Barack Obama n'est pas Harry Potter. Et de toute manière, l'usage de la magie en politique n'est pas constitutionnellement admis aux Etats-Unis.
C'est sous les applaudissements de nos voisins de table que nous sommes sortis du restaurant où nous venions, l'autre soir, de déguster un excellent couscous. Oui, sous les applaudissements ! Il faut dire qu'ils n’étaient pas fâchés de nous voir lever le camp, les voisins, notre conversation sur les mérites réels ou supposés de Barack Obama ayant fini par les gonfler quelque peu… D'autant plus que nous avons le verbe haut (une expression que je tiens de ma grand-mère), Guetty Félin et moi. Et que le sous-sol voûté qui sert de salle-à-manger à L'Homme bleu (1) n’est pas le meilleur des endroits où hurler ses convictions sans déranger l’amateur apolitique de gastronomie orientale. Après tout, c'est bien grâce à l'excellente acoustique des caves de Saint-Germain des Prés que le jazz a conquis Paris...
Réalisatrice de documentaires, américaine, Guetty vient justement de terminer un film (2) sur les primaires démocrates, véritable déclaration d’amour au sénateur de l’Illinois. « Tu es trop cynique, trop français pour comprendre ce qui se passe avec lui ! », s’indignait-elle alors je m’étonnais du manque d’intérêt de son champion pour les « hard issues ». Je ne crois pourtant pas être très original en constatant à quel point la fulgurante ascension de Barack Obama dans l’opinion américaine est fondée sur sa capacité à éviter d’entrer dans les détails. L’homme va changer l’Amérique et même le monde, entend-on clamer un peu partout, mais il serait vulgaire de lui demander comment il s’apprête à le faire. Un certain nombre d’obstacles fiscaux, politiques, constitutionnels, économiques, juridiques et même philosophiques risquent pourtant de se trouver sur le chemin de celui qui, jusqu’à nouvel ordre, est passé par Harvard plutôt que par la Hogwarts School of Wizardry…
Mais que l’on ne s’y trompe pas : comme tous les Français et, à vrai dire, comme à peu près tous les habitants de la planète qui ne votent pas aux États-Unis, je serais très heureux de le voir entrer à la Maison-Blanche même si je lui préférais Hillary. D’abord parce qu’il semble qu’un consensus se soit enfin établi chez les démocrates pour la création d’un système d’assurance maladie digne d’un pays développé, mais ensuite parce les États-Unis ont bien besoin d’une alternance après huit ans de bushisme et de Guantanamo.
Pour le reste, ma défense acharnée de Ségolène ne m’ayant jamais fait perdre la tête au point de la voir en Madonne ou en Jeanne d’Arc, je ne suis ni épaté par son côté rock star, ni séduit par ses appels répétés aux bons sentiments et à la bonne volonté. Enfin, disons que j’aime bien les bons sentiments et la bonne volonté, mais qu’ils ne font pas tout un grand repas... Mais surtout, et c’est un énormissime point d’achoppement avec Guetty, je ne suis pas du tout sur la même longueur d’onde qu’elle sur la question raciale : s’il était élu, je n’attendrais pas d’Obama qu’il se présente comme le « premier président noir » mais plutôt comme le premier président who happens to be black. Pas plus qu’il ne me viendrait à l’idée de soutenir un candidat juif, breton ou marseillais à la présidence de la République française ― trois des composantes de ma psyché qui, pour essentielles qu’elles soient, ne m’empêchent pas d’abhorrer l’essentialisme ―, je ne peux me faire à l'argument d’un taux de mélanine comme moyen d'arbitrage politique.
En tout état de cause, et je crois qu’il est bon de le rappeler aux 200 000 pékins ayant manifestement confondu le candidat américain avec Ben Harper lors de son passage à Berlin, une fois élu, s’il est élu, ce qui n’est pas gagné, il sera d'abord le président des Américains. Non, il sera seulement le président des Américains. Une tautologie qui implique que son job consistera essentiellement à défendre les intérêts de son pays y compris lorsqu’ils ne coïncident pas avec ceux des voisins ou leur sont antagonistes. Incredibeul, non ?
Mieux, il situera son action intérieure dans le registre culturel US, restera favorable à la peine de mort, à la possibilité de détenir des armes à feu, au renforcement de la lutte contre l’immigration illégale, aux subventions aux exportateurs de coton ou à l’idée que, couverture maladie universelle ou pas, c’est de l’effort individuel que naît la prospérité… Hum, Guetty, comment dit-on « travailler plus pour gagner plus » en obamien ?
© Commentaires & vaticinations
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(1) L’Homme bleu, 55 bis rue Jean-Pierre Timbaud, Paris 11e
(2) « Obama, plus près du rêve », de Guetty Felin et Hervé Cohen. Diffusé hier soir sur France 5, il sera à nouveau le 4 septembre
Et les Aliens dans tout ça ?
Rédigé par : Master of Space and Time | lundi 25 août 2008 à 17:40
Fort bien, mais je reviens des EU où j'ai pas mal discuté avec les gens du cru, et il est évident que pour eux la "négritude" du candidat est importante et symbolique. He doesn't *happen* to be (half) black, he *is*.
Rédigé par : cdc | jeudi 28 août 2008 à 11:39