En attendant Godot
Pendant que la gauche se cherche, Nicolas Sarkozy assure l'intérim…
Je n'y crois pas beaucoup, à ce « congrès de la dernière chance » dont parle Pierre Moscovici dans Le Monde de ce soir. Pas plus que je ne crois à la capacité du PS à « se ressaisir »… Bon, ce n'est pas la fin de l'histoire et la gauche « de gouvernement » finira bien, d'une manière ou d'une autre, par sortir la tête de l'eau. Mais pas tout de suite. Pas avant qu’une génération nouvelle ne s'impose à la tête du parti, une génération dont la réflexion ne sera pas constamment polluée par un passé mythifié de révolutions radicales et d’intransigeance sectaire.
Elle n’aurait d’ailleurs aucun intérêt à guérir trop vite, cette gauche qui aspire à revenir aux affaires. Electoralement privée d’oxygène par le nouveau parti du facteur joufflu, elle se rénoverait pour rien si elle n'attendait pas que le soufflé gauchiste retombe. Enfin : s’il retombe. Besancenot est bien capable, après tout, de construire l’union sacrée de tous les mécontentements progressistes comme Le Pen avait su agréger tout ce que le pays compte de nostalgiques de Vichy, de cathos intégristes et de cafetiers aigris. Dans un tel contexte, même les socialistes les plus intelligents du monde plafonneraient à 20%. Alors les nôtres…
Cela dit, la montagne de Port-Leucate est toujours susceptible de n’accoucher que d’une toute petite souris : ce ne serait pas la première fois, dans l’histoire récente, qu’un Le Pen de gauche essaie d’émerger et se prend les pieds dans les tapis. Un échec des chavistes de l’Aude ne résoudrait pas les problèmes du PS, mais ça serait toujours ça de pris.
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D’autres y ont certainement pensé avant moi, mais je suis un peu lent et ça vient tout juste de me frapper : le choix de la sous-préfecture de la Marne pour le congrès précédant l’élection d’un nouveau Premier secrétaire a tout du boulevard symbolique pour Ségolène. Une Royal sacrée à Reims, c’est dans l’ordre des choses.
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Le financement du RSA par la fiscalité sur le capital est exactement le type de mesure qu’une gauche pragmatique aurait pu proposer. Mettre les placements financiers au service des centaines de milliers de personnes coincées dans les fameuses trappes à pauvreté que génère l’empilage des allocations, peut-on être contre ?
Ok, on augmente encore un peu les impôts, mais c’est pour la bonne cause et ça n’affecte pas les revenus du travail. Dans un monde idéal, on se préoccuperait d’abord d’aller traquer les niches fiscales et autres passe-droits archaïques pour permettre à un État fauché de remplir ses missions. Mais nous ne sommes pas dans un monde idéal. Nous sommes dans un monde ou la gauche est en morceaux, n’a pas d’idées, n’a pas de patron… Nous sommes dans un monde où c’est de Nicolas Sarkozy qu’il faut attendre qu’il aille chercher les hommes de gauche capables de mettre en œuvre des réformes de gauche. Tiens, même François Hollande est d’accord avec moi.
© Commentaires & vaticinations
Merci de ce lien vers un texte tellement amusant de l'apparatchick Moscovici.
Mon temps de cerveau disponible pour ce qui reste des idées de gauche n'a pas pu aller plus loin que ce passage magique :
"A la source de cette mutation se trouve la vague, énorme, initiée par les droites anglo-saxonnes, de libéralisation économique et financière, l'extension sans limites de l'espace marchand permettant au capitalisme d'accroître à nouveau, et considérablement, sa base de profit."
Voilà, on a là un magnifique exemple du naufrage intellectuel du parti socialiste français ces 25 dernières années. Que du vilain marxisme ressassé, du bon anticapitalisme à la besancenot ! Et voilà un socialisme bien vieux et poussieureux comme on l'aime!
Rédigé par: Kiki le papillon | mercredi 27 août 2008 at 20:41
Bonsoir,
"...Comme Le Pen avait su agréger tout ce que le pays compte de nostalgiques de Vichy, de cathos intégristes et de cafetiers aigris." je suis plutôt surpris par vos propos car j'ai toujours entendu dire par des journalistes ou "spécialistes" en tous genres que la plus grande majorité des électeurs de Le Pen faisaient partie de "la France d'en bas" et qui peut-être votait pour la plupart d'entre-eux à gauche voire communiste avant de voter pour lui durant ces 20 ans où il faisait entre 15 et 20% à chaque élection.
Mais peut-être je me trompe...
Rédigé par: Etonné | mercredi 27 août 2008 at 22:53
Oui, pour les électeurs, mais au niveau des cadres et des militants, ça ressemble à la description de Hugues (même si c'est bien sûr très exagéré).
Encore un très bon post.
Rédigé par: Corto | mercredi 27 août 2008 at 23:07
Etonné:. Hughes fait référence à un de ses anciens billets : http://hugues.blogs.com/commvat/2006/12/un_le_pen_pour_.html (un de ses meilleurs à mon avis, un de ceux qui m'ont fait découvrir son blog et y revenir en tout cas).
L'idée est que (indépendamment des électeurs), le FN est un parti à base idéologique floue, ou disons très large; c'est essentiellement un conglomérat de toutes sortes de tendances (royalistes, fascistes, ultra-cathos, conservateurs déçus, etc.) qui seraient resté séparées et émiettées (et donc sans visibilité politique), si il n'y avait pas eu Le Pen pour les cimenter et en faire un parti fort. Ca veut aussi dire, probablement, que ce genre de parti ne peut pas survivre à la retraite de son chef, parce que en fait ses composants n'ont pas tellement de points communs et "en temps normal" se tapent dessus à tour de bras (cf. l'extrême droite avant Le Pen, quoi !).
De la même façon à l'extrême gauche, il y un paquet de tendances pas forcément très compatibles (anti-libéraux, trotskistes, socialistes, archéo-staliniens, écolo radicaux, anarchistes, communistes réformés...), qui "en temps normal" vont former 5 ou 10 micro-partis sans influence sur la vie politique, à moins que n'émerge un leader capable de réaliser l'alliance de la carpe et du lapin (*) et de mettre au pas tout ce bazar dans un seul parti.
JF
(*) Et aussi du rhinocéros, de l'éléphant, de l'araignée et de l'ornythorynque...
Rédigé par: JF | jeudi 28 août 2008 at 09:25
Merci pour ce lien vers l'article de Libé... où l'on constate, grâce à Olivier Besancenot, que discuter du "stalinisme" et de "Marx est-il dépassé", c'est regarder vers l'avenir ....
Rédigé par: gabriel fouquet | jeudi 28 août 2008 at 14:43
"Elle n’aurait d’ailleurs aucun intérêt à guérir trop vite, cette gauche qui aspire à revenir aux affaires. Electoralement privée d’oxygène par le nouveau parti du facteur joufflu, elle se rénoverait pour rien si elle n'attendait pas que le soufflé gauchiste retombe. Enfin : s’il retombe. Besancenot est bien capable, après tout, de construire l’union sacrée de tous les mécontentements progressistes comme Le Pen avait su agréger tout ce que le pays compte de nostalgiques de Vichy, de cathos intégristes et de cafetiers aigris. Dans un tel contexte, même les socialistes les plus intelligents du monde plafonneraient à 20%. Alors les nôtres…"
voila la pensée la plus originale et la plus pertinente que j'ai eu l'occasion de lire depuis longtemps concernant le PS...
Rédigé par: gasper | mercredi 03 septembre 2008 at 21:01