En cette journée sans presse, j'organise l'accueil des lecteurs dans ma garderie virtuelle. NMPP, cumul des mandats et social-libéralisme à l'anglaise sont au menu.
Pas de journaux dans les kiosques ce matin. Les cégétistes des NMPP, la structure quasi monopolistique chargée de distribuer la presse en France, sont à nouveau en grève. Très exceptionnellement, tous les titres nationaux (sauf l’Huma) se sont associés pour diffuser une « lettre ouverte à ceux qui veulent tuer la presse quotidienne » et condamner la « poignée d'irresponsables qui depuis deux mois, chaque nuit », les prennent « en otage ».
Ça n'a l’air de rien, ce communiqué commun. Ou plutôt, ça fleure bon la riposte patronale à la lutte légitime de vaillants ouvriers... En réalité, il s’agit surtout de la courageuse résistance de canards confrontés aux gros bras qui bloquent les rotatives pour un oui ou pour un non.
Tous les quotidiens signataires reprennent d’ailleurs la lettre ouverte sur leur site Internet à l’exception de Libération, qui préfère sans doute ne pas en rajouter. Question : lorsqu’il aura fini d'assassiner les journaux, le Livre-CGT hackera-t-il leurs versions Web ?
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Intéressant échange entre Édouard Balladur et Robert Badinter dans Le Monde d’hier soir (enfin, dans Le Monde daté d’aujourd’hui mais que son horaire de parution atypique autorise à prétendre qu’il est en vente malgré la grève). Les deux hommes évoquent la réforme constitutionnelle dans ses grandes lignes et je constate que les points de désaccord ne sont pas très nombreux. Ah si, tout de même : Badinter déplore, et moi avec lui, qu’il ne soit pas fait un sort définitif au cumul des mandats. Mais Balladur se marre (du moins j’imagine qu’il se marre puisque Le Monde ne publie pas les didascalies de ses interviews) et lâche : « Disons que c'est une manifestation de plus de l'exception française ! »
En fait, ce n’est pas totalement vrai. D’autres pays ne légifèrent pas sur la question mais laissent leurs élus libres de se déterminer en conscience — généralement dans le sens de l’abandon des mandats surnuméraires. C’est ainsi que Boris Johnson, nouveau maire de Londres, vient de se démettre de son mandat de député d’Oxford alors que personne ne l’y forçait. Ce qui démontre que les pourfendeurs du cumul que furent autrefois, dans une autre vie, Dominique Voynet et Arnaud Montebourg, pourraient aisément prendre de l’avance sur la réforme des institutions de 2012. M'est avis qu'ils préfèreront attendre.
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C’est surprenant mais le débat libéralisme et socialisme n’est pas qu’une affaire franco-française. Et ce qui l’est encore plus, surprenant, c’est qu’il revienne aux socialistes britanniques de se demander si l’heure n’a pas sonné d’un remplacement du discours social-démocrate par un authentique credo libéral. Bon, de ce côté-ci du Channel, où l’on considère que le New Labour est déjà très à la droite de Sarkozy, on aura du mal à comprendre ce qui agite les cerveaux travaillistes. Et pourtant...
La revue Prospect — à laquelle je remercie à nouveau ma belle-sœur de m’avoir abonné en guise de cadeau de Noël et en lieu et place de son traditionnel flacon de brandy espagnol — pose en effet que le blairisme reste le parti du « socialisme mécanique », un socialisme centralisateur, dépensier, étatiste, insuffisamment respectueux de l’individu…
Hum, sounds familiar ? C'est normal. Comme le suggèrent les auteurs d'un article intitulé « Liberalise or die », « for New Labour to survive, it must become new liberal. The key dividing line in politics is no longer between left and right, but, increasingly, between liberal and authoritarian. The Labour government too often finds itself on the wrong side of this divide ».
David Milliband, une sorte de Manuel Valls de là-bas, un temps mentionné comme possible challenger de Gordon Brown, fait partie des promoteurs de ce glissement théorique. Tiens, il ferait un invité très présentable au congrès de Reims, en novembre prochain, maintenant que nous sommes tous libéraux (ou presque).
© Commentaires & vaticinations
Si la nouvelle ligne de confrontation n'est plus que "libérale" contre "autoritaire", et que le New Labour devrait glisser de manière pleine et entière vers le premier qu'est-ce qui différencierait encore les Lib-Dem et le New Labour? Et si c'est ce que les anglais veulent, pourquoi ne votent-ils pas d'avantage pour les Lib-Dem, quitte à expulser le New Labour du jeu ou les conduire à une fusion?
Rédigé par: Cyrille | vendredi 13 juin 2008 à 10:24
Amusant : nous avons un bel exemple de grandes déclarations anti-cumul au Parlement de la région wallonne en Belgique. Et dépôt d'un projet de loi. Curieusement, les parlementaires en ont repoussé l'examen très régulièrement, si bien qu'il deviendra caduc dans quelques jours... L'exception belge, quoi...
A propos, David Miliband a-t-il un lien de parenté avec Ralph Miliband ? Ce serait cocasse...
Rédigé par: cdc | vendredi 13 juin 2008 à 10:42
Cyrille,
Mais ils votent justement davantage pour les lib-dem, notamment aux dernières municipales. Et rappelons tout de même que les lib-dem sont un peu le New Labour avant l'heure : http://hugues.blogs.com/commvat/2006/01/gauche_lheure_d.html
CDC,
Si, c'est son fils. Mais bon, Aubry est la fille de Delors si on va par là.
Rédigé par: Hugues | vendredi 13 juin 2008 à 10:57
Camarade Hugues,
Bon texte théorique, mais QUID du réel ?
Le PS, qui à essayé le gateau sans sucre de 1981 à 1983 puis le gateau sans beurre après 1983, ne pourrait-il pas avoir l'idée d'utiliser beurre pour le social ET sucre pour l'économie.
Vous qui connaissez les "sachant" institutionnels du P.S.
(qui confondent l'organisation de leurs préjugés avec la pensée) :
expliquez leurs que la plus part des pays dont l'économie marche mieux que la nôtre font çà !
Ce n'est pas économie réaliste OU social.
C'est économie réaliste ET social fort.
C'est aussi aides sociales moins généreuses avec les hauts revenus et plus généreuse avec les bas revenus.
Mais bon, là faut pas rêver... clientèle bobo oblige !
Rédigé par: Ozenfant | vendredi 13 juin 2008 à 11:06
Depuis le référendum (français) pour la constitution européenne, j'ai vu une nouvelle ligne bien plus clairement : entre les ringards, conservateurs, nationalistes (dont les idéologies ont fait des millions de morts au XXème siècle avec des régimes totalitaires) d'un côté et les libéraux, sociaux-démocrates de l'autre ...
J'ai été frappé (outre que la France rejette l'Europe) que 55% des français se rallient au premier camp...
Et dire que même à Cuba, on enterre l'égalité ... http://www.letemps.ch/template/international.asp?page=4&contenuPage=&article=234002&quickbar=
Rédigé par: Gemini | vendredi 13 juin 2008 à 11:42
Irlande:
Encore une déculottée pour les "sachant" et les PID ?
Le cancre acculturé Sarkozy va pouvoir s'écrier
"L'Irlande m'a tuer !"
Rédigé par: Ozenfant | vendredi 13 juin 2008 à 17:06
A propos de Socialisme et Libéralisme (avec majuscules ?), la gauche n'a pas trop à avoir peur de prendre son temps, au vu des réactions officielles de la droite sur Delanoë :
http://delanoe-illusionniste.hautetfort.com/
Ou quand un élu de PAris se gauffre gentillement !
Rédigé par: Yoman | vendredi 13 juin 2008 à 22:10
@Gemini,
J’étais dès le début un grand fan de l’Europe, mais de quelle Europe ? : C’est çà ! L’important (et non pas la rose ! )
Les commentaires fustigeant le peuple Irlandais et avant cela les peuple Français et Hollandais (de la part de gens qui se disent démocrate), montre à quel point on peut oublier le sens des mots. Les gens veulent bien être démocrates quand le peuple est d’accord avec leurs certitudes, mais sont facistes dès que le peuple ne pense pas comme eux, pas une seule fois ils ne se disent: L’Europe de Bruxelles fait-elle bien son boulot, NE FAIS-JE PAS UNE ERREUR, PAULO (Les gens s‘appellent tous Paulo) : étonnant NON ?
Aucun peuple d’Europe ne ratifierait aujourd’hui l’illisible traité de Lisbonne, et de toute façon, je le répète, avec ou sans l’Irlande: TOUT CONTINUERA COMME AVANT. Le PIB à "un peu profité " à l‘Irlandais moyen, mais surtout aux multinationales.
En fait ce qui provoque tous ces hurlements de "ceux qui en croquent" à Bruxelles : C’est UNIQUEMENT LA CLAQUE à leur ORGUEIL blessé.
Pour le reste: RIEN ne changera, on va continuer à augmenter le nombre de pays pauvres qui vont pouvoir servir de lieu de délocalisation à nos entreprises : SUPER !
Comme le dit BAYROU : "Ce NON montre le fossé, que dis-je le gouffre qui existe partout entre le microcosme politico-médiatique et les populations"
C’est uniquement la prise de conscience de ce gouffre qui les gène !
Pour les simples "cons comme nous", la NON de l’Irlande ne change ABSOLUMENT RIEN.
C’est juste un problème d’ORGUEIL: "On était pour ! Et ces cons ont dit NON ! Salaud de peuple !" :
L’Irlande, enfant gâté de l’Europe, refuse de continuer à se goinfrer. http://blog-ccc.typepad.fr/blog_ccc/2008/06/lirlande-enfant.html
Rédigé par: Ozenfant | samedi 14 juin 2008 à 08:57
J'ai trouvé l'échange Badinter-Balladur assez soporifique !
Rédigé par: Tietie007 | samedi 14 juin 2008 à 10:50
Camarade Hugues,
Les Irlandais ont voté NON, comme nous, comme les Hollandais... Dont acte et point barre !
Les commentaires péremptoires des uns et des autres n’y changeront rien.
Sept fois sur dix, je suis d'accord avec ce que tu écris avec tant de talent !
Et bien sûr que nous sommes presque tous libéraux, puisqu’il n’y a pas de doctrine de rechange, sinon le communisme. (L’anti-libéralisme n’étant pas une doctrine économique).
Trois fois sur dix je maudit ton coté "infaillible", ta totale indifférence pour les inégalités sociales et ton mépris mal caché pour le peuple.
Tu es l’archétype de l’homme que décrit merveilleusement le sketch d’Alex Métayer " Dis papa, qu‘est-ce que ça veut dire -être de gauche- ? "
En fait, tu as des idées de droite, mais à la différence des gens de droite: "Tu compatis avec les pauvres, les immigrés, les assistés etc." Tu ne fais RIEN, mais tu compatis !
De plus, quand tu te trouves en face de faits réels INCONTOURNABLES concernant la gestion d’entreprise (mon travail), si cela ne correspond pas avec ton idéologie: tu fais semblant de ne pas avoir lu.
Éluder la réalité !
Quelle honnêteté intellectuelle !
Suis-je surpris ?
Même pas, c’est le processus normal à la direction du PS: éviter les discussions avec les gens qui ont vécu les réalités de terrain et préférer les vieilles lunes théoriques de l’économie virtuelle.
T’en rend tu comptes ou fais tu semblant, c’est çà que j’aimerais savoir ?
Il faut que j’achète ton livre pour chercher la réponse ?
Nous les Privilégiés Institutionnels Diplômés (PID), nous avons appris que nous devions "SAVOIR" car nous allions être "l’élite" mais ce n’est pas entièrement notre faute.
Nous ne sommes au fond, que le produit standard de notre éducation Nationale. Si elle faisait correctement son travail, nous n’en sortirions pas sans avoir fait l’effort de comprendre le sens profond de trois phrases capitales :
1° "Science sans conscience n'est que ruine de l'âme." où le médecin Rabelais essaie déjà de nous mettre en garde contre les idées reçues du savoir des Diafoirus et des Eolas.
2° : "L'imagination est plus importante que le savoir. " où le souriant Albert Einstein nourrit l’espoir fou, que les "sachant" comprendrons qu’ils ne sont que des "croyants" et en arriveront un jour à comprendre le sens du mot IMAGINATION.
3° "La pensée ne commence qu'avec le doute" où Roger Martin du Gard reprend avec plus de clarté ce qu‘Aristote et tous les grands chercheurs nous disent depuis plus de 2500 ans sur les pompeuses certitudes dont se nourrissent les obscurantistes ET TOUTES LES SECTES DE CON-VAINCUS.
Avoir fait de longues études sans même avoir compris que les petits étudiants "savent" alors que les grands scientifiques "CHERCHENT", montre assez les lacunes de notre système éducatif :
Nous croyons penser alors que nous remettons seulement en ordre nos préjugés et nos lois.
Rédigé par: Ozenfant | lundi 16 juin 2008 à 18:42
@Tietie007,
Au cas où le réel et le vécu vous intéresserait, mon meilleur ami, ici à Montpellier a invité l’autre jour (2 mois) chez lui, le tailleur du sieur Badinter, un vieux pote à lui.
En parole, le vertueux Badinter est admirable, dans la réalité ce Tartuffe est un pingre de la pire espèce, négociant des remises avec rapacité, faisant du chantage voilé sur ses relations qui pourraient être ou ne plus être client.... : le genre de personnage qu’on ne cherche pas à avoir pour ami ! Mais ce n’est pas important, ce n’est que le réel, les rêves sont tellement plus doux !
Rédigé par: Ozenfant | lundi 16 juin 2008 à 18:52
Ozenfant,
Je ne suis pas d'accord avec cette histoire d'indifférence aux inégalités. Ce n'est pas vrai. Ni avec cette accusation de compassion vaguement formelle. Mais je suis de plus en plus agacé par un discours qui, justement, se résume à une espèce de gentillesse multiforme et vide. Une gentillesse niaise qui ne souffre aucun argument concret et renvoie immédiatement le contradicteur à sa méchanceté.
Cela dit, j'ai l'impression que mon blog devient bien moins rigolo ces temps-ci à cause de ces confrontations. Je vais peut-être arrêter de parler de politique. Je parlerai de sport, tiens, entre la coupe d'Europe, les JO, le tour de France, il va y avoir des choses à dire et ça fera monter mon audience. Ça sera bon pour les ventes en librairie.
Rédigé par: Hugues | lundi 16 juin 2008 à 21:54
Sur le, comment faut-il appeler cela, plus que du refus c'est du déni de référendum sous prétexte que la question est complexe, tu m'étonnes (et pour une fois tu ne donnes pas dans l'exception à cette suffisance très française de l'élite pour le peuple, cette croyance que la démocratie ne doit pas seulement être organisée mais limitée...).
Quand la Suisse a voté "non" à l'adhésion à l'Espace économique européen (l'UE et ses satellites, créé sous Delors certes pas pour elle seule, mais quand même pour elle principalement), à 50,3% mais avec 78,3% de participation, les autorités et nous autres europhiles -- pour qui ce n'était déjà qu'un pis-aller à l'adhésion -- étions bien sûr effondrés. Mais on s'en est remis (et, bon, la différence c'est que ça n'empêchait pas le traité d'entrer en vigueur pour les autres).
Mais je trouve parfaitement hypocrite cette attitude consistant à accepter le référendum seulement si on est sûr de gagner ou alors sur une question secondaire, et de manoeuvrer pour l'éviter précisément parce qu'on subodore qu'on va perdre... La France et les Pays-Bas n'ont pas revoté sur le traité constitutionnel, je ne vois pas pourquoi l'Irlande revoterait sur le traité de Lisbonne: il est donc mort, l'UE reste amarrée à Nice...
Rédigé par: François Brutsch | samedi 21 juin 2008 à 19:10
François,
Lorsque la Suisse a décidé de voter non à l'EEE, on, peut considérer qu'elle a pris ses responsabilités. Etre dedans ou dehors, c'est un choix clair. Lorsque l'Irlande a voté non au traité de Lisbonne, elle n'a pas pris le moindre risque, elle n'est pas sortie de l'Union. Elle a dit : "je garde le système idéal pour moi et je bloque les voisins dans leur désir d'intégration pour des raisons essentiellement internes en termes politiques".
Je ne suis pas partisan de n'organiser des référendums qu'à condition d'être certain de les gagner mais je pense que les questions auxquelles il est stupide de répondre par oui ou par non ne peuvent pas être posées de cette manière.
Nous sommes 27. Dans le contexte de l'unanimité, il y aura toujours quelqu'un pour considérer que le petit boulon, là en haut à gauche, ne convient pas. C'est une évidence. Que faisons-nous alors ?
Rédigé par: Hugues | lundi 23 juin 2008 à 13:34