Quelle est la différence entre Arnold Schwarzenegger et moi ? Il est gouverneur de Californie.
La fréquentation d'une salle de musculation n'est pas une chose dont on est censé se vanter. Autant « faire de l'exercice » est socialement valorisé, perçu comme un comportement positif, autant passer plusieurs heures par semaine à soulever de la fonte est considéré comme l'antithèse de l'idéal sanitaire et civilisationnel du « vrai sport ».
C'est que rien de ce qui prétend transcender la poursuite d'une boule de cuir sur un morceau de gazon, ou encore les échanges mécaniques de petites balles jaunes au-dessus d’un filet, n’est réellement discernable dans les séances de torture que s’imposent les amateurs de « gonflette ». Pas d’esprit d’équipe, pas de fair play, pas de grand bol d’air vivifiant, aucune de ces métaphores de la vie superbement chorégraphiées pour un public de connaisseurs sur la pelouse du Stade de France ou l’argile de Roland-Garros… Non, juste la métamorphose vide de sens d’un gringalet en monstre de foire à l’aide d’haltères et de stéroïdes ! D’autant plus que les revues « pour hommes », cette nouvelle race de périodiques dont l’émergence précipite le déclin de la presse automobile, consacrent un numéro sur deux aux dix moyens imparables de se doter d’une tablette de chocolat abdominale digne du gouverneur de Californie. Hey, on imagine assez bien ce qu’il convient de penser d’une demi-portion dont le rêve est de ressembler à Terminator sur les conseils de FHM et de GQ !
Moi-même, je suis inscrit dans une salle de gym et, en principe, je ne le crie pas sur les toits. Deux fois par semaine, à l’heure du déjeuner, je descends dans les sous-sols d’un immeuble anonyme du quartier de la Bourse pour m’infliger ce qu’un Martien de passage pourrait interpréter comme un bel hommage à Torquemada (du moins en prenant pour hypothèse que notre Martien ait entendu parler de l’Inquisition, qu’il estime qu’elle soit digne d’admiration et que sa physiologie soit suffisamment proche de la nôtre pour qu’il se figure à quel point il est vain de chercher à soulever son propre poids au-dessus de sa poitrine allongé sur un banc en skaï. Mais bon, que savons-nous des Martiens et du regard qu’ils portent sur le fanatisme religieux et l’hypertrophie musculaire ?)
A ma décharge, je ne suis ni un ancien gringalet, ni un futur monsieur Univers. Juste un quadragénaire qui s’est rendu compte que remplacer le cassoulet-Kronenbourg du mardi et du jeudi par un peu d’exercice ne pouvait pas lui faire de mal. La faiblesse relative de mon investissement personnel dans la transformation de mon corps en sculpture d’Arno Breker a d’ailleurs été remarquée par mes camarades de souffrance, qui m’en font régulièrement la remarque, mi-rigolards mi-accablés, entre deux séries de squats : « Ben tu pourrais tout de même prendre un peu plus ! Tu ne te foules pas vraiment… »
Honnêtement, ils ont bien raison. Et l’idée de suivre leur exemple en me fixant un objectif de tour de biceps ne m’est jamais passée par la tête. D’abord, du sport, du « vrai », du consensuel, j’en fais déjà par ailleurs. Ensuite, je ne suis probablement pas de la fonte dont on fait les Monsieur Muscle : tiens, en trois ans de pratique régulière, c’est tout juste si j’ai atteint le stade auquel l’observateur négligent remarque que vous faites de la muscu… Mais qu’importe : moi, je le sais. Je me sens en forme, j’ai l’impression, lorsque je retourne au journal après une heure de gym et une douche, de recommencer ma journée depuis le début et j’aime bien l’idée d’avoir des pectoraux à un âge où mes semblables restés fidèles au cassoulet du midi ont surtout tendance à se laisser pousser les seins. Ce qui ne m’empêche pas d’avoir préservé les poignées d’amour qui complètent si bien ma calvitie (les femmes adorent) et me donnent l’air d’avoir atteint une position sociale enviable. Un peu comme ces clés de Mercedes ou de Porsche que l’on pose négligemment sur une table de bistrot — l’impact écologique présumé en moins…
Du coup, le regard que je porte sur les culturistes authentiques n’est plus non plus si conventionnel. Et si la muscu est indubitablement une activité égotiste, l’effort qu’elle demande vaut bien celui qu’exigent la course ou l’aviron. La notion de « gonflette », d’ailleurs, qui tend à suggérer que le muscle se développe à l’aide d’une pompe à vélo pendant que son propriétaire feuillette le dernier numéro de Fitness magazine en sirotant du Gatorade, est totalement inepte et le niveau de concentration atteint par les meilleurs est très impressionnant. Il est vrai que l’atmosphère de l’endroit où vous choisissez de faire vos crunches, vos pull-ups, push-ups et autres flexions-extensions jargonneuses joue beaucoup sur la perception que vous vous ferez de ces forts des Halles en justaucorps Décathlon. Ma salle à moi, véritable repaire de livreurs, de serveurs et d’employés de bureau à 500 mètres de l’un des « gyms » les plus chics de Paris (où ma boss dispose d’un casier à son nom), parce qu’elle pue la transpiration, parce que les vestiaires y sont trop petits, parce qu’elle ne propose ni sauna, ni hammam, ni bronzage, convient parfaitement au double-objectif précédemment évoqué : modération cassouletière et fierté pectorale. Mais pour le gouvernorat de Californie, je pense que je vais passer mon tour...
© Commentaires & vaticinations
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Amusant !
Moi même ancien sportif, je ne peux qu'apprécier ton initiative de "travailler" ta forme.
Le coté positif de la chose en est indéniablement l'exercice de volonté que cela induit.
Par contre, connaissant la cadences d'entraînement des
boxeurs avant les matchs (probablement 20 ou 30 fois ce que vous vous infligez) et l'absence totale de perte de poids que cela induit : Je pense que TON initiative se rapproche plus de la méthode coué en ce qui concerne la perte de poids.
Un boxeur, qui s'entraîne dix heures par jour, doit EN MÊME temps se contenter d'un steak grillé avec une feuille de salade pendant son entraînement et une petite assiette de pâtes s'il est descendu près de son poids de forme.
Ma fréquention des sportifs me conduit à vous applaudir pour la volonté et les bienfaits de forme physique que cela vous apporte sûrement !
Mais, moi qui ne souffre pas d'embonpoint malgrè l'inactivité physique qu'entraine ma retraite depuis 2 années, je vais vous confier un invraisemblable secret :
Pour ne pas grossir : il ne faut pas manger plus que de raison !
Etonnant non ?
Rédigé par : Ozenfant | samedi 12 juillet 2008 à 11:09
Et si l'image que tu dis déplorable de la salle était tout simplement lié au fait que lever de la fonte, c'est chiant quand on n'a pas à se passer les nerfs grâce à autre chose qu'un calmant en comprimé ? Regarde la course à pied. Il y a un rejet qui me semble un peu identique chez beaucoup de gens.
Rédigé par : SM | samedi 12 juillet 2008 à 14:38
Tiens, au fait, j'ai reçu hier par mon libraire en ligne préféré, sans frais de port, le petit livre bleu blanc rouge. Je me le réserve pour ma semaine montagnarde, à venir très bientôt...
Rédigé par : SM | samedi 12 juillet 2008 à 19:28
Tiens, au fait, j'ai reçu hier, par mon libraire en ligne préféré, sans frais de port, le petit livre bleu blanc rouge. Je me le réserve pour ma très prochaine semaine à la montagne (un peu d'agitation ça fait du bien dans ce genre d'endroit).
Rédigé par : SM | samedi 12 juillet 2008 à 19:29
Oups... doublon.
Rédigé par : SM | samedi 12 juillet 2008 à 19:30
Amusant, d'ailleurs ce billet aurait pu figurer dans les "petites exceptions francaises" ! J'etais dans la meme disposition d'esprit (muscu < vrai sport) avant de passer quelque temps aux US, ou l'activite physique pour elle-meme, et pas pour l'interet du sport, n'est pas consideree comme avilissante.
Rédigé par : Matthieu | dimanche 13 juillet 2008 à 11:48
Désolé du hors sujet, Hugues, mais si le sujet t'interesse, un lecteur de mon blog a fait des relevés privés après la fuite de TRICASTIN !
Rédigé par : Ozenfant | dimanche 13 juillet 2008 à 20:18
tout de même le cassoulet kronembourg, quelle faute de gout. Le cassoulet, ça s'accommode de vin rouge: un cahors, un corbière, ou ce que vous aimez (comme vin rouge).
Par contre, je ne suis pas sur qu'un triathlon ironman soit suffisant pour l'éliminer.
Rédigé par : nicolas | mardi 15 juillet 2008 à 09:13
On notera avec amusement, que en Amérique (USA mais aussi beaucoup de pays d'Amérique du Sud), où l'aspect physique du corps est quelque chose de très important, c'est NE PAS aller dans une salle de sport qui est presque mal vu.
Rédigé par : dae | mardi 15 juillet 2008 à 16:32
Devant le "vide intergalactique" des commentaires ouèbistes, j'ose un remplissage maladroit : La “grande politique” de Sarko
http://blog-ccc.typepad.fr/blog_ccc/2008/07/la-grande-polit.html#comments
15 juillet 2008 — Sarko est un personnage capable de “coups” dont certains peuvent être retentissants. Celui de l’UPM (Union Pour la Méditerranée) et de ses à-côtés, avec la conférence à Paris dimanche, avec la présence du président syrien qui sort la Syrie de l’isolement machiné par Washington, est nettement dans la colonne des réussites. Quelles que soient les suites de cette journée, Sarkozy a d’ores et déjà obtenu une grande réussite diplomatique. http://www.dedefensa.org/article.php?art_id=5274
Rédigé par : Ozenfant | mercredi 16 juillet 2008 à 17:19
je trouve que ton article cest de la merde en canne chaque fois que quelqu un accomplie quelque chose dans un entrainement que tu sais que tauras jamais ete capable de faire tu trouve juste a le critiquer par jalousie j hai ca des petit fanfarond comme toi sti commence par accomplir quelque chose de ta vie apres ca tu pourra te rabatre sur arnold qui est devenu le gouverneur de la californie ,tes qui toi au juste pour te penser au desus des gens qui ont des passions pis des reves peu etre que tes contres mais vient pas rabaisser les gens qui en ont trouver une vois pedale!!
Rédigé par : Anonyme | vendredi 25 juillet 2008 à 23:01
Anonyme,
Toi pas avoir compris article.
Rédigé par : Hugues | samedi 26 juillet 2008 à 09:20