Le pape fait son boulot. Et plutôt bien d’ailleurs. C'est Nicolas Sarkozy qui est hors sujet.
Moi, je l'aime bien, ce pape. Enfin, disons que je l'aime bien dans les limites de l'affection qu'un athée d'origine juive et viscéralement attaché à la laïcité républicaine peut éprouver pour le patron d’une religion avec laquelle il n'a, finalement, pas grand-chose à voir. Mais bon, à tout prendre, je l’aime bien et même, je l’aime mieux que celui d’avant, qui faisait un peu trop dans l’émotion brute à mon goût…
Le nouveau pape, lui, est un universitaire, un intello. Lorsqu’il vient à Paris, c’est d’abord pour offrir un cours magistral au « monde des arts et de la culture » et insister sur l’importance de l’érudition dans la tradition monastique ou sur l’impasse que représente une lecture trop littérale des « écritures ». Et tiens, s’il rencontre des académiciens, c’est pour leur parler de Rabelais. Oui, de Rabelais ! Oh, pas pour évoquer l’invention du torche-cul par Gargantua mais plutôt pour rappeler que « science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». Bah, c’est dans la même veine, non ?
Manifestement, « notre » nouveau pape est un type brillant, même si sa propension d’historien à citer les empereurs byzantins du XIVe siècle en agace certains ― plus particulièrement lorsqu’il tente de définir le « rapport entre foi et raison ». Et de fait, c’est précisément ce que j’apprécie chez lui : les semi-analphabètes sont tellement surreprésentés chez les curés, les rabbins et les imams qu’un religieux qui disserte sur « la rencontre intime (…) entre la foi biblique et les interrogations de la philosophie grecque » est forcément intéressant. C’est sûr, on aimerait qu’il nous démontre qu’une « culture purement positiviste » mène fatalement à la « capitulation de la raison » au lieu de se contenter de l’énoncer… Mais pour le reste, les invités du Collèges des Bernardins en ont eu pour leur argent.
Ceci posé, son point de vue sur la messe en latin, l’avortement, l’ordination des femmes et le célibat des prêtres ne me fait ni chaud ni froid ― pas plus que je ne préoccupe de l’évolution doctrinale du shintoïsme à travers les siècles. Ok, ok, je m’intéresse tout de même un peu plus au christianisme qu'aux polythéismes asiatiques, acceptant l’idée que je lui dois effectivement deux ou trois choses en tant qu’Européen ; mais de-là à donner des conseils au Vatican sur la manière de dépoussiérer le dogme, il y a tout de même un sacré fossé.
Donc, j’aime bien le pape, mais celui qui m’énerve, en revanche, c’est l’ami Nicolas Sarkozy, avocat obsessionnel de la transcendance dans la vie quotidienne. Attention, qu’il déroule le tapis rouge pour accueillir Benoît XVI à Paris ne me dérange absolument pas ― au contraire. Le pape est un chef d’Etat, ce qui fait déjà de lui un visiteur un peu haut de gamme, mais il est de plus le directeur de conscience d’un bon soixante pour cent de la population française. L’homme qui avait reçu Tom Cruise à Bercy peut-il raisonnablement refuser d’accueillir un tel poids-lourd métaphysique à l’Elysée ? La scientologie est-elle désormais plus respectable que le catholicisme, lui-même moins côté chez les pipoles que le bouddhisme tibétain ?
Oui, Nicolas Sarkozy m’énerve lorsqu’il gesticule, de Latran à Riyad et proclame, comme s’il en avait la prérogative, que je ne saurais être un bon citoyen sans me référer à la Bible. Que ce qui cloche chez moi vient sans doute de l’absence d’un type en soutane ou en redingote de loubavitch dans ma vie. Qu'un risque existe de me voir descendre dans la rue pour massacrer mon prochain si Dieu n’est pas là pour m’aider à distinguer ce qui est bien de ce qui est mal... Apparemment plus au fait de la parole divine que notre hyperprésident, Benoît XVI s’est pourtant amusé à lui rappeler que Jésus lui-même rendait sans ambiguïté à César ce qui lui appartenait (Marc 12, 17).
Que le pape, son billet de TGV pour Lourdes en main, en soit amené à recadrer le président de ce Bethléem de la laïcité qu'est la France est d'ailleurs une vraie bizarrerie. D’autant plus que l’enthousiasme sarkozyste pour le mystère de la foi n'est pas de nature à provoquer l’adhésion de Gaulois, catholiques ou non, majoritairement allergiques au mélange des genres. L’hypothèse de sa sincérité peut toujours être formulée, évidemment, mais compte tenu du passif du personnage, elle paraît peu probable. Reste celle du mauvais calcul politique, dont on espère qu'il finira par provoquer un salutaire retour de bâton (de pèlerin). Dans l'attente du Jugement, allez en paix.
© Commentaires & vaticinations
Plutôt d'accord avec toi, pour une fois. Mais à vrai dire, ce que raconte Benoît XVI, j'ai déjà tendance à m'en fiche pas mal... alors ce que raconte Sarkozy sur la transcendance, je confesse (à Dieu tout-puissant) que je m'en fous complètement -- du moins tant que ça n'a pas de prolongements législatifs, et ça ne paraît pas en avoir.
Rédigé par : Poil de lama | lundi 15 septembre 2008 à 18:44
Les prêtres semi analphabètes, c'est non seulement méchant mais globalement faux
Évidemment, ils ne sont pas tous bac+10 comme les jésuites ou cultivés comme les dominicains, mais ils ont fait des études supérieures, et il y en a une bonne proportion qui sont très cultivés
Rédigé par : Verel | lundi 15 septembre 2008 à 19:22
Chez nous, dans notre république laïque, où l'Eglise n'intervient plus dans les affaires de l'Etat et de la société depuis plus de deux siècles (dieu merci !), l'instituteur reste une référence, et le curé reste du domaine du privé. Et ce n'est pas Sarko qui va changer ça ! Il n'a absolument pas mandat pour le faire. Alors qu'il aille à la messe si ça lui chante, mais en silence.
Rédigé par : Doom | lundi 15 septembre 2008 à 19:52
Que l'Eglise garde ses conceptions rétrogrades sur la liberté de la femme, ça la regarde... A condition qu'elle ne prétende pas imposer ses dogmes à la société.
Rédigé par : Flunch | lundi 15 septembre 2008 à 19:54
J'ai noté avec amusement que ce bon Benoît a appelé l'Eglise de France à conserver une position sans concessions sur la famille, en particulier sur les divorcés, toujours dans l'impossibilité de communier et de se remarier religieusement. Pas sympa pour Sarko, ce grand fidèle...
Rédigé par : Berthe | lundi 15 septembre 2008 à 20:53
Athée juif sonne comme un oxymore. Remarquons que Juif athée encore plus.
Tu serais plutôt agnostique, car plus dans le refus que dans la négation et/ou l'ignorance.
Le curé analphabète tu y vas fort, le séminaire représente 7 ans d'études.
Rédigé par : all | lundi 15 septembre 2008 à 21:51
Poil de lama,
« et ça ne paraît pas en avoir » : pour le moment. Mais n'oublie pas qu'il vient à peine d'arriver (je parle de Sarkozy, pas du pape qui est déjà reparti).
Verel,
C'est peut-être méchant, mais je ne pense pas que ce soit aussi globalement faux –- juste exagéré. J'ai rarement été épaté par les prêtres (et les rabbins) avec lesquels j'ai eu l'occasion de discuter. J'ai même toujours été déçu.
Pour les imams, j'ai moins d'expérience mais vu les conditions de formation, il n'y a pas beaucoup d'illusions à se faire.
Mais on n'est pas obligé de trouver que l'absence de profondeur intellectuelle d'un prêtre est un problème pour la plupart des fidèles. C'est donc juste un point de vue personnel.
Doom,
D'autant plus qu'il n'y va même pas, à la messe.
Flunch,
En l'occurrence, il faut quand même avouer que ce n'est pas l'église catholique qui pose les problèmes les plus sérieux aux femmes. Même si elles n'ont pas le droit d'être prêtre, il leur reste pilote d'avion et tout un tas d'autres carrières au moins aussi enrichissantes.
Berthe,
Sarkozy ne peut tout de même pas être constamment plus rigoriste que le pape !
All,
Oh je suis probablement plus agnostique que véritablement athée. Mais j'avais trouvé cette belle formule de Mark Twain sur la foi : «Faith is believing something you know ain't true ».
Rédigé par : Hugues | lundi 15 septembre 2008 à 22:37
Je suis globalement d'accord avec ce billet, sauf sur ce point :
"qu’il déroule le tapis rouge pour accueillir Benoît XVI à Paris ne me dérange absolument pas ― au contraire. Le pape est un chef d’Etat, ce qui fait déjà de lui un visiteur un peu haut de gamme".
Sauf que la pape n'était pas en visite d'Etat mais à titre privé. Pour autant, Nicolas Sarkozy a toute liberté que cet hôte est "un visiteur un peu haut de gamme", mais je ne suis pas sûr qu'il puisse légitimement mélanger l'attachement qu'il éprouve à titre personnel pour le personnage et les fonctions électives dont lui-même est investi.
Quant à la laïcité "positive", on ne voit pas bien ce qu'il entend par là. Il me semble que les pratiques de la France, notamment sur la question du voile musulman, sont traditionnellement moins permissives que le dialogue conciliant que le Président semble entamer vis-à-vis des catholiques.
Rédigé par : Antoine Block | mardi 16 septembre 2008 à 01:29
Il fallait lire :
"…a toute liberté pour considérer que cet hôte…"
Désolé.
Rédigé par : Antoine Block | mardi 16 septembre 2008 à 01:36
Deux observations :
1)Les mêmes qui crient au scandale (il faut quand même dire dire que les forums de Libération et du Monde représentent le degré zéro de la pensée) quant à la visite du Pape sont les premiers à s'insurger lorsque on ne reçoit pas le Dalaï-Lama.
2)Les mêmes qui crient au scandale ne trouvent rien à redire lorsque l'Eglise soutient les sans-papiers au nom du message évangélique.
Rédigé par : P/Z | mardi 16 septembre 2008 à 11:28
@P/Z
ouais enfin bon, on melange pas non plus le Vatican et l'Eglise de France... les uns etant nettement plus progressistes que l'ot la
Rédigé par : Jeanne Calment | mardi 16 septembre 2008 à 15:46
Intéressante intervention de Jeanne "la valeur attent le nombre des années" Calment.
Après la laîcite neutre, négative, positive, Jeanne invente un nouveau concept : La laîcite discriminante, celle qui sépare le bon grain de l'ivraie. A l'ideal du Mr Combes - le bon prêtre est prêtre mort - Jeanne substitue - le bon prêtre est un prêtre de gauche (j'observe cependant que la doctrine sociale de l'Eglise penche plutôt de coté là (condamnation du matérialisme, de l'argent roi..etc), vous devez faire allusion à l'aspect sociétal mais il est vrai que la gauche a quelque peu abandonné la question sociale) de gauche donc et français
Rédigé par : P/Z | mardi 16 septembre 2008 à 18:22
Comme le dit Gide :
"La bonne foi est une vertu essentiellement laïque, que remplace la foi tout court."
On aurait dit qu'il parlait pour Sarkozy ou bien ?
Rédigé par : Ozenfant | mardi 16 septembre 2008 à 18:51
Après Paris, Lourdes et ses miracles... Rappelons-nous que le Pape a déjà sauvé Ingrid B. !
Rédigé par : fin quebecois | mercredi 17 septembre 2008 à 14:11
Quand Sarkozy parle de spiritualité, ça me fait le même effet que quand le pape parle de capote et de sexe. Qu'est-ce qu'il y connaît?
Rédigé par : Sasa | mercredi 17 septembre 2008 à 21:13