Nicolas Sarkozy est bien un problème pour la gauche, mais il n'est pas le problème.
« Tu passes ton temps à taper sur l'extrême-gauche, constate mon ami Michel B. en écho à de nombreux commentaires de lecteurs. N'y a-t-il pas de combat plus important pour un blog de gauche ? » Mais non, il n'y en pas. Et c'est même la bataille la plus pertinente à mener pour qui est convaincu, comme c'est mon cas, qu'un parti socialiste « modernisé » et débarrassé de ses références à la gomme est le seul outil capable de sortir le pays de son ornière auto-creusée...
D'abord, j'aurais certainement l’impression de perdre mon temps à cogner sur l’extrême-droite. Je ne suis pas à la recherche du consensus à tout prix mais j’ai la faiblesse de penser que les gens qui me lisent régulièrement se retrouvent, grosso modo, sur le refus du racisme, de la xénophobie, du nationalisme patriotard et de la bêtise qui servent de socle idéologique à la galaxie lepéniste au sens large. Je ne ressens pas non plus le besoin de m’en prendre à la droite « standard » trop systématiquement : un énième blog anti-sarkozyste n’apporterait pas grand-chose au débat et je ne m’impose aucun devoir d’opposition permanente. Mieux (pire ?), je suis aussi à l’aise avec l’autonomie des universités et la réforme des régimes spéciaux de retraite qu’hostile à la transmutation de « l’identité nationale » en une liasse de formulaires administratifs. Mais parce que je n’attends rien de l’agrégat bonaparto-réactionnaire qu’est l’UMP, parce que je vois mal les Devedjian, les Darcos, les Copé, les Alliot-Marie, les Raffarin, changer la France en mieux, je vis très bien sans commenter au quotidien les faits et gestes d’une majorité terne et sans projet.
Reste la gauche « réformiste » et le potentiel que je lui reconnais sur la foi de ses valeurs, de son histoire et, surtout, de ses succès économiques ou sociaux en Grande-Bretagne, en Scandinavie, en Espagne… Cette gauche qui, si elle réussissait à s’affranchir totalement du bové-besancenotisme ayant supplanté le stalinisme comme benchmark de la conscience sociale, remplirait à nouveau la fonction de « force de progrès » dont elle aime se gargariser.
Donc, oui, je tape sur l’extrême-gauche. Je m’en prends aux révolutionnaires en peau de lapin dont je ne souhaite absolument pas qu’ils se transforment en révolutionnaires authentiques, mais dont j’aimerais qu’ils rejoignent l’extrême-droite aux marges du système et qu’ils cessent d’être considérés, dans « mon camp », comme les gardiens de je ne sais quelle flamme doctrinale.
Il y a quelques mois, je me réjouissais de l’incapacité de José Bové à jouer les Le Pen de gauche et à rassembler autour de lui tout ce que le pays comptait de trotskistes, communistes, altermondialistes, fondamentalistes écologiques, à la manière dont le borgne avait regroupé petits blancs, nostalgiques de l’Algérie françaises, intégristes catholiques et nazis. Je m’inquiète désormais de voir le facteur joufflu réussir ce tour de force ― empêchant durablement le PS de se rénover et de revenir au pouvoir.
Donc, oui, je vais continuer à taper sur l’extrême gauche ; je vais continuer à m’en prendre à ses agents au sein du PS ; je vais continuer à m’intéresser à ceux qui, chacun dans leur genre, sont susceptibles de faire bouger les choses dans la direction que je crois être la bonne. Mais pour l’anti-sarkozysme pavlovien, il faudra chercher ailleurs (ce qui ne devrait pas être trop difficile je crois)…
© Commentaires & vaticinations
Emmanuel Todd : "En France, ce sont vraiment les élites qui vont mal, qui sont malheureuses et complètement larguées."
http://blog-ccc.typepad.fr/blog_ccc/2008/05/emmanuel-todd-e.html#comments
Rédigé par : Ozenfant | jeudi 22 mai 2008 à 19:01
Oooh ! encore un qui veut vallser…
Rédigé par : Antoine Block | vendredi 23 mai 2008 à 11:34
Sarkozy, la vacuité et le Tibet !
L’affaire Tibet/flamme olympique met en exergue notre mentalité, plus que de la situation au Tibet.
http://blog-ccc.typepad.fr/blog_ccc/2008/05/laffaire-tibetf.html?cid=116389268#comment-116389268
Rédigé par : Ozenfant | lundi 26 mai 2008 à 11:59
@ Coco,
"si un système favorise mieux l'accès des défavorisés, voilà mon citère. Or la France, du haut de ses droits d'inscription minables, a l'un des scores les pires dans ce domaine." (...)
"Je n'établis pour l'heure aucune corrélationmais j'en conclus simplement qu'il est absurde de condamner PAR PRINCIPE une pratique, indépendamment de son résultat.
Bon si ici il ya des hommes et femmes de gauche pragmatiques, alors au sujet de la représentation des classes sociales les plus fragiles au niveau des cycles universitaires ou grandes écoles, il est nécessaire déjà de voir si le problème n'est pas en amont, dans les premiers cycles d'apprentissage, et sans lien aucun avec les frais d'inscription.
Est ce qu'être pragmatique de gauche serait de chercher la source d'une problèmatique pour la mettre en question et éventuellement la changer si elle s'avère de fait y concourir? Est ce qu'encore, n'être point d'extrême gauche est de ne pas en rester à la profération de principes ou valeurs sans analyse et propositions pertinentes ?
Après vérification de n'être dans aucun extrême, je partage avec vous
quelques observations verifiables et dites moi où je me trompe si tel est le cas .
Sur ce sujet de l'accession des classes sociales modestes aux grandes et longues études.
Un constat, sous un gouvernement de gauche , un rapport a déjà établi la faiblesse du premier cycle scolaire. (Ce n'est pourtant pas la droite qui a fait les plus importantes réformes de l'EN des 30 dernières années. C'est Jospin principalement en 89 ) En 98 le rapport Ferrier ,commandé par Mme Royale,faisait état, je cite de mémoire, de 15 à 30% d'une classe d'âge qui passe en 2ème cycle scolaire(collège) sans maitriser les connaissances de base et 15% en grande difficulté.
Ce n'est qu'en 2007 que l'Express ressort les mêmes chiffres d'une certaine déroute scolaire.
Et c'est la droite, à travers Darcos, qui réforme les programmes du primaire pour remettre deux disciplines fondamentales à un niveau d'exigence et d'horaires un peu plus conséquent.
Je ne suis pas de droite, je suis pragmatique. Et je pense que le PS a laissé passé sa chance de mettre en question ce sur quoi il a le plus oeuvré, quant aux résultats obtenus, menant certains à penser, qu'évidemment, il ne faut pas juger du relèvement des frais d'inscription dans les universités, étant attendu que si cela peut concourir à des élèves des classes modestes d'y entrer enfin....
Je suis à disposition pour donner d'autres sources sur cette question.
http://www.ladocumentationfrancaise.fr/rapports-publics/994000202/synth.shtml
Ce document corrige les chiffres que je citais de mémoire.
Rédigé par : Dg | mercredi 04 juin 2008 à 21:40