Athènes en Seine-Saint-Denis ?
A Libé, lorsqu'on a un marteau, tous les problèmes ressemblent à un clou.
Je l'avoue sans la moindre fausse modestie, je ne sais rien ou presque de la Grèce moderne. Les problèmes avec la Macédoine, le clonage transgénérationnel des Papandréou et autres Caramanlis, les colonels, la question orthodoxe… On le voit : on a vite fait le tour. D'où le reproche que je formule, avec mon camarade Verel, à l'égard de la presse française pour son incapacité à me dire ce qui se passe vraiment dans ce pays depuis quelques jours.
Si je me contentais de lire Libé, mais aussi Le Monde ou Le Figaro, j’en resterais largement au ras des pâquerettes et je devrais me satisfaire d’explications à trois sous comparant, pour le dire vite, l’Attique au 9-3. Mais je lis aussi d'autres quotidiens, un poil plus subtils, pour lesquels le contexte d’une crise pareille mérite d’être observé en détail avant d’être réduit à l’expression générique du désarroi de la jeunesse confrontée au néolibéralisme bla bla bla...
Comme le disent les tautologues, La Grèce n’est pas la France. Et le prêt-à-penser déjà incapable de décrire ce qui se passe chez nous l’est encore moins du côté d’Athènes. C’est d’ailleurs un vrai problème, ce refus d’examiner les situations pour ce qu’elles sont réellement. Tiens, prenons l’édito de Libé ce matin : entre les références au CPE, la critique d’un désengagement de l’Etat, la référence à un système éducatif en déshérence et une chute suggérant que la Grèce « n’est pas aussi loin qu’on le pense », où se trouve l’éclairage informé ? De fait, s’il faut vraiment s’étonner de quelque chose en lisant les trois pages qui suivent ce papier, c’est que l’on ne puisse pas remonter jusqu’à Sarkozy dans la chaîne de responsabilité...
Je le disais, ma propre connaissance de la Grèce s’arrête à sa mythologie, ses poètes aveugles et ses philosophes en toge. Mais il ne me faut pas longtemps pour établir que cette petite nation balkanique de onze millions d’âmes, passée de la domination ottomane à celle des colonels avant de se doter de structures démocratiques fondées sur le passage de relais père-fils, n’a pas grand-chose de commun avec la France au-delà de l’usage de l’euro. Des niveaux de développement différents (le revenu français par tête est presque deux fois plus élevé que celui des Grecs) ; une géographie compliquée (6 000 îles ; un conflit avec la Turquie sur Chypre) ; un contexte religieux délicat (une population majoritairement orthodoxe, dont les positions à l’égard de la Russie et de la Serbie tranchent sur celles du reste de l’Union) ; une économie axée sur le tourisme, sur une agriculture archaïque et sur un secteur public représentant 40% de l’activité (tu parles d’un désengagement de l’État…) ; une croissance de 4% par an (entre 1 et 2 chez nous) et des transferts communautaires correspondants à 3% du PIB (la France est contributrice nette au budget de l’Union)… Hum, pour les jumeaux monozygotes, on repassera.
A cette aune, on se demande d'ailleurs si la révolte des moines tibétains n’aurait pas pu, elle aussi, être superposée à notre malaise des banlieues, l’explication néolibérale étant de sortie dès qu’un type lance un pavé sur un flic. Pour ne rien dire des problèmes africains, moyen-orientaux, sud-américains, océaniens, auxquels s’applique invariablement la même grille de lecture fatiguée.
De la part de Français passant leur temps à se gausser de l’inaptitude yankee à saisir les ressorts de l’âme irakienne, ça fait mauvais genre. Et aller vers l’Orient compliqué avec des idées simples reste bel et bien notre propre spécialité. Mais bon, comme disait régulièrement Socrate une fois sa lecture de Libé achevée, tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien.
© Commentaires & vaticinations
Alors là, la flèche du Parthe frappe sa cible en plein coeur.
Rédigé par: Denys | mercredi 10 décembre 2008 at 16:38
Tout à fait d'accord.
Du peu que j'ai compris, les problèmes de la jeunesse Grecque seraient plutôt à mettre sur le compte d'un gouvernemet de droite conservateur et corrompu, ce à quoi les vrais libéraux seraient les premiers à s'opposer, de part leurs convictions.
Mais Libé et autres défendeurs d'idéologies qui n'ont pas passé le XXème siècle ne sont pas connus pour leur capacité à apprécier la complexité de la réalité, au vu des simplications auxquelles ils croient.
Rédigé par: Gemini | mercredi 10 décembre 2008 at 16:42
D'après ce que j'ai compris, c'est l'amendement Marini qui a tout déclenché. Une fois qu'ils l'ont retiré, il était déjà trop tard.
Rédigé par: Rubin | mercredi 10 décembre 2008 at 18:16
Oui, Hugues !
C'est très grave !
Mais Amnesty international m'a téléphoné hier comme à des milliers de gens (excuse le hors sujet):
Une femme tuée par son conjoint tous les deux jours en France…
NON ce n'est pas "LA MÊME CHOSE" que les autres crimes ou que les autres maltraitances.
Ce matin encore notre simulacre de presse nous en fait des milles et des cents au sujet d'un bébé enlevé (et retrouvé), d'un étudiant tué à Athène ou d'un Indien tué à BOMBAY.
Il semble au contraire que PLUS le crime est MULTIPLE, moins les médiocres médias en parlent.
Pourquoi ?
Pour la simple raison que nos journalistes sont tellement à genoux devant le DIEU SCOOP, que les horreurs à répétitions, ILS NE LES VOIENT PLUS !
Le vieux con bousculé par des "djeunns" qui en fait une crise cardiaque, la jeune femme "soit disant" attaquée par de jeunes beurs parce qu'elles était "juive" (et comment ils l'ont su ?) dans me métro...
Çà ! C'est scoop et on en parle en long et en large pendant 72 heures !
Mais une femme assassinée par son conjoint toutes les 48 heures, quelle importance, au fond ce n’est qu’une femelle, et puis elles sont trop nombreuses…
Si ça arrive si souvent... c'est bien parce que c'est normal, non ?
Dans quel terrible état de déliquescence se trouve notre société pour que les médias en soient arrivés à banaliser ce SEXICIDE ?
150 femmes zigouillées par leur putain de connard de compagnon,
alors ça vous semble banal, à vous ?
Un peu comme si j'avais écrit : "Terrible ! Il y a 150 chiens écrasée par an dans le Languedoc Roussillon" et que vous me répondiez : Oui, mais il n'y a pas que çà de grave !
150 femmes assommées, égorgées, étranglées, battues à mort par an, dans votre pays... et votre émotion n'arrive pas à la hauteur de ce provoquerait celle causée par une mère qui tuerait un assassin pédophile pour sauver son enfant !
On peut voir là le résultat de la logorrhée médiatique continue, dans l'anesthésie de nos perceptions.
L'horreur multipliée est banalisée, le fait divers sans importance aucune devient incontournable !
Une semi mondaine qui publie une caricature de CD fait la première page des journaux pendant huit jours... 150 femmes condamnées à mort par l'indifférence et surtout l'absence de jugement et d'honneur de leur "PRESSE" sont jetées dans la fosse commune de l'oubli !
L'incontournable résultat du mariage de l'overdose d’indignation morale (" qui est une stratégie pour conférer de la dignité aux imbéciles.") avec la fabrique de moutons de Panurges ?
Une presse coupable de non assistance à personne en danger… pas en France !
http://blog-ccc.typepad.fr/blog_ccc/2008/12/une-presse-coupable-de-non-assistance-%C3%A0-personne-en-danger-pas-en-france.html#comments:
Rédigé par: Ozenfant | mercredi 10 décembre 2008 at 18:45
Merci Hugues, ça fait du bien de rentrer après une journée bien ch.... et de lire cette décapante chronique.
Voilà plusieurs jours que je me demandais ce qui se passait en Grèce, cherchant même sur les photos des émeutiers le look "jeune" qui aurait pu justifier ces imbéciles raccourcis médiatiques.
Rédigé par: Thierry | mercredi 10 décembre 2008 at 20:48
http://carpediempolitique.hautetfort.com
Rédigé par: pete | jeudi 11 décembre 2008 at 10:02
Magnifique, comme toujours.
L'Orient compliqué n'a en commun avec la France que l'euro, ce qui bien entendu n'a aucun rapport une réforme des retraites (http://www.france24.com/fr/20080321-grece-parlement-retraite-reforme-adopte-cotisation-duree-prolongation-manifestation) qui ne doit rien nous rappeler à propos de la France, de l'Allemagne, de l'Autriche…
Aucun rapport non plus bien sûr entre les attques conte l'université en France, en Italie en Espagne, et en Grèce.
C'est l'Orient compliqué, nous n'avons en commun que l'usage de l'euro — ce qui implique tout de même une Commission et une BCE, mais rien à voir vous dis-je. La Grèce, c'est encore plus loin que la Turquie finalement.
Et ça se dit pro-européen… pfff
Rédigé par: Cobab | jeudi 11 décembre 2008 at 10:12
Blogs de machos ! (lol).
Rédigé par: Ozenfant | jeudi 11 décembre 2008 at 10:58
Bon, d'accord, c'est du hors sujet, et ton article est superbe... Ho! là là !
Rédigé par: Ozenfant | jeudi 11 décembre 2008 at 10:59
sans doute Libé va un peu vite en raccourcis, peut-être aussi Le Monde et Le Figaro, j'avoue que je me suis assez peu intéressé à la situation de ces jours derniers en Grèce, mais alors que s'y passe-t-il vraiment, Hugues ?
Rédigé par: david | jeudi 11 décembre 2008 at 11:38
Donc si j'ai bien compris :
1/la Grèce c'est l'Orient (et compliqué ! en plus...contrairement à l'Occident qui est simple)
2/un emploi public extrêmement fort (il faut croire que cette salaude de jeunesse grecque à 700 euros est une ingrate) mais
3/ une croissance de 4% (ça alors ! moi qui croyais que l'emploi public c'était mauvais pour l'économiedonclacroissance).
Au total, vous avez raison, on reste comme Socrate...
Rédigé par: manu(Constantin) | jeudi 11 décembre 2008 at 15:28
Je trouve ce billet surprenant et plein de raccourcis:le fait que tu ne connaisses pas extremement bien la Gréce ne justifie pas le recours à la force en Irak...Et non dé qu'un con lance un pavé on ne parle pas forcément de l'ultra-libéralisme.Il se trouve que l'extrême-gauche est trés puissante en Gréce, souvent dans une version teintée d'un peu de nationalisme et que ces gens participent au manifs.Par ailleurs les libertaires, autre tendance de la gauche radicale (l'ultra-gauche-libertaire-sncf-bidule de chez eux) sont trés nombreux au pays de Socrate également, en réaction à la forte culture nationaliste du pays.Ce mouvement là aussi est trés présent dans les émeutes.D'où des évocations de jeunes politisés dans les rues par les journaux français, à juste titre.Pour le reste, billet en effet décapant...
Rédigé par: romain blachier | vendredi 12 décembre 2008 at 10:01
Enfin des jeunes avec un peu de sang dans les veines !
Rédigé par: Ozenfant | vendredi 12 décembre 2008 at 11:18
d'autres raisons :
http://www.lefigaro.fr/international/2008/12/12/01003-20081212ARTFIG00011-la-grece-a-perdu-sa-cohesion-sociale-.php
quant à savoir si ce sont les bonnes... quant à savoir seulement s'il y en a... quant à savoir même si la grèce existe...
Rédigé par: david | vendredi 12 décembre 2008 at 14:50
Laurent Fabius s'inquiétant d'une contagion à la France,c'est le chef d'orchestre du bal des faux culs,vu que les "syndicats lycéens" sont les marionnettes du PS,épaulés aussi sec par les syndicats d'enseignants de même farine.
Ozenfant:il ne sert à rien d'avoir du sang dans les veines quand on a de la sauce blanche dans le crâne.
Rédigé par: rocardo | vendredi 12 décembre 2008 at 23:38
Puisqu'on parle de la nullité de la presse,et pour faire un léger hors-sujet à propos de l'affaire de Filippis,je trouve assez farce que le représentant d'un milieu qui n'a cessé de baisser son slip devant le communautarisme,le relativisme des valeurs culturelles,l'adoration des jeunes(qui doivent construire leur propre savoir...HA HA HA!)doive metre en berne le sien devant le doigt vengeur de la force républicaine.
Rédigé par: rocardo | vendredi 12 décembre 2008 at 23:50