Aujourd'hui, bloc-notes plein de noms d'endroits exotiques et de menaces terrifiantes pour la planète.
La question de la présence militaire occidentale en Afghanistan, c'est un peu comme celle de la réaction européenne à l'affaire russo-géorgienne : on sait bien ce que devraient être les objectifs (imposer le respect des frontières internationales dans le Caucase ; éliminer les bases terroristes en Asie centrale), mais on ne voit absolument pas comment les atteindre. Mieux, on sait qu'il n'existe probablement aucun moyen de les atteindre…
Du coup, en Géorgie, on en reste aux vœux pieux. On espère seulement que les Russes, maintenant qu’ils savent à quel point ils ont les coudées franches dans le quartier, en resteront là et n’iront pas titiller les Ukrainiens ou les Baltes. Mais c’est loin d’être gagné : le dossier abkhaze s’ouvrant avant la fermeture du dossier ossète, même la Finlande est en droit d’avoir quelques sueurs froides.
Pour l’Afghanistan, dont la moitié de la population est, soit favorable aux Talibans, soit membre de l’ethnie qui alimente ce mouvement en combattants, on constate à quel point il est illusoire de jouer les State builders depuis une caserne à Kaboul. Et après tout, tous les experts répétant en boucle que ce pays n’a jamais été contrôlé par qui que ce soit ont peut-être quelques arguments valables à faire valoir... Mais quelle conclusion en tirer ? Que les Alliés n’ont rien à faire là-bas ? Que ce n’est pas si grave, si Al-Qaeda reconstitue son QG à deux pas d’un Pakistan nucléaire et plus instable que jamais ? Que les bombes qui explosent en Algérie n’ont rien à voir avec la diffusion du terrorisme fondamentaliste depuis les grottes pachtounes ? Evidemment pas.
De fait, les militaires français sont complètement à leur place en Afghanistan, au côté des Américains, des Britanniques, des Italiens, des Allemands ou de la cinquantaine de nations qui, à un moment ou à un autre, ont contribué à chasser les Talibans du pouvoir et à désorganiser la fourmilière qaediste. Ils sont à leur place et ils en paient le prix. On se demande seulement si être « à sa place » sert vraiment à quelque chose et si la mort de ces dix soldats n’est pas comparable, en plus tragique, à la médiation française en Géorgie : l’agitation dérisoire d’arbitres impuissants.
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Très marrante, la parodie du reportage de BHL en Géorgie par Zineb Dryef de Rue89. Très marrante et sans doute assez bien vue pour ce qui est du style et du narcissisme du philosophe. Mais les limites de l’exercice sont vite atteintes, compte tenu de ce que dit vraiment le texte original de la situation à Tbilissi. La presse française produit malheureusement assez peu de ce genre de reportages-fleuve, écrits à la première personne et volontairement dégagés des obligations d’objectivité et de rigueur que prétendent s’imposer nos journaux. Non, ce qu’elle aime bien, la presse française, c’est copier-coller de l’AFP entre deux éditoriaux convenus dont on sait exactement ce qu’ils vont dire avant même d’avoir ouvert son Libé ou son Figaro.
BHL est agaçant, ce n’est pas nouveau. Il ne loupe jamais une occasion de nommer les puissants avec lesquels il fraye lorsqu’il part en vadrouille à Kaboul, à New York ou à Saint-Germain des Prés. Mais l’on finit par ne plus faire attention à ce qu’il raconte réellement et c’est très dommage.
Le consensus, à son sujet, est qu’il n'est qu'un « faux philosophe » (mais qui donc attribue les cartes de « vrai philosophe » ?) et qu’il occupe indûment un terrain médiatico-intellectuel autrefois réservé aux penseurs authentiques — Sartre en tête. Outre que ses contempteurs l’ont rarement lu et vont répétant les mêmes clichés à son endroit comme ils réduisent trente ans de parcours de Bernard Kouchner à ce fameux sac de riz sur l'épaule, ils font l’impasse sur la vraie fonction des philosophes de la télé : donner l’alerte. Eliminez-les et c’est à Jean-Pierre Pernaut qu’il reviendra d’éclairer les Français sur ce qui cloche dans le monde. C'est sûr, on peut aussi le parodier, Jean-Pierre Pernaut, mais bon…
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Le signaler est un peu facile, mais ça ne mange pas de pain. Une fois encore, FN et LCR se retrouvent en totale harmonie dans leur analyse de la présence de soldats français en Afghanistan. Je résume : on ne combat pas le terrorisme par la force et la France est la remorque des Américains qui ne sont là-bas que pour le pétrole. Qui a dit que la géopolitique était une chose compliquée ?
© Commentaires & vaticinations
Tu as oublié l'essentiel : tout ceci est la faute des Israëliens. Je suis sûr que, là encore, LCR et FN seront d'accord.
Plus sérieusement, je te trouve défaitiste quand tu écris Mieux, on sait qu'il n'existe probablement aucun moyen de les atteindre…
Quand on voit comment la situation en Irak semble s'améliorer depuis 1 an http://www.nytimes.com/2008/08/21/world/middleeast/21general.html?_r=1&ref=world&oref=slogin (alors que ça semblait franchement mal barré), il y a lieu de nourrir quelques espoirs.
Enfin, la comparaison BHL-Sartre est indigne. A juger de son track-record, JPS aurait été du coté de Poutine et des Talibans.
Rédigé par : Liberal | jeudi 21 août 2008 à 16:30
Libéral,
Je ne suis pas défaitiste, mais réaliste. J'ai aussi lu dans le Guardian que la situation s'améliore à Bassorah, où les prix de l'immobilier qui montent rattraperont bientôt ceux qui baissent à Londres (http://www.guardian.co.uk/world/2008/aug/15/iraq.military ).
Pourquoi pas ? Mais que se passera-t-il au départ des troupes US-UK ?
Pour Sartre, c'est difficile à dire mais on pourrait l'imaginer en confondateur du nouveau parti du facteur.
Rédigé par : Hugues | jeudi 21 août 2008 à 16:49
quand BHL rend compte dans Le Monde des propos de Saakachvili "Vous m'avez bien entendu : je suis là, tranquille, en Italie, et je lis que mon propre pays est en train de préparer une guerre! Sentant que quelque chose ne tourne pas rond, je rentre dare-dare à Tbilissi", sans rire, on peut se demander si lui aussi ne force pas sur la vodka.
Rédigé par : all | jeudi 21 août 2008 à 17:41
Excelent post.
Bien d'accord BHL est partial comme personne (mais c'est assumé) et en rajoute trois tonnes, mais au moins il est allé sur place, et son témoignage vaut le coup d'être lu.
"Le signaler est un peu facile, mais ça ne mange pas de pain. Une fois encore, FN et LCR se retrouvent en totale harmonie dans leur analyse de la présence de soldats français en Afghanistan. Je résume : on ne combat pas le terrorisme par la force et la France est la remorque des Américains qui ne sont là-bas que pour le pétrole. Qui a dit que la géopolitique était une chose compliquée ?"
Si seulement il n'y avait que le FN et la LCR...
C'est le genre de discours qu'on entend tout le temps, notamment sur Internet. Souvent au PS et à l'UMP, on en est pas si loin.
D'ailleurs pour la géorgie, c'est du pareil au même, "Tous ça c'est la faute des méchants américains" ou\et (ils y en a qui osent tout) "Tout ça, c'est à cause du gazoduc"...
Il y a plein qui avec deux-trois schéma d'idées ont l'explication et le jugement moral qui va avec de tous les évenements politiques...
Rédigé par : Corto | jeudi 21 août 2008 à 18:23
je passe sur les critiques, d'autres ont déjà fait le sale boulot.
J'ai beaucoup appris par BHL sur la situation georgienne.
J'ai pensé à Bodard à Saïgon, à Blondin sur le Tour de France ! la vérité derrière le décor !
Rédigé par : Geoffroy Firmin | jeudi 21 août 2008 à 21:37
En gros BHL a raison de raconter n'importe quoi parce que sa cause est bonne, et Althusser n'est pas un philosophe parce qu'il a étranglé sa femme...
Et bravo aux commentateurs qui trouvent que l'Irak va mieux en ce moment. C'est vrai qu'avec un nombre de morts variant entre 100 000 (Iraq body count : décompte individuel et documenté) et 600 000 (estimations médicales), tout de suite ça fait moins d'agitation.
Bien entendu, Karzai a été consultant pour une firme pétrolière américaine (Le Monde, 6/12/01), mais ça n'a aucun rapport avec rien.
Ce serait trop simple.
Chercher des causes internes aux attentats algriens, commis le plus souvent par des groupes qui existaient antérieurement à la marque commerciale al quaeda, ce serait en revanche trop compliqué j'imagine.
Bref. Quand tu te moques de la presse française qui balance des éditos convenus recopiés de l'AFP, c'est l'hopital qui se fout de la charité.
Tu t'assois sur les faits, tu brosses des portaits géoplanétaires où de toute évidence (laquelle ? des faits !) les attentats algériens sont préparés en afghanistan, et après tu moques les généralisations hâtives des éditorialistes ou les lunettes idéologiques de la LCR et du FN !
Rédigé par : edgar | vendredi 22 août 2008 à 09:22
Hugues, voilà ce que je dis chez Toreador qui aborde les sujet Afghan :
"Au delà des paroles entendues, des voeux pieux, des lieux communs qui réjouissent la lumpen intelligensia : Depuis quand les occidentaux n’ont-il plus gagnés de guerre de pacification, lorsqu-ils sont loin de leurs base ?
L’époque de la canonnière contre les arc et les flèches est terminée, et bien terminée.
Gagner la guerre en Afghanistan n’est peut-être pas impossible, mais à condition de le faire avec les Afghans.
Il semble que le clan occidental est laissé passé cette opportunité puisqu’il semble qu’aux dernières nouvelles, le peuple Afghan soit à plus de 70% contre la présence des troupes occidentales.
La semaine passée la "Rand Corporation" (une société financée par le gouvernement fédéral US) a publié une étude sur "la fin des groupes terroristes". http://blog-ccc.typepad.fr/blog_ccc/2008/08/afghanistan-la.html#comments L’étude stipule : ”En 2008, il est évident que la stratégie US à été impuissante à amoindrir les capacités d‘Al Qaïda”. La RAND, note qu’une solution politique n’est pas susceptible de diminuer et à plus forte raison de mettre fin aux menaces d’Al Qaïda, mais que la résurgence de ces groupes devraient déclancher une remise en cause fondamentale de la stratégie du contre terrorisme US.
“Les efforts US devraient avoir comme ossature les négociations politiques et les renseignements“ Les forces militaires peuvent s’avérer nécessaires, mais il est préférable de développer des forces locales“.
Autrement dit, je vais ENCORE faire une citation (de Romain Rolland) : "Pessimisme de l'intelligence, mais optimisme de la volonté."
Autrement dit:
Je veux absolument que nos soldats gagnent cette guerre, mais l‘incompétence du commandement, ne met permet pas de croire objectivement en la victoire.
Rédigé par : Ozenfant | vendredi 22 août 2008 à 09:26
Geoffroy Firmin,
Le Tour par Blondin, on n'est tout de même plus vraiment dans le ton, mais pour Saïgon, tout à fait... Du personnel au général, c'est une excellente façon de décrire le monde en termes intelligibles par tous et ça n'empêche pas d'avoir aussi de l'AFP dans le même journal.
Edgar,
Si je peux me permettre, citer la pauvre épouse d'Althusser en commentaire d'une note où l'on n'évoque même pas ce couple infernal est la meilleure preuve d'une réponse automatique (je n'ose pas dire pavlovienne", ça devient trop tendance). Je faisais moi-même référence à Sartre, mais peut-être sont-ils interchangeables dans ce contexte...
Mais si tu voulais simplement citer un nom de penseur "authentique" en face de BHL, Althusser, bien que psychopathe et gourou de l'une des principales sectes ML du royaume, fait effectivement l’affaire...
Maintenant, je trouve assez amusant le reste de ton message après être allé faire un tour sur ton blog. Il se trouve en effet qu’en dépit de ton évident attachement à la réhabilitation d’une Russie injustement calomniée (c’est bien ça ?), tu formules la même critique que moi à l’égard des insuffisances de médias qui « fonctionnent comme des blogs ». Dans ces conditions, tu ne vas tout de même pas reprocher à blog de fonctionner comme un blog, non ?
Com-Vat n’a pas d’équipe de rédaction. C’est l’endroit d’où j’émets des points de vue qui n’engagent que moi sur la base de mes lectures, de mes rencontres, de mes conversations et de ma réflexion. Ça n’est pas un quotidien en ligne ou un journal que les gens achètent en kiosque et ces histoires d’hôpital et de charité n’ont donc aucun sens.
Je termine cette réponse décousue à un commentaire qui ne l’est pas moins sur « Al-Qaeda Maghreb ». Je ne crois pas que les attentats au Algérie soient préparés en Afghanistan, mais je pense qu’une organisation qui prend ce nom a peut-être une vision de sa propre action un peu plus "universelle" que celle que tu lui assignes. Mais c’est juste un point de vue hospitalier, bien sûr…
Rédigé par : Hugues | vendredi 22 août 2008 à 10:43
Mea minima culpa : Althusser, tu le disqualifies, via sa femme étranglée, dans un papier sur BHL que tu linkes depuis celui-ci.
Pour ce qui est de ton retour à l'envoyeur, je fais, comme toi, ce que je veux sur mon blog. Mais j'essaie généralement de ne pas nier les faits (au delà de la critique sur le style de BHL, que tu veux bien trouver lourdingue ou risible, tu pourrais aussi relever qu'il n'évoque pas d'agression Géorgienne, qu'il fait de Saakachvili un héros alors que le Canard de mercredi rappelle que c'est aussi un homme qui prend des libertés avec les droits de l'opposition ; tu pourrais aussi relever que le Kosovo est absent du papier de BHL, alors qu'en reconnaissant cette province, "l'Occident" s'est mal placé pour reprocher leurs volontés d'indépendance aux Ossètes. Idem, il aurait été de bon goût de la part de BHL de rappeler que l'Ossétie est Géorgienne par la grâce de Staline, ce que n'importe quel blogueur peut apprendre sans se lever de sa chaise).
Je me fous de la Russie injustement calomniée, donc, non, ce n'est pas ça. Mais j'ai bien aimé Alain Joxe sur Inter qualifier et Poutine et Bush de criminels de guerre.
Pour ce qui est d'Al Quaeda Maghreb, quand tu écris "[peut-on soutenir] Que les bombes qui explosent en Algérie n’ont rien à voir avec la diffusion du terrorisme fondamentaliste depuis les grottes pachtounes ? Evidemment pas.", tu valides l'idée qu'en étant en Afghanistan on combat le terrorisme en Algérie, ce qui relève de la foutaise.
Il y a des attentats en Algérie depuis que le FIS s'est fait voler sa victoire électorale en 1991, et les groupes terroristes algériens se sont fait rebaptiser al quaeda pour faire un peu plus peur. Il n'empêche que le problème afghan serait-il résolu, la situation algérienne resterait.
Rédigé par : edgar | vendredi 22 août 2008 à 11:34
Bien, Hugues, la virée de BHL est déconstruite par Rue 89,
http://www.rue89.com/2008/08/22/bhl-na-pas-vu-toutes-ses-choses-vues-en-georgie
il faut revoir ta copie, bien que tes opinions restent tout à fait recevables
Rédigé par : all | vendredi 22 août 2008 à 11:55
Bien décousu, tout çà !
Mais peut-on demander à la presse de débiter autre chose que des idées reçues ?
Les quelques journalistes ayant encore gardé une once de déontologie, reconnaissent qu'il ne font que recycler les annonces des agences de presse. Pour ce qui est de l’idée de la Finlande (j’avais des amis là-bas), j’aurais au moins quelque chose de comique à leur raconter si d'aventure je retournais à Imatra (lol).
Le métier d'investigateur n'existe plus. Et les médias occidentaux ont fait une analyse partiale et naïve à la fois, d'une situations très simple pourtant : Saakashvili a donné l'occasion à Moscou de montrer que la fédération Russe n'avait plus peur de l'alliance de bras cassés d'un Otan infoutu-capable de gagner une guerre NON conventionnelle et loin de ses bases... depuis 50 ans ?
L'époque de la canonnière qui épouvantait des Papous papas et des Papou non papas équipés d'arc et de flèches est passée !
Dîtes le aux journalistes que vous connaissez, ils ne s'en sont, me semble t’il, pas aperçus !
Rédigé par : Ozenfant | vendredi 22 août 2008 à 17:54
Ben dis donc ça spam dur chez toi en ce moment...
Rédigé par : aymeric | samedi 08 janvier 2011 à 22:05