dans la récession. Et pour faire bonne mesure, l’Hexagone vient de repasser devant la Grande-Bretagne en termes de PIB (global et par habitant) après avoir été rattrapé en 93 et  même carrément largué depuis ! Hum, la France dans le rôle de la fourmi vertueuse faisant la nique aux cigales imprévoyantes : on aura tout vu...

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Hmm en 1929 la France était encore appelée "l'ile heureuse" avant d'être rattrapée par la crise en 1931. Mais aujourd'hui plus personne n'oserait qualifier ainsi l'hexagone, l'époque étant plutôt au pessimisme résolu et à l'auto-flagellation. D'ailleurs nous n'avons plus Poincaré pour redresser le franc. Ah, on me signale que nous n'avons plus de franc non plus. Décidément tout va mal.

Exactement. En 29, les Français dansaient dans les rues et observaient le reste du monde comme un Suisse observe la France ("C'est intéressant, mais on n'aimerait pas y vivre").

Ce coup-ci, nous sommes si déprimés que l'on voit mal comment les choses pourraient aller plus mal. Enfin, en réalité, elles peuvent toujours aller plus mal : l'an dernier, 50% des Français pensaient qu'ils étaient susceptibles de devenir SDF (http://www.com-vat.com/commvat/2006/12/les_misrables_l.html).

Cette année c'est 60% :
(http://www.20minutes.fr/article/260262/Debats-60-des-Francais-ont-peur-de-devenir-SDF-Si-vous-voulez-un-logement-a-vie-petit-conseil-rentrez-au-Senat.php)

Je crains qu'il ne faille un peu plus que l'ombre d'un doute pour faire revenir chez les social-libéraux, non seulement ceux qui ont suivi Mélenchon et qui vous font quand même rigoler un peu jaune, mais tout simplement l'électorat de gauche... Oui, chers camarades, on vous a parfaitement entendus au cours de ces dernières années soutenir mordicus, y compris quand ça menait tout droit à la panade électorale, que l'intervention de l'Etat dans l'économie était le mal absolu. Oui, on vous a entendus et oui, on vous le reproche, et ça va durer. Au minimum minimorum jusqu'aux européennes, durant lesquelles, en effet, on fera tout ce qu'on pourra pour que vous vous fassiez ra-ta-ti-ner, et vraiment vous ne l'aurez pas volé. Après, on verra ce qu'il faudra faire selon l'enthousiasme que vous mettrez à venir nous chercher à Canossa, mais d'ici là, sans aucune nuance, allez vous faire voir chez Tony Blair. Et si vous voulez qu'on refasse des trucs ensemble après, je vous conseille de venir nous le demander en chemise, pieds nus, la corde au cou, et après vous être défaits d'un paquet d'éléphants en commençant par les plus évidemment malhonnêtes. Même comme ça, ça m'étonnerait que ça évite à vos idées de centre droit les cinq à dix années de purgatoire qu'elles méritent au minimum, mais sans cela, chers camarades, allez vous faire voir.

Derrière la croissance de l'Espagne, il y avait (les gens lucides l'avaient dénoncé) une économie uniquement tirée par le BTP et surtout croyant y voir le seule domaine nécessaire de son développement économique. Quelques années de plus n'aurait rien changé puisque rien n'apparaissait d'autre que le BTP.

Derrière la croissance de l'Angleterre, il y avait (très peu de monde avait l'audace d'en souligner les risques) de plus en plus une économie uniquement tirée par la Bourse (et en partie aussi par le pétrole de la mer du nord, [re]devenir ces dernières années importateur net de pétrole a aussi pesé très lourd sur le sort économique de l'Angleterre).

Bref les chiffres flatteurs cachaient deux économies ne tirant que sur une seule ficelle, et très loin au-delà de ce qui est raisonnable. Le dynamisme peut être trompeur quand il n'est en réalité qu'une mono-culture.

Tout ceci ne rend la position de la France flatteuse que par un effet relatif. Nos immobilismes sont un écueil majeur pour affronter la situation présente. Mais j'ai tendance à penser que la France a souvent su se redresser à travers les situations de crise. N'oublions pas par exemple comment nous sommes passé du 22 à Asnières au premier pays au monde au réseau téléphonique entièrement numérisé. La lucidité c'est aussi plutôt que de perdre son temps à redresser ce dans lequel nous avons toujours été mauvais, savoir sur s'appuyer sur les point qui eux ont toujours été notre force.

@jmdesp,
Bon commentaire, mais il ne faut jamais oublier que nous trainons l'énorme handicap de la fiscalité la plus obsolète d'europe et qu'il est RIDICULE d'essayer de verser le bouillon du financement par le dette dans la casserole percée d'une structure périmé.

Sinon, le PS (non socialiste), j'ai tiré un trait dessus et renvoyé ma carte... Ouf !

La France moisie-des- fonctionnaires-et-de-l'Etat tentaculaire-qui-étouffe-toute-initiative est tellement nulle qu'elle n'est même pas foutue de prendre le train de la crise à l'heure.

signé : Nicolas Baverez

Sinon, n'ayez pas trop d'inquiétude en ce qui concerne Icare Mélanchon, c'est déjà presque de l'histoire ancienne.

Et puis je ne sais pas si un PS réduit à son aile soc-dem aurait une chance de gagner l'Elysée, mais quand on voit à quels brillants résultats nous a conduit la stratégie Hollande de la synthèse, on ne peut qu'avoir envie d'essayer.


J'ignore qui est M.Poil de Lama, mais comment fait-il pour retranscrire si fidèlement ma pensée ?
Encore une machine des rouges sans doute.
En tous cas, cette crise aura au moins eu, cher Hugues, un effet positif : celui de vous faire douter.
C'est donc que l'heure est grave. Pire qu'en 29 sans doute.

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