Trois pas en avant…
Quand Bertrand fait sa Royal, Ségolène joue les Fabius. L'agacement point.
Ségolène Royal n'est ni plus ni moins libérale que Bertrand Delanoë ; elle est simplement moins courageuse. Comme la plupart des leaders socialistes, elle est, au grand minimum, quoi qu’elle en dise, membre honoraire du fameux « cercle de la raison » minc-ien. Et s’il est raisonnable de lui emboîter le pas lorsqu’elle estime que l'heure n'est pas aux « querelles sémantiques », observons qu'il lui appartenait, justement, de ne pas chercher des poux dans la tête de son challenger sur un terrain pareil…
Quelles qu’aient été les motivations tactiques du maire de Paris, il n’avait que des coups à prendre en rappelant l’héritage libéral du socialisme hexagonal ― un socialisme dont l’histoire ne commence ni chez Karl, ni chez Léon, ni chez Mao. On lui reconnaîtra donc « l’audace » dont il se prévaut en librairie. On aurait pu s’attendre, en revanche, de la part de la Belle du Poitou, à un peu plus d’à-propos, à un peu moins de pusillanimité, à un peu plus de capacité à reprendre la route iconoclaste qu’elle avait su tracer ces derniers mois.
Ironiquement, les propos qu’elle tenait elle-même sur le site de Désir d’avenir, quelques semaines avant ce que les p'tits malins ont choisi d’appeler le « coming out » de Delanoë, auraient pu être dénoncés avec la même emphase en carton par le premier Mélenchon venu. Oui le libéralisme fonde les valeurs de la gauche française, affirmait-elle en substance. Non ce libéralisme « sociétal » n’a rien à voir avec le libéralisme « économique », tempérait-elle immédiatement et à peu près dans les mêmes termes que le born again libéral de la place de grève.
Car ni l’un ni l’autre, on le voit, ne sont encore prêts à assumer pleinement la dimension pratique du libéralisme, celle qui permet à la liberté d’être autre chose qu’une vague donnée théorique. Je les comprends : moi-même, j’y ai mis le temps. Mais ne briguant ni le poste de premier secrétaire du PS, ni celui de président de la République, j’ai le droit de tourner autour du pot. Pour autant, Delanoë, en ouvrant une brèche, permettait au débat pré-congrès de décoller. Ségolène en se précipitant pour la refermer, le renvoie aux banalités d’usage. Franchement, je ne suis pas content. Mais nous y reviendrons.
© Commentaires & vaticinations
Mmm... Ça t'intéresse, toi?
Je n'ai même pas envie de faire des couplets à base de "tomber le masque" ou "enfoncer les portes ouvertes"... De toute évidence, le camarade Bertrand comme la camarade Ségo n'attendent que ça, ils auraient désespérément envie que leur gloubiboulga idéologique nous intéresse. Mais je ne vois vraiment pas pourquoi je leur ferais ce plaisir. L'idéologie du Parti socialiste, actualisée ou non, ne peut pas m'intéresser plus que le parti lui-même... or il ne m'intéresse plus du tout. Et je n'en ai pas du tout honte, car ce n'est pas moi qui ai commencé -- c'est le parti qui, depuis un temps déjà presque immémorial, a totalement oublié de s'intéresser à ses électeurs. Il en est résultat un désamour profond, et je crois que la rupture entre ce parti et sa base électorale est aujourd'hui bel et bien consommée... Elle l'est en tout cas as far as I'm concerned.
Ces clowns ne font même plus rire, et leurs efforts pour capter l'attention d'un public qui a depuis longtemps quitté les gradins sont vraiment pathétiques.
Rédigé par: Poil de lama | jeudi 29 mai 2008 at 00:02
On pourrait demander, comme Harpagon à sa fille: "Est-ce le mot, ou la chose, qui vous fait peur ?" "Socialiste", au fait, est encore plus ambigu...Mais je ne crois pas judicieux de s'enfermer dans ces querelles sémantiques. L'important, c'est l'aggiornamento de l'orientation (écologie, domestication des marchés...).
Rédigé par: melchior griset-labûche | jeudi 29 mai 2008 at 07:09
Oui, c'est assez impressionnant de constater à quel point elle a fait de ce sujet l'occasion d'un simple pas de deux tactique. Ses propos dans Le Point sont l'exact décalque de ceux de Delanoë. Etonnament, d'ailleurs, ils n'ont pas fait de bruit.
Et puis, voilà que d'"indissociable", le libéralisme devient "incompatible" avec le socialisme. C'est ridicule.
Rédigé par: koz | jeudi 29 mai 2008 at 09:29
Le souci pour la Belle est que, dans cet épisode, elle s'est dépêchée de défendre les vieux dogmes. Pas sûr que ça colle facilement avec son rôle habituel d'iconoclaste qui-n'a-pas-peur-des-idées-neuves.
Au fait, Karl et Mao, je vois, mais Léon ? Léon Jailesmêmesàlamaison ? Léon Zitrone? Le doute m'assaille.
Rédigé par: François X | jeudi 29 mai 2008 at 10:14
Ne perds pas espoir. Je suis sur qu'un jour un socialiste pourra dire qu'on peut être de gauche et libéral économiquement.
En Europe, beaucoup de monde le pense déjà, avec des arguments assez convaincants.
http://www.telos-eu.com/fr/article/le_liberalisme_est_il_de_gauche
Rédigé par: Liberal | jeudi 29 mai 2008 at 12:42
Il fallait entendre J-P Huchon chez Hedwige Chevrillon : "les propos de Delanoë sont ridicules" (sic). Quant à être libéral et de gauche, je suis convaincu que non seulement c'est possible, mais que c'est courant - je m'inscris au parti !
Rédigé par: cdc | jeudi 29 mai 2008 at 15:10
Libéral,
Vous êtes probablement le seul libéral a ne pas savoir que le PS est libéral depuis 1983.
Presque néo-libéral même, puisque qu'en faveur du OUI à l'Europe Mondialiste de Giscard.
Dans tous les cas plus libéral que DE Gaulle, Pompidou ou Chirac.
De toutes façons, vous évitez toujours de répondre à la question:
Quelle est donc cette doctrine Anti-libérale que les plus naïfs militants du PS ont acheté sans voir aux 3 stooges (La Méluche, Emmanuelli et Lolo) ?
Le collectivisme ?
Rédigé par: Ozenfant | jeudi 29 mai 2008 at 16:54
Effectivement Ségolène s'est vautrée sur ce coup là.
Mais avouons que Delanoë a exploité ceci de manière moyenne, en faisant semblant d'être attaqué sur le libéralisme politique...
J'ai rencontré pas mal de ceux qui ont signés son texte, qui aimeraient bien déssigner ( et oui, les emmanuelistes de Delanoë sont aussi emmerdés que les anciens rocardiens chez Ségolène...)
Tout cela va finir par un sursaut et l'émergence d'une voie alternative.
Rédigé par: chouka | jeudi 29 mai 2008 at 23:35
Poil de lama,
Mais oui, ça m'intéresse. Ça m'agace mais ça m'intéresse. Et l'idéologie du parti... ben c'est le parti.
Melchior,
Je ne souhaitais pas non plus ces querelles sémantiques. En les déclenchant, Ségolène redonne du grain à moudre aux archéos, qui se bagarreront sur ce thème dans les semaines qui viennent.
Koz,
Bah, j'envisage maintenant de fonder mon propre parti, d'en devenir le leader et de me présenter aux élections. Parfois, on est obligé de tout faire tout seul.
François X,
Léon Zitrone, ça semble effectivement une idée séduisante. Mais je pensais surtout à un petit barbu au crâne équipé d'un pic à glace.
Libéral,
Comme je le disais à Koz, il manque un parti pour parfaire l'atomisation de la gauche française. Je vais m'en charger. Veux-tu devenir membre ?
CDC,
Toi aussi, tu peux me rejoindre. Nous serons trois.
Ozenfant,
Le PS est libéral depuis 83 ? L'Europe est giscardo-mondialiste ? Oh pétard, c'est si subtil la politique...
Chouka,
«Une voie alternative » ? N'en jetez plus. Je me lance !
Rédigé par: Hugues | vendredi 30 mai 2008 at 15:56
@Hughes,
Je ne redoute pas l'ironie, ce serait redouter la raison (lol).
Mais si le PS n'était pas pour l'Europe (pas mondialiste ?) de la constitution (de qui déjà?), il était pour quelle constitution de quelle Europe ?
Fait nous un sujet là dessus Camarade Hughes !
Tiens une sujet sur le brave gars nomme par ton idole Jospin (non je plaisante) :
Noël FORGEARD: L’A 380 vole, pas moi ! http://blog-ccc.typepad.fr/blog_ccc/2008/05/nol-forgeard-la.html?cid=116922668#comment-116922668
Rédigé par: Ozenfant | vendredi 30 mai 2008 at 18:19
Je suis abonné à Marianne, sans adhérer à toutes leurs thèses... Plus honnêtes intellectuellement que d’autres journeaux, quelquefois, mais partie intégrante de la médiacratie assise quand même.
Je ne résiste pas à l’envie de vous lire un passage de François Darras sur son EDITO:
"Delanoë et le degré zéro de la modernité":
Bertrand Delanoë a t’il été saisi par la grâce ? Si c’était le cas, nous l’applaudirions sans retenue. Hélas, rien dans son livre, pas une ligne, ne laisse penser qu’il a pris la mesure de la gigantesque révolution économique en cours, de la radicale mutation du capitalisme, de l’inhumanité oppressive et acculturant que le caractérise désormais.
En fait le libéralisme dont se réclame le maire de Paris, libéralisme politique, précise t’il (non pas le combat contre les monopoles, mais le droit accordé aux couples homosexuels), c’est plutôt de "libertarisme" dont il s’agit, dont, justement, le néocapitalisme mondialisé se nourrit.
Ainsi, la modernité "new look" dont on nous repasse allègrement le plat, ce n’est donc que cela :
La synthèse de trois ringardismes -Guizot, le Jospinisme, et le pire de la pensée 68- le tout sous l’oeil attendrit de Daniel vaillant, ex-ministre de l’intérieur socialiste, ce grand penseur.
Rédigé par: Ozenfant | samedi 31 mai 2008 at 18:22