Il arrive parfois que des vélos soient volés. Il arrive tout de même plus souvent qu'ils ne le soient pas, quoi qu'en dise Ginette.
Croyez-le ou non, le vol de vélo est un mythe patiemment mis au point par les adversaires de la moindre dépense physique ― lesquels en font même leur première bonne raison de continuer à se déplacer en bagnole. « Ah, moi, du vélo, j'en ferai bien, mais ma cousine Ginette s'en est déjà fait piquer trois… » entend-on fréquemment. « Et moi, c'est mon cousin Gaston : il en est pratiquement à une dizaine de vélos volés ! » renchérit toujours un clampin à la recherche d’un moyen d’en rajouter dans l’horreur, essentiellement dans le but d’accroître son prestige conversationnel à la machine à café.
Grattez un peu, toutefois, et vous découvrirez que soit Ginette n’existe carrément pas (vous en connaissez, vous des Ginette ?), soit elle ne sait même pas faire du vélo, soit elle a effectivement été la victime d’un voleur de bicyclette après avoir abandonné son bien sans cadenas sous un pont du périphérique trois jours durant...
Bon, évidemment, on en pique, des vélos. Selon certaines sources hautement imprécises, il en disparaîtrait d’ailleurs quelque 400 000 par an (sur un parc français de 30 millions). Mais ce qui est magnifique avec les statistiques, imprécises ou pas, c’est qu’elles n’ont souvent rien à voir avec votre expérience personnelle. Et la mienne, celle d’un cycliste urbain relativement aguerri, m’incite à penser qu’il n’est pas très compliqué d’éviter de se faire carotter son bicloune. Tiens, baladez-vous un peu dans Paris (mais ça marche aussi avec Marseille et Clermont-Ferrand) et vous constaterez à quel point est répandue l’idée qu’il suffit, pour être tranquille, d’en bloquer la roue avant avec un antivol qu’un enfant de quatre ans pourrait découper avec ses dents de lait. Dans un tel contexte, le voleur, même amateur, même débutant, se fera naturellement un devoir d’aller chercher son petit frère à la maternelle pour s’emparer de la machine…
Ça a l’air idiot, dit comme ça, sans précaution oratoire particulière, mais force est de constater qu’un vélo correctement attaché (avec un cadenas en U) par le cadre et à un point fixe, idéalement sur un trottoir éclairé et passant, est pratiquement involable. Ah, on peut aussi éviter de le laisser au même endroit plus de vingt-quatre heures : ça complète assez bien la stratégie ultra-sophistiquée que je viens de décrire. Car il faut bien l’avouer, et même si ça doit nuire à notre prestige de nation pionnière en matière de Vélib’ et autres dispositifs de bicyclettes en libre-accès, les deux-roues non-motorisés n’intéressent pas beaucoup les voleurs... C’est triste à dire lorsque l’on s’inquiète de la montée de l’obésité chez les jeunes générations, mais le délinquant de base privilégiera systématiquement le vol d’I-Pod, de sac à main ou de scooter sur celui d’un vélo.
Oh, revendre une bécane non-identifiée sur un marché aux puces reste à la portée du premier venu, mais encore faut-il pédaler jusqu’à la porte de Montreuil ! Et vous faites comment, si vous avez piqué deux vélos ? Non, vraiment, le trafic de vélos n’offre encore que de très faibles perspectives et il faudra sans doute attendre que la France rattrape la Hollande sur ce terrain pour que le marché se professionnalise et qu’apparaissent les premiers voleurs équipés de gros mollets et de cisailles industrielles…
Convenons-en, dans l’immense majorité des cas, les vols de vélos sont une question d’opportunité. Voyons voir : je viens de m’emparer du Nokia dernier-cri d’un ado boutonneux qui en tripotait le joystick trop ostensiblement devant moi, j’ai besoin de m’éloigner prestement du lieu de mon forfait et je subodore que mon Opinel n°4 suffira à faire un sort à l’antivol en plastique de ce superbe VTT… Hum, même le loubard le moins doué raisonnera qu’il est à la fois plus facile et moins risqué de s’approprier frauduleusement l’engin que d’enjamber le tourniquet du métro : a-t-on jamais entendu parler de l'existence de contrôleurs de pistes cyclables ? Il y a des limites à l'extension des profils de postes dans la fonction publique...
Je refuse d'ailleurs de lui jeter la pierre, à ce voleur qui fait tout de même l'effort de perdre quelques calories dans le cadre (en aluminium ?) de sa carrière criminelle. Et s'il faut rendre quelqu'un responsable de la terrible parano qui freine le développement du cyclisme en milieu urbain, mon regard se tournerait plutôt vers Ginette et son fameux cousin consommateur de café. Sacré Ginette… Et dire qu’elle ne sait même pas en faire, du vélo.
© Commentaires & vaticinations
Quelques remarques : J'ai déjà vu une roue de vélo tout seule attachée à un cadenas dans Paris. Oui, c'est digne de Ginette et si on respecte ce que tu indiques ça n'arrive pas.
Mais par ailleurs, lors d'une randonnée vélo, je me suis déjà retrouvé en bande à cisailler péniblement l'antivol d'un vélo dont nous venions de perdre la clé, sans que cela fasse sourciller le moindre passant. Pourtant on y a passé au moins 20 minutes au milieu d'une rue fréquentée tellement on était mal équipé.
Le fin mot à mon avis est de privilégier un vélo fonctionnel, mais à l'allure quelque peu ancienne, idéalement avec des traces de rouille sur le cadre et qui donc ne fait vraiment envie à personne.
Rédigé par: jmdesp | vendredi 05 décembre 2008 at 14:33
Moi j'enlèvre toujours la scelle et je crève les pneus dès que je le laisse. Ca marche bien.
Rédigé par: Sad Panda | vendredi 05 décembre 2008 at 15:02
pareil. mon vélo je l'ai cadenassé à un radiateur dans mon salon. je demande à voir qu'on me le pique. en plus, ça fait joli et, parfois, ça anime les discussions.
l'inconvénient, c'est la poussière. épousseter un vélo, c'est un peu chiant.
la vérité, c'est que j'en ai ras le bol de le monter et de le descendre, que le local à vélo, vous y entrez, vous y restez. les vélos se rabattent derrière vous, impossible d'en sortir. le piège. quant à la rue, les trottoirs étroits et les emplacements réservés, loin et squattés par les scooters. tiens, ça serait pas une mauvaise idée ça, plus d'emplacement de parking pour les vélos (au lieu de rallonger indéfiniment les stations vélib - vous payez à un bout, quelqu'un se barre avec votre vélib à l'autre. vous avez déjà 50m dans la vue).
pour finir, je dirais : méfiez vous Hugues. je soupçonne les neufs de tarnac d'avoir eu des vélos et de les avoir, un moment ou un autre, utilisés. d'ici à ce qu'on vous arrête pour terrorisme.
Rédigé par: david | vendredi 05 décembre 2008 at 15:41
on t'a volé ton vélo c'est ça ?
moi pour de vrai on m'en a bien volé 4 ou 5, de vélos (en 15 ans). Mais je continue à en faire ; et depuis 3 ans que j'ai un U et un garage à vélo, c'est vrai, il est toujours là !!
Rédigé par: Christie | vendredi 05 décembre 2008 at 15:52
Jmdesp,
En vingt minutes, tu ne serais pas venu à bout de mes deux U. Mais j'ai moi-même déjà scié un antivol standard sans que personne ne se formalise (note : c'était mon propre vélo et la serrure du câble s'était grippée).
Sad Panda,
Tu enlèvRes la sCelle ? Et c'est efficace ?
David,
Ah, tu es le premier à évoquer les "neuf de Tarnac" comme on parlait des "Birmingham six" et des "Guilford Four" à une époque. Faire péter des caténaires, ça vous pose un saboteur...
Christie,
Mais non justement. Et d'ailleurs, à chaque fois que je veux un prétexte pour en acheter un nouveau, je peste contre l'absence de voleurs de vélos.
Autrement, si tu confirmes bien la solution U, tu ne nous dis pas comment étaient attachés les précédents...
Rédigé par: Hugues | vendredi 05 décembre 2008 at 15:59
Tout récemment la police a arrêter un marchand de vélo qui possédait des milliers de vélo voler, il a été pris la main dans le sac en train de payer quelqu'un en lui donnant une pince coupante afin qu'il puisse récupérer un ou deux articles supplémentaires. Le vol de vélo existe a Toronto :)
Rédigé par: Esurnir | vendredi 05 décembre 2008 at 16:24
j'évoque les neuf de tarnac parce que je viens de lire le storytelling de Christian Salmon dans Le Monde du jour. je n'ai plus l'exemplaire sous la main mais je pense qu'il l'évoque ainsi lui aussi.
intéressantes vos comparaisons Hugues avec les Guilford Four et les Birmingham Six. à deux titres : d'abord, différence, parce que les attentats en question ont fait des morts. Pas les actes que l'on reproche aux 9. ensuite, parce que dans les 2 cas, les 6 et les 4, les accusations à tort furent ensuite reconnues par la justice.
mais je dérive par rapport au sujet. juste, ajouter les 24 et 37 (au pif) et vous pourrez faire une grille de Loto.
Rédigé par: david | vendredi 05 décembre 2008 at 16:28
Qu'est-ce que le triathlon?
C'est un Arabe qui va à la piscine à pied et qui revient à vélo.
(Exemple unique d'une blague lepéniste qui ait jamais réussi à me faire rire. J'ai honte... mais quand même, je la trouve inventive!)
Rédigé par: Poil de lama | vendredi 05 décembre 2008 at 17:56
Moi je vole autant de vélos que je peux. Comme ça je me dis qu'il y aura moins de cyclistes à rouler sur les trottoirs. ;o)
@Poil de lama : elle existe aussi sous la forme : "qui a inventé le triathlon ?"
Rédigé par: Monsieur Prudhomme | vendredi 05 décembre 2008 at 20:23
Poil de Lama > A mon tour pour la blague raciste qui m'a fait rire (et fait rire mes amis noirs, comme ça j'ai moins honte).
C'est Le Pen qui se ballade dans sa voiture, et paf ! il écrase un noir (c'est dangereux de rouler avec un seul oeil). Bien embêté, il planque le cadavre dans le coffre. Quelques kilomètre plus loin il est arrêté à un contrôle routier. Le gendarme remarque le sang sur le bord du coffre, demande à Le Pen de l'ouvrir, va jeter un oeil. Il revient à la portière, la mine sombre.
"- Alors, Monsieur Le Pen, on chasse sans permis ?".
Et maintenant je vais me cacher.
Rédigé par: thomas | vendredi 05 décembre 2008 at 21:30
je me suis bien fait voler 4 ou 5 vélos ces 15 dernières années.
La dernière fois, il s'agissait d'un voleur de vélo qui œuvrait à l'université. Lorsque j'ai porté plainte, le policier m'a dit que ce qui était rare, ce n'était pas le vol de vélo, mais la plainte... en effet, il est finalement assez rare que cela serve à quoi que ce soit (à part à éviter que des blogueurs se servent de cette statistique).
PS: au fait, si je me suis fait voler ces vélos, c'est justement parce que je vais travailler à vélo.
Rédigé par: JaK | vendredi 05 décembre 2008 at 21:40
Mouarf !
Voilà mon experience de Suisse et d'Allemagne.
Vélo de base pour faire les courses: laisser le vélo devant le supermarché, avec un antivol en plastique, pas de point fixe = tout le monde fait ça, pas volé
VTT tout neuf: tout le temps en bas de chez moi, antivol un peu gros mais pas en U mais avec point fixe quand même = pas volé
Vélo de base, dans le parc à vélo devant chez moi, oublié l'antivol pendant une semaine = pas volé
VTT de base de ma copine: tout le temps dans l'entrée de l'immeuble, jamais attaché, serrure miteuse sur la porte de l'immeuble = pas volé
Alors, les parisiens ? Pas de problèmes ?
Rédigé par: ouki | vendredi 05 décembre 2008 at 23:08
Ma femme Antillaise n'aimerait pas que le vous raconte la blague des Panouspanous en vélo.
Mais je cautionne la pratique du vélo sans selle, excellente pour pédaler à Paris.
Rédigé par: Ozenfant | samedi 06 décembre 2008 at 18:04
P.S.
En tant qu'ex. motard parisien, je réitère mes remerciements, sans cesse accrus et jamais lassés, aux cyclistes qui me filtraient l'air vicié avec leurs gentils poumons désintéressés.
Rédigé par: Ozenfant | samedi 06 décembre 2008 at 18:11
Esurnir, Ouki,
En fait, l'endroit où l'on ne vole pas les vélos, même sans U, c'est Genève :
http://hugues.blogs.com/commvat/2008/03/carte-postale-d.html
David,
Moi, je le trouve agaçant, ce Salmon, avec son « storytelling. Comme s'il avait fallu qu'il ramène l'art et la manière d'embobiner le monde des Etats-Unis pour nous expliquer que ça venait d'être inventé -- d'où l'impossibilité de nommer ça en Français.
Poil de lama, Thomas,
Effectivement, vous pouvez allez vous cacher. Je suis toujours très ennuyé quand ce genre de vannes racistes se retrouvent sur le blog même si elles sont supposées être au second degré. D'autant plus que j'ai du mal à me fendre la poire en les lisant.
Jak,
Ben je vais aussi bosser à vélo et le mien est toujours là.
Ozenfant,
Dans une prochaine livraison, je compte bien parler de cette histoire de poumons du cycliste...
Rédigé par: Hugues | samedi 06 décembre 2008 at 19:40
You'r welcome dear !
Rédigé par: Ozenfant | lundi 08 décembre 2008 at 16:13
Je me suis fait voler mon vieux vélo l'an dernier, il était bien attaché avec un antivol en U et c'était à Genève... Un collègue a subi une mésaventure similaire cette année dans cette même ville.
Bon, OK, contrairement à mon habitude, je l'avais laissé 3 nuits de suite dehors sur une place déserte la nuit.
Mais, comme beaucoup, je fais la même chose avec ma voiture, depuis toujours (en France et en Suisse). Ma voiture reste parfois des semaines au même endroit et j'ai maintes fois oublié de fermer à clé (dont une fois avec les clés sur le contact...). Personne n'a jamais essayé de me la voler.
D'accord, le vol de vélo peut être évité si on prend quelques mesures simples. Mais ça reste un souci qui ne concerne que les 2 roues et qui n'a rien d'imaginaire.
Rédigé par: Yom | lundi 08 décembre 2008 at 18:13
Merci pour ce billet qui m'a notamment permis de relire ces quelques clichés sur la Suisse.
Je me suis moi fait voler deux vélos. Le premier: un BMX rutilant acheté avec toutes mes économies, protégé par un cadenas de base mais attaché à un point fixe à 4 mètres de l'entrée d'un commissariat. Le deuxième: un VTT neuf devant une université (apparemment les facs sont à éviter pour les cyclistes...). C'était à Nancy, en pleine journée, et plusieurs personnes ont vu les types agir très naturellement: l'un dans une fourgonnette, l'autre qui en descend et vient couper naturellement la grosse chaîne (effectivement, seul le U dissuade vraiment) avec une pince monseigneur pas vraiment discrète, avant de charger le vélo dans la voiture sans que personne ne pense, au cas où, à en noter mentalement la plaque.
Et comme JaK, j'ai provoqué à chaque fois la surprise de l'agent en déposant plainte. On a même essayé de m'en dissuader (du boulot inutile pour eux...), en me disant qu'on retrouvait régulièrement des stocks dans des caves mais qu'on n'arrivait jamais à retrouver les objets ayant fait l'objet d'une plainte. Forcément, vu l'empressement à expliquer que ladite plainte était inutile...
Le premier vélo, je l'ai retrouvé moi-même (avant d'emmener de force son nouveau propriétaire au commissariat). Le second, il a dû être retrouvé depuis au fond d'une de ces caves.
Rédigé par: Mathieu | mardi 09 décembre 2008 at 11:51