Si, parce que vous êtes paranoïaque, tout le monde se met à vous détester pour de bon, réjouissez-vous : vous êtes guéri.
Je me souviens d'avoir été surpris, un jour, par une horde de citoyens d'âge mûr défilant dans les rues d’un patelin de l'Ouest parisien aux cris de « Serraf, assassin ! » Renseignement pris, ces propriétaires fonciers protestaient contre l'aménagement d'une voie rapide à proximité de leurs pavillons et hurlaient en réalité leur détresse de voisins directs de la future infrastructure (« Faites gaffe aux riverains ! »).
N’ayant rien, mais alors vraiment rien à voir avec le tracé de la Francilienne, cette autoroute orbitale en construction autour de la grande couronne, j’aurais trouvé un peu fort d’en être tenu pour responsable. Mais les vieux propriétaires de maisonnettes en meulière ont parfois des problèmes d’élocution, tout comme les jeunes urbains dans mon genre ont parfois des soucis d’audition. Ne nous formalisons pas.
Il faut quand même préciser que j’avais d’assez bonnes raisons de me croire agressé par ces banlieusards en colère. Je ne sais pas à quoi ça tient, mais je suis constamment accusé de ceci ou de cela par celui-ci ou celui-là. Oui, accusé ! Il se passe quelque chose quelque part et on cherche un coupable ? Bing, c’est sur moi qu’on tombe. J’essaie pourtant de rester bien tranquille dans mon coin, de ne pas faire de vagues, mais rien n’y fait. Une victime née...
Car la vérité, c’est que tout le monde me déteste. Et les gens que je connais, passe encore : ils ont peut-être de bonnes raisons pour ça. Mais les gens que je ne connais pas, enfin ! Les gens avec lesquels je n’ai même jamais eu l’occasion de discuter ne serait-ce que cinq minutes ! Non, vraiment, c’est terrible… Franchement, vous n’avez pas idée de ce que c’est de vous balader dans la rue sous les regards hostiles, de voir s'interrompre les conversations lorsque vous entrez dans une boutique ou dans un wagon du métro…
A force, on s’endurcit. Mais c’est tout de même difficile à accepter. Le plus terrible, en fait, c’est de ne pas pouvoir prouver à quel point certaines personnes sont prêtes à s’organiser pour vous nuire. J’explique à ma femme comment le type qui gère la circulation dans Paris se démerde toujours pour faire passer le feu du carrefour Oberkampf-Parmentier-République au rouge ― oui, celui qui dure une plombe ― quant il me voit débarquer, mais c'est peine perdue. J’ai beau lui rappeler que tout le trafic automobile parisien est contrôlé depuis un abri anti-atomique bourré d’écrans informatiques, elle ne me croit pas. Elle pense que c’est le hasard. Le hasard… Tu parles ! Une fois, ok, je veux bien... Deux peut-être... Mais pas à chaque fois, non ?
Et la caissière du Franprix dont le lecteur de Carte Bleue tombe systématiquement en panne lorsque je n’ai pas mon chéquier ? Et la boulangère qui n’a plus de croissant au beurre alors qu’il n’est même pas 8h00 du matin ? Il y a peut-être parfois des coïncidences mais, merde, trop c’est trop !
Mon gros problème du moment, en fait, c’est les grèves du métro. Vous pensez peut-être, naïvement, que les gens de la RATP arrêtent de travailler de temps à autre pour exiger une augmentation ou des jours de congés supplémentaires. Hum, ça c’est ce qu’ils voudraient bien vous faire croire. Mais figurez-vous qu’ils les ont déjà obtenus depuis longtemps, tous ces trucs. Non, en fait, c’est à moi qu’ils s’en prennent ! A moi ! Qui ne leur ait pourtant jamais rien fait. Une preuve ? J’en ai une. Le 14 novembre dernier, je décide de me débarrasser de ma myopie en me faisant charcuter les mirettes au laser. C’est une opération simple, banale presque, mais qui vous laisse quasiment aveugle dans les heures qui suivent l’opération. Patatras, la CGT et FO se réunissent, constatent que la clinique est située suffisamment loin de chez moi pour que le métro soit le seul moyen de transport raisonnable dans ces circonstances et déclenchent une grève pour je ne sais quel motif futile (la retraite ou une bêtise du même tabac). « Attention, avertit pourtant un délégué de Sud-Rail plus malin que ses collègues. Le gars peut toujours prendre un taxi… »
― T’inquiète, répond un vieux cégétiste qui en a vu d’autres. Y aura tellement d’embouteillages qu’il sera impossible d’en dénicher un. Et d’ailleurs, même en temps normal, on s’arrange avec les camarades chauffeurs pour qu’il n’en trouve jamais, de taxis…
Bon, vous commencez à me prendre un peu au sérieux ? Non ? Toujours pas ? Et que dites-vous de ça : demain, c’est le 22 mai et j’organise une signature de mon bouquin dans une librairie du onzième arrondissement (Libralire, 116 rue Saint-Maur, de 19h00 à 20h30). Oh, rien de grandiose, juste une petite affaire à trois sous, histoire de voir si je peux battre Anna Gavalda en nombre d'exemplaires vendus sur une séance. D’après la libraire, elle n'en a vendu que 70 la semaine dernière : elle doit être prenable.
Mais tiens, voici que mes amis de la RATP se sont rencardés et organisent une grève pile le même jour ! Le même jour, bon sang ! Et comment vont faire les gens pour venir acheter le livre et remplir leur gobelet au cubitainer de Margnat-Village, s’ils ne peuvent pas se déplacer en transports en commun ? Hein, comment ? Sur ce coup, aucun doute : Anna Gavalda est de mèche avec Bernard Thibaut et ces histoires d’annuités de cotisations sont l’alibi le plus nul de toute l’histoire des alibis. Mais j’ai la peau dure. Je vais faire avec. De toute manière, personne ne serait venu. Tout le monde me déteste. Mais ce n’est pas grave. Moi aussi je déteste tout le monde. Je vous aurai !
© Commentaires & vaticinations
rien que pour te faire plaisir, je pourrais peut-être venir....(rien à foutre des grèves, ça fait longtemps que j'ai fait mon choix entre polluer l'atmosphère des douces effluves de ma ford fiesta 86' ou me tasser à 150 dans une rame de la ligne 13)
Rédigé par : kkg | mercredi 21 mai 2008 à 21:41
La grosse faute de grammaire sur le dernier mot, c'est moche ! :D
Sinon comme disait Desproges : "Parano ! Parano ! Vous aussi vous seriez parano si tout le monde vous en voulait !"
Rédigé par : FFB | jeudi 22 mai 2008 à 10:18
kkg,
Finalement, la grève est peu suivie. Prends donc le métro !
FFB,
Faute ? Quelle faute ? Ah ah ah... C'est la supériorité du Web sur le papier, ça...
Rédigé par : Hugues | jeudi 22 mai 2008 à 10:24
C'est vrai, je vais avoir un peu de mal à aller ce soir à Libralire 116 rue Saint-Maur 75011 métro (en grève) Parmentier ou Couronnes, surtout que c'est de 19:00 à 20:30 et qu'à cette heure-là il y a des risques que je sois occupé à travailler plus pour gagner comme d'hab'... Mais tu peux encore prier pour que je trouve un Vélib en état de marche!
Je t'enverrais bien un SMS de sympathie, mais comme tu as aussi des ennemis chez Bouygues et chez Nokia, sur que ton mobile aura sa batterie à plat.
Rédigé par : Poil de lama | jeudi 22 mai 2008 à 10:41
T'en fais pas, Hugues, tu n'as pas fait de faute d'orthographe et puis... qui se préoccupe de la science des ânes ?
Ton texte est très amusant, c'est ce qui compte... merci !
Rédigé par : Ozenfant | jeudi 22 mai 2008 à 11:10
Alors, combien ?
Rédigé par : Denys | vendredi 23 mai 2008 à 15:54
Denys,
Disons que je n'ai pas battu Anna Gavalda mais que je n'en suis pas si loin.
Rédigé par : Hugues | vendredi 23 mai 2008 à 17:12