Être un électeur mystère, c'est bien. Dans le bon scrutin, c'est mieux.
Au parti socialiste, on doit aimer le poker. Les dizaines de milliers d'adhérents éphémères de l'avant-présidentielle, ces fameux « socialistes à vingt balles », auront finalement la possibilité de voter pour la motion de leur choix pour peu qu’ils soient disposés à renouveler leur cotisation le soir du scrutin au plus tard. Mieux (ou pire, c'est une affaire de point de vue) : ils bénéficieront du même tarif discounté qu'en 2006 !
On imagine le niveau d’anxiété qui règne dans les différents états-majors si l’on en est rendu à battre le rappel d’un si grand nombre d’inconnues (au sens mathématique s’entend). Tenez, moi par exemple : j’avais pris ma carte juste avant la primaire histoire de faciliter la tâche de Ségolène, que je voyais alors comme l’iconoclaste hors-usinage qui manquait à la gauche mais je n’ai évidemment plus jamais remis un orteil à la section une fois Sarkozy installé à l’Elysée. C’est que, depuis, j’ai eu le temps de faire une croix sur la capacité du PS à se forger une doctrine social-démocrate normes européennes, de me désoler de la montée en puissance du besancenotisme à l’intérieur comme à l’extérieur du parti et, last but not least, de me réconcilier avec l’idée que le gaullo-jauressiste de l’UMP n’était pas le cinquième cavalier de l’Apocalypse que l’on promettait...
Mais voici que les partisans des soixante-douze motions en lice font le siège de mon portable pour me faire part de la bonne nouvelle : « Oui, tu peux voter pour le congrès, camarade ! Et en plus, ça ne va pas te coûter un bras comme à ces adhérents standards qui cotisent sans bouclier fiscal. Allez, un bon mouvement ! Le 6 novembre, vient faire un tour à la section et tout sera comme avant. Mais... euh... tu votes bien pour machin, hein ? »
Franchement, je me tâte. D’un côté, je me demande pourquoi on a besoin de moi pour départager les ennemis de l’économie de marché des adversaires du capitalisme ; de l’autre, je me dis que mon petit bulletin, multiplié par tout un tas d’autres, pourrait redonner un peu de tonus aux libéraux dans mon genre ― du moins ceux qui osaient encore s'assumer avant l’effondrement du CAC. Car en fait, pour qui voter, hein ? Libération, qui est très fort en plans sur la comète (il avait prévu la victoire de Kerry en 2004), assurait l’autre jour être capable de chiffrer le rapport de forces avec une précision diabolique, découpant le parti en quatre portions aussi congrues qu’incongrues. Entre les social-républicains (24%), les anticapitalistes (25%), les « contre-gauche » (24%) et les social-démocrates (27%), « mon camp » semble disposer d’un léger avantage. Mais qui me dit qu’il ne se synthétisera pas avec les bolchos le moment venu ? Ça c’est déjà vu, non ?
D’autant plus que je ne suis pas certain d’y être vraiment à l'aise, dans le camp soc-dem que Libé m’assigne faute de mieux. On y trouve Delanoë, OK, mais aussi Aubry. Du coup, peut-être suis-je davantage à ma place chez Ségolène, mon port d’origine, puisque Manuel Valls y est également amarré... Mais l'on me dit que l’ami Fabius y a posé son sac de couchage. Tu parles d’un foutoir ! Ah, je suis bien embêté… Le pire, c'est que le scrutin aura lieu deux jours après la présidentielle américaine, pour laquelle je ne peux pas voter, même au tarif normal, alors qu’elle risque d’avoir un impact sur ma vie un peu plus notable que l’arrivée d’un nouveau, hum, leader rue de Solferino.
La vie est mal faite. Dans la prochaine, je serai un Américain membre du parti démocrate.
© Commentaires & vaticinations
S'il est élu, Obama proposera peut-être aux non-étatsuniens le droit de vote contre une contribution de 20 dollars. Il résoudrait ainsi plusieurs problèmes d'un seul coup : diminuer le déficit sans accroitre les impôts (toujours appréciable en ces périodes de crise profonde), augmenter le taux de participation et assurer une plus grande légitimité au président élu. Par-dessus le marché (si j'ose m'exprimer ainsi) il assurerait probablement sa réélection vu que les républicains ne sont pas très populaires à travers le monde.
Rédigé par : Monsieur Prudhomme | mardi 28 octobre 2008 à 22:54
"Dans la prochaine, je serai un Américain membre du parti démocrate".
Rien ne t'empêche de te fabriquer une urne dans ton salon et voter comme si tu y'étais. Imagine toi en Floride, ou tout autre Etat sensible, pour donner du poids à ta voix.
c'est marrant, moi j'ai quitté le PS quand tu y es entré. j'ai casqué à l'époque. j'étais un de ces abrutis à cotiser en fonction de mes revenus (on devait être trois ou quatre à faire ça, ou alors j'étais le seul honnête homme du PS), les autres payaient tous le minimum (ils se disaient tous chômeurs, on les croyait) ou alors ne se mettaient à jour de cotisation que quand il y avait un scrutin interne. bref.
pour ce qui est des motions et du congrès, c'est le flou. tant mieux. ça évitera le vote de panurge sous la pression de l'éclatement du parti comme d'habitude. peut-être, il en sortira quelque chose pour une fois.
Rédigé par : david | mercredi 29 octobre 2008 à 12:40
"Imagine toi en Floride" > Peut-être peux-tu même trouver une authentique machine à voter d'occasion sur ebay, Qui sait ?
Rédigé par : Monsieur Prudhomme | mercredi 29 octobre 2008 à 13:39
Tenez, moi par exemple : «socialiste à vingt balles», j’avais pris ma carte juste avant la primaire histoire de faciliter la tâche de Ségolène, que je voyais alors comme l’iconoclaste hors-usinage qui manquait à la gauche mais je n’ai évidemment plus jamais remis un orteil à la section une fois Sarkozy installé à l’Elysée...
Comme quoi, quelques fois un Bobo idéaliste pur et dur et un entrepreneur défenseur auto-déclaré des français d'en bas, peuvent de temps en temps se rejoindre (lol) !
Rédigé par : Ozenfant | mercredi 29 octobre 2008 à 17:55
J'ai rendu ma carte il y a deux semaines.
C'est un parti dont les cadres méritent une défection massive de ses militants en guise de baffe dans la gueule.
Je ne les supporte plus, c'est bien simple, pas UN seul candidat au secrétariat : tous aussi bouffis de langue de bois, de "plus à gauche que moi tu meurs" (essayer de trouver des vrais solutions et pas promettre de raser gratis a l'air vraiment très très compliqué pour un parti qui se prétend "de gouvernement).
Toutes les motions me sont tombées des mains : illisibles, langue de bois, gnangnan, elles ne sont là que pour dissimuler les rivalités personnelles entre cadres tous aussi médiocres et ennuyeux les uns que les autres.
La goutte d'eau qui a fait déborder le vase a été le choix de l'abstention au moment du vote du plan des banques. Avant cela il y avait eu l'attitude pusillanime au congrès (réforme constitutionnelle) et les minables procès faits à Jack.
Trop c'est trop. Je reprendrai ma carte après une ou deux méga baffes électorales supplémentaires (au niveau national s'entend : que le PS se transforme en parti de notables de province par la grâce du mille feuille des collectivités territoriales, cela ne fait aucun doute : il continuera d'enlever de jolis scores aux régionales, cantonales, etc)
Pour l'heure je ne vois aucun moyen pour ce parti, en l'état, de revenir aux affaires. Le PS a apparemment définitivement renoncé à gouverner, si l'on en croit les postures de ses dirigeants (qui seraient autrement moins démagos si ce parti était resté un parti à vocation gouvernementale).
Du vent!
Rédigé par : coline | vendredi 31 octobre 2008 à 11:04
Rosam,Rebsaman;)
Rédigé par : humour japonais | samedi 01 novembre 2008 à 20:45
"normes européennes" : ben pourquoi si c'est notre idiotisme français qui fait que chez nous les inégalités se réduisent ?
Rédigé par : edgar | dimanche 02 novembre 2008 à 22:36