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lundi 30 juin 2008

Petite approche talmudique de l'antisémitisme

Si s'inquiéter de l'antisémitisme relève, soit de la paranoïa, soit de la stratégie, quel moyen reste-t-il aux juifs de s'inquiéter de l'antisémitisme ? (Attention : texte un peu long qui, lu en diagonale, sera fatalement compris de travers)

Book Lorsqu'un juif s'inquiète de l'antisémitisme, deux reproches distincts lui sont couramment adressés — parfois simultanément. On peut l'accuser d'être paranoïaque, c'est-à-dire d'être tellement à l'écoute de ses propres fantasmes qu'il n'est plus capable d’observer sereinement la réalité ; on peut aussi lui faire observer qu’il est parfaitement conscient de l’inanité de son inquiétude et qu’il cherche seulement, dans le cadre d’une stratégie hautement sophistiquée, à dédouaner l’État d’Israël de ses turpitudes...

Enfin, ça, c’est lorsque la question de l’antisémitisme est évoquée hors du contexte confortable de l’extrême-droite. Qu’un groupe de skinheads vandalise le carré juif d’un cimetière et le tollé est considéré comme convenable. Pas par tout le monde, évidemment — les skinheads n’ont malheureusement pas que des ennemis — mais disons que la réprobation est alors quasi-universelle. Maintenant, que le même juif évoque « l’antisémitisme des banlieues », c’est-à-dire l’antijudaïsme culturel de la tradition islamique coloré de références mal-digérées à la question palestinienne, et les choses prennent une autre tournure. Cet antijudaïsme-là, parce qu’il fait intervenir trop de paramètres complexes, parce qu’il rend confuses les notions de victimes, d’opprimés, d’oppresseurs, etc. n’est plus aussi légitimement dénonçable. Mais j’y reviendrai.

Sur le reproche de la paranoïa (et il est évident que je ne m’adresse pas ici à ceux qui, quoi qu’il arrive, considèrent que les juifs sont une engeance maléfique et corrompue dont il convient de se débarrasser), qu’est ce qui peut bien pousser un type comme moi, à l’aise dans ses baskets laïques, à peu près aussi concerné par la nourriture casher qu’un moine bouddhiste par une côte de bœuf bien saignante, à réagir au moindre signal douteux ?

D’abord, la conscience d’appartenir, nolens volens, à un groupe humain que l’histoire à singularisé pour son malheur. Je ne vais d'ailleurs pas redérouler ici la genèse et les formes diverses de l’antisémitisme à travers les siècles : je l’ai déjà un peu fait dans un autre article et, puisqu’il est acquis que je ne m’adresse pas à des fans d’Alain Soral, je partirai du principe que le lecteur sait deux ou trois choses de la discrimination et des persécutions subies par les juifs à peu près partout où ils sont (ou ont été) présents. Donc : la conscience d’appartenir à un groupe humain régulièrement transformé en bouc émissaire par les pouvoirs religieux et/ou politiques, dont l’émancipation et les droits civiques, dans ce pays, dans mon pays, appartiennent à l’histoire récente et qu’un plan d’extermination industriel a bien failli faire disparaître de la planète il y a quelques dizaines d’années.

Mais tout ça, c’est du général. Car il y a aussi du particulier dans cette histoire. Du particulier tout frais, comme la suppression de la nationalité française de mes parents — alors enfants — pendant la guerre et leur expulsion de l’école publique (et leur accueil subséquent par une école catholique). Du particulier comme leur sauvetage in-extremis de l’envoi dans les camps de la mort par l’arrivée des Américains en Algérie — où ma famille avait la chance de se trouver en 1942. Du particulier comme les pogroms ayant provoqué la fuite, à travers toute l’Europe, de mes arrières grands-parents maternels russes. Du particulier comme l’exil forcé, en 1962, de juifs pour la plupart favorables à l’indépendance algérienne et installés dans les pays du Maghreb depuis, au minimum, 1492

Est-il vraiment inconcevable, dans ce contexte d’une double-mémoire générale et particulière, d’être attentif à tout ce qui peut ressembler à un signe avant-coureur d’une situation dix fois, cent fois répétée ? Pas au point de rechercher les opportunités de se ronger les sangs, bien entendu, mais bien assez pour ne pas se satisfaire d’une tirade sur la violence banale de notre terrible société ultralibérale lorsqu’une synagogue brûle à Marseille, que des tombes sont retournées à Carpentras où qu’un Ilan Halimi est torturé et assassiné à Paris. « Mais l’antisémitisme dont vous parlez n’existe plus, voyons, assurent pourtant, et elles sont authentiquement sincères, les bonnes âmes. Ces démons ont été largement exorcisés. L’Allemagne nazie, Vichy, l’affaire Dreyfus, tout ça, c’est de l’histoire ancienne ! Allez : cette fois-ci, c'est la bonne ! » Sans doute, mais je n'en constate pas moins que, si le passé est effectivement le passé, ni les Français juifs, ni les Allemands juifs n’auraient pu croire une seule seconde, en 1930, à ce qui devait leur arriver dix ou douze ans plus tard. Non, l’inquiétude n’est pas de la paranoïa. L’inquiétude, même mesurée, même contrôlée, est un réflexe. Supprime-t-on un réflexe ? Et un réflexe de survie, par-dessus le marché ?

Mais je voudrais en venir à ce second reproche, à l’idée que les juifs brandissent la question de l’antisémitisme par stratégie, cherchant à déconsidérer le discours antisioniste par assimilation à son pendant antijuif. Manifestement, c’est le cas de certains : que ce soit en France ou en Israël, cet amalgame est parfois pratiqué, permettant de disqualifier une opposition légitime au sort fait aux Palestiniens. A contrario, les antisémites authentiques utilisent d'ailleurs un mécanisme identique pour maquiller leur haine des juifs en combat politique — manœuvre à la source des fameuses alliances rouge-brun qui empoisonnent l’atmosphère et neutralisent le débat.

Les juifs de la diaspora, c’est un fait, sont majoritairement attachés à Israël. Mais ils n’ont pas envie d’y vivre, puisqu’ils n’y vivent pas. Ils n'acceptent pas non plus la présence de colons en Cisjordanie, puisqu’ils sont pour la plupart favorables à la création d’un État palestinien et se placent dans la perspective d'une paix négociée. Au final, et à l'exception de ceux d'entre eux qui assignent à Israël une dimension mystique, ils gardent de ce pays grand comme un timbre-poste l’idée d’un ultime refuge en cas de malheur — l’adresse d’un vague cousin qui pourra toujours vous accueillir s’il faut à nouveau faire sa valise, en quelque sorte… Donc, oui, fatalement, tout débat sur la résurgence — réelle, supposée, exagérée — de l’antisémitisme en France intègrera l’existence d’Israël en toile de fond même si l’argument d’une « tactique », au sens de l’élaboration consciente d’un antisémitisme imaginaire, est un procès d’intention sans fondement, sinon écœurant.

Un vrai problème, c’est la nature nouvelle de l’antisémitisme en France, et l’effacement progressif de la figure lepéno-célinienne au profit de « l’antisémite arabe ». Bon, j’ai bien conscience de friser l’inacceptable en parlant d’un « antisémitisme arabe ». D’abord parce que les petits malins se précipiteront pour expliquer que les Arabes étant eux mêmes des sémites, ils ne sauraient développer ce genre de phobie : je les laisse se documenter sur l’origine d'un concept qui n'a pas grand chose à voir avec les divisions linguistiques des populations moyen-orientales (ça leur donnera l’occasion de se promener sur Internet). Ensuite, parce qu’il n’est pas politiquement correct de rappeler que les Arabes, figures victimaires par excellence dans la cosmogonie progressiste moderne, peuvent aussi être des méchants.

Je réfute d’ailleurs par avance toute accusation de racisme à l'égard des « Arabes » : il y a assez de sépharade algérien en moi pour qu’une telle option me soit de toute manière interdite. Je maintiens tout de même que le statut du juif dans le monde arabo-musulman, sa qualité de dhimmid’être humain de deuxième ordre — a laissé des traces. Mais j’ai lu suffisamment de Benjamin Stora ou d’Abdelwahab Meddeb pour faire la part des choses entre la valeur intrinsèque des personnes et les casseroles culturelles qu’ils trimbalent collectivement. Cet antisémitisme, ou si l’on préfère, cet antijudaïsme, n’est évidemment pas consubstantiel à l’Islam et au monde arabe, mais il y est présent. Partout. Tout le temps. Transporté dans le contexte de la France contemporaine, où les musulmans sont effectivement et objectivement en souffrance, cet antijudaïsme ancestral, magnifié par l’identification des jeunes des cités aux lanceurs de pierres de Gaza, est une vraie préoccupation. Et ni les militants de la cause palestinienne (j'en suis), ni ceux de l’insertion de jeunes déboussolées dans une société fermée (j'en suis aussi), ne rendent service à qui que ce soit en faisant le choix de l'aveuglement.

La spontanéité avec laquelle la gauche, justement, prend la parole pour nier l'existence de cet antisémitisme au fil des faits-divers est l'une des plus grandes blessures de juifs qui, non seulement, subissent  concrètement cette réalité à Sarcelles ou à Créteil (1), mais s'identifient instinctivement aux valeurs de progrès qui leur sont renvoyées à la figure comme antinomiques de ce qu'ils sont. L'incroyable et absurde retournement, qui a vu les communautés noires et juives américaines, indissociablement et historiquement liées par le combat pour les droits civiques, séparées par le fanatisme révisionniste des Farrakhan et consorts pourra d'ailleurs — et douloureusement — servir de précédent à ce phénomène (2).

Mais c’est compliqué tout ça. C’est difficile à réduire à deux trois idées simples comme on les aime dans les journaux, dans les meetings ou même sur les blogs. Les juifs sont, à bon droit, attentifs à ce qui est susceptible de leur tomber dessus, même s'il est certainement plus facile de porter une kippa qu'un prénom arabe dans la France d'aujourd'hui. Du coup, qu’un jeune soit laissé pour mort dans le caniveau, même un petit con, même un membre du Bétar, parce qu’il est juif, et c’est l'inquiétude qui pointe. Une inquiétude alors disqualifiée par ceux qui refusent d'y voir autre chose qu'un repli communautariste — éventuellement mâtiné d'un poil de sarkozysme — au nom de réflexes idéologiques que le réel ne vient jamais bouleverser.

La question reste donc posée, et tant pis si elle agace le contempteur du juif « passant son temps à se plaindre » alors que d'autres l'ont remplacé au premier rang des victimes : quel est le moyen légitime de s'inquiéter de l'antisémitisme ?
 

© Commentaires & vaticinations

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(1) Il s'agit du type de communes populaires où résident la majorité des juifs de France, au contact direct de ceux qui fantasment paradoxalement sur leur statut de nantis. Des quelque 600 000 Français juifs, 60% sont des sépharades originaires d'Algérie, de Tunisie ou du Maroc et appartiennent fréquemment à des milieux d'employés, d'ouvriers, d'artisans ou de petits commerçants.

(2) L'importation en France des discours de ce genre par des mouvements de type Tribu Ka, qui fabriquent de toutes pièces un prétendu contentieux entre noirs et juifs, est d'ailleurs alarmant même s'il reste marginal. Ce contentieux est essentiellement construit sur l'idée que les juifs seraient responsables de la traite négrière (une imbécillité historique). Le mythe de la « concurrence mémorielle », selon laquelle les juifs empêchent la reconnaissance des souffrances des noirs pour conserver leur statut de victimes spécifiques est par ailleurs devenu le fonds de commerce de gens comme Dieudonné...

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Commentaires

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Hugues, je vais vous surprendre : je suis totalement d'accord avec ce billet (à un ou deux détails près tout de même, mais ce ne sont que des détails). Moi-même, cela me laisse coi, quoi !

D'accord sur l'idée principale : l'inquiétude légitime (qu'elle repose dur des faits ou qu'elle exprime seulement une sensibilité à vif, et tous les degrés entre ces deux types de réaction) est trop souvent considérée comme la marque de la paranoïa et/ou d'une stratégie délibérée.
Vous convenez d'ailleurs que cela existe :
"Manifestement, c’est le cas de certains : que ce soit en France ou en Israël, cet amalgame est parfois pratiqué, permettant de disqualifier une opposition légitime au sort fait aux Palestiniens."
Mais plus loin, vous écrivez tout de même que "l’argument d’une « tactique », au sens de l’élaboration consciente d’un antisémitisme imaginaire, est un procès d’intention sans fondement, sinon écœurant."
Pourtant, cela aussi existe. Loin de moi l'idée selon laquelle les inquiétudes (parfois légitimes) et l'attachement (sincère et profond) que les Juifs de la diaspora éprouvent à l'égard d'Israël relèvent d'une telle "tactique". Mais d'un point de vue politique, c'est quelque chose que la classe politique israélienne, les institution représentatives internationales et les lobbies utilisent bel et bien. C'est extrêmement minoritaire dans le cœur des Juifs (si tant est que l'on puisse ainsi parler "des" Juifs, mais j'essaie de faire court), mais c'est une pratique avérée de la politique sioniste.

D'accord lorsque vous soutenez aussi que "les antisémites authentiques utilisent d'ailleurs un mécanisme identique pour maquiller leur haine des juifs en combat politique".
Hors ces deux stratégies, reste la question strictement politique du sort réservé aux Palestiniens.

Quand vous vous décrivez comme "militant de la cause palestinienne", que préconisez-vous exactement ? Le militantisme "moral", "philosophique" ou de principe ne suffit pas : à un problème politique, il faut des réponses politiques. Pour avoir déjà discuté de ces questions avec vous par le passé, je ne vois pas bien quelles sont vos propositions concrètes. L'instauration d'un Etat palestinien viable, non morcelé et non enclavé ? Le partage de Jérusalem comme capitale de deux Etats ? Voire une administration "universelle" (je dirais bien onusienne si j'avais plus de considération pour l'ONU) de cette ville ? Le démantèlement des colonies illégales de Cisjordanie (dont la construction s'intensifie au moment où nous écrivons) ? Le retour des réfugiés palestiniens ?

Sans positions concrètes, on risque d'en rester à une posture moralisante, très consensuelle (encore que), mais sans aucune réalité (ce qui se passe depuis soixante ans). Les dissensions surgissent dès lors que l'on s'assied autour de la table des négociations pour discuter des points précis et concrets.

Vous avez raison d'aborder ce point (dans un billet dont le sujet est l'antisémitisme et pas le conflit Israélo-palestinien) parce qu'il infecte toute discussion sur l'antisémitisme, notamment dans sa dimension "arabe", que vous soulignez, là encore, à raison. Oui, l'identification de nos jeunes musulmans de banlieue à la Palestine est absurde; oui la confusion entre un Juif de Sarcelles (ou du VIIe arrondissement !), les Français juifs nantis (politique, médias, etc.) qui existent quand même (et tant mieux), l'Etat d'Israël, le judaïsme, le sionisme, Tsahal, les colons fondamentalistes est débile; mais elle s'explique ! Je ne vais pas entrer ici dans le détail d'une analyse de la situation historique, sociologique et culturelle qui a conduit à cette aberration, mais nier l'effectivité et les fondements de la situation n'aidera pas à la résoudre.

Enfin, la situation qui a conduit à l'extermination nazie n'a rien à voir avec l'état du monde actuel (pour une infinité de raisons, mais aussi sur le point précis de l'antisémitisme).
Vous écrivez que "si le passé est effectivement le passé, ni les Français juifs, ni les Allemands juifs n’auraient pu croire une seule seconde, en 1930, à ce qui devait leur arriver dix ou douze ans plus tard."
C'est vrai. Tout comme les Bosniaques ne s'attendaient pas à ce qui allait se produire trois ans auparavant, pas plus que les Tutsi, etc. L'explosion de la violence et de la haine est souvent brutale et inattendue (même si elle n'est pas totalement imprévisible).

Mais il existe deux différences essentielles : d'abord, le travail pédagogique qui a été fait sur le nazisme et la Shoah est réel et efficace. Jamais totalement, jamais suffisamment, bien sûr, puisqu'il existe toujours des skinheads irréductibles. Mais, sincèrement, je ne crois pas que l'antisémitisme d'aujourd'hui soit comparable à cette espèce d'arrière-fond culturel consensuel qui était celui de Céline, Brasillach ou Maurras.

D'autre part, la situation politique n'est plus la même. Si en 1930, les Juifs étaient un peuple dispersé, sans représentation et sans puissance (ni diplomatique, ni militaire), il me semble difficile de soutenir qu'il en est encore de même aujourd'hui. L'existence même d'Israël permet au judaïsme d'être la seule confession religieuse à pouvoir s'assoir à la table des nations. Le soutien indéfectible et quasi-mystique (le fameux "lien spécial") des Etats-Unis rend de facto Israël intouchable. La richesse et la puissance d'Israël permet à ce pays un développement militaire qui la met à l'abri des agressions éventuelles de ses voisins (ce qu'il a prouvé à l'occasion de toutes ses guerres). Le soutien d'une diaspora puissante et active permet à Israël et à la communauté juive de peser dans toutes les discussions et décisions (économiques et politiques) internationales (il y a, par exemple, plus de Juifs à New York que dans tout israël).

Bien évidemment, tout cela ne doit en aucune façon être prétexte à relâcher nos efforts pour lutter encore et toujours contre l'antisémitisme et toutes les formes de racisme.

Mais, bien que l'extrême sensibilité sur la question de l'antisémitisme me semble donc largement exagérée (vous l'avez vous-même illustré avec votre premier billet sur Rudy H., et il faut encore se souvenir de la fausse agression du RER, de la fausse agression d'un Rabin à Paris et de l'hystérie médiatique qui s'ensuit chaque fois, sans jamais attendre que les faits soient établis avec certitude), je déplore comme vous la difficulté qu'il y a à exprimer une inquiétude qui est très certainement réelle et sincère (au moins de la part des individus, comme je l'ai dit, pour les institutions j'en suis moins persuadé).

addendum :

La mise en perspective de ce billet-ci avec le précédent (sur le ridicule du catastrophisme et de la morosité des Français) est assez cocasse…
;-)

Antoine Block,
Aïe, il semble qu’en dépit de mon avertissement, ce texte puisse tout de même être lu de travers puisque tu dis être d’accord avec moi. Heureusement, tu multiplies les bémols donc tout n’est pas perdu…

Ainsi, puisque je renvoie moi-même dos à dos les stratèges de l’amalgame antisémitisme-antisionisme et vice-versa, je ne vois pas l’intérêt de me le faire remarquer comme la preuve de quoi que ce soit en termes de réalité de l’antisémitisme – si tu vois ce que je veux dire.
Cela-dit, expliquer que tout ça n’a pas d’impact sur la réalité palestinienne proprement-dite, je n’en suis pas si certain : ce sont souvent les discours forgés du-dehors qui influencent ce qui se passe à l’intérieur.

Mais incidemment, j’espère que je ne me vois pas reprocher de ne pas être un militant autre que « moral » ou « philosophique » de la cause palestinienne. Non, je n’ai pas prévu de partir en vacances à Ramallah et je pense que je vais me rabattre sur les Landes et le pays de Galles cet été. En tout état de cause, il ne s’agit absolument pas d’un texte sur la question palestinienne et je n’en parle que dans la mesure où elle a à voir avec mon sujet.

Ah, et je ne vois pas bien le rapport avec ma note de vendredi, l’effet cocasse m’échappe totalement. Est-ce qu’il faudrait que je sois désespéré ?

Suite à la discussion que nous avons eu sur le sujet à la République des blogs, je me suis fendu hier soir d'un billet sur le sujet

Je comprends bien ta position mais, même après avoir lu ton billet, je maintiens que ce n'est pas l'intérêt des juifs de distinguer dans leur discours racisme et antisémitisme

Verel,
D'abord, il faudrait commencer par expliquer une fois pour toutes qu'il n'y pas des gens qui se réunissent quelque part pour décider de ce qui est "dans l'intérêt des juifs".

Lorsque moi-même, je dis ou je pense quelque chose, je ne me dis pas "est-ce que c'est dans l'intérêt des juifs" et je ne comprends pas ce que tu veux dire avec ça.

Ensuite, le racisme et l'antisémitisme, également méprisables, sont effectivement des choses différentes et je ne vois pas en quoi il serait anormal d'en discuter comme des problèmes de natures différentes. Faut-il éviter de débattre de choses complexes pour ne pas ennuyer les gens qui n'aiment pas les choses complexes ? Ou alors en secret ?

Mais l'on entend dire que les juifs font chier avec leur crainte de l'antisémitisme au prétexte : 1) que ça n'existe plus, 2) que d'autres sont plus bien malheureux.

Oui il y a encore de l'antisémitisme. Oui il y a des gens plus malheureux que les Français juifs du début du XXIe siècle. Je dis moi-même qu'il est certainement plus facile d'être juif que musulman ici et maintenant.
Mais le petit gosse juif du 20e arrondissement qui n'est pas membre d'une bande et qui est obligé de changer de bahut pour éviter de prendre des torgnoles tous les matins, il a du mal à prendre suffisamment de hauteur de vue pour s'en rendre compte...

Hughes
Ais je le droit de ne pas être d'accord avec toi?
Te connaissant, j'en suis certain !
Tu insiste sur les différences entre racisme et antisémitisme : ton billet les illustrent très bien
Au delà de ces différences, l'antisémitisme est une forme de racisme et je pense qu'il serait important d'insister là dessus

Mazel Tov !

Verel,
Mais bien sûr que tu peux être en désaccord avec moi : tu as tout de même le droit de te tromper !

Mais je réagissais surtout à l'idée de "l'intérêt" de dire ou pas ceci ou cela, qui implique qu'un individu se mette à agir en fonction de l'intérêt présumé du groupe qu'il est censé représenter.

Ici, je fais exactement le contraire : je dis les choses comme je les vois, pas en tant que "juif générique" et je ne vais pas me préoccuper de ce que les gens feront ou ne feront pas de ce que je dis.

Ça rejoint d'ailleurs un autre débat qui n'a rien à voir mais que nous avons aussi eu l'autre soir à la République des blogs sur le "rôle" et la responsabilité du blog comme média. Je considère que je n'ai pas de rôle, au-delà de la diffusion de mes propres idées et dans les seules limites du droit en matière de libre expression.

Tout cela n'est pas simple, OK. Tu parles d'une découverte, soit dit en passant.

J'aimerais quand même mieux, Hugues, que tu fasses plus nettement la distinction entre *avoir des raisons d'avoir tort* (et les juifs de France en ont, indubitablement) et *avoir raison d'avoir tort*, ce qui est par définition un non-sens.

Tous les ennemis des juifs ne sont pas fantasmés, loin de là, mais j'aimerais bien que de temps en temps ils se rendent compte qu'il y a *une part* de fantasmes dans leur parano. Pas plus, mais pas moins non plus.

C'est cette part de fantasme, dont ils sont peu conscients, qui les fait allègrement passer de "beaucoup de gens nous détestent" (ce qui est vrai) à "la plupart des gens nous détestent" (ce qui est totalement faux!).

Il y a là plus qu'une nuance, parce que cela détermine l'attitude qu'on a a priori vis-à-vis du clampin qui passe, du compatriote lambda. Or vos compatriotes aussi, ils ont une sensibilité, un amour-propre, une envie légitime qu'on ne les emmerde pas. Ca m'est antipathique qu'un compatriote soit sur la défensive dès que je m'approche, et c'est une réaction que mes compatriotes juifs ont beaucoup, beaucoup plus souvent que mes compatriotes bretons, ou protestants, ou bayrouistes, ou végétariens, ou n'importe quoi qui les fait classer dans une minorité. Nous sommes dans un pays où les minorités ont le droit d'exister, c'est plutôt sympa, ça devrait détendre l'atmosphère... or avec mes compatriotes juifs ça ne la détend pas suffisamment et, j'aurais même tendance à dire, *de moins en moins*.

C'est un vrai problème et ça n'est pas louable, pas sympa, pas logique, pas normal. Quand j'étais môme, il restait en France un vrai gros paquet d'antisémites bien vivants; des vrais salauds, fachos, pronazis, antirépublicains... et mes compatriotes juifs avaient quand même à peu près le sourire. Aujourd'hui, presque tous ces répugnants enfants de Pétain sont morts de vieillesse sans laisser de descendance acquise à leurs idées nauséabondes, et je vois pourtant mes compatriotes juifs de plus en plus nerveux, suspicieux, acariâtres. Ce n'est pas normal, il faut le dire!

Ca s'excuse très largement, ça s'explique en grande partie, mais il faut arrêter de faire comme si c'était *normal*. Ca ne l'est pas! La minorité juive de France n'a probablement jamais été aussi bien intégrée qu'aujourd'hui, ce qui n'empêche pas que son mal-être va grandissant. Franchement, ça commence à relever de l'assistance psychologique.

Par ailleurs, pour les commensaux non-juifs, c'est pesant, ça fout une sale ambiance. Je crois qu'il faudrait sérieusement que le juif français moyen y réfléchisse avant de se laisser gagner par la parano, si explicable soit-elle.

Pour te donner un exemple, Hugues, on t'a vu récemment (oui, toi) dénoncer un antisémitisme sournois dans des contributions qui n'étaient simplement pas complètement de ton avis. Eh ben... c'est pas normal. Et si je ne te connaissais pas personnellement, cela me ferait te classer, non pas parmi les sales youtres, mais parmi les paranos lourdingues: c'est l'impression que ça donne.

Relax, les mecs. Décompressez un poil. Vous avez, c'est vrai, des ennemis un peu partout sur la planète... mais pas en chacun. Vraiment pas. Si vous ouvrez un peu les yeux, vous pouvez aussi vous voir des amis un peu partout sur la planète -- et sans doute même bien davantage. En tout cas, en France, c'est le cas (certes, ça ne l'a pas toujours été, mais actuellement, c'est le cas).

Ca n'est pas qu'une nuance: cette conscience du fait qu'on a plus d'amis que d'ennemis permet au lien social de s'installer, et une parano injustement valorisée endommage ce lien social. Pensez-y aussi. Je vous assure, ça compte.

Poil de lama,
Ils ont des yeux, mais ne voient pas, des oreilles, mais n'entendent pas !

Je commence par la fin de ton intervention puisque j'aimerais bien savoir où et quand j'ai dénoncé un antisémite sournois dans les commentaires d'une note ici. Si tu parles d'Olivier Bonnet, je précise que je ne l'ai accusé de rien, si ce n'est de réagir en gauchiste pavlovien cherchant à démontrer que l'histoire de Rudy H. n'était surtout pas antisémite. Je ne lui fais pas le procès d'être antisémite mais d'avoir accepté une fois pour toute une vision du monde dont le décalage avec le réel n'est pas vécu comme perturbant. Ce n'est pas la même chose.

Mais sur ton idée générale, je ne suis pas d'accord non plus puisque je ne me sens certainement pas parano, ou fragilement français -- bien au contraire -- et encore moins menacé par l'antisémitisme à un niveau individuel. Mais je ne vis pas à Saint-Denis, je circule dans des cercles ou un antisémite affiché passerait plus facilement pour un demeuré que pour un être éclairé et je suis capable d'apprécier toutes les facettes d'une situation.

Cela dit, je fais toute une note pour expliquer pourquoi des gens qui ont été ostracisés, massacrés et méprisés pendant 2000 ans et quasiment jusqu'à la semaine dernière ont encore quelques réflexes en cas de passage à tabac sur la voie publique et tu me réponds qu'il pourraient prendre exemple sur les bayrouistes et les végétariens. Parlons-nous de la même chose ?

Nous ne parlons pas exactement de la même chose, en effet (c'est interdit d'infléchir le thème d'une discussion vers une question voisine?). Ta note explique admirablement *les raisons* d'une sensibilité particulière des juifs Français aux signes avant-coureurs (éventuellement mal interprétés) d'une résurgence de l'antisémitisme (c'est admirable, mais c'est un peu enfoncer les portes ouvertes). Ma réponse ne disait pas que ces raisons étaient inexistantes, elle faisait observer que le fait d'*avoir ces raisons* ne signifiait pas *avoir raison*. Mais maintenant que tu as répondu à la fin de mon topo, tu peux peut-être envisager d'en lire le début... :-)

Je ne vous demande pas de passer vos vacances à Ramallah, cette destination laissant à désirer question tourisme (il paraît qu'il y a sans cesse des coupures de courant et d'eau potable, que la circulation y est bloqué plusieurs fois par jour et qu'en cas d'insolation l'accès aux soins n'y est pas garantie).

Simplement pour qu'un engagement — aussi idéal et imprécis soit-il — ne demeure pas un vœu pieu sans contenu uniquement destiné à procurer du confort moral et du politiquement correct, il faut qu'il s'accompagne de vues un peu précises. Bref : comment voyez-vous l'avenir des Palestiniens ?

@ Poil de Lama :
Ouaip, tu parles d'une "sensibilité particulière"...
Le peuple s'est fait condamner, harceler, dénigrer, ghettoïser, pogromiser, exterminer durant des siècles : il y a vraiment de quoi être vigilant.
Les occidentaux ont plus de compassion pour les tribus indiennes perdues au fin fond de l'amazonie.

@Hugues :

Une partie de ma réponse a sauté, inexplicablement (peut-être une mauvaise manip de ma part).

Je vous y disais que la cocasserie provient de la contiguïté entre le billet précédent où vous déploriez le malaise et les jérémiades des Français en jugeant qu'ils étaient artificiellement entretenus et reposaient sur des fantasmes, et ce billet-ci où vous expliquez qu'un antisémitisme féroce déferle sur la France, que les pogroms sont sur le point de rouvrir et bien fol celui qui ne le voit pas.
Je trouve cela amusant.

Antoine Block,
Donc, si je décide d'un plan de paix précis sur ce blog, au lieu de me contenter de vœux pieux, tout s'arrange ? Je savais que j'étais un "blogueur influent", mais à ce point !

Donc, je préconise la création d'un Etat Palestinien sur 100% de la Cisjordanie (compte tenu de modifications négociées sur la ligne verte permettant à la Palestine de s'élargir un peu à l'ouest et à Israël un peu à l'est quand nécessaire) + Jérusalem Est + un système de transit routier et ferroviaire permettant de relier tout ça. Le fameux droit au retour, lui me semble difficile et je pense à des compensations financières. Des questions ? Avant de me reprocher je ne sais quoi, je te rappelle que je suis sur la position du Fatah et de feu Arafat.

Sur le cocasse, tu m'excuseras, mais je ne me souviens pas d'avoir évoqué la déferlante de pogroms dont tu parles. C'était sur mon blog ?

Antoine Block ne fait que te répondre avec les mêmes artifices rhétoriques dont tu uses et abuses de plus en plus sur ce blog : généraliser et exagérer la position de l'autre, pour se placer au-dessus, et apparaître comme "l'homme raisonnable et objectif".

Comme tu le dis si bien toi-même, on a effectivement l'impression que certains d'entre vous - au rang desquels je te compte - recherchez les opportunités de vous rongez les sangs immédiatement, plutôt, par exemple, que d'attendre ne serait-ce que 48h pour en savoir un peu plus. 48h, c'est vraiment trop demander, avant de lancer des accusations aussi graves, quand bien même elles seraient fondées ? Un des responsables français du judaïsme a d'ailleurs plutôt bien réagi, en refusant de s'emballer le soir même.

Et non, la torture et l'assassinat d'Ilan Halimi ne sont pas "banals" , pas plus que les profanations de tombes ou les saccages de lieux de cultes, qu'ils soient juifs ou musulmans par ailleurs. Elles sont aussi inacceptables que le passage à tabac d'un jeune, juif ou pas pour ce que ça vaut.

Oui, l'antisémitisme existe, le racisme aussi, et mille fois oui, il faut les combattre. Sans verser pour autant dans la surenchère victimaire en permanence.

C'est en partie cette surenchère qui exacerbe les tensions entre ces deux peuples ennemis de toujours. En partie, hein, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit. Disons que ça rajoute une couche à un vrai problème, qui n'a pas besoin de ça pour exister.

Encore une fois, pour répondre à la question posée à la fin, le moyen légitime de s'inquiéter de l'antisémitisme est de le faire à tête reposée, posément et sans se jeter dans un concours de victimisation. Pas tout à fait comme ton billet, quoi. Par exemple, en ne profitant pas lors de la dénonciation d'une montée de l'antisémitisme de toutes les occasions possibles pour accabler l'Islam, pas plus que les musulmans ne sont efficaces quand ils dénoncent le racisme tout en crachant sur le judaïsme. Pas plus que la laïcité ne se défend bien en crachant systématiquement sur les religions.


PS : je tenais à retirer certains sous-entendus faits sous un des précédents billets, effectivement inacceptables en ce que je n'aurais jamais du douter de ta colère si c'était un des mecs d'en face qui s'était fait défoncer. Mais aurais-tu été aussi prompt à dénoncer le racisme ? On peut en douter, ce qui est plutôt à mettre à ton honneur car ta réaction aurait dès lors été bien plus raisonnable. Et aurait eu infiniment plus de poids.

"quel est le moyen légitime de s'inquiéter de l'antisémitisme ?"

l'infamie est aisée à coller, moins à enlever. elle doit se manipuler avec précaution. la légèreté, dans ce domaine, m'est déplaisante.
Ceci dit j'ai reçu les développements sur la difficulté à maintenir le nécessaire qui-vive...
Trop complexe pour que j'apporte ici quelque idée pertinente.
Juste ne pas trop jongler entre antisarkozysme et antisemitisme, opinions de gauche et deconnection du réel.

@Hugues :

Pas de pogroms explicitement nommés sous votre plume, c'est vrai, mais ceci :

"si le passé est effectivement le passé, ni les Français juifs, ni les Allemands juifs n’auraient pu croire une seule seconde, en 1930, à ce qui devait leur arriver dix ou douze ans plus tard. Non, l’inquiétude n’est pas de la paranoïa. L’inquiétude, même mesurée, même contrôlée, est un réflexe. Supprime-t-on un réflexe ? Et un réflexe de survie, par-dessus le marché ?"

Ça ressemble bien à une mise en garde devant la réédition possible de la Shoah, ça, non ?
En France ? En 2008 ?! Allons, mettons cela sur le coup de l'émotion.

Mais encore une fois, je ne veux pas polémiquer, je suis à 90% d'accord avec vous. Une fois n'est pas coutume !

À propos de votre plan de paix pour le conflit israélo-palestinien, je voulais simplement connaître votre (pro)position. Mettons que je suis curieux des opinions de mon hôte.
Et là encore, je suis très largement d'accord avec vous.

Très bonne question finale (et billet intéressant).
Pas de réponse évidente bien sur, mais j'avoue que je me sens plus proche de la position de Verel que de celle des billets sur Rudy H. Je ne vois ni l'intérêt ni la légitimité qu'il y a à séparer l'antisémitisme du racisme (mais je serais très intéressé par un billet sur ce sujet, s'il n'existe déjà), plutôt que de le considérer comme une forme de racisme, un racisme anti-juif. Je suis choqué d'entendre toute une journée sur une radio nationale parler du "jeune Juif" agressé (au lieu du "jeune Français de confession juive" - je ne crois pas que l'on parle jamais du "jeune Arabe" ou "jeune Noir", si?). Je ne comprends pas la caractérisation de l'agression comme "tentative de meurtre aggravée par le caractère antisémite" (Une tentative de meurtre sur un "jeune juif" est plus grave que sur un "jeune non-juif"? - Soit dit en passant, je ne comprendrais pas plus une "tentative de meurtre aggravée par le caractère raciste" ). Et j'ai vraiment l'impression que l'on bascule dans le n'importe-quoi lorsque je lis :
"«Il s’agit d’un antisémitisme par conséquence, […] par incidence», a expliqué le procureur. «On ne retient pas une volonté d’agresser particulièrement une personne de confession juive, mais la volonté d’agresser une personne appartenant à une bande constituée de jeunes juifs». Lors des rixes, «des insultes antisémites ont fusé» de même que «des insultes racistes»."
(http://www.liberation.fr/actualite/societe/334618.FR.php )
Une ébauche, un début, de réponse à la question finale du billet est donc, pour moi, la suivante : Un moyen légitime de s'inquiéter de l'antisémitisme dans la France du XXIième siècle serait de s'en inquiéter comme d'une forme de racisme qui touche les Français d'origine ou/et de confession juive (et non pas les "Juifs"). Bref, un moyen légitime de s'inquiéter de l'antisémitisme devrait être un moyen qui ne caractérise ni ne stigmatise les Français d'origine ou/et de confession juive comme des êtres à part affectés par un mal absolument spécifique.

Billet passionnant Hugues. Je te rejoins complètement.

Non, l'antisémistisme arabe n'est pas fantasmé. Non, la vigilance envers l'antisémistisme n'est pas une tactique pour se faire bien voir ou légitimer telle ou telle position géostratégique.

Je suis moi-même assez pessimiste car je pense qu'il y a une spécificité française au nouvel antisémitisme. Pour moi, c'est intimement lié à l'importance excessive que revêt dans notre pays le statut de victime.

Dans tous les pays, les victimes suscitent la sympathie. En France, ils bénéficient d'une tolérance coupable. En France, un acte antisocial, illégal voire carrément criminel obtient une bienveillante compréhension dès lors que son auteur a une image de victime. On assiste donc en France à une concurrence victimaire exacerbée.

Dans les autres pays, quelqu'un qui bloque l'accès à un port est poursuivi par les autorités; en France s'il a réussi à apparaître comme une victime, il reçoit des subventions.

Dans les autres pays, quelqu'un qui déverse des produits agricoles dans un bâtiment public est sanctionné; en France, parce qu'il est un pauvre paysan victime de la mondialisation, il infléchit la politique européenne du pays.

Dans les autres pays, quelqu'un qui détruit un restaurant ou des champs de maïs subit l'opprobre publique; en France, il est le défenseur des opprimés et devient l'ami des ministres.

Dans les autres pays, voler dans les supermarchés est mal vu; en France, ça devient un acte héroïque si on est une mère de famille au RMI.

Dans les autres pays, ceux qui brûlent des voitures sont des voyous; en France c'est une manifestation de la légitime colère de victimes de la société.

Etc, etc...

Le lien avec l'antisémitisme? Pour moi, les juifs ont perdu la concurrence victimaire. Bien sûr, le crime qu'ils ont subi est incomparable. Mais c'est loin. Et aujourd'hui l'archétype du beur des cités est un pauvre, chômeur, à faible niveau d'éducation; bref, une victime. Alors que l'archétype du juif est plutôt un CSP+ ou un représentant des classes moyennes; bref déjà presqu'un bourreau. Et si on intègre Israël et la Palestine, les positions victimes/bourreaux sont renforcées. Et plus le temps passera, plus la shoah sera loin.

Il faut sortir de cette logique victimaire. Il faut marteler qu'un connard reste un connard, un salaud reste un salaud, même s'ils sont pauvres ou faibles ou victimes.

Toi-même tu te laisses "gouroutiser" par la pression vicimaire. Le fait que tu sois favorable à la création d'un état palestinien est hors sujet dans ton billet. Tu pourrais être d'avis opposé et ça ne retirerait rien à ta démonstration.

@Liberal :

"Il faut marteler qu'un connard reste un connard, un salaud reste un salaud", même s'il est libéral.

quand j'étais étudiant, je surveillais des cantines. un jour où je réprimandais une jeune fille pour sa conduite à table, elle m'a répondu : "de toute façon, toi t'es raciste, tu m'engueules parce que je suis une arabe".
pour elle, cette identité était donc un problème en ce qu'elle suscitait du racisme chez les autres ; pour moi, cette identité était un problème en ce que sa mise en avant me désarçonnait complètement et m'empêchait de trouver une réponse à son accusation.
pas très clair tout ça. juste pour dire que la question de l'identité n'est pas toujours bien vécue chez les uns et les autres. un peu plus de confiance de part et d'autres parfois...

@Hugues

Bon article

1. La peur/paranoia de l'antisemitisme

Je ne suis pas juif et pourtant je connais très bien le sentiment.
J'ai déménagé à Londres début 2003 en pleine crise de la guerre en Irak. Les media americains deversaient constament un flot de propagande haineuse et xénophobe contre les francais. A tel point que les journaux britanniques s'en sont émus(!). La cantine de ma boite aux US servait des Freedom Fries, et j'en passe.
La prose francophobe américaine actuelle est fortement teintée d'antisémitisme, d'ailleurs bizarrement beaucoup de blagues anti-francaises sont des transpositions de blagues antisémites russes (car le juif en russie a la réputation entres autres d'etre inepte au combat). Au passage, les chroniqueurs parmi les plus virulents sont juifs (ex. Jonah Goldberg, Daniel Kurtzman), il y a peut etre un truc freudien la-dedans.
Enfin bref, à force de me faire ressasser tous les clichés francophobes j'ai eu rapidement pour reflexe conditionné de la détecter, et meme de la chercher. A tel point que je ne pouvait visiter un blog US sans aire une recherche sur "France" pour savoir si j'avais affaire à un con de francophobe...

2. L'antisémitisme comme alibi

Comme vous l'avez noté vous-meme, l'accusation d'antisémitisme est sytématiquement utilisée par certains pour disqualifier tout opposant réel ou supposé à Israel. Cette instrumentalisation à atteint un tel point que les juifs eux-memes n'en sont pas à l'abri, car un juif qui critique Israel devient un juif antisémite ou "self-hating jew"...

Il existe une veritable "stratégie de la tension" qui vise à disqualifier toute critique en utilisant l'accusation d'antisémitisme, tout en faisant volontairement fusionner l'idée "juifs=Israel" dans les esprits. C'est un concept pervers à double tranchant, mais c'est tout benef lorsque l'un de vos buts est de renforcer le sentiment d'insécurité de la communauté.

Je vous invite à lire "Israel Lobby and US Foreign Policy" de Mearsheimer & Walt , je ne sais pa s'il a été traduit.
On peut lire le condensé au format PDF ici:
http://ksgnotes1.harvard.edu/Research/wpaper.nsf/rwp/RWP06-011

Ensuite relisez l'article de Taguieff. Je suis moi aussi un lecteur vorace de Taguieff, mais lui aussi parfois tombe dans l'amalgame.

A plus
Merci et chapeau pour ce blog

Camarade Hugues,

Je sais que tu t'es fortement inquiété de ne plus me lire sur ton merveilleux blog :
J'étais monté à la Capitale !
Ta capitale !
Deux jours en voiture (obligé) dans cette étrange cité !

Bon !
Ton texte me convient assez, sauf que les gens qui croient à des choses que personne n'a jamais vu depuis qu'elles ont été inventées, me pose invariablement le problême de l'Innocente Naïve Crédulité Simpliste de l'homme.

A partir de ce constat : tout ce qui lui arrive, arrivera et est arrivé comme déboires à cause de cette INCS, me fait plutôt marrer.

A propos de l'innénarrable crédulité de l'homme, la libération de la chérie des médias en est encore un bel exemple:

Comment le président Uribe a fait libérer Ingrid Betancourt... Dans un épisode digne de Mission Impossible, alors qu’Ingrid risque d’être sa future rivale N° 1 ! Cocasse non ?
http://blog-ccc.typepad.fr/blog_ccc/2008/07/comment-le-prsi.html#comments

Bonsoir,

C'est la première fois que j'interviens sur votre blog, mais votre billet appelle à commentaires.

Qu'il existe un racisme envers les juifs qui s'est banalisé, chez les jeunes musulmans en particulier, est vrai. Mais je ne me risquerai pas à le qualifier d'antisémitisme, pas plus que je ne me risquerai à parler "d'anti-judaïsme ancestral" (!!!). Si ce dernier terme était justifié, alors il faudrait également parler d'un "anti-christianisme ancestral" à propos de l'Islam (le statut de dhimmi étant appliqué à tous les gens du Livre, et non juste aux juifs. Il ne me semble pas qu'en France les chrétiens fassent l'objet de mesures de rétorsions particulières de la part des musulmans...). Et s'il existe des sentiments anti-judaïques ou antisémites "ancestraux" qui expliqueraient "naturellement" le sentiment anti-juif actuel chez les jeunes Français musulmans, les Français chrétiens sont, si je suis votre raisonnement, "ancestralement" antisémites?

Autant je comprends parfaitement les inquiétudes, légitimes, des juifs face à la montée de cette nouvelle forme de racisme, autant il me semble qu'invoquer l'histoire comme vous le faites (l'holocauste en Europe, les discriminations en Islam) conduit à plaquer une grille de lecture bien trop simpliste du racisme envers les juifs, dont les causes sont complexes, et bien plus intimement liées au contexte actuel qu'à l'histoire: l'identification à la question palestinienne évidemment, mais aussi la médiatisation des cas antisémites ou antijuifs, sans oublier la compétition mémorielle, qui, il faut aussi le souligner, relève aujourd'hui du "devoir de mémoire" lorsqu'il concerne la Shoah, de la "repentance victimaire" lorsqu'il touche à l'esclavage ou à la colonisation.

Bref, ce racisme envers les juifs est alimenté en permanence par un "deux poids, deux mesures" qui est réel et me semble assez malsain (et l'identification à la cause palestinienne n'est sûrement pas un hasard dans ce contexte). Ne tolérer aucune forme de racisme, sans pour autant faire l'amalgame avec l'antisémitisme dès que ce racisme touche les juifs, serait sans doute la meilleure manière d'apaiser les choses. Mais qui aujourd'hui en est capable?

bonsoir

question est si c était les juifs qui étaient racistes ? pourquoi cette question tout simplement quand le crif rend sont rapport sur les actes antisémites en france tous actes commis contre un juif son considéré comme raciste même un vol de scooter ou de sac voir l impolitesse de ne pas donner sa place dans le bus .
question si au lieu d'un jeune juif tabasse par des "noirs" cela avait ete le contraire aurait on accuse les juifs d'etres racistes ?
Pour la shoah j ai un probleme pas que je la nie ,les juifs ont ete extermine les camps et les fours ont existes mais on oublie trop souvent que les premiers a avoir subis un genocide sous les nazis on ete les allemands trisomique ou fou et de plus les gens du voyages (roms;tziganes etc) ont subis
aussi la solution final par les nazis mais helas pour eux souvent mitraille dans les chemins creux et de plus il subissent toujours a notre epoque un racismeset une mauvaises reputations.
tu dis aussi ques les arabes peuvent etres gentils mais aussi mechants pourquoi pas la meme chose pour les juifs.
Enfin le judaisme est la seul des trois religions monotheiste a ne pas etres universaliste car un de ces premiers principe est que le peuple juifs est le seul elus par dieu donc en dehors des autres n est ce pas une base racistes

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